‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 32 sur 275 · PT RS TRE ER ET STONE · texte numérisé non relu

PT RS TRE ER ET STONE

ê l’eau dans les dégels : dans le voisinage immédiat coulent les eaux : 4 saines et abondantes d’une rivière ou d’un ruisseau.

à ‘© “L'emplacement nécessaire a été soigneusement ‘‘débarrassé :”

sur le sol de cette petite trouée faite au milieu de la forêt s'élèvent

les édifices de l’établissement. C'est d’abord le ‘‘ camp ” propre-

À +4 ment dit, maison, case ou cabane, destiné au logement du person- É - nel, puis une écurie pour les chevaux, et enfin des ‘‘ abris” faits D recevoir et protéger des objets de consommation, des ustensiles, 4 etc., etc.

‘0 ‘* Autour de-ces constructions sont épars des barils vides, des

tas de bois, auxquels s'ajoutent, quand les hommes sont entrés le soir et les jours de dimanches et fêtes, des traîneaux renversés sur le côté, des raquettes et autres instruments, plantés dans la neige ou disposés près de la porte du camp et de l'écurie.

‘“ Les édifices d’un chantier sont construits de troncs d’arbres

. non équarris ; ces morceaux de bois ronds sont ajustés aux angles

Fu au moyen d'entaiiles, pratiquées aux faces supérieure et inférieure

des deux extrémités de chaque pièce : d’où vient à cette espèce de

2 construction le nom de ‘‘charpentes à têtes.” Les interstices

k entre les pièces sont calfeutrées avec de la mousse ou de l'écorce ne > de cèdre. Le toit est formé de planches fendues et dressées à la

|. hache, lesquelles, dans le vocabulaire de nos forestiers, portent le nom ‘‘d’éclats.” Les planchers du haut et de bas sont faits de petites pièces grossièrement équarries.

‘ L'intérieur du logement des hommes de chantiers se compose d'ordinaire d’une seule pièce. Tout autour de cette pièce règne 4 une rangée de lits ou ‘‘ couchettes,”’ dont les ais sont fixés aux D lambris. Le plancher des couchettes est formé de petits barrotins ‘ recouverts d’une couche plus ou moins épaisse et plus ou moins

00e bien arrangée de branches de sapins, selon le ‘‘ sybaritisme ” de ‘4 l'occupant : un oreiller, dont ni la matière nila forme ne sont prescrites par le réglement, et des couvertures de laine complètent 0 la literie des ‘‘ hommes de chantiers.”

‘{ Un poëèle, dont les tuyaux traversent le toit, occupe d'ordinaire le centre du logis, entouré le soir de ‘‘ mitasses,”” de chaussettes, de mituines qu’on fait chauffer pour le lendemain. Dans

les chantiers de l'Ottawa, le poèle est remplacé par un âtre de sable encaissé, qu’on élève au centre du logis : la fumée s'échappe par une ouverture carrée ménagée dans le toit. Une table à tréteaux, quelques sièges rustiques, des ustensiles de cuisine et de table, quelques outils, une meule et des pierres à aiguiser, un miroir, quelques montres, un ou deux fusiis et le modeste nécessaire de toilette de chacun complètent tout l’ameublement du ‘“ camp.”

‘ J'ai parlé des sièges : il en est une espèce particulière aux chantiers laquelle prête aux formes les plus variées et les plus pittoresques: je connais certains ébénistes forestiers qui possèdent un talent remarquable dens ce genre de travail. Ces sièges sont confectionnés sans tour, et sans avoir recours au système coûteux et peu sûr des mortaises, clous, chevilles, vis et colle forte. Les branches d’un sapin en forment les pieds quelquefois les bras et le dossier ; partie du tronc de l’arbre, façonnée selon le goût et la patience de l’ouvrier, en constitue le siège, La chronique rapporte que le premier siège, ‘‘style chantier ”, qui fut produit, avait quatre pieds ; il fait ainsi fait que quelqu'un, entrant le soir dans le camp, le prit tout bonnement pour la chienne du contre-maître : de là vient qu’on nomme ce siège une chienne, et qu'il est, par conséquent, fort comme il fa 1t de dire dans les chantiers, à celui qui se trouve de service à l’arrivée d’un étranger : ‘‘ présente donc une chienne à monsieur ”, ou à l'étranger lui-même : ‘‘ Monsieur, veuillez vous asseoir sur cette chienne.”

‘ Disons un mot, maintenant, du personnel des chantiers et de l'organisation sociale et hiérarchique dans cette société des bois. Naturellement, le chiffre de la population varie selon l’importance de l'exploitation et la richesse de la portion de forêt soumise à cette exploitation ; mais si la population d’un chantier, quel que fut son chiffre, défilait devant vous dans l’ordre des préséances, voici le rang relatif que chacune de ces diverses classes occuperaient : 1. le contre-maître ; 2. les bûcheurs ; 3. les charretiers ; 4. les claireurs; 5. le couque.

‘ Le contre-maître et le couque sont des fonctionnaires uniques dans leurs attributions ; les autres sont des travailleurs dont le

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Ne nombre proportionnel varie selon les circonstances de temps et de

| lieux.

le ‘ Le contre-maître est le dépositaire absolu, par la volonté du

11 bourgeois propriétaire, de l'autorité sociale de la communauté : il | 11 pose et résout les questions, donne des ordres, tranche et agit

selon son bon plaisir, et ne doit compte de son administration qu'à celui qui l’a envoyé.

‘“ Le couque, bien que venant en dernier lieu dans l’ordre hié- | rarchique, sert véritablement, sans préjudice à ses fonctions de | cuisinier, de ministre de l’intérieur au contre-maître.

j ‘* Les ‘‘ bûcheurs ” abattent les arbres propres à l'exploitation | et séparent du reste les parties qui ne conviennent pas comme bois de commerce. Dans les chantiers où l’on manutacture du | ‘bois carré ”, les ‘‘ bûcheurs ” se partagent en trois catégories ; 1 ceux qui abattent les arbres, ceux qui les dégrossissent qu'on 1 appelle piqueurs, et ceux qui finissent l’'équarrissage, lesquels 4. reçoivent le nom de ‘‘ doleurs ” ou ‘‘ grand’haches.”

j | . . . A 1 ‘“ Les charretiers chargent les pièces de bois sur leurs traf-

neaux, de forme particulière, et les conduisent à la ‘‘ jetée,” sur le A bord de la rivière flottable la plus voisine, La jetée est ainsi L appelée parce que les pièces de bois amassées dans cet endroit, he sont précipitées toutes ensemble dans la rivière au printemps,

quand la fonte des glaces et de la neige permet de commencer la ‘“ descente ” vers le moulin à scie, ou le lieu de départ pour le port d'embarquement.

à | ‘“ Les ‘‘ claireurs ” débarrassent les endroits de ‘‘ hâlage ” des { arbres et branches qui font obstacle ; ils établissent les chemins, | les foulent avec les pieds, les arrangent avec la pelle et les entre- {l . tienpent ainsi tout l’hiver dans le plus parfait ordre. | ‘“ Les devoirs et les attributions de ces divers états, les droits ls et les prérogatives qui en découlent sont réglés et définis par les dl us et coutumes des chantiers, sans constitution écrite et tou- LS jours sous le bon plaisir législatif, administratif et judiciaire du contre-maître.”’ Les forêts canadiennes appartiennent aux gouvernements provinciaux dont elles forment le principal revenu. On les divise

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par limites de quinze ou vingt lieues et on vend les coupes à l'encan.

En 1871, le gouvernement de Québec avait ainsi concédé, dans le nord de l’Ottawa, six cent onze limites qui couvraient un rayon de 15,794 milles carrés. Outre le prix d'achat de la limite, l'acquéreur paie encore une redevance pour chaque pied de bois carré qu'il coupe et pour chaque billot qu'il abat.

L'exploitation de la forêt se fait ainsi sur une immense étendue et une prodigieuse activité règne chaque hiver dans les bois. A la fin du chaque automne pas moins de 25,000 hommes se dirigent dans les profondeurs des forêts pour n’en sortir qu’au printemps. *

Ils sont divisés par chantiers de quarante à soixante hommes environ. Le bois diminue, on le comprend, avec une grande rapidité, et il faut que les bûcherons s’enfoncent maintenant à une centaine de milles dans les terres. La grande dépense des bourgeois de chantiers est le transport des vivres à ces distances. Aussi font-ils défricher de grandes fermes qui leur servent d’entrepôt. Puis, lorsque le bois a été coupé et que les chantiers se sont éloignés vers le nord, ils vendent ces fermes désormais inutiles pour eux, mais qui deviennent souvent le centre d'un florissant village agricole.

Les grands arbres sont rares aujourd’hui, et le commerce du bois carré n'existe pour ainsi dire plus. Les scieries elles-mêmes diminuent de nombre, tout en augmentant de puissance. Le commerce du bois est encore énorme au Canada. L’exportation, en 1895, s’en est élevée à $23,374.00, dont $9,100,000 pour la seule province de Québec. Le centre de cet immense commerce est la province ecclésiastique d'Ottawa. Les principales scieries sont établies sur les bords de la rivière, depuis Mattawan jusqu’à Hawkesbury, à Pembroke, à Arnprior, à Aylmer, à Chelsea, à Buckingham, à Rockland et surtout à Ottawa qui est le grand marché de l’univers. t

* Joseph Tassé : /a vallée de l'Outaouais.

+ Voici les noms de quelques compagnies bien connues : MM, Conroy et Cie aux Chênes, près d'Aylmer ; Bronson et Weston ; John R. Booth ; Buell et Hurdman ; Gilmour et Cie ; Edwards et Cie À Ottawa; Gilmour et Cie à Chelsea ; MacLaren et Cie, Ross et Cie à Buckingham ; Edwards et Cie à Rockland ; Robinson et Cie À Hawkesbury.

Les chantiers sont une fortune pour l'habitant canadien. Pendant les longs mois d’hiver il monte dans le bois où il gagne, outre sa nourriture, de quinze à trente piastres par mois. Malheureusement, il y perd souvent le goût de l’agriculture et il y prend l’habitude de négliger sa terre.

Trop souvent aussi les jeunés gens, perdus au milieu d’une foule d'étrangers de toutes races et de toutes religions, s’abandonnent au vice. L'été au lieu de rentrer au foyer, ils demeurent dans les hôtels des villes, gaspillant des centaines de piastres en de continuelles orgies. Ils n’osent plus, ensuite, paraître au village, et passent ainsi de longues années, dans une vie de désordres et de péchés.

Mais les abus dont nous sommes aujourd’hui les témoins attristés ne peuvent se comparer en rien aux excès qui étaient familiers aux voyageurs d'autrefois. Bytown, depuis sa fondation jusqu’ eut la renommée d'être un enfer. Centre des travaux du canal Rideau, rendez-vous de tous les voyageurs des chantiers, il n’était pas rare d’y voir des étrangers réunis par centaines et par milliers. En ce temps-là, les haines de race et de religion étaient vivaces, le whisky et le rhum coulaient à flots ; la justice, encore mal constituée, n'existait, pour ainsi dire, pas : autant de motifs de désordres.

Les Irlandais, aigris par les persécutions séculaires qui les avaient forcés d’émigrer en Amérique, se faisaient remarquer entre tous. Ils s'étaient coalisés contre les orangistes, leurs mortels ennemis, et ils opposaient à leur haine fanatique, leur colère et la force de leur bras. Le sang coula plusieurs fois à l’occasion de la Saint-Patrice ou du 12 juillet, fête du roi Guillaume d'Orange ou plutôt célébration de la bataille de la Boyne, en 1690. Aujourd’hui encore les orangistes n’ont point désarmé, et quoique désabitués des luttes sanglantes de la rue, leur haine conte Ha religion catholique se manifeste à l’occasion des luttes électorales et des intrigues de la politique.

Malheureusement, les organisations ouvrières, formées à l'origine dans des buts légitimes, pour obtenir justice et liberté, ne tardent pas, si l'Eglise n’y met pas ordre, à dégénérer, et à

devenir, entre les mains de quelques meneurs, des instruments d'oppression.

Une société se forma pour monopoliser le travail des chantiers. On appelait ses membres les Chêneurs (Sw?ners) parce que eux seuls devaient régner et briller. Malheur à qui osait se faire embaucher dans les chantiers sans appartenir à la société.

Tous les chêneurs étaient des émigrants, des ‘‘ Uripiens ”, (Européens) comme les appelaient les Canadiens ; et ils donnaient aux Canadiens-français le nom insultant de Kenocks, ce qui ne signifie rien, mais l'intention fait tout.

La concurrence des Canadiens devenait chaque jour plus redoutable à mesure qu'ils affluaient à Bytown. On se résolut de les dégoûter du pays, et les batailles devinrent quotidiennes. Les Canadiens, peuple patient et docile, recevaient généralement les coups et osaient à peine les rendre. Ils étaient devenus des souffre-douleur et des parias.

Les chêneurs se faisaient un jeu de déménager une maison en pleine nuit, d’assommer un passant paisible, de gâter l’eau d’un puits, de mettre le feu aux étables, de déshabiller les enfants dans la rue pour les voir courir sur la , d’enfoncer les vitres à coups de canne. Un jour ils sortirent du corbillard un cercueil et l’abandonnèrent au milieu de la rue, après avoir dispersé le convoi.

C'étaient là les menus plaisirs de cette horde.

Bytown, au milieu de ses forêts, était l’'épouvantail du Canada. ‘Il n’y a pas de Dieu à Bytown,” disait le proverbe. Le fait est qu'on n’y pensait guère à Dieu. Revenir de Bytown, signifiait revenir de la caverne du lion. Quand une faille restait sans nouvelles d’un enfant parti pour les chantiers, on le pleuraïit comme mort et l’on se disait tout bas: il aura été tué à Bytown.

Les anciens racontent que souvent, la nuit, on entendait làbas au pont des Chaudières des voix désespérées et des cris lamentables. C’étaient des voyageurs attardés que les chêneurs jetaient dans l’abîme, ou des chêneurs qui, rencontrant plus forts qu'eux, allaient rejoindre, à leur tour, leurs victimes au fond de la rivière.

Les Canadiens s'émurent enfin, et leur réveil fut terrible.

Ces désordes se prolongèrent jusqu’en 1849, à l'époque de la fameuse bataille des pierres. Cette émeute, où il y eut des tués et des blessés, et qu'étouffèrent difficilement les compagnies de milice appelées aux armes, remplit les chêneurs d’une crainte salutaire et mit fin à cette odieuse institution.

Le caractère sérieux de notre histoire ne nous "permet pas de raconter ici les exploits légendaires de certains voyageurs, bien capables d'exciter la verve des romanciers. Les noms de Jos. Montferrand et de ses compagnons : Senécal, Brûlé, McDonald, Taillefer, Joseph Clermont, Joseph Colas et Louis Montferrand ne sont point près d’être oubliés des catholiques. Les orangistes ne les oublient point non plus. Chacun de ces hommes avait plusieurs morts sur la conscience ; nous n'osons pas dire des meurtres, car presque toujours la justice était de leur côté.

Dans ces journées où la bête humaine, reprenant le dessus, s’abandonnait à ses instincts sanguinaires, une seule autorité parvenait encore à se faire écouter ; l'autorité du prêtre catholique, tant était enracinée la foi de ces rudes aventuriers, Le P. Cannca se rendit fameux dans le pays. Maintes fois il calma les esprits, maintes fois il se jeta au plus fort de la lutte et, à grands coups de houssine, sépara les combattants.

Terminons ce chapitre par deux traits qui intéressent le lecteur.

Un jour, un missionnaire catholique remontait l’Ottawa en canot d’écorce. Au moment d'aborder à Hull voilà u’une nuée d'orangistes apercevant sa soutane, sortent de la Pigeonnière et accourent sur la rive en hurlant pour lui faire une chaude réception. Le Père effrayé donne ordre à ses conducteurs dont l’un était Jos. Montferrand, de rebrousser chemin et d’aller attérir à Bytown. L’hercule s’y refuse. Non pas, mon Père, dit-il Nous allons débarquer ict. N'ayez crainte, je vous ferai de la place, et, sil le faut, je balaye tout le village. (On aborde au milieu d’un charivari sans nom. Montferrand, qui ramait tête basse, saute à terre avant d'être reconnu, trébuche et tombe presque aux pieds du chef de la bande. A l'instant même, notre orangiste, empoi-

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gné par les déux jambes tournoyait dans l’espace et s’en allait plonger, tête baissée, au fond de l'eau. Les autres, effrayés, détalèrent.

La seconde anecdote est plus sérieuse et fait honneur à la religion.

Les chêneurs ne règnaient pas seulement à Bytown, leur organisation s’étendaient sur la Gatineau.

Un certain écossais protestant, du nom de Stewart, acheta un lot sur le haut de cette rivière et vint s'installer, tout seul, au milieu des bois, avec sa femme et ses trois petits enfants. C'était hardi pour ce temps, et ses amis le blâmèrent ; mais l’obstiné montagnard, entêté comme ceux de sa 7ace, tint bon et commença à défricher ses terres.

Tout lui réussit à souhait, et il riait des vaines terreurs de ses amis. Après six ans de misères et d'un dur labeur, sa terre, mise en bon état, commençait à le payer de ses peines. Déjà l’aisance lui souriait, quand un incident faillit tout compromettre.

Un jour il descendit à Hull. C'était en temps d'élection, et la lutte était vive entre orangistes et chêneurs. C'était l’usage, comme on sait, que l'habitant qui descend à la ville, boive un peu plus que de raison. Notre homme se garda bien de manquer à l'usage, d'autant plus qu’il buvait aux frais des candidats. Une fois qu’il fut un peu chaud, sa langue se délia, il se souvint que lui aussi était orangiste, et il tint des propos peu séants à l’adresse des catholiques. L’oreille délicate de ceux-ci en fut offensée, et ils lui jurèrent que, sous peu; il aurait de leurs nouvelles.

Rentré chez lui, notre homme raconta en riant à sa femme ce qui était arrivé, mais la pauvre femme, prenant avec raison la chose au sérieux, entra en épouvante et ne fit plus que trembler.

Sur ces entrefaites, trois jours après, un prêtre écossais, le P. Paisley, que nous connaissons déjà descendant la rivière dans une de ses tournées, avec un compagnon, vint frapper à la porte de Stewart et demanda l'hospitalité.

Les trois petits enfants de ia maison n'avaient point encore reçu le baptême ; et nos écossais, quoique presbytériens, heureux de la visite du prêtre catholique, le prièrent de le baptiser. Le P.

Paisley accéda à leur demande ; puis, sur leurs inStances, comme la nuit approchait, il accepta de coucher sous leur toit.

Vers une heure du matin, des coups violents, frappés à la porte, réveillent les hôtes endormis. Qui est là? crie Stewart. Sortez, lui répond-on ; on a besoin de vous. (C'’étaient les chêneurs.

Tout le monde dans la maison se lève à la hâte. Stewart, son fusil à la main se tenait devant la porte qui cédait sous les coups ; la femme et ses enfants, à genoux dans un coin, tendaient au ciel des mains suppliantes ; encore un instant et le sang allait couler.

Soudain, au moment même où la porte tombait sous la poussée du dehors, un homme en surplis, un crucifix à la main, se précipite entre l’écossais et les étrangers masqués qui entraient. C'était le P. Paisley.

A sa vue,les meurtriers reculent un instant; mais bientôt reprenant courage, ils demandent à grands cris qu’on leur livre leur ennemi.

— Vous ne le toucherez point que vous ne m’ayez tué auparavant, dit le prêtre. Au nom de celui dont vous voyez l’image, je vous ordonne de quitter cette maison.

—Père, nous voulons prendre Stewart, c'est un orangiste, crient-ils.

—C'est un chrétien et un honnête homme, répond le prêtre, ce que vous n'êtes pas, vous qui venez, la nuit, l’arracher à sa famille et verser son sang. Vous rappelez-vous avoir été baptiség dans la vieille Irlande, au signe de ‘a croix ? Eh bien, moi, hier, j'ai baptisé les trois enfants de cet homme au même signe de la croix. Il m'a donné à manger, il est mon hôte, Je le répète, vous me tuerez avant de toucher un seul de ses cheveux.

A ces paroles les envahisseurs, se retirant un peu, tinrent tout bas conseil ; puis, leur chef, s’avançant vers le prêtre, lui dit : ‘‘ Père, nous croyons que vous dites la vérité, soyez en repos, nous ne ferons pas de mal à cet homme.’

Ils disparurent, et depuis ce temps, l’écossais ne fut plus jamais inquiété.

C'est que le respect du prêtre est inné au cœur de l'’irlandais catholique, et ce respect, dans bien des circonstances, a arrêté sa main déjà levée pour frapper.” *

* Nous devons tous ces détails sur les chêneurs à M. Benij. Suite.

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