‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 170 sur 275 · NOTRE-DAME DE BONSECOURS DE MONTEBELLO · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE BONSECOURS DE MONTEBELLO

La seigneurie de la Petite-Nation forme actuellement trois paroisses : Montebello, Saint-André-Avellin et Papineauville. Comme ces deux dernières ne sont que deux démembrements de Montebello, c’est par l’histoire de celle-ci qu’il convient de commencer.

L’antique et vénérable mission de Notre-Dame de Bonsecours de la Petite-Nation a toujours été considérée comme un poste de dévouement et de sacrifice, bien qu’en 1851 la population s’y élevât à 2,835 âmes.

‘“ Le Rév. J. Sterkendries, dont le premier acte comme curé de Bonsecours date du 2 octobre 1841, n’a pas laissé derrière lui la renommé d’un grand administrateur. C'était un homme pieux mais d’un caractère bizarre et fantasque, caractère qui lui venait sans doute du mal dont il souffrait (l’épilepsie). On ne lui doit

guère, en fait d'œuvres, que l'érection de la confrérie du scapulaire (23 janvier 1842}. D'un autre côté, les gens de Bonsecours étaient pauvres et turbulents comme tous les voyageurs de l’époque. Faut-il l’attribuer à leur mauvaise volonté ou simplement au manque de savoir faire de M. Sterkendries ? Nous l’ignorons, mais il est avéré que celui-ci mourait presque de faim et de froid dans son misérable presbytère.

Or, sur ces entrefaites, le mouvement de colonisation s'étant accentué dans l’intérieur de la seigneurie, les nouveaux fermiers de la paroisse actuelle de Saint-André-Avellin construisirent une petite chapelle que M. Sterkendries vint bénir le 10 novembre 1849. Non contents de ce premier succès, nos rusés compères qui connaissaient les ennuis et les misères du curé de Montebello, le sollicitèrent instamment de venir s'installer avec eux, lui promettant pour le séduire monts et merveilles. Le trop crédule M. Sterkendries ajouta foi à leurs alléchantes propositions et le jour de Noël suivant, après avoir célébré les saints mystères dans la chapelle de Bonsecours, il secoua la poussière de ses pieds, quitta cette paroisse inhospitalière et partit pour Saint-André- Avellin, grave détermination dont il eut bientôt à se repentir.

Le départ de leur curé dut porter un coup sensible à l’amourpropre des paroissiens de Montebello, d'autant plus qu’ils perdirent en même temps leur titre de métropole de la seigneurie pour se trouver réduits au rôle insignifiant de mission.

Mgr. Guigues, en effet, soit qu'il n’eut pas de prêtres à leur donner, soit qu'il voulût les punir de leur conduite envers M. Sterkendries, les fit desservir de Saint-André pendant un an puis les confia aux soins du Père M. Bourassa, oblat, qui était à la tête de la mission de l’Orignal (6 janvier 1851).

Le Père Bourassa fut donc chargé à la fois de l’Orignal et de Saint-Eugène, de Grenville et de Montebello. Toutefois, tandis que ses assistants allaient à Grenville, il s’occupait d’une façon toute spéciale de Montebello, préludant ainsi au fructueux ministère qu'il devait y exercer plus tard.

D'ailleurs, un autre évènement importait allait encore modifier l’état des choses.

A cinq milles ouest de Montebello, sur le bord de l’Ottawa, commençait alors à grandir un joli village qui fut appelé Papineauville, du nom des propriétaires de la seigneurie. Dès lors, les gens de cette partie de la mission, enflammés par l'exemple de ceux de Saint-André, commencèrent une agitation dans le but de s'ériger en paroisse séparée.

Le 18 janvier 1851, ils envoyèrent à Mgr. Guigues une requête, dont voici le sens : ‘ La paroisse de Bonsecours grandit rapidement, et voilà que la chapelle est devenue trop petite. Permettez donc aux habitants de Papineauville de se séparer et accordez-leur trois ans pour se bâtir. Alors Montebello n'aura plus besoin de construire une autre église. De simples réparations suffiront.”

Cette demande entrait trop dans les vues de l’évêque de Bytown pour qu’il ne s’empressât plus d'y acquiescer ; il se hâta de leur faire une réponse favorable.

Lorsque les citoyens de Montebello apprirent la grande nouvelle, ils éclatèrent en cris d’indignation. Ce n’était pas assez de leur avoir enlevé Saint-André, on voulait leur ôter maintenant Papineauville. Avait-on pour but de les réduire à la misère, de les priver définitivement de prêtre, et de les tenir à jamais dans l'état de mission? Leurs plaintes, de fait, n'étaient point sans fondement, puisque nous voyons la population de cette paroisse, qui, en 1851, s'élevait à 2,835 âmes, tomber, au recensement de 1861, au chiffre de 969 Âmes, seulement.

Mgr. Guigues, avec son grand tact et sa finesse habituelle, parvint cependant à les calmer : ‘‘ Ne craignez rien, leur écrit-il, dans un mandement sur ce sujet ; Bonsecours n'aura aucun motif de se plaindre ; c’est l’église-mère ; elle ne sera point délaissée ; le curé lui sera rendu.”

Consolés par le langage paternel de leur évêque, et par l'espoir de posséder bientôt, de nouveau, un prêtre résidant, les gens de Montebello se mirent donc résolument à la double œuvre qui s’imposait : le presbytère et l’église. Au fond, il s'agissait moins d’une réparation que d’une reconstruction. L'ancienne chapelle, petite et misérable, devint, grâce au zèle intelligent du

Père Bourassa, une des plus belles églises du diocèse, et mérita d'être de nouveau bénite, 9 février 1854. Mgr. Guigues fut assisté, pour cette cérémonie, d’un nombreux clergé. Dans l'acte qui nous a été conservé nous relevons les noms des Révérends M. M. Poulin, de la paroisse de Saint-Hermas, Huot, de Sainte-Anne du bout de l'Ile ; Bruneau, de Verchères ; Charland, de Beauharnois ; Bourassa, Maloney, David de l’Orignal et enfin de M. Arthur Mignault, curé de Bonsecours. Parmi les laïques présents, on remarquait l’hon. Louis-Joseph Papineau, seigneur du lizu, son parent Benjamin Papineau, et le notaire MacKay, de Parineauville.

Le presbytère subit les mêmes transformations, et fut mis en excellent état.

Comme nous venons de le voir, le Père Bourassa, sa tâche achevée, avait été déchargé de Montebello. Mgr. Guigues, voulant récompenser la paroisse de sa soumission et des sacrifices qu'elle s'était imposés, venait de nommer un jeune prêtre, M. Arthur Mignault, curé résident de Bonsecours et de Papineauville, 14 janvier 1854..

Ce jeune prêtre, d’ailleurs, n’occupa point longtemps le poste qu’on venait de créer pour lui. Sa conduite étant devenue l’objet de malignes interprétations, de la part de certaines personnes, il demanda son changement, et partit pour Grenville (août 1856.) Depuis le mois de mai précédent il avait un vicaire, M. Ebrard, prêtre français. Le successeur de M, Mignault fut M. David, curé de Saint-André-Avellin, 18 août 1856. M. David administra simultanément Montebello, Papineauville, et Saint-André, jusqu’au commencement de l’année suivante. En janvier 1857, le vicaire, M. Ebrard, devint curé de Saint-André. A la fin de cette même année, monseigneur voyant la prospérité toujours croissante de Papineauville, crut le temps venu de lui donner un prêtre résidant. M. David y fut nommé et s’y installa, à la grande joie des habitants. Quant à Montebello, l’évêque d'Ottawa pensa ne pouvoir mieux faire que d’y envoyer celui qui était l’objet de touter les regrets, le Rév. P. M. Bourassa.

Quoique le premier acte signé du Père Bourassa porte la date du 15 mai 1858, nous savons qu’il commença à faire les

annonces dès le 30 octobre 1857. D'octobre 1857 à octobre 1887, époque de sa retraite, il faut donc lui compter trente années révolues de ministère à Montebello. Avec l’arrivée du Père Bourassa s’ouvrit une ère de prospérité spirituelle et matérielle pour cette belle paroisse. Son frére, artiste distingué, épousa une fille du grand Papineau, laquelle transmit à ses enfants les vertus de cet homme célèbre, laissant à d’autres un moins glorieux héritage.

Nous possédons un peu de notes sur Montebello jusqu’en 1861. Le 15 avril 1856, M. J. L. Papineau, dont la famille avait donné jadis le terrain paroissial, demanda et obtint de faire un échange de quelques arpents qui étaient à sa convenance, et pour récompenser la fabrique il se chargea de bâtir la maison du bedeau et le charnier où l’on dépose les corps des morts pendant la rude saison de l'hiver.*

Pendant sa visite de juillet 1857, Mgr. Guigues fit quelques injonctions. La terre manquait au cimetière, il fallait l’exhausser. On fit mieux, on le changea de place en 1861. Les servitudes du presbytère étaient devenues la proie des flammes, ïl fallait en bâtir de nouvelles et creuser en même temps un puits. Montebello comptait alors 120 familles. Tout allait bien, les colons commençaient à se placer sur les côtes ou concessions, les gens étaient las de partager les services du prêtre avec Papineauville et voulaient se réserver tous pour eux. Le temps était venu de diviser absolument les deux paroisses. C’est ce qui eut lieu en effet quel- . ques mois plus tard.

La note de juin 1859 est encore plus brève et plus satisfaite. Montebello est une paroisse encore pauvre, mais le prêtre est zélé et tout va bien. î

Enfin, pendant l’été de 1861, monseigneur constate que grâce à la générosité de M. Papineau, un nouveau et beau cimetière a

* ‘(Je souhaite, écrivait le 29 mars 1851, M. Papineau à l'évêque d'Ottawa, commencer un village près de l'église de Notre-Dame de Bonsecours, et je désire le distribuer régulièrement en rues larges et ornées d'arbres en front de l'église, au bas de la côte et de la place publique et sur un terrain indépendant. Je vais faire un marché avec la fabrique. En échange d'un terrain qui ne lui sert pas, je vais lui en donner un autre sur lequel je bâtirais la maison du bedeau et un charnier.”

été ouvert et que la paroisse est à tous les points de vue excellente.

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