MONSEIGNEUR
‘ J'ai l'honneur d'informer Votre Grandeur que par un ordre en conseil, du 7 de ce mois, le commissaire des terres est autorisé à réserver pour leur usage le canton que les sauvages ont demandé,
sur la rivière Gatineau, pourvu, néanmoins, que ce canton ne renferme aucun lot occupé par des ‘‘ Squatters ”, ainsi qu’un autre terrain d'environ cent mille acres, à la tête du lac Témiscamingue. Ces octrois devront, nécessairement, être confirmés par une loi, avant d’avoir leur entier effet, mais, en attendant, des mesures sont prises pour faire borner ces terrains. M. Newman qui se trouve maintenant ici, sera probablement chargé de cette opération, pour le canton sur la Gatineau. Je lui enjoindrai de vous voir lorsqu'il aura reçu vos instructions, et de se consulter avec vous pour le choix d’un local qui évitera toute difficulté.
‘“ Le canton Notowese, tel que marqué sur l’esquisse ci-incluse ; au moins la partie de ce canton qui se trouve bornée par la rivière à l’Aigle et la rivière au Désert, me paraît rencontrer vos désirs ainsi que ceux des sauvages.
J'ai l'honneur d’être,
J. BouTHILIER.
Par lettre de juin 1850, Mgr. Guigues, écrivant au bureau des terres, s’exprimait dans les termes suivants :
‘Vous m'avez, dans le temps, fait connaître, que les sauvages, étant regardés comme mineurs, ne pourraient point posséder. Je vous ai exprimé alors le désir de faire accorder les patentes à la corporation épiscopale de Bytown. Il me paraît naturel, puisque la législation l’a investie du droit de posséder les fonds appartenant à diverses localités qui ne sont point érigées en paroisses légalement, que ce terrain fut placé dans ce cas ; car les sauvages étant tous catholiques, l’évêque pourra, mieux que personne, veiller à leur intérêt même temporel. Mais je dois, en même temps, vous faire connaître que je n’entends nullement, par là, qu'il soit libre à l’évêque de détourner ces propriétés de la destination fixée par le gouvernement, et que les sauvages, euxmêmes, aient la liberté de vendre et d’acheter des propriétés sur lesquelles ils n’ont qu’un domaine limité.”
Cette lettre de Mgr. Guigues était, comme chacun peut s’en convaincre, écrite dans l'intérêt des sauvages. Néanmoins nous allons voir comment elle prêta le flanc à la critique et à la calomnie.
L’évêque partit en effet, à la même époque, pour son voyage ad limina Apostolorum, et pendant son absence s’ouvrit la session de la législature, à l’approbation de laquelle furent soumis tous les documents relatifs à l’affaire de la réserve des sauvages de Maniwaki.
Or, à la Chambre se trouvait un M. Thomas MacKay, député justement de Bytown, riche marchand de bois, et propriétaire de la résidence ani fut, depuis, achetée pour servir de demeure au gouverneur général. ° Ce fanatique ne craignit pas d'attaquer violemment l’évêque, et de l’accuser de vouloir tromper le gouverncment et les sauvages, dans le but de s'emparer, pour lui-même, d’un imme.ïse terrain.
Cette accusation qui n’étonnera personne de ceux qui connaissent le fanatisme de quelques protestants, n’empêcha point la ratification de la mesure créant une réserve à Maniwaki ; mais elle prévint naturellement, et heureusement, disons-le, l'attribution À la corporation épiscopale d’une propriété qui eut été pour elle une source de caiomnies et de tracas.
A son retour de Rome, Mgr. Guigues ayant appris tout ce qui s'était passé, crut de sa dignité de relever vertement le malotru : la correspondance suivante qui parut dans les journaux de l’époque, nous montre avec quelle vigueur il châtia M. Thomas MacKay.
Byrowx, 29 Novembre 1850.
‘{ HONORABLE MONSIEUR, — J'ai appris, à mon retour d'Europe, que j'ai été l’objet de vos attaques devant le conseil législatif, ec l’objet de vos plus amères censures ; que vous ne vous étiez pas contenté de juger mes actes mais que vous aviez scruté mes intentions. Les paroles d’un homme de votre rang ont toujours une certaine gravité, et si je gardais le silence, le public pourrait ajouter foi à vos accusations. C’est donc de mon devoir de vous répondre. Je ne nie point votre droit de discuter devant la Chambre tout ce qui, dans votre opinion, affecte les intérêts de la Province, puisque c'est dans ce but que vous avez été nommé au conseil législatif, mais le droit que je vous refuse, c'est celui de fausser les faits, et d'attirer sur moi des soupçons mensongers.
C'est ce que vous avez fait, monsieur, dans un lieu où je ne pouvais pas vous répondre, et à une époque où je me trouvais à deux mille lieues du Canada. Fut-ce de votre part une action généreuse ?
‘{ Et maintenant permettez-moi d'examiner de plus près vos assertions déshonorantes. Vous avez dit qu’on trouvait à peine sur toute la Gatineau une demi-douzaine d'’indiens. Vous avez trompé la chambre. J'ai en ma possession les noms de cent chefs de familles, appartenant à la tribu des algonquins ou à celle des Têtes de Boule, qui me conjurent de leur envoyer un prêtre pour vivre avec eux sur le terrain que le gouvernement leur a promis. Leur pétition m'a été présentée par plus de quarante indiens réunis et certainement elle ne contient pas les noms de tous les indiens intéressés dans l'affaire.
‘ Comment se fait-il donc que cette affaire des sauvages ainsi dénaturée par vous puisse Vous donner sujet de lancer le cri contre les jésuites, contre le manteau du jésuitisme et contre une troupe d'étrangers qui n’ont qu’un désir, s'enrichir aux dépens du public ? Quoique vous ne m'ayez point désigné par mon nom, le voile dont vous m'avez recouvert est assez transparent pour que tout le monde ait compris ce que vous vouliez dire.
‘“ Le langage dont vous vous êtes servi est si bas et si indigne de vous et de votre rang que je m'étonne que vous l’ayez tenu. Un homme dans ma position ne peut être en aucune façon sali par des insinuations injurieuses qui ne semblent pouvoir être inspirées que par l’étroitesse d’esprit et le fanatisme. Peut-être qu’un petit nombre de fanatiques se trouveront satisfaits de semblables procédures, mais non pas, certes, les observateurs attentifs qui cherchent les preuves de ce que vous affirmez et qui n’en trouvent aucune.
‘ Je soumets à votre enquête ma conduite depuis six années que je demeure au Canada et je vous défie d'y découvrir de quoi apporter une ombre de justice ou de vérité aux accusations que vous avez lancées contre moi. Auriez-vous le cœur de vous offrir à la même enquête ?
‘ Quant j'ai appuyé la requête des indiens demandant une réserve, je n’ai point eu d'autre chose en vue que l'intérêt de ces
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