‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 48 sur 275 · LES OBLATS SUR L'OTTAWA · texte numérisé non relu

LES OBLATS SUR L'OTTAWA

n)) VANT de raconter l'établissement des RR. PP, Ÿ Oblats dans ce diocèse d'Ottawa, il convient de dire quelques mots sur l’origine et sur l’arrivée en Canada de cette illustre congrégation.

La congrégation des missionraires Oblats de Marie-Immaculée fut fondée en 1816, par l’abbé de

$ Mazenod, devenu plus tard évêque de Marseille. Les règles et constitutions furent approuvées par le pape Léon XII le 17 février 1826; et dès lors, la nouvelle société prit un rapide essor qui ne s’est jamais ralenti jusqu’à nos jours.

Au printemps de 1841, Mgr. Ignace Bourget qui se rendait à Rome, fit visite en passant à Marseille, à Mgr. de Mazenod. Ces grands prélats se comprirent en se voyant et s’aimèrent d’une tendresse que rien n’altéra jamais. L’évêque de Montréal fit alors connaissance des Pères Oblats et ne tarda point à les estimer comme ils le méritaient. Il demanda donc à leur saint fondateur quelques-uns de ses enfants pour son lointain diocèse.

Mgr. de Mazenod, surpris, hésita. Quels étaient les desseins de la Providence sur sa congrégation ? Ses religieux n'étaient encore qu’en petit nombre, quarante à peine, dispersés dans sept maisons. Ne serait-ce point une faute de les envoyer ainsi au

* Archives des archevêchés d'Ottawa et de Montréal. t Archives des RR. PP. Oblats.

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bout du monde? D'ailleurs, étaient-ils appelés à la vocation des missions étrangères ? Dans ces perplexités, le fondateur pria et consulta. Une circulaire fut envoyée à tous les Oblats avec cette double question : 1° Fallait-il accepter la mission du Canada ? 2° Quels étaient ceux qui voudraient y consacrer leur vie P? Chaque religieux devait répondre privément. Les réponses furent unanimes, ou plutôt il n’y en eut qu’une, celle du Prophète : ‘Me voici, envoyez-moi.”

La proposition de Mgr. Bourget fut donc agréée, et six religieux furent choisis pour la nouvelle fondation. C’étaient le P. Honorat, supérieur, les PP. Telmon, Baudrand et Lagier, missionnaires, et deux frères convers : les FF, Basile et Louis. Ce dernier vit encore et termine dans les exercices de la piété, à Hull, sa longue carrière.

Nos religieux quittèrent Marseille le 27 septembre 1841, et arrivèrent le 2 decembre de la même année, à Montréal, où Mgr. Bourget les accueillit avec uhe tendresse toute paternelle. Il leur présenta même un novice dans la personne de M. Damase Dandurand, jeune prêtre de l'évêché, ordonné depuis depuis deux mois à peine. Celui-ci, voyant dans la parole de son évêque la manifestation de la volonté divine, entra incontinent chez les Oblats, et fit sa profession le 24 décembre de l’année suivante.*

Le 7 décembre 1841, Mgr. de Montréal installa ses nouveaux missionnaires dans la paroisse de Saint-Hilaire de Rouville, Mais ce n’était qu’un pied à terre ; l’année suivante, un bienfaiteur, M. Olivier Berthelot, leur ayant donné une maison à Longueil, ils y fixèrent définitivement leur résidence.

Nous n'avons point l'intention de raconter ici les travaux des Oblats en Canada ; chacun sait combien leur œuvre de prédilection y fut et y est encore féconde. Les exigences de notre sujet nous obligent de nous restreindre. Nous dirons seulement qu’à la fin de 1844, ces religieux possédaient déjà des résidences et des missions sur plusieurs points du pays. Leur nombre s'était con-

* Damase Dandurand, né à Laprairie le 23 mars 1819, ordonné à Montréal le 12 septembre 1841, entré chez les Oblats, à Ottawa, y reste pendant 30 années ; actuellement à Saint-Charles, Manitoba.

sidérablement accru, tant de religieux arrivés de France que de novices canadiens et leur nouveau supérieur, le Père Guigues, conquèrait rapidement, par son rare mérite, l'estime du clergé et de l'épiscopat.

Monseigneur Bourget poursuivit dans la vallée de l'Ottawa, sa politique toute apostolique. Il voulait tout à la fois, convertir les sauvages, raffermir la foi des milliers de voyageurs abandonnés dans les chantiers, créer et organiser des paroisses, en suivant, pas à pas, les progrès rapides de la colonisation : en un mot, jeter les fondements d’un nouveau diocèse dans cette région naguère désolée et aujourd'hui pleine de mouvement et d'avenir.

Pour réussir dans une telle entreprise il lui fallait deux choses, des ouvriers évangéliques, et un centre d'action capable de leur procurer quelques ressources. Les ouvriers ne pouvaient guère être que des religieux. Les religieux, ou plutôt ‘les ordres religieux, ont un esprit de suite et disposent de moyens qu’on ne peut demander au clergé séculier. Seuls ils peuvent pourvoir à des missions dangereuses, en y préparant de nombreux sujets et en les obligeant d'apprendre des langues sauvages qui, pour d’autres que des missionnaires de vocation, deviendraient promptement inutiles ;- seuls ils peuvent combler rapidement les vides que font la mort et la maladie ; seuls aussi, disons-le, ils ont le droit d’escompter l’avenir et de consacrer des sommes d'argent considérables, le plus souvent empruntées, à des œuvres qui pendant de longues années sembleront stériles et aléatoires. Comme l’abeille de Virgile, le religieux bâtit et rebâtit, sans se lasser, sa ruche, jusqu’à ce qu’un jour, un souffle de révolution la renverse ou la donne à d’autres... Sic vos, non vobis ædificatis apes.

Quant au centre de l’évangélisation dans la vallée de l’'Ottawa, il n’y en avait qu’un de possible, pour de longues années encore : c'était Bytown qui grandissait tous les jours, et dont l'importance devenait manifeste aux moins clairvoyants.

Monseigneur Bourget jeta donc les yeux sur les Oblats, et obtint de Mgr. Phelan de leur offrir le poste important de Bytown qui, dans sa pensée, devait être choisie sous peu pour la résidence d’un évêque, 24 octobre 1843.

Les Oblats, ap:ès mûre délibération, acceptèrent à la fois les trois charges qu’on leur confiait : la desserte de Bytown, les missions des chantiers et les missions sauvages du haut de l'Ottawa.

L'histoire succinte de la paroisse de Bytown, des chantiers, des missions sauvages et des paroisses en fondation dans notre vallée, jusqu’à la création du diocèse de Bytown, en 1847, tel sera le sujet de ce chapitre, le dernier du second livre de notre ouvrage.

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