MONSEIGNEUR
‘# Lorsque j’eus le plaisir de vous entendre et ensuite le plaisir de vous voir à Terrebonne et ensuite à Sainte-Thérèse, je ne pensais pas pouvoir un jour vous aide: dans votre diocèse futur. Je me trouve cependant en ce moment placé de manière à favoriser votre troupeau et à vous être personnellement agréable. Je possède un lot de terre qui est au centre des catholiques, qui commande une vue avantageuse de la localité et réunit toutes les qualités nécessaires pour ériger une chapelle et y établir un cimetière dans un endroit élevé et sablonneux, très sûr. Je viens vous
faire les offres les plus libérales qui soient en mon pouvoir et j'ose me flatter que vous les agréerez.
‘“ Je donnerai deux arpents de largeur depuis le chemin du roi, au trait carré, à prendre à un arpent et demi de ma ligne est, ce qui fera près de quatre arpents. Et ensuite, deux arpents de largeur sur dix de profondeur à prendre à trois arpents nord du chemin du roi, avec un chemin de 50 pieds pour y communiquer. Ce terrain ne sera pas immédiatement vis-à-vis de l’église afin de me procurer l'avantage de concèder des emplacements.
‘{ Je m'obligerai aussi, Monseigneur, à vous donner 26 louis soit en argent, soit par l'ouvrage de mes débiteurs, pour vous aider à bâtir. Si, plus tard, la Providence me le permet, j'aurai beaucoup de plaisir à-vous aider à orner votre chapelle.
‘* Cette lettre vous sera donnée par M. Galipeau chez qui j'écris. Il vous dira mieux que moi les avantages que vous aurez à accepter ces offres qui sont faites de tout cœur.
J'ai l'honneur d’être, JoHN FRASER.”
L'offre de ce généreux catholique fut acceptée avec reconnaissance. C’est ainsi que la paroisse de Thurso est devenue propriétaire d’un vaste terrain de vingt-quatre arpents. Malheureusement quand on en prit possession, il se commit des erreurs dans le bornage, si bien que la chapelle fut construite en dehors du terrain concédé, erreur qui, d’ailleurs, fut réparée plus tard à l’amiable, par quelques ardents. La chapelle fut bâtie en 1854 et 1855. Voici en quels termes Mgr. Guigues parlait de cette mission : ‘1855, Thurso.—M. Fraser a donné, par acte authentique vingtquatre arpents, dont quatre au village de Fraserville (ce nom n’a point prévalu) et vingt, en bois debout, pour l’usage de l’église et du curé. Une église en bois, bien décente, a été élevée, grâce aux soins de M. Galipeau qui y a fait des dépenses, et grâce à M. Michel qui fait terminer actuellement cet ouvrage.
Nous avons parlé de l'influence des protestants. Ils étaient fort fanatiques. Un nommé Tucker, à Papineauville, et un M. Cameron, propriétaire d’une scierie à Thurso, cherchaient à per-
vertir les pauvres canadiens. Les suisses venaient y faire des assemblées auxquelles ceux-ci étaient invités. Cet état de choses inquiétaient fort le vigilant évêque. Lorsque M. Michel fut parti, le curé de Saint-André-Avellin fut chargé de le remplacer, ce qui était peu commode. ‘‘ Le curé de Saint-André-Avellin, écrivait en juillet 1857 Mgr. Guigues, vient ici une fois par mois. Ce n’est point assez. Il faudrait un curé. M. Galipeau s'offre de le nourrir pendant un an. Beau terrain, chapelle convenable, 80 familles, tant à Thurso qu'à Saint-Sixte ; beaucoup de gens négligents à leurs devoirs. Un curé résidant ferait du bien et aurait tôt fait de payer la dette et de bâtir un presbytère.”
L'année suivante (juin 1859) il ajoutait cette note : ‘Il faut un prêtre à Thurso, d'ici à deux ans, pour contrebalancer l'influence protestante. Depuis que M. David visite la mission, l’état de chose s'améliore un peu.”
En 1861, les habitants pétitionnèrent pour avoir un prêtre. Mgr. se décida à leur donner le curé de Saint-Philippe, M. Jouvent, qui devait desservir en même temps Sainte-Malachie. Toutefois cette nomination fut suspendue comme prématuré. M. Jouvent fut envoyé, peu après (1862) à Buckingham, et ce ne fut qu’en 1864 que Thurso devint définitivement une paroisse.