‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 175 sur 275 · SAINT-PHILIPPE D'ARGENTEUIL · texte numérisé non relu

SAINT-PHILIPPE D'ARGENTEUIL

Cette paroisse qu’on appela Chatham du nom du canton, ou la Muddy Branch, du nom d’un affluent de la rivière du Nord,

comprend une plaine vaste et fertile au pied des Laurentides et à l'extrémité orientale du diocèse d'Ottawa. C'est dans son territoire qu’eut lieu le fameux combat du Long-Saut. Les catholiques, tous canadiens, sauf une vingtaine de familles irlandaises et écossaises sont établis pêle-mêle au milieu des protestants.

Les premiers colons de Saint-Philippe émigrèrent vers 1834 dans le canton de Chatham. Ce sont les Trudeau, les Sarrazin, les Leclair, les Saintonge, les Byrne, les Brearton, les Cameron et beaucoup d’autres dont il serait fastidieux d’énumérer ici les noms.

Longtemps ces premiers habitants se considérèrent comme paroissiens de Saint-André d'Argenteuil. On croit que la première messe dite dans le canton fut célébrée par M. Charland dans la maison de Joseph Larose, du rang de la Branche, maison aujourd’hui rebâti par Charles-Simon Labrosse.

En 1848, Mgr. Guigues, se trouvant à Grenville, considérait le canton de Chatham comme exclusivement protestant, à l’exception d’une seule concession habitée par une trentaine de catholiques, mais il notait avec satisfaction les progrès rapides de la colonisation canadienne qui venait de commencer.

Lorsque Grenville fut enlevé à Saint-André pour être attaché à l’Orignal, Saint-Philippe demeura encore pendant quelque temps sous la houlette de M. Huberdeau. Au mois de novembre 1852, les catholiques de Chatham écrivaient à Mgr. Guigues : ‘‘ Nous apprenons que vous avez l'intention de nous unir à Grenville, sous l'administration de M. Byrne. Greuville est trop éloigné pour nous. Nous vous supplions de nous laisser aller à Saint-André, jusqu’à ce que nous soyons capables de nous bâtir et de nous ériger en mission indépendante.”

Cette pétition leur avait, paraît-il, été inspirée de Saint-André et Mgr. ne crut pas devoir en tenir compte. M. David, successeur de M. Byrne, allait une fois par mois à Saint-Philippe.

Cependant la population croissait, et il fallait penser à la construction d’une église. Un catholique, M. Charles Leclair, chez qui l’évêque et les missionnaires avaient coutume de descendre, fit don d’un arpent de terrain que Mgr. Guigues accepta,

probablement en 1853. Sur ce terrain, l’entrepreneur Renaldo Fuller, cultivateur de la localité, bâtit une jolie église en brique, de 45 pieds de longueur, sur 32 de largeur, qui a servi au culte jusqu’au 6 janvier 1889, et qui a été, depuis, convertie en magasin par M. P. Carrière. Dès le 19 décembre 1854, M. David, de Grenville, annonçait à l’évêque de Bytown que les travaux extérieurs de l’église étaient tous terminés. Elle fut probablement bénite l’année suivante.

Ce premier point acquis, les gens de Saint-Philippe demandèrent à être érigés en paroisse canonique indépendante. Monseigneur envoya donc le Père Bourassa faire une enquête (20 décembre 1855) et, sur son rapport favorable, il leur accorda l'érection canonique demandée le 24 janvier 1856. Il n’y avait plus alors de missionnaire à Grenville, et les deux missions étaient desservies une seconde fois de l'Orignal.

En avril 1856, elles s’entcdirent pour supplier Monseigneur de leur rendre un curé. Monseigneur se laissa fléchir, et M. Arthur Mignault fut nommé à Grenville (août 1856).

Mais les gens de Saint-Philippe, qui étaient remplis d’ambition, et qui suivaient d’un œil attentif le mauvais état des affaires à Grenville, méditaient d’attirer chez eux le curé. A peine érigés en paroisse, ils avaient demandé à construire un presbytère. Le Rév. M. O’Malley, de l’Orignal, délégué par Mgr. (10 mai 1856) vint inspecter l’église dont on terminait l’intérieur, et fixer la place et les dimensions de la sacristie et du presbytère. ‘C'était son vicaire, M. Ebrard, qui desservait d'ordinaire Saint-Philippe. Séduit par les habitants de cette mission qui désiraient l'avoir pour curé, il écrivit une lettre enthousiaste à Monseigneur, par laquelle nous apprenons que l’église avait coûté 250 louis, que les habitants allaient encore porter leurs morts au cimetière de Saint- André d'Argenteuil, et qu’un prêtre aurait été parfaitement heureux au milieu de cette chrétienne population.

Le 7 juillet 1857, l’évêque d'Ottawa visita Saint-Philippe. Il constata avec joie les progrès de la mission, qui comptait déjà 148 familles, tandis que les protestants vendaient [leurs terres, et il conclut à l’urgence qu'il y avait‘de la faire ériger civilement, afin de payer les lourdes dettes de l’église et du futur presbytère.

En octobre de la même année, M. Arthur Mignault quitta Grenville et vint s'installer définitivement à Saint-Philippe. Les habitants, au comble de la joie, se décidèrent alors à bâtir le presbytère. Il ne fut cependant jamais construit. Une lettre du Père Arthur Mignault (17 décembre 1857) jette le jour sur cette affaire ;

‘ On estime, écrit-il à monseigneur, à mille louis, le prix du presbytère à bâtir. C’est trop pour nos moyens. Permettez-nous plutôt d'acheter, en face, un terrain de 40 arpents, avec une belle maison en briques. Le tout coûtera 500 louis. La bâtisse que nous ferions ne vaudrait pas celle-ci”

Mgr. approuva la proposition, et M. Mignault fit en son nom l'acquisition de cette propriété, qu’il revendit à la fabrique après son départ (3 février 1859).

Ce prêtre partit, en effet, pour les Etats-Unis, en mai 1858, et, au commencement de juin, 1l fut remplacé par M. Jouvent. L'année suivante, Mgr. constatait l’excellent état de de la paroisse, et conseillait de demander de nouveau l'érection civile, pour amortir promptement la lourde dette qui pesait sur elle. Cette érection fut accordée le 6 août 1861, par l'entremise du juge Lafontaine. A la fin de cette même année, ou au mois d’avril 1862, car les documents sont contradictoires, M. Jouvent fut nommé curé de Thurso et de Buckingham, Il eut pour successeur à Saint- Philippe, M. Mancip (mars ou avril 1862).

Depuis 1856, le curé de Saint-Philippe visitait de temps en temps la petite colonie de Wentworth.

Nous terminons ce chapitre par le recensement de la partie d'Argenteuil appartenant au diocèse d'Ottawa.

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