MONSEIGNEUR L'ÉVÊQUE
‘{ Je vous accuse réception de la lettre de Votre Seigneurie du 29 novembre dernier par laquelle je remarque que vous êtes très indigné du rôle que j'ai joué dans le débat public au sujet du vaste terrain réclamé par vous sur la rivière Gatineau. Je laisse de côté les expressions discourtoises et sans dignité usées par Votre Seigneurie, car elles n’apportent ni preuve ni réfutation à la question pendante ; au contraire, elles ne font que prouver votre embarras et témoignent que pour adoucir votre ressentiment, vous le déchargez sur mon humble personne,
‘{Je sais, monseigneur, que c’est une chose grave que d’encourir la disgrâce d’un dignitaire de votre église, comme vous l'êtes, mais vous vous méprenez bien sur l’idée que j'ai de mon honneur, si vous vous imaginez que vos menaces pourront me détourner d'accomplir mon devoir envers le public, selon le jugement de ma conscience.
‘{ La question sur les terres dont il s’agit, s’est présentée devant le pubiic, comme affaire publique ; et, c’est comme telle, que je l’ai traitée et que j'ai trouvé votre nom au fond de l'affaire. Etait-ce parce que vous vous trouviez alors à six mille milles du Canada, que j’eusse dû rester tranquille sur mon siège à la législature de mon pays, et laisser se consommer un pareil acte de spoliation nationale, sans protester? C’eût été vraiment une étrange raison, monseigneur.
‘Je suis aussi désireux que votre seigneurie d'aider aux pauvres indiens. Mais c’est dans les moyens à prendre que nous différons grandement. Vous n'ignorez'pas qu’il y a un bureau chèrement entretenu par le pays pour l’administration temporelle des affaires des sauvages, le département des indiens. Dans mon opinion ce bureau est le gardien légitime des indiens, dans les affaires temporelles, et non pas vous.
‘ Votre seigneurie m’accuse de porter contre elle, des accusations sans les prouver ; cela n’est point vrai. Je n’ai point besoin d’autres preuves, de ce que j'ai dit en parlement, que vos propres écrits. Permettez-moi une citation de votre lettre à M. Bouchette, du département des terres, en date du 6 mai dernier. Vous écrivez : ‘‘les indiens, étant considérés comme mineurs, ne pourraient pas obtenir des patentes, en leur propre nom. Je vous ai exprimé le désir de représenter la corporation épiscopale de Bytown. La législature l’a investie du droit de posséder des terres appartenant à certaines localités non encore érigées en paroisses. Il semblerait donc naturel que la terre en question fut placée dans cette catégorie, car les indiens, étant tous catholiques l’évêque devient le tuteur naturel de leurs intérêts temporels.”?
‘Eh bien, monseigneur, voilà vos vœux assez clairement exprimés. Quant à vos intentions, vous seul les connaissez sans doute,
nd doter à Nb 4, 7-2 AT RP TE TE
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‘Mes accusations déshonorantes, comme vous les appelez, sont précisément celles-ci : je vous accuse de vouloir, subrepticement, vous emparer de 160,000 acres de terre vierge, en votre nom, comme le tuteur des sauvages. Je n'ai point besoin de preuves pour soutenir mon assertion. Votre écrit la prouve assez. Le public serait bien mieux convaincu, monseigneur, par votre lettre, si, au lieu de vous abandonner à des récriminations cléricales sans objet, elle eût réfuté quelque partie de mes affirmations.
* Vous m’accusez de ‘‘ bigotry.” Je ne comprend pas le mot par le sens que vous lui donnez, mais vous, sans doute, vous entendez ce sens mieux que moi. Si c’est être fanatique que de s'opposer à ce que vous deveniez gros propriétaire foncier, aux dépens du public, j'avoue que je plaide coupable de ce crime. Sur cette question comme sur toutes les autres, lorsqu'il s’agit d’affaires publiques j'agirai toujours sans crainte et sans fanatisme. De plus, j'avertis votre seigneurie que je m’opposerai, par tous les moyens en mon pouvoir,-en dehors comme en dedans du parlement, à toute concession de terre à un corps religieux, quel qu'il soit, sous le fallacieux prétexte de la lui faire tenir en fidéi-commis pour les indiens. Trop de concessions de cette sorte ont été déjà faites, que le pays déplorera un jour.”