SAINT-ANDRÉ-AVELLIN
Les premiers colons de Saiïrt-André-Avellin s’établirent en 1845 dans la côte Saint-Joseph, C'étaient Hyacinthe Laplante, J.-B. Léger, Augustin Birabin dit Saint-Denys, Hubert Sabourin, J. Racine, J.-B. Lepage, Elzéar, Joseph et Prosper Frappier. Les côtes Saint-Louis, Saint-André, Saint-Denys, Sainte-Julie et les Quatorze s’établirent à partir de 1841; la côte Saint-Pierre fut ouverte en 1852 et celle de Sainte-Madeleine vers 1872.
Le curé de Bonsecours venait de temps en temps dire la messe à Saint-André, mais on devait, pour les baptêmes, mariages et sépultures, se rendre à, l’église paroïssiale. La première fut bénite par M. Sterkendries, le 10 novembre 1849, et, à partir de cette époque, jusqu’en 1865, date de la nomination de M. Boucher à la cure de Ripon elle resta le centre religieux de tous les établissements de l’intérieur.
Cette chapelle était située en haut de la rue Saint-André, sur la propriété d’un M. François Bourgeois, qui donna deux arpents de terrain.
Nous avons raconté plus haut comment les gens de Saint- André persuadèrent à M. Sterkendries de venir s'établir parrai eux.
Ce fut le jour de Noël 1849 que le bon missionnaire fit ce pas désisif et abandonna ses ouailles indociles.
Non contents de ce premier succès qui pouvait n'être point définitif, les habitants de la mission se hâtèrent d'envoyer au Père Allard, administrateur du diocèse en l’absence de Mgr. Guigues, (3 juin 1850) une requête à l'effet d’obtenir leur séparation de Bonsecours et leur érection canoniques en paroisse. M. Allard envoya le Père Dandurand sur les lieux pour examiner l'affaire (septembre 1850). Après le rapport favorable de celui-ci, un décret d’érection fut lancé (26 janvier 1851).* Il y avait alors dans la nouvelle paroisse 150 familles toutes canadiennes.
* Les limites de la paroïsse furent modifiées par trois décrets : 26 janvier 1851, 13 juillet 1859, 12 mars 1872. La proclamation civile date du 24 août
Le premier juin 1850, M. Sterkendries avait béni une croix qui existe encore sur la terre d'Emery Villeneuve, n° 17, côte Saint-André. Le 21 du même mois, il en bénit une autre sur la terre de Chs. Chabot, n° 15, qui fut plus tard tramsportée sur le n° 16.
La chapelle en bois équarri mesurait d’abogd 50 pieds sur 30, et fut, dans la suite, allongée d’une vingtaine de pieds. Une sacristie à deux étages de 24 pieds sur 20, servait de presbytère. Sous le chœur de la chapelle, le soubassement était aménagé en chambres à coucher tandis que l’étage supérieur fut distribué entre les divers offices nécessaires à une maison d’habitation. C’est là que logèrent les trois premiers curés. L’érection du chemin de la croix à Saint-André date du 16 mars 1851, deuxième dimanche. A ‘trois mois plus tard (6 juin) Mgr. Guigues fit sa première visite pastorale dans la nouvelle paroisse. Il se montra d’une extraordinaire bienveillance pour ces pauvres habitants qui semblaient prêts aux plus grands sacrifices et les exhorta à couronner leur œuvre en pourvoyant généreusement aux besoins du culte et aux nécessités de leur curé.
La cloche de la chapelle fut bénite le rer juillet suivant. Elle pesait 303 livres et fut suspendue dans une charpente en bois au coin droit de l’église.
Tout semblait donc marcher à merveille à Saint-André. Malheureusement, le bonheur n’est pas de ce monde. Bientôt les gens se lassèrent de charges qui parurent trop lourdes à l’indigence des uns et à la mauvaise volonté des autres. M. Sterkendries commença à se plaindre et la division se mit dans la paroisse. Les choses en vinrent à un tel point que le 27 janvier 1855, l’évêque d'Ottawa reçut deux requêtes : l’une signée de 80 noms demandant le départ du curé, la seconde portant 70 signatures qui réclamait son maintien. Le Père Aubert, vicaire-général, dut venir faire une enquête (2 août 1855) qui aboutit au rappel de M. Sterkendries, sacrifice jugé nécessaire au rétablissement de la paix.
M. Sterkendries s’en alla passer quelques mois à Plantagenet, mais sa santé s'étant aaiblie, il fut transporté à l’hôpital d'Ottawa où il mourut le 17 février 1857.
Les sacrifices imposés par les révolutions portent rarement d’heureux fruits. A la révolte ouverte succède souvent la révolte organisée qu’on appelle le gouvernement constitutionnel ou l’anarchie pure. Tel fut le cas à Saint-André.
Le nouveau curé, M. J. David, venu de Grenville, ouvrit les registres paroissiaux : le premier acte qu’il signa fut la sépulture d’Alphonse Villeneuve (13 septembre 1855). Son administration fut, comme la précédente, en butte aux contradictions. Aussi, s’empressa-t-il, dès les premiers jours de j janvier 1857, de quitter Saint-André pour s'installer à Montebello.
Il eut pour successeur, son vicaire, M. Ebrard (rer février 1857). Sous l’administration de ce dernier, le régime parlementaire, triomphant, s’épanouit dans toute sa beauté. Le conseil des marguillers, institué le 16 janvier 1851, tenait ses séances sous la présidence d’un laïque et écoutait gravement les suppliques du curé qui devait signer les résolutions adoptées par ce sénat. On alla plus loin, on eut recours, comme en Suisse, au referendum populaire. Un jour, M. Ebrard convoqua une assemblée générale de paroisse à l’effet d'engager un servant de messe, un bedeau et des chantres. L'histoire ne dit pas, cependant, si la ménagère du curé fut l’objet des délibérations de cette nouvelle assemblée nationale. Quoiqu'il en soit, on comprend que la position du débonnaire, M. Ebrard, ne tarda pas à devenir impossible et qu’il dut demander son changement (26 septembre 1855). Il fut envoyé à Cumberland puis à Farrelton où il termina sa vie en se noyant dans les rapides de la Gatineau.
Mgr. Guigues, dans les deux visites qu’il fit, juillet 1857, et juin 1859, constata avec douleur l’état déplorable des affaires. Tout était en désordre, point de comptes, point de livres, encore moins d’obéissance. On avait acheté une terre de 40 arpents ; il ordonna qu’on en payât D ni les annuités, l’église était devenue trop petite ; il voulut qu’on la prolongeât, et commanda de bâtir un presbytère de 36 pieds sur 24, orüre qui ne fut exécuté qu’en 1860.
Cependant, malgré ces ennuis et ces déboires, la paroisse continuait à prospérer ; les colons, affluaient, sur ses terres, bien
plus fertiles que la nature accidentée du sol ne l’avait fait supposer. En 1857, on comptait déjà 64 familles dans le canton de Ripon ; et une trentaine, à Hartwell. Le 13 juillet 1859, Mgr. annexa à la paroisse, la côte Saint-Pierre nouvellement fondée, et il engagea les marguilliers à obtenir l'érection civile de la paroisse, pour avoir les moyens de mener à bonne fin les travaux qu'il avait commandés.
Le 29 août 1859, M. Ebrard, avant de quitter Saint-André, consacra la paroisse aux sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, sous le vocable de Notre-Dame des Victoires.
Son successeur fut un autre français, M. Guillaume, qui devait demeurer là quatorze ans.
Le premier soin de M. Guillaume fut de réagir contre les envahissements des marguilliers ; le second fut de construire un presbytère. Nous ignorons quand il fut commencé, mais ce que nous savons c’est que pendant l’été de 1861, lors de sa visite pastorale, Mgr. Guigues s’indigna de voir qu’il n’était point encore fini.
Dès cette époque, Saint-André était devenu une grande et belle paroisse et possédait tous les éléments qui devaient en faire, plus tard, l’une des plus importantes du diocèse.