MOYENS DE SUPPORT POUR LE PRÊTRE
‘ Buckingham pourrait, dans les bonnes années, soutenir un prêtre en comprenant les riverains de la Lièvre. Cumberland n’a rien donné. Je les ai engagés à fournir 25 louis pour avoir une messe chaque mois. Lochaber pourra faire quelque chose si le projet de bâtir une chapelle se réalise.
‘“ M. Brady fait chaque année la visite dans les chantiers. Les jeunes gens donneront quelque chose. Les habitants du haut de la rivière aussi. M. Brady a sa famille qui ne lui est point à charge, il a lui-même quelque bien.
‘ La majorité dans ces régions est catholique. Il s’opère chaque année trois ou quatre conversions. Les protestants sont en général plus riches que les catholiques, la majorité des conseillers et des magistrats sont protestants. Ces protestants sont tolérants à Buckingham, fanatiques à Lochaber. Les canadiens se plaignent un peu de n’avoir pas d'instructions en français. Les jeunes gens des chantiers occasionnent des désordres. Il n’y a
qu’une école catholique à Buckingham et une autre à Cumberland. Le curé va une fois par an sur le haut de la rivière. Il avait coutume d’aller à Cumberland et à Lochaber, l'indifférence des gens l’a fait discontinuer. Des PP. Molloy et Chevalier m’avaient précédé. J'ai grondé les gens de leur négligence.”
Nous possédons des documents précieux pour l’histoire de Buckingham, mais comme nous avons l'intention de consacrer un chapitre spécial à l’étude de la rivière du Lièvre, nous nous réservons de les utiliser alors. Nous nous contenterons donc aujourd’hui de raconter brièvement les évènements religieux qui se sont passés dans ce village de 1849 à 1861.
Le bon M. Brady dont nous avons raconté les glorieuses missions en 1838-39-40, n'était déjà plus le même homme qu’autrefois : boiteux, atteint d’une myopie qui touchait presque à la cécité, brisé avant l’âge, il n'avait plus ni la force ni l’énergie nécessaires pour administrer une paroisse qui s’étendait sur toute la Lièvre, et comprenait Sainte-Malachie, Thurso et presque tout le comté de Russell, dans le Haut-Canada. Aussi Mgr. Guigues fut-il obligé (15 juillet 1854) de lui donner un vicaire dans la personne de M. Michel, jeune prêtre français récemment ordonné, et plus tard (rer septembre 1855) de lui enlever Cumberland, pour en faire une mission séparée dont M. Michel devint premier prêtre résidant.
De grands abus s’implantaient dans ce village de Buckingham, la jeunesse des chantiers y était dissolue, et le curé qui demeurait à près d’un mille dans la campagne, était dans l’impossibilité d’y porter remède. Pour comble de malheur, un incendie ayant détruit, en 1849, le presbytère, M. Brady au lieu de profiter de l’occasion pour venir s'installer dans le village, eut la malencontreuse idée de construire sa maison sur une terre à lui, d’un mille encore plus éloignée. Les paroissiens mécontents murmurèrent et commencèrent à faire entendre des récriminations qui ne finirent plus et qui remplirent d’amertumes les derniers jours de M. Brady.
Cependant le besoin de construire une nouvelle église devenait chaque jour plus pressant, et Mgr. Guigues, d'accord avec les habitants, exigeait qu'elle fut bâtie dans le village. D’un autre côté, l’arpent de terre donné par M. Bigelow était bien insuffisant. Heureusement, sur ces entrefaites, M. Newman, exécuteur des volontés d’une pieuse chrétienne, madame Burke, fit don d’un autre terrain plus considérable, ce qui leva toutes les difficultés. Le creusement des fondations fut commencé en 1855.
Les citoyens de Buckingham, par négligence et par mauvaise volonté, affectèrent de se désintéresser de l’entreprise dont tout le poids retomba sur les épaules peu solides de M. Brady. Celui-ci qui n’entendait rien aux affaires financières, parvint à élever, à ses frais, un édifice en bois, vaste, et qui pouvait devenir convenable, une fois terminé, mais dans la construction duquel des sommes considérables furent gaspillées, pour ne pas employer d'expressions plus sévères. Ce fut une grosse perte pour M. Brady qui ne fut jamais remboursé totalement des fonds que son inexpérience lui avait fait perdre.
Lorsque, en juillet 1857, Mgr. Guigues vint visiter le nouveau temple, la vue des maux dont souffrait Buckingham le frappa si fort, qu’il exigea la construction immédiate d’un presbytère à côté de l’église, sous peine de retirer le prêtre et d'abandonner les habitants.
On obéit sans enthousiasme. La nouvelle bâtisse avança lentement et lorsqu'elle fut terminée (en 1859) l’évêque constata avec chagrin qu’elle ne faisait honneur ni aux pasteurs ni aux
fidèles.
Dans ces tristes conjectures, les dissensions croissant sans cesse au lieu de s’apaiser, M. Brady crut de son devoir de se retirer du ministère (mars 1862). Il fut remplacé par M. Jouvent, curé de Saint-Philippe.
Ce vieillard vénérable vécut longtemps encore, et lorsque en 1880, il termina saintement sa carrière, il fut unanimement pleuré de ce même peuple qui l'avait autrefois tant fait souffrir.
SAINT-JEAN L'ÉVANGÉLISTE DE THURSO.—(ANCIENNEMENT LOCHABER DU NOM DU CANTON).
La paroisse de Saint-Jean l'Evangéliste de Thurso passa longtemps pour un des boulevards du protestantisme dans la province de Québec, mais grâce à Dieu, depuis quelques années l'influence des catholiques y grandit et semble destinée à devenir prédominante.
La première fois que nous ayons eu l’occasion d’entendre parler de Thurso c’est en 1848, à l’occasion de la visite de Mgr. Guigues à Buckingham.
Thurso comptait alors de 30 à 40 familles catholiques ; les terres y étaient bonnes mais les protestants, quoique en minorité, régnaient en maîtres dans tout le pays.
Monseigneur forma donc le projet de construire une chapelle dans cette mission. Il fallait auparavant s’assurer d’un lopin de terre assez considérable pour satisfaire à tous les besoins futurs d’une paroisse. Dans ce but, il chargea un excellent catholique, M. Galipeau, de communiquer son projet à l’hon. M. Fraser, M.P. qui possédait de grandes terres à Thurso, et de lui demander son concours.
Ce concours ne fit point défaut. M. Fraser, aussi habile négociant que catholique généreux, s’empressa d’envoyer à Mgr. Guigues, qui se trouvait encore à Buckingham, la lettre suivante :
‘“(Taurso) LocHABER, 13 octobre 1848.