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‘Qui dit voyageur, dit nomade. Le jeune homme quitte sa famille dans une paroisse du Bas-Canada, s'enfonce dans la forêt, reparaît un instant chaque année, amasse ou n’amasse pas d’argent pour s'établir ; mais il finit par retourner se marier et vivre dans le voisinage du clocher natal. Tel est notre voyageur. Rien en lui ne ressemble au type de l’aventurier. S'il s'absente, s’il court le monde, s’il endure follement misères et fatigue, il n’en reste pas moins attaché à la patrie, la patrie dans le sens du mot ancien : le village, la paroisse où résident ses affections d’enfance. Nous avons tous nu nous avons tous eu des voyageurs dans nos familles. La race canadienne vagabonde étrangement, dit-on, et semble éparpiller ses forces au lieu de les concentrer. Erreur. Tout ce mouvement part et revient au sol primitif. Et alors même qu'un voyageur se lance dans les expéditions les plus lointaines,
on le voit conserver sa marque distinctive. Il ne revient pas tou-.
jours à la ‘ maison ”’, celui-là ; les glaces de la baie d'Hudson le connaissent, les plaines de l’ouest sont ses domaines, la région pastorale des nouveaux Etats américains l’a vu arriver le premier. Mais qu'importe ? Il est toujours ce qu'il était ; bon sang ne peut mentir. Ces voyageurs, perdus pour nous, croit-on, parce qu'ils ne sont point revenus, fondent des colonies, de grandes villes même, et, en tout cas, ils ont porté jusqu'aux confins du monde habité, ce sentiment français, cette langue impérissable, cette gaieté de tous les instants, cette vigueur de muscles, cette connaissance et ce mépris du danger que la civilisation s'étonne d'apercevoir à son avant-garde. Le voyageur, c’est l'élément le plus manifeste de notre destinée en Amérique. Encore une fois il n'a rien de l’aventurier ; il ne marche pas comme ce dernier, pour faire le tour de la terre, en enfant perdu, et laisser ses os quelque part, sans avoir rien accompli de durable ; non ! il essaie ses ailes, parcourt ses ‘territoires ””, donne de l’air à ses poumons, mange une ration suffisante de vache enragée ‘‘ce qui améliore toujours l’homme bien intentionné ;”’ puis se fixe, tantôt près de la terre paternelle, c'est le plus grand nombre, tantôt sur un site plus lointain qui l’a séduit et auquel il ne demande pas une vie de paresse, soyez-en certains. Tous les voyageurs établis sont actifs.
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Ils ont connu la vie, et ils savent comment s’y prendre quand il s'agit de se faire respecter. * S
Voici le fameux chant des voyageurs de Thomas Moore, où il est parlé de l’Ottawa, rivière dont le poëte n’a vu, d'ailleurs, que l’emboucoure en 1813.