RÉPONSE DE L'ÉVÊQUE A M. MCKAY
‘ HONORABLE MONSIEUR, —-Votre lettre m’oblige à une réponse. Quand vous ai-je refusé le droit de traiter les questions qui intéressent le bien public ?
‘“ La seule affaire en question était les faussetés émises par vous, devant le conseil législatif. J’en ai donné pour preuves que, pendant que vous affirmiez qu’il n’y avait pas, sur la rivière Gatineau, une demi-douzaine d’indiens, vous aviez devant vous la pétition présentée par M. Egan, portant plus de cent signatures d’indiens.
‘{ Au lieu d’avouer franchement votre tort, ce qui eût été honorable, vous avez gardé le silence.... Dans votre lettre vous vous exposez encore à un semblable reproche. Vous m’accusez de vouloir obtenir pour les indiens, 160,000 arpents, tandis que j'ai
demandé le seul canton de Maniwaki, contenant GCo,000 arpents. Mais passons à des choses plus graves.
‘ Vous m’'accusez d'employer des moyens, même les moins honorables, pour m’emparer d’une vaste portion de terre publique, sous le couvert fallacieux du nom des indiens. Et pour fortifier votre assertion vous citez une partie de ma lettre.
‘ Mais cette lettre est datée du 6 mai 1850, à une époque où le gouvernement avait déjà accordé la concession, et où les terres étaient arpentées. Mon intervention n’avait d'autre objet que de faire avancer plus rapidement les formalités de la dite concession.
‘ De plus, vous vous gardiez bien de citer la suite de ma lettre qui réduisait à néant votre propre accusation. Voici les lignes que vous avez jugé prudent d’omettre : ‘* Qu'il soit bien entendu que je ne veux point que l’évêque ait le droit de s’approprier ces biens ou de les appliquer à aucun autre objet que celui visé par le gouvernement, c’est-à-dire, les intérêts des indiens.” Cette déclaration aurait dû suffire pour calmer vos craintes d’envahissements cléricaux, etc., etc.
‘ Pour terminer, j’ajouterai que c’est une grande surprise pour moi, monsieur, de voir que vous, qui, par vos différentes industries, avez fait progresser ce pays et donné du pain à tant d'ouvriers, vous vous montriez si injuste pour des personnes qui consacrent toutes leurs forces au bien public. Nous n'ignorez point que ceux que vous désignez si souvent par l’épithète d’étrangers, ont travaillé, depuis de nombreuses années, dans cette même localité, à détruire les vices et l’ivrognerie, à apaiser les luttes et les rivalités, en prodiguant ies services de leur ministère aux ouvriers abandonnés et démoralisés de la forêt, et ont par conséquent un titre à réclamer, à leur part, dans l’œuvre du progrès et de l'éducation ?
‘ Ne craignez-vous pas de renouveler, par votre langage offensant, les haines de religion et de parti ?
‘4 Vous feriez mieux d'employer vos talents au bien du pays.”
AC
M. McKay ne répondit point à cette seconde lettre, mais supportant mal la volée de bois vert qui lui avait été si magistralement administrée, il résolut de se venger.
En effet, à la session de la législature qui suivit (17 juin 1851) après la séance publique, il réclama une séance à huis-clos, pour une question de privilège, et il porta son cas devant la chambre, se plaignant qu’on eût violé, en sa personne, les droits et immunités parlementaires. Malheureusement pour lui, ses collègues n’épousèrent point sa querelle, et l’orateur lui infligea, dit-on, une réprimande sévère, pour l’incorrection de ses procédés.
Si la gloire d’avoir fondé la mission du Désert* revient en premier lieu, à l’évêque de Bytown, il serait injuste cependant, de ne pas lui associer le Père Clément, dans le mérite de cette œuvre.
Depuis quelques années déjà, ce missionnaire visitait, chaque printemps, le poste de la compagnie de la baie d'Hudson, où se réunissaient les sauvages. Il y vint deux fois en 1849 : la pre-
mière, avec l’évêque, comme nous l’avons vu ; la seconde, seul,
au mois d’août. Les registres paroissiaux remontent à cette même année. Le premier acte que nous voyons enregistré est le baptême d’une petite sauvagesse, Catherine Kokikapaw (21 février
L'année suivante, nous le retrouvons à Maniwaki, dès le 18 janvier, non pas seul mais en compagnie d’un frère convers, le fr. Brady. Nos deux religieux s’installèrent dans le chantier du sauvage Passanjewa, non loin de la Pointe qui devint, plus tard, la ‘‘prairie des pères.” Le fr. Brady bâtit, pendant l'été, une allonge au chantier qui l’embellit fort et lui fit donner le nom de la ‘ maison longue” de Passanjewa. Les missionnaires s’établirent dans la partie neuve et l'édifice tout entier servit de chapelle.
Enfin, le 15 avril 1851 fut fondée définitivement la résidence
* Désert en Canada, signifie terre défrichée, clairière pratiquée dans la forêt, par les colons. Maniwaki est un mot sauvage qui veut dire terre de Marie. Ce nom fut donné À la mission par les oblats. Les détails qui suivent sont tirés du cahier du Père Mauroist, O.M.I. |
de Notre-Dame du Désert.* On la dédia à l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, patronne des oblats (8 juin). Le père Andrieux fut adjoint comme compagnon au père Clément, et les deux missionnaires se construisirent une petite maison de 20 pieds sur 18. Cette maison, avec sa galerie peinturée en bleu et sa toiture double, parut la merveille du pays. Elle subsista jusqu’en 1881. On y disait la messe tous les jours, excepté le dimanche. A la même époque fut bénit l’ancien cimetière. Il était placé sur la Gatineau, en face du magasin de M. Charles Logue.
Le territoire confié aux pères de Maniwaki était immense. Ils visitaient alternativement les missions suivantes : le lac Sainte- Marie, Gracefield, Bouchette, le lac des Sables, Notre-Dame de la Garde, Perkins’ mill et l’Ange-Gardien, sans compter les missions sauvages du Grand-Lac, de Wassanip, de la Barrière et de West Montaching, dans le haut Saint-Maurice, qu'ils desservirent jusqu’en 1864. Ils furent même chargés, de 1855 à 1863, de la mission de la baie d'Hudson. A partir de 1865, les oblats s'étant établis au Témiscamingue, reçurent la charge de cette dernière mission qu’ils gardèrent jusqu’en 1892, date de la fondation de la résidence d’Albany. De 1865 à 1887, les missions du haut Saint-Maurice furent remises également aux soins des pères du Témiscamingue, mais depuis 1887, elles ont été rattachées à Maniwaki.
Revenons à l’année 1851.
C'était au mois de juillet et les pères étaient tous deux partis pour un de leurs longs voyages au Saint-Maurice, lorsque une épidemie de rougeole éclata chez les sauvages avec une violence inouïe. Dans cette occurrence, Pakinawntik, leur chef, voyant ses gens près de mourir sans secours religieux, se jeta en canot avec quelques-uns des siens et descendit à Bytown supplier Mgr. de leur donner un prêtre en toute hâte. L'’évêque se trouvait seul en ce moment, sans hésiter il se dévoua et monta dans le canot
* Les pères oblats reçurent du gouvernement sur la demande des sauvages telle qu'indiquée dans leur pétition, la concession d’une terre de six cents arpents pris dans la réserve. L'exploitation de cette terre a fourni pendant longtemps leur unique ou principale ressource,
des indiens. À son arrivée, les sauvages accoururent se jeter à ses pieds. Mgr. s’abandonnant aux inspirations de son cœur d'apôtre, alla les visiter dans leurs tentes, prenant dans ses bras ces pauvres enfants de la forêt dont les chairs comme celles des lépreux, tombaient en lambeaux, et qui expiraient sous ses yeux. Il leur rendait les services les plus humiliants au milieu d’une atmosphère empestée, sur un sol couvert de vermine. Cinquante personnes moururent, disent des témoirs oculaires, de cette maladie si bénigne chez les blancs, maïs mortelle pour les sauvages. Ce fut alors que sur l’ordre de l'évêque on clôtura le cimetière au milieu duquel une grande croix fut dressée. Après une semaine passée dans ces douloureux exercices, Mgr. Guigues redescendit en canot à Bytown.
En 1852, les pères comencèrent un presbytsre plus vaste que le premier, 30 pieds sur 50 avec une cuisine de 24 x 16. Il fut terminé l’année suivante. L’étage supérieur servit désormais de chapelle à la place de la ‘‘ maison longue ”” qui fut abandonnée. Le 3 avril 1853, le père Thomas Clément quitta sa chère mission de Maniwaki et fut remplacé par le père F. Régis Déléage en qualité de supérieur. Voici d’ailleurs, la liste des missionnaires depuis l’origine jusqu’en 1861.
Rév. Père Thomas Clément du 15 avril 1851 au 3 avril
Rév. Père Paul Andrieux, septembre 1851 à septembre
Rév. Père Alexandre Pallier, janvier 1852 à février 1852.
Rév. Père François-Régis Déléage, 4 avril 1853 au 25 septembre 1870.
Rév. Père Louis Reboul, avril 1855 à décembre 1856.
Rév. Père Jean Laverlochère, août 1856 à 20 février 1858. Rév. Père Alexandre Pallier, 5 avril 1858 à septembre 1858. Rév. Père Jean-Marie Pian, septembre 1860 à 22 décembre
Rév. Père Louis Lebret, mars 1861 à décembre 1861. Rév. Père William Corbett, 1er septembre 1861 au 4 juillet
Le 15 août 1853, fête patronale de l’Assomptiou, le Père Pierre Aubert, qui était monté, exprès de Bytown, bénit solennellement la première cloche de la chapelle. Cette cloche se trouve actuellement dans l’église de Sainte-Philomène de Moncerf.
Voici les noms des missionnaires du haut Saint-Maurice :
Rév. Père Clément............... . 1850-1852. Rév. Père Andrieux..........,,.,... 1851-1860. Rév. Père Déléage...., ,...,..4.:, 1860-1864. Voici le nom de ceux qui allaient à la baie d'Hudson : Rév. Père Déléage...........,...,.,. 1855-1860. Rév. Père J:: M, Plan. .,..4..,0%2. 1860-1863. Rév. Père Louis Lebret.,......,...,. 1861-1863.
La première maîtresse d'école de la mission fut madame Small (1850-1855). Elle fit la classe dans un vieux chantier, en face de la maison du chef, de l’autre côté de la rivière du Désert. Après elle, l’école resta fermée jusqu’à l’arrivée de M. John White, (1857.) |
M. John White, qui devint maître de poste et agent des sauvages, fit l'école pendant deux ans, dans l’ancienne maison des pères. Il prenait ses vacances, de novembre à février, époque où les sauvages vont au bois, pour la chasse.
En 1859, Mile Mary White remplaça son père pendant un an. Elle eut, pour lui succéder, une demoiselle Osborne, qui ne resta, non plus, qu’un an (1860). Après ce temps, les maîtresses faisant défaut, l’école resta fermée jusqu’en 1865.
Telle est l’histoire de Maniwaki, pendant cette première décade. Mgr. affectionnait cette mission et venait souvent la visiter ; il devinait qu’elle était destinée à prendre de l'importance et à devenir, peut-être, un jour, une ville considérable, et la capitale du nord.
Ncus continuerons l’histoire du comté d'Ottawa dans le prochain chapitre.