SERRE ER BARRE ET
duisons textuellement. Ils jettent la lumière la plus vive sur les origines de notre pays.
Laissons tout d’abord la parole à celui qui la mérite le mieux, au Rév. M. Brady.
BONSECOURS, SEIGNEURIE DE LA PETITE-NATION, 9 mars 1838.
‘ MONSEIGNEUR, —Hier, à huit heures du soir, je suis arrivé de ma mission dans les cantons de Templeton, de Hull et d'Eardley. En montant, je suis, selon vos instructions, allé visiter M. Cannon qui dessert tout le pays, aux environs de Bytown. De là, je suis monté à Aylmer où j'ai réussi à persuader aux gens de bâtir une chapelle, comme il appert dans une pétition qui a été adressée à Monseigneur de Montréal. J'ai ensuite pénétré dans les terres jusqu’à un petite village, sur le bord de la rivière Gatineau, nommé Chelsea, à trois lieues environ de Bytown. Je suis demeuré là trois jours, bien occupé, et j'y serais resté plus longtemps, si je n'avais annoncé à Templeton une assemblée à laquelle il fallait que je fusse présent. La petite instruction que j'ai faite à Chelsea, le dimanche, à la messe, n’a point été stérile. Trois protestants se sont présentés à moi, le jour s:ivant, le premier pour faire son abjuration, le second, pour faire ce qu’il me plairait, le troisième, pour se confesser et se faire instruire ; jamais confession ne m'a tant édifié que la sienne. Il y a là une centaine de familles, irlandaises pour la plupart, qui ne parle guère que leur langue. Aussi étaient-ils transportés de joie le rencontrer un prêtre capable de les confesser. Nous avons fait des arrangements pour la construction, à Chelsea, d’une chapelle en bois ; et une pétition, à cet effet, va être adressée prochainement à Monseigneur. ‘
On pourrait aussi construire une autre belle église aux Chaudières, vis-à-vis de Bytown. (Hull). Le seigneur du lieu (Wright) offre un emplacement, et de plus, cent louis pour sa part, et cent autres louis de la part de ses ouvriers, $800. Il ne demande que la permission de bâtir la chapelle. Je n’ai point voulu donner de réponse avant de consulter Votre Grandeur, pour la bonne raison
que les ouvriers de ce monsieur qui formeraient la nouvelle mission, demeurent à peu de distance de Bytown.
De là, je me suis rendu à mon assemblée de Templeton où j'ai trouvé les gens bien disposés à bâtir une chapelle. Il y a dans un petit coin de ce canton (la Pointe-Gatineau) une douzaine environ de familles canadiennes avec un irlandais, le plus riche et le plus respectable habitant de ce canton. Or, dans cet endroit, un beau terrain a été déjà donné pour la construction d’une église et d’une école. Ce terrain serait assurément le plus convenable de toutes les façons pour y élever la chapelle. Malheureusement la majorité des colons sont dispersés par tout le canton et surtout à l’autre bout, et ceux-ci désirent qu’au lieu de bâtir à la Pointe, on accepte un terrain offert par un M. Homier, à deux milles environ, en deça, disant que la distance serait mieux divisée et qu'ils auraient encore de cinq à huit milles à faire pour venir à l’église. Mais les canadiens se sont entêtés et n’ont pas voulu se démettre de leurs prétentions. Quant à mon irlandais et à M. Homier, ils prétendent rester neutres dans le litige et ne se prononcer d'aucun côté. Lorsque j'ai vu qu’on ne pouvait s’accorder j'ai jeté au feu l'acte et une partie de la liste des souscriptions, qu’ils avaient dressés.... J'attends maintenant vos instructions. Les gens qui nous ont empêché de procéder sont de pauvres gens, et les autres pourraient parfaitement se passer d’eux et bâtir seuls.
Je vous demande maintenant, Monseigneur, la permission de visiter, de temps en temps, ces pays reculés et presque abandonnés. Nos catholiques y sont tourmentés par des baptistes et d'autres ministres de la même espèce qui font des ravages parmi eux. Je leur ai promis qu'ils auraient un prêtre dès que leurs chapelles seraient bâties, et je pense qu’on y ferait beaucoup de bien. Je pense aussi qu’ils seraient capables de faire vivre un prêtre, pourvu qu'il ne fut pas difficile à contenter. Quant à M. Cannon, il ne peut pas s'occuper beaucoup de ces gens-là.
Ayez la bonté de &c.
JoHN Brapy.”
Conformément à ce qui avait été arrangé avec M. Brady, une pétition fut en effet adressée d’Aylmer à Mgr. de Montréal, demandant autorisation de bâtir une chapelle. Le Rév. M. Phelan, plus tard curé de Bytown et évêque de Kingston, fut envoyée sur les lieux pour informer. La pétition était signée par quatre syndics d'église : James Smith, Peter Aylen, Agapit Lespérance et Joseph Belle. Elle porte la date du 5 mars 1838.
M. Phelan arriva sur les lieux au commencement de juillet de la même année et visita successivement Aylmer, Chelsea et Templeton. Il fixa officiellement la place des chapelles à bâtir. Nous citons en entier ces actes à cause de leur ancienneté.
‘“ Le 5 juillet 1838, à une assemblée de la congrégation catholique d’'Eardley et d'Aylmer, dans le canton de Hull, diocèse de Montréal, convoquée selon l’usage par une notice donnée par messire Brady, desservant de la dite congrégation, je, prêtre soussigné, en vertu d’une commission spéciale de Mgr. J. J. Lartigue, évêque de Montréal, en date du 6 mai dernier, ayant pris toutes les informations nécessaires sur le lieu destiné pour une église et sur les sentiments des habitants à ce sujet, ai marqué la place, du consentement unanime de l’assemblée, sur un terrain de deux arpents de superficie, situé dans le village d’Aylmer, sur le bord du lac Chaudière, donné par Charles Syms, écuyer, en don gratuit à messire Brady et aux syndics déjà dûment élus pour acquérir et posséder au nom de la dite congrégation d’Aylmer et d’Eardley huit arpents de terrain, en vertu du statut provincial de la onzième année du règne du roi George quatre, chap. 58, et accepté par eux par acte légal devant notaire public. La dite église doit avoir 46 pieds de long sur-36 de large et 18 de hauteur environ, en maçonne. Derrière l’autel, on devra bâtir un presbytère de 30 pieds carrés, à deux étages, dont une partie du bas servira de sacristie. Cet édifice sera bâti par souscriptions volontaires.
P. PHELAN, Prêtre.
MoxnTRÉAL, le 5 octobre 1838.
‘ Le 7 juillet 1838, à une assemblée de la congrégation catholique de Chelsea, canton de Hull....(le reste w£ supra). Je, P. Phelan ai marqué la place de l'église dans un terrain de
deux arpents en superficie, dans le village de Chelsea, donné en don gratuit par M. Bringham à Messire Brady, desservant de la dite congrégation, à John Carrigan, Richard Daily et Daniel Mullin, syndics dûment élus....(le reste w/ supra). Cette église
* aura 40 pieds de long sur 28 de large et 15 pieds de haut, environ, toute en bois, ainsi que la sacristie. Il faut ajouter ici que M.
Bringham m’a promis à moi, que, outre les deux arpents ci-dessus, Il donnera un autre arpent de terre, pour en faire un cimetière, à lnsage de la dite congrégation.
P. PHELAN, Prêtre.
MoxnTRÉAL, le 6 octobre 1838.
Le 10 juillet 1838, à une assemblée de la congrégation catholique de Templeton, en l'absence du dit Messire Brady, moi présent, présidant en vertu d’une commission spéciale ai nommé syndics pour acquérir et posséder, au profit et nom de la dite congrégation de Templeton, 8 arpents de terre, en vertu RE MM. John Brady, prêtre desservant la susdite congrégation, J. McGoey, Housnier, Cullin et Laurent, dont les successeurs ès dites qualités seront toujours le prêtre desservant et quatre des habitants du lieu, qui seront nommés par la majorité des syndics eux-mêmes, à mesure qu'il y aura vacance dans la place de l’un d’entre eux, sans qu’il soit besoin, pour leur élection, d’une nouvelle assemblée de la congrégation ; et cela jusqu’à ce que la dite congrégation étant civilement reconnue comme paroisse légale ; les huit arpents de terre sus mentionné, tombent sous l'administration du curé et des marguillers de la dite paroise.
P. PHELAN, Prêtre.
Fair à Templeton, chez M. Homier, le jour et l’an que dessus.
‘4 Ce même jour, après avoir pris connaissance de l’endroit le plus avantageux et surtout le plus central, en vertu d’une commission spéciale, j'ai désigné un terrain sur la pointe de la rivière Gatineau qui m'a été dit avoir été promis par M. Wright, propriétaire du dit terrain, à la congrégation catholique de Templeton ; en même temps, j'ai député M. Laurent pour aller
demander à M. Wright qu’il donne par écrit une assurance qu'il accordera le dit terrain pour l’usage de la dite congrégation afin d’y bâtir une église aussitôt que possible.
$ P. PHELAN, Prêtre.
DonKé à Montréal, le 6 octobre 1838.
Quelques jours plus tard, M. Brady envoyait à l’évêque de Montréal un rapport remarquable sur les divers cantons de l'Ottawa supérieur ; le voici à peu près textuellement :
‘# PETITE-NATION, 4 novembre 1838.
‘* MoNSEIGNEUR,—Selon votre demande je vous envoie le compte-rendu de mes missions le long de la rivière Ottawa, pendant l’année 1838. Dans les trois premiers mois de l’année, comme j’'gnorais l’état d'extrême détresse spirituelle dans lequel se trouvaient les fidèles au-dessus du canton de Buckingham, j'ai consacré tous mes soins, de concert avec M. Brunet, à la desserte des missions de Buckingham, de la Petite-Nation et de Grenville,
ce qui était une tâche suffisante, puisque chacune de ces missions
est bien capable d'occuper exclusivement un missionnaire.
‘ Au commencement, je trouvais bien pénible de monter, une . fois par mois, à Buckingham, à dix ou douze lieues de ma résidence, par des chemins à travers bois, complètement négligés. Cependant, je vis ces pauvres gens si bien disposés à profiter des moyens de salut qu’on ieur offrait, que bientôt les difficultés, qui d'abord m'avaient semblé insurmontables, commencèrent à me paraître moins grandes, surtout quand je me fus rendu compte de la fidélité des fidèles à se rassembler dans leur petite église et à s’avertir mutuellement de mon arrivée, quand j’eus vu des pauvres femmes apporter dans leurs bras leurs petits enfants pour les faire baptiser, à des distances aussi grandes que celles que je franchissais moi-même. En effet, la plupart des habitants, à Buckingham, sont établis de cinq à douze milles de l’église. Enfin, le respect et l’attachement qu'ils me témoignent a tellement touché mon cœur, que je me suis attaché à eux tout de bon, et que je m’estimerais heureux aujourd’hui de leur pouvoir consacrer le reste de
mes jours. L'église de Buckingham était déjà construite et plâtré avant mon arrivée; mais par l’effet de la dureté des temps, dans ces dernières années, ils n'avaient point été capables de pousser les derniers travaux. Je suis parvenu, depuis le départ de M. Brunet, à faire poser les châssis aux fenêtres et à faire construire un autel, lequel n’est point encore garni, à l'heure qu'ilest. J'ai eu la consolation d’une conversion.
‘“ La mission de Grenville, moins éloignée que celle de Buckingham, est aussi moins laborieuse. Les catholiques de ces cantons sont très dispersés, et plusieurs d’entre eux ne peuvent venir que très rarement à l’église ; quelques-uns, même, une fois, à peine, chaque année. Ces derniers ont été travaillés par des ministres méthodistes, qui leur ont distribué des tracts et des pamphlets. Ayant appris ces mauvaises nouvelles, je fis, au commencement du printemps dernier, un tour parmi ces gens et je leur prêchai de mon mieux une mission. Mais, quoique j’eusse eu soin d’emporter ma chapelle avec moi, je ne pus trouver nul part une maison assez décente pour y célèbrer la messe. J'ai cherché partout les mauvais livres et je me suis emparé de tous ceux que j'ai pu rencontrer. J'en ai conservé quelques-uns à notre résidence, Ensuite, je leur parlai de construire une petite chapelle où je viendrais faire mission, deux ou trois fois chaque année, ce que je jugeais nécessaire, à cause de l'impression fâcheuse que ces mauvais livres avaient faite dans l’esprit de quelques-uns. Cet été, j'ai fait une nouvelle tournée dans ces montagnes et j'ai trouvé tout dans l’ordre. Ils sont moins sollicités, parait-il, depuis ma visite, quoique les partisans du prédicant eussent juré de me brûler vif si jamais je revenais dans l’Augmentation. *
‘* Dans les cantons de Templeton, il y a à peu près une centaine de familles catholiques, dont la moitié environ, demeure le long de la Grande-Rivière et de la Gatineau, et les autres sont dispersées dans ies bois du canton. Dans le canton de Hull on compte environ le même nombre de catholiques, mais bien plus de protestants de toutes confessions, lesquels possèdent chacun leur
* Augmentation de Grenville, au-dessus de la Pointe-au-Chêne, et canton de Harrington.
église et leur ministre. Quoique Votre Grandeur pôût aisément se persuader que ces catholiques sont bien desservis de Bytown, ils affirment qu'il n’en est point ainsi et ils font tous leurs efforts pour se préparer à avoir un prêtre résident. J'ai fait chez eux quatre ou cinq visites dans le cours de cette année et j'ai baptisé bon nombre d'enfants âgés, pour la plupart, de trois à neuf mois. Nous avons eu sept conversions ....,
‘ Le 3 octobre, je suis parti pour la mission du Fort Coulonge et je n’en suis revenu que le 10 novembre. Plusieurs fois dans cette mission il m'est arrivé d’être retenu à confesser jusqu’à dix heures du soir. Chaque fois que nous allons par là nous nous imaginons en avoir fini avec tous les désordres qui régnent, et néanmoins, plus nous y retournons et plus nous pénétrons dans ces cantons reculés, plus nous découvrons de nouvelles misères. Un nommé Joseph Parry avez sa femme sont venus me trouver au Grand Calumet, et i’agporter leur enfant à baptiser. Les ayant interrogés j'ai découvert que la mère, elle-même, n'était point baptisée. Ælle a six enfants, tous sans baptême. Il m’a fallu réhabiliter tout cela. Ils ne sont pas les seuls qui vivent dans cet état ; on m'a nommé une autre famille que je n’ai pu visiter à cause de l’état des cnemins à cette saison.
‘ J'ai lait mission dans tous les postes ordinaires des missionnaires ; j'ai trouvé tout le monde, à part une seule exception, bien disposé à profiter de ma visite ; il y a eu vingt-quatre baptèémes, quatre mariages, deux abjurations, une sépulture et une cinquantaine de communions.
‘ Quoique Votre Grandeur soit suffisamment convaincue de l'importance de ces missions et de la grande nécessité qu’il y a de les faire fréquemment, néanmoins comme elle n’a point encore parcouru ce pays et que, par conséquent, il y a des détails importants qu’elle peut ignorer, je ferai des remarques qui prouvent, encore d'avantage, combien il est urgent d'envoyer souvent des missionnaires là-haut. La première de ces remarques c’est que les deux rives de la Grande-Rivière, sur toute leur étendue, sont déjà occupées, soit par des catholiques, soit par des protestants de toutes sectes. Ces derniers, surtout les méthodistes et les
baptistes, qui sont les plus fanatiques, ont des ministres et des temples. Ils sont en relation quotidienne avec nos catholiques ; et comme ceux-ci n’ont ni prêtres ni églises et ne veulent pas aller prier avec eux, ils leur font honte et leur reprochent d’être des athées. Aussi arrive-t-il que parfois, malheureusement, quelquesuns des nôtres prêtent l'oreille à leurs insinuations et se joignent à eux ; c’est pourquoi nous rencontrons, dans ce pays, des individus qui devraient être des catholiques et qui, hélas ! ne le sont plus.
‘# La seconde remarque est celle-ci. Comme Votre Grandeur ne le sait que trop, la plupart des canadiens établis là haut sont des gens qui, tout jeunes, ont quitté leurs paroisses pour monter dans les bois, où ils ont vécu, non comme un saint Paul l’Hermite ou un saint Antoine, mais comme des hommes de chantiers ! ! ! Ils ont perdu, par conséquent, sinon tout, du moins presque tout sentiment de religion. Telles sont ces brebis égarées, et leur nombre s'accroît de jour en jour. D'ores et déjà, il y a là de quoi occuper en permanence deux ou trois missionnaires.
‘“ Autrefois une ou deux missions par an suffisaient. Aujourd’hui il n’en est plus ainsi, car des jeunes gens grandissent là haut qui ne savent rien. Ils se marient ensuite et sont incapables d’instruire leurs enfants. Tous, jeunes et vieux, vivent dans la dernière ignorance ; il est donc urgent de les instruire ; et pour cela il faut les visiter souvent, ou, du moins, demeurer avec eux plus longtemps qu’on a coutume de le faire.
‘“ Ils sont exposés aux fatales communications avec ces méthodistes et ces baptistes qui ne négligent aucune occasion de faire des prosélytes. Ces héritiques ont leurs écoles, leurs temples et leurs ministres ; nous, nous n'avons rien de tout cela. Il n’y a pas dans tout le vaste territoire que nous desservons, une seule école catholique, sauf à Buckingham où nous en avons une. J'ai fait tous mes efforts pour en établir d’autres, les moyens m'ont fait défaut.
‘ Tel est, Monseigneur, l’état pitoyable de cette portion de votre diocèse. Les enfants de la maison, les premiers nés de la foi y sont, je ne dirai pas négligés, car je sais combien Votre
Grandeur compâtit aux douleurs de ses pauvres missionnaires, je ne dirai pas non plus oubliés, car je sais que Votre Grandeur fait tout ce qu’elle peut pour leur distribuer le pain de vie ; mais plût à Dieu que les chrétiens du Canada fissent ici pour leurs proches, leurs voisins, leurs amis, leurs frères, ce que les autres peuples font pour des barbares ; plût à Dieu que ceux qui nagent là-bas dans l’abondance fournissent, de leur superflu, de quoi envoyer ici quelques écoles, où nous puissions instruire les enfants et les mettre ainsi en garde contre les dangers de toutes sortes qui les entourent, au grand risque de leur foi et de leur salut éternel.
‘* Je n’ai point parlé des missions du canton de Hull, c’est-àdire d'Aylmer et de Chelsea. Les fidèles y sont tous préoccupés de la pensée d’avoir un prêtre résidant, qu’ils ne songent pas à autre chose qu’à avancer leurs petites chapelles. A Chelsea, on les prendrait pour une ruche d’abeilles. Tout le monde se réunit chaque jour, chacun apportant sa part, mettant pierre sur pierre, comme s’ils n'avaient qu’un cœur et qu’une âme.
‘{A Aylmer, l'église étant en maçonne, il a fallu suspendre l'ouvrage de la bâtisse aux premières gelées. Mais les travaux n’en avancent pas moins. On fait chantier dans la forêt, et on aura, dès le printemps, le bois tout prêt, pour achever au plus vite. Votre Grandeur recevra bientôt une pétition des habitants de ces cantons la suppliant de tout leur cœur, de toute leur âme et de toutes leurs forces de leur donner un prêtre. Voila, Monseigneur, comment vont les choses, le long de l’Ottawa.
JoHN BraADpy, Prêtre.
Un point de cette lettre si remarquable est particulièrement à noter, la pénurie des écoles. Elles faisaieut complètement défaut. Déjà le 9 août de cette même année, M. Brady avait écrit à Mgr. de Montréal, la lettre suivante : j;
PETITE-NATION, 9 août 1838.
‘* MONSEIGNEUR, — En réponse à la circulaire de Votre Grandeur, relativement aux écoles, je suis obligé de vous dire que, dans la paroisse de la Petite-Nation, il n’y a pas d’école catholique pour le moment. Nous avons bien trois maisons d'école dans la
paroisse, mais depuis que le gouvernement a retiré les secours qu'il avait coutume de fournir, elles sont vides. Les habitants ont bien fait, à différentes fois, des efforts pour les rouvrir, mais il leur a été impossible de payer les maîtres et ils ont dû les abandonner.”
Le rapport de l’année 1839 fut écrit par M. Bourassa, compagnon de M. Brady. Le voici :
PETITE-NATION, mars 1839.
‘ MONSEIGNEUR,—Comme je vous l'avais marqué, je suis parti pour les missions, le 6 janvier, après vêpres. Ce soir-là je me rends chez M. D. B. Papineau (à Plaisance) où je fais trois ou quatre baptèmes. Le 7, par un très mauvais temps, j'arrive À Buckingham chez un M. Burke. On a pour moi tous les soins possibles ; j’en avais grand besoin, car j'étais tout trempé de la pluie. Je ne fais rien dans cette misson, (il ignorait l’anglais) vu que ce sont presque tous des Irlandais, les Canadiens étant occupés aux chantiers. Je dis la messe le matin dans une chapelle assez grande et bien propre, et j'y célèbre de mon mieux un mariage irlandais. Le village est assez considérable, bâti dans une jolie situation, des deux côtés de la rivière aux Lièvres qui forme, en cet endroit, une belle chute. Après ma messe, je me rends à Templeton, chez M. McGoey, où se retire M. Brady, qui était parti de la Petite-Nation le 22 décembre pour ces missions-ci. Je suis témoin de tout le fruit que le zèle de ce monsieur a produit en cette place, ainsi que dans toutes les autres où il avait été, et de la haute estime qu'il s’est attirée, à juste titre, de la part des Français et des Irlandais. Je le trouve dans l’exercice de son ministère et je lui aide un peu en faisant le catéchisme aux petits enfants. À Templeton, les gens ont préparé une maison bien décente pour l’office divin. Le jour de l’Epiphanie M. Brady leur a chanté une grand’messe où il a reçu l’abjuration de Mme McGoey. Tout s’est fait avec beaucoup de solennité : Venx Creator, Te Deum, et si bien que je n’ai jamais vu de monde si satisfait. Le lende-
main, 9, nous avons beaucoup de confessions qui retardent notre-
départ jusqu’à l’après-midi. On ne saurait croire l’'empressement
bat: 71
as,
de ces braves gens à nous rendre toutes sortes de civilités et d’honneurs. Plusieurs des principaux nous accompagnent jusqu’à Aylmer et ne nous laissent qu’à la nuit, nous priant de les faire : avertir lorsque nous descendrons, afin qu'ils puissent venir au devant de nous. Nous ne faisons pas de mission à Aylmer, notre plan étant de commencer par le point le plus éloigné, afin que tout le monde soit prévenu. Nous partons le 10, après nos messes, et nous nous rendons aux Chats le soir, à environ trente milles d’Aylmer, dans le Haut-Canada. Il y a là un bon village desservi par M. Térence Smith, de Richmond. Nous 4ogeons chez M. MacDonnell qui est rempli de politesse. Nous n'avons rien à faire dans ce lieu, M. Smith le desservant régulièrement. Nous quittons ce village le 11, et nous allons loger chez un autre MacDonnell, vieillard fort respectable, au Portage-du-Fort, sur le Bas-Canada. Enfin, le 12, nous arrivons à la Passe. Les habitants de la Passe se trouvent presque tous sur le Haut-Canada. Nous trouvons chez M. F. Leclère, Bas-Canada, un bon logement. Les missionnaires vous ont déjà fait connaître la Passe ; c’est le plus triste lieu qu’on puisse voir. Les gens y sont des plus négligents pour leur salut et pour ce qui regarde le culte. Leur chapelle fait peine à voir ; elle est pire qu’une grange, Nous envoyons annoncer notre arrivée. À l'ordinaire on ne se presse point. Cependant nous avons quelques confessions et nous chantons une grand’messe, la première qui se soit jamais chantée dans ces parages. Nous faisons aux fidèles les plus durs reproches. Nous leur montrons toutes les peines et les fatigues qu'ont endurées pour eux les missionnaires qui sont déjà venus les visiter et le peu de fruit qu’ils en ont retiré ; leur indifférence, leur endurcissement. Ils paraissent sensibles à ce que nous leur disons. Nous restons dans cette place jusqu’au mardi, 14. Assez de confessions et de communions. - La famille Leclère est trés nombreuse et bien exacte à ses devoirs. Nous quittons la Passe le mardi, pour monter jusqu'aux Allumettes, avertissant que nous serons de retour le mardi suivant et que nous chanterons une grand’messe à une intention particulière et pour leur plus grand bien. Nous nous rendons aux Allumettes Ie soir, et nous allons loger dans l’île, où se trouve la majorité des habitants, chez un irlandais du
nom de Reynard. Je ne vis jamais un homme plus heureux ; il saute de joie. Il nous donne sa maison et tout ce qu’il y a dedans. M. Brady a beaucoup d'occupation parce que, de ce côté de l'île, ce sont presque tous des irlandais. Pour moi, voyant que je n’ai presque rien à faire ici, je vais de l’autre côté avertir les canadiens qui y demeurent en grand nombre. Le dimanche, 19, beaucoup de confessions, grand concours, grand’messe, instructions en anglais et en français. Après la messe, assemblée pour délibérer sur la construction d’une chapelle. Grand empressement. Il est décidé qu’elle sera bâtie dans l'île, où se trouve le plus grand nombre d'habitants. On commence une souscription. Vingt-huit personnes s'inscrivent, à elles seules pour cent trente-quatre louis. Comme il se fait tard, les autres promettent de donner leur souscription aux syndics. Point de vêpres. Après l'assemblée, je vais bénir une croix de l’autre côté de l’île, premier signe de religion en ces lieux. Un bon nombre de personnes assistent à la fête. Je fais une instruction sur le signe sacré de notre rédemption, et l'assistance se montre très recueillie, Le soir, au même lieu, j'entends beaucoup de confessions. Je ne puis rejoindre qu’à onze heures M. Brady, bien content de ma journée. Le lendemain, 20, comme c’est le jour de notre départ, encore un grand:concours, beaucoup de travail, si bien que nous ne pouvons partir qu’à deux heures après-midi. De là, nous traversons chez un nommé Poupore, homme riche, canadien marié à une protestante. Le même soir nous arrivons à la Passe.
Le lendemain, du monde et des confessions en foule, avant et après la messe, si bien que nous ne pouvons partir que le soir. Nous quittons cette mission en la recommandant au bon Dieu qui venait de ramener quelques-unes de nos pauvres brebis. Nous répétons avec reconnaissance ces belles paroles de l’apôtre: Ægo plantavi, Apolle rigavit, Deus autem incrementum dedit.
‘ Nous arrivons à la nuit, au Grand-Calumet. Nous logeons chez Brizard, asile ordinaire des- missionnaires. Les gens de cette île se rendent avec empressement à la mission. Nous y restons jusqu’au samedi, 27 ; nous faisons la prière tous les jours avec instructions ; instructions aussi à la messe, comme les autres missions. Les irlandais, chose surprenante, montrent moins de
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zèle que les canadiens. Le dimanche grand messe, pain bénit présenté par les jeunes gens, beaucoup de monde malgré le mauvais temps. M. Brady reçoit, ainsi qu’à la Passe, une abjuration. Après vêpres, nous allons visiter quelques personnes infirmes et trop éloignées pour avoir pu venir, Il y en a cinq à baptiser, de l’autre côté de l’île, que le mauvais temps nous a empêché d’aller voir. Le lendemain, encore heaucoup de confessions qui retardent notre départ jusqu’à l’après-midi. Dans ces missions, comme partout ailleurs, on trouve du bon et du mauvais; beaucoup de respect, de docilité, une grande attention à la parole de Dieu et aux offices divins, Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que le rebut de nos paroisses qui monte ici y paraît tout autre. Presque tous y vivent largement. Les vices dominants sont | l’ivrognerie, (on ne le croirait pas) l’impudicité, les parties de plaisirs, les inimitiés, surtout aux Allumettes entre les deux nations, les fraudes, tous fruits de l'ignorance. J'ai rencontré de pauvres jeunes gens qui arrivés à l’âge de vingt-cinq ans, n’ont encore fait leur première communion. Ilest fâcheux qu’il n’y ait point de magistrat dans ç 5 contrées ; il s’y commet les plus grandes injustices ; la seule loi est la loi du plus fort. Qu'un prêtre résidant dans ces missions y ferait du bien, quelle autorité il aurait sur les esprits pour les ramener à la yertu! M. Brady, voyant leurs bonnes dispositions, me dit souvent avec son zèle ordinaire qu’il resterait bien avec eux. Les fidèles du Grand- Calumet, eux aussi, se disposent à bâtir une chapelle.
Nous laissons cette dernière place le 28, et nous passons à Clarendon. En mont: + nous avions traversé Litchfield ; nous devions y faire missi si que sur la rivière Bonne-Chère, en face, dans le H- ia, mais nous trouvâmes les chemins cassés. Il y a , de monde à Litchfield ; un peu plus dans Clarendon, mais en grande partie des méthodistes. Le soir nous logeons chez un nommé McDoll de cette secte, vieillard respectable-qui retire chez lui le ministre du lieu, lequel passait pour un grand sire. M. Brady a une discussion avec lui, et fait voir aisément à la famille les niaiseries et l'ignorance du pauvre étourdi, si bien que, le lendemain, le maître de la maison, en présence de son ministre, nous demande des livres pour s’instruire. Il nous con-
gédie en nous faisant mille politesses et mille invitations, et nous laissons notre pauvre ministre occupé à se gratter les ongles dans un angle de la fenêtre.
Le soir, nous allons coucher chez un M. McDonell, à Sand- Point, Haut-Canada, dans l'espoir d'y donner la mission ; mais le mauvais temps a tout gâté, en sorte que, depuis le Calumet, jusqu'à Aylmer, nous n'avons pu rien faire, les habitations étant éloignées les unes des autres, et point de chemin pour y aller. Il peut y avoir de trente à quarante familles catholiques dans toute cette distance sur le Bas-Canada. En Haut-Canada elles sont bien plus nombreuses et sont desservies en grande partie par le bon Père Terrence Smith. Enfin, le 30, nous quittons Sand-Point, à 18 lieues d’Aylmer, et nous arrivons le même jour dans ce dernier village, à onze heures du soir, bien contents de nous retrouver au port sans accident. Comme j'espérais que Votre Grandeur aurait pitié des pauvres gens d’Aylmer, de Chelsea, de Templeton et de Buckingham, et leur donnerait sous peu un prêtre, je ne m'y suis point arrêté, pour commencer des confessions. J'y ai laissé M. Brady, et, le 31, je me suis rendu à la Petite-Nation, mais j'espère que M. Brady vous donnera des détails sur ces dernières missions. Il y a bien encore quelques familles entre Buckingham et la Petite-Nation, mais je n’en connais pas le nombre. Deo gratias.”
te. En ban. à —
Ce rapport serait incomplet, s’il n’était suivi de la lettre suivante :
NOTRE-DAME DE BONSECOURS DE LA PETITE-NATION, 23 mars 1839.
MoNSEIGNEUR,—‘‘La mission que j'ai faite chez M. Papineau sera, je l'espère, assez utile, aux pauvres gens de ce côté là. (Plaisance, North Nation Mills et Papineauville.) J'ai été obligé d’y rester une journée de plus que le temps fixé, à cause du grand nombre des confessions. J'ai été bien surpris de rencontrer tant de monde dans ce petit coin.
J'arrive de Grenville ; je n’ai pas encore fait de mission où l’on se soit porté avec tant d’empressement. Presque tous les canadiens sont venus à confesse. Ces pauvres gens font pitié. Je
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n’ai pas encore vu verser tant de larmes à la confession et aux instructions que j'ai pu leur faire. J'étais accablé de confessions, depuis le matin jusqu’à 8 à 10 heures du soir. Je ne sais pas d’où est sorti tout le monde que j'ai confessé. Il en est venu un bon nombre de Chatham (Saint-Philippe.) Cette dernière place peut aller avec Grenville, et je crois qu’elle ne lui cède en rien. J'ai fait faire la première communion à dix grands enfants. Il y en a dans Chatham de dix-neuf à ving. ans qui ne l'ont pas encore faite. Ils doivent se présenter à la prochaine mission. A l'égard donc de Chatham je vous prierais de m’accorder la permission de leur faire faire leurs Pâques, si vous voulez qu'ils les fasseut une fois dans leur vie ; j'entends ceux qui se trouve dans ce bout-ci du canton.
le suis des plus mortifiés, Monseigneur, de ne savoir pas l'anglais. J'ai toujours craint de vous parler de cela de peur que vous ne pensiez que ce ne fût dans le désir de changer ma destination. Mais, à présent que vous connaissez mes intentions, vous me permettrez de vous communiquer les remarques que j'ai pu faire et qui pourraient servir pour l’avenir....
Il y a beaucoup d’animosité entre les canadiens et les irlandais, et cette animosité subsistera tant qu’ils ne seront pas desservis par deux missionnaires de nation différente. C’est un fait que vous connaissez mieux que moi, que tous les prôtres irlandais ont une préférence marquée pour les irlandais, et vous pouvez croire de quel œil nos canadiens regardent cette préférence. Aussi, lorsque le missionnaire canadient vient, nos bons canadiens font leurs plaintes à leurs Père ; et yzce versa. Et ces bons Pères qui ont encore quelque chose de la fragilité humaine, ne savent trop que dire ; ils se laissent attendrir sur le sort de leurs enfants. De Jà quelques préventions, même entre les missionnaires. L'un désaprouve, ce que l’autre a fait. Et cômme conclusion, l’un des deux partis restera en arrière quand il s'agira d'œuvres publiques. . . Ce sont de petites misères, d'où, par malheur, surgissent de grands inconvénients. . ...
Quant aux catholiques qui habitent les montagnes, j'ai été en visiter quelques-uns, mais j'ai eu peu de chose à faire avec eux,
parce que ce sont des irlandais. J'ai fait commencer l'ouvrage de la chapelle et jespère qu’il avancera maintenant. Je suis assez bien logé. J'ai commencé à acheter un petit ménage, mais les moyens me manquent. J'ai trouvé des gens pour rester. dans notre maison et la garder. Pour les ornements de la chapelle, on s’en sert parce qu’il n’y en a pas d’autres. Il n’y a qu’un calice.
P. Bourassa.” Un peu plus tard, M. Bourassa envoie la statistique suivante :
‘{ GRENVILLE, 7 juillet 1830.
‘ MONSEIGNEUR,—Il1 est très difficile de connaître tout le monde ici, a cause des distances et du manque de chemins : voici les chiffres que j'ai recueillis par informations ; ils ne sont qu’approximatifs :
Communiants. Non communiants.
Familles canadiennes. 74 204 182 Familles irlandaises ... 34 108 74 TOUR 462 108 312 356
Dans la Petite-Nation, il y a, je crois, dix familles irlandaises, environ trente communiants et autant de ron communiants. Je n’ai pas encore pu connaître le nombre des habitants de Lochaber et du Gore ; j'ai prié le docteur Leman, qui connaît très bien ces localités de m'en envoyer la liste, au plus tôt. Quant aux autres cantons, je ne sais rien d'eux. Je suis bien content de la Petite- Nation ; pour Grenville, la jeunesse y est généralement licencieuse.”
On voit avec quel soin les évêques de Montréal s’informaient de l’état des parties même les plus reculés de leur diocèse, et l’on admire en même témps le dévouement et la sagacité de ces jeunes missionnaires qu’ils envoyaient faire leur stage ou vicariat dans ces régions. De quoi y vivaient-ils? D’un maigre casuel et de ce que les fidèles, généreux sans doute, mais pauvres encore, comme tous les colons qui commencent, pouvaient leur donner. Parfois ils poussent des cris de détresse. Dans une lettre du 20 juillet 1839, M. Bourassa constatait qu'il n'avait pas un sou de provisions
et qu'il ne vivait, depuis quelque temps, que du poisson qu’il pouvait prendre. Quand nous comparons notre vie facile avec celle de ces vétérans du ministère, nous nous sentons bien petits, et nous devenons forcément modestes.
Dès cette année, Mgr. Bourget avait formé l'intention de faire une visite pastorale dans la vallée de l’Ottawa, afin de connaître, de visu, le besoin de ces missions naïssantes qui lui tenaient tant à cœur. Cette visite qu’avaient sollicitée indirectement les missionnaires et qui comblait leurs vœux, les inquiéta néanmoins. Ils ne se sentaient pas prêts à recevoir l’évêque. Dans une lettre du 20 mai 1839, M. Brady manifeste nettement sa pensée ; il le prie d’attendre encore une année pour lui donner le temps de faire ses derniers préparatifs. A Buckingham, l’église est propre, il faudra descendre chez M. Burke ou chez des protestants, qui d’ailleurs, seront flattés de recevoir l’évêque. A Chelsea, il n’y a pas une seule maison convenable, mais en revanche l’église sera prête à la fin du mois. A Templeton on lève actuellement l’église qui sera décente ; il n’y a maintenant qu’une toute petite chapelle. A Aylmer les travaux sont arrêtés, il est à craindre que l’on ne soit obligé de plaider avec l'entrepreneur. Dans ces deux dernières localités, on trouve plus de dix maisons où l’évêque peut se retirer.
De son côté, M. Bourassa qui s’apprêtait à partir pour le vicariat de Chambly, veillait à la construction d’un grand canot d’écorce du prix de quarante piastres, commandé à un sauvage, et qui devait servir au voyage de monseigneur et plus tard, à celui des missionnaires du lac Témiscamingue.
Le voyage fut donc remis à l’année suivante. En attendant, le 30 novembre de cette même année 1839, le Rév. M. Brady, au nom des syndics Joseph Poupore, John Reynard et Alexander MacDonnell, interprètes des soixante-six familles qui formaient la congrégation de l’île des Allumettes et des environs, demanda à monseigneur la permission de bâtir l’église des Allumettes au lieu appelé Paquet’s Rapids, qui est le bout inférieur de l’île, pétition
qui lui fut accordée. F
Au commencement de 1840, M. Brady vint s'installer en face de Bytown, Sa présence, loin dé calmer les désirs des missions
d’alentour, qui se disputaient la présence du missionnaire, ne fit qu’aviver les rivalités et exciter les jalousies. Elles en vinrent jusqu’à se plaindre à monseigneur Bourget, et M. Brady dut se justifier :
HuLL, 8 avril 1840.
‘ Il n’y a, écrivit-il, ni à Chelsea, ni à Buckingham, ni à Templeton, une maison où je puisse me retirer. Les gens de Chelsea, voyant que j'étais à Templeton, ont pris le parti de pousser leur église et de laisser le presbytère de côté. Ceux de Buckingham sont occupés à construire des bancs et à préparer une cloche pour la réception de Votre Grandeur cet été. Ils ont cependant le bois tiré sur la place, pour le presbytère, mais ils sont pauvres. Je me suis donc installé aux Chaudières, et là je me trouve au centre de mes missions. Tout le monde est satisfait de ce changement. Les gens de Templeton eux-mêmes ne peuvent rien dire, puisque je serais resté chez eux, s'ils m'’eussent donné une maison, voire une cabane. J'espère que mon départ les forcera à pousser les travaux, quoique les canadiens de la Gatineau soient bien pauvres.
‘C'est ici, aux Chaudières, que devrait être construite l'église des deux cantons de Hull et de Templeton, si l’on pouvait y faire consentir tout le monde ; mais ça été impossible dans le temps.”
Après cette justification, M. Brady ajoute: ‘‘ Le propriétaire du terrain de l’église des Allumettes est incapable de nous donner aucun titre de propriété, n’en ayant pas lui-même. Il a promis de 4 à 8 arpents de terre. La chapelle, dont les dimensions sont de 30 pieds sur 40 et de 14 pieds de haut, est bien bâtie.
‘{ Quant à l'église et au presbytère d’Aylmer, ils ont déjà . coûté deux cents louis et ils ne sont qu’à douze pieds au-dessus du sol ; il faudrait encore cinq cents louis pour pouvoir dire la messe dans l’église. Le presbytère est trop petit ; il n’est fait que pour servir de sacristie,
‘La chapelle de Chelsea n’a presque rien coûté, ayant été bâtie par les habitants eux-mêmes, sauf trente-cinq louis payés à des
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ouvriers et douze pour des planches et des bardeaux. Sur cette somme, dix louis ont été fournies par la Propagation de la Foi. Tout ce que les habitants pouvaient faire étaient de trouver le reste. On a donné hier le contrat du sanctuaire pour dix louis, et l’on se demande où les trouver.
‘L'église de Templeton est couverte. Elle a coûté cent quatrevingt louis. Je ne vois pas que les gens soient capables de faire davantage.
‘Depuis que je travaille dans ces missions, les gens d'Aylmer m'ont donné dix-huit louis ; ceux de Chelsea quinze ; ceux de Templeton cinq ; ceux de Buckingham quinze ; soit cinquantetrois louis en tout. Je paye ici une rente annuelle de quinze louis.”
Enfin, par une lettre du 25 juin 1840, à M. Truteau secrétaire de l'évêché, M. Brady avait la satisfaction de pouvoir fixer une date définitive pour la réception de monseigneur. Nous citons cette lettre à cause du curicux itinéraire qu’elle contient :
‘Votre lettre du 20 courant vient de m'’arriver, et en réponse, j'ai l'honneur de vous informer qu’au premier septembre prochain j'espère avoir mes quatre chapelles, ainsi que les enfants, prêts pour la réception de Sa Grandeur. Mais si monseigneur veut étend: les bienfaits de sa visite au-dessus d’Aylmer, il fera bien d'envoyer des prêtres au Grand-Calumet, à la Passe et aux Allumettes pour tout préparer. . ..
“Voici l'itinéraire que devra suivre Sa Grandeur: De la Petite-Nation à Buckingham en steamboat ; une fois débarqué à Buckingham, il y a cinq milles à faire en charette pour gagner le village. De Buckingham à Templeton (la Gatineau) six lieues en steamboat, ou, si le temps le permet, en canot. L'église est sur le bord de la rivière. De Templeton on va en calèche tant à Chelsea qu’à Aylmer. D'’Alymer on monte en steamboat jusqu'aux Chats ; et là il y a sept milles par terre que les missionnaires font généralement à pied pour atteindre le lac des Chats, où l’on embarque de nouveau dans un steamboat qui va jusqu’au Portage-du-Fort. A partir de ce point, il n’y a plus d’autres moyens de voyager qu’en canot. Mais, je suis persuadé que les gens du Grand-Calumet se feraient un devoir et un plaisir d’aller
chercher Sa Grandeur, et que ceux des Allumettes feraient de même.
‘Je pense que la meilleure manière de voyager, serait de partir en canot d'en bas, en apportant toutes les choses nécessaires. Autrement nous serons obligés d'exercer le ministère dans les aubèrges.”
Cette grande visite pastorale fut préparée de longue main.
Monseigneur Bourget, comme jadis Notre-Seigneur, en Judée, envoya devant lui des apôtres qui lui ouvrirent les voies. C'éiaient MM. Prince et Désautels, Amyot et Truteau, Girouard et Charland. *
Munis des pouvoirs les plus étendus, ces prêtres partirent au mois d'août et évangélisèrent successivement toutes les missions dont nous avons parlé, à partir de Grenville ; ils remontèrent même à vingt lieues sur la Gatineau, jusqu’au lac Sainte-Marie où ils trouvèrent une dizaine de familles perdues au fonds des bois. Voici la part qui échut à chacun de ces zélés missionnaires. MM. Girouard et Charland préchèrent à Grenville et à la Petite-Nation; MM. Prince et Désautels à Buckingham, sur la Gatineau, à Chelsea et à Aylmer ; enfin MM. Amyot et Truteau au Portage,
* Mgr. Jean-Charles Prince venait d'être nommé chanoine de Montréal, Né à Saint-Grégoire, diocèse des Trois-Rivières le 13 février 1804, il fut ordonné le 26 septembre 1826, et demeura attaché À l'église Saint-Jacques de Montréal, do de à l'évêché. En 1831 il devint directeur du collège de Saint-Hyacinthe. Rentré à l'archevêché en 1840, il fut préconisé en 1844, évêque de Martyropolis et coadjuteur de Montréal. Le 8 juin 1852 il fut nommé premier évêque de Saint-Hyacinthe. C'est là qu'il mourut, le $ mai 1860.
Joseph Désautels naquit à Chambly, le 20 octobre 1814, fut ordonné à Montréal en 1838, fut missionnaire à Aylmer de. 1840 à 1848 ; fut nommé camérier secret de SS. Pie IX, en 1862, curé de Varennes en 1868, et mourut le 4 août 1881.
Noel-Laurent Amyot, né À Québec en 1795, ordonné en 1828, était alors curé de Saint-Cyprien. Il mourut à Vienne, Autriche, 1845, au retour d'un pélérinage en Terre-Sainte,
Alexis-Frédéric Truteau, né à Montréal en 1808, ordonné en 1830, passa toute sa vie à l'évêché ; secrétaire en 1831, vicaire-général en 1840, décédé à Montréal en 1872.
Henri-Liboire Girouard, né en 1798 ; était en 1840 curé de Sainte-Marie de Monnoir. Il mourut en 1871, curé de Saint-Simon de Bagot, (Rép. gén. du clergé canadien.)
Nous n'avons pas à revenir sur M, Charland dont nous avons parlé plus eut,
au Calumet, à la Passe et aux Allumettes. Cos derniers missionnaires profitèrent de leur passage au Grand-Calumet pour nommer les syndics de l’église qu’on se proposait de bâtir. Ce furent : Louis Brizard, Thomas Bastien et François Cahill, 22 septembre 1840.
Encouragés par ce premier succès, à peine arrivés au Portagedu-Fort, ils firent élire dans le même but pour marguillers : Coll McDonnell, Joseph Paquet et Thomas McVeigh, (28 septembre 1840) tant était grand l’enthousiasme universel.
Monseigneur Bourget partit à son tour. Il commença sa visite par l’île des Allumettes et la continua en descendant, confirmant les fidèles, bénissant les chapelles, marquant les emplacements des nouvelles églises, et faisant tous les offices de son sacré ministère. Cette visite depuis si longtemps annoncée, si solennellement préparée, eut un grand retentissement dans le pays, et fit un bien qu’on ne peut guère comprendre à distance. D'elle date l’organisation religieuse de la vallée de l'Ottawa. Des paroisses furent érigées, des curés furent établis. Ces actes sont d’une telle importance dans notre histoire que nous nous croyons obligés de les consigner ici.
‘f Erection canonique des missions de Saint-Paul d’Aylmer, de Sainte-Etienne de Chelsea, de Saint-François-de-Sales de la Gatineau, de Saint-Grégoire de Nazianze de Buckingham.
{L'an 1840, le deux octobre, nous soussigné, évêque de Montréal, assisté de M. Brady missionnaire du lieu, de M. Morisset curé de Saint-Jean Dorchester, de M. P. D. Ricard, curé de Saint-Joachim de la Pointe-Claire, de M. Girouard, curé de Sainte-Marie Monnoir, de MM. Prince et Désautels, missionnaires envoyés pour préparer les voies à la mission épiscopale, et de M. Truteau notre secrétaire, avons béni solennellement, en présence de beaucoup de fidèles assemblés pour cette cérémonie, l’église construite dans ce village, dont le titulaire sera saint Paul apôtre, comme il a été réglé ci-devant par notre illustre prédécesseur.”
‘ Donné à Aylmer ou Turn Pyke, les jours et an que dessus ; et ont les dits assistants, ci-dessus mentionnés, signé avec nous.”
(Signé) Ign. év. de Montréal.
Le même jour, Mgr. Bourget érigeait un chemin de croix, en
. présence de la même assistance.
Le lendemain, 3 octobre 1840, il délimitait la mission de” Saint-Paul d’Aylmer, qui comprenait, dès lors, les cantons d'Onslow, d’Eardley et partie de Hull jusqu’à la montagne, exclusivement ; ‘‘en exceptant ceux qui habitent le village des Chaudières,. au sud-est du chemin Bringham, y comprise la terre d'André Leamy, lesquels appartiendront à la mission de Saint- François-de-Sales, sur la rivière Gatineau,” Il ordonnait qu’on achevât l’église et la sacristie et que l’on construisit un presbytère ; que l’on arpentât, enregistrât, clôturât le terrain donné.
Le lendemain, 4 octobre 1840, il bénissait l’église de Saint- Etienne de Chelsea, en présence des mêmes témoins, et y érigeait également un chemin de croix.
Le même jour, il décrétait que la mission de Chelsea comprendrait la partie du canton de Hull, dite de la Montagne, que l’on ferait à l’église une addition qui servirait de sacristie et de logement pour le prêtre ; que l’on ferait arpenter et enregistrer la terre donnée à l’église, et que les habitants s’engageraient à fournir au missionnaire vingt-cinq louis, chaque année.
Le 6 octobre 1840, Mgr. Bourget bénit, en présence des mêmes témoins, l’église de Saint-François-de-Sales de la Gatineau. Le même jour il érigea un chemin de croix, et le lendemain, 7 octobre, il bénit une cloche.
Le 8 octobre, il écrivit l'ordonnance suivante, que nous transcrivons pour donner une idée des ordonnances que ce grand évêque faisait dans ses missions nouvelles :
‘“ IGNACE BoURGET, Evêque de Montréal.
‘“ Nous avons ordonné que le canton de Templeton, avec le village des Chaudières, jusqu’au chemin de Bringham, y compris la terre d'André Leamy qui est au-delà du chemin, forme la nouvelle mission de Saint-François-de-Sales, sur la rivière de la Gatineau, dont la fête se célèbre le 29 janvier ; qu'il soit élu en assemblée de fabrique, chaque année, dans le mois de décembre, un marguillier pour remplacea celui qui sortira de charge ; que chaque marguillier rende ses comptes dans le cours de l’année qui suivra immédiatement celle de sa gestion ; qu’il soit acheté un livre pour y enregis-
trer tous les comptes et actes de délibérations de fabrique ; que l’on fasse mesurer, au plus tôt, par un arpenteur juré, le terrain de l’église, et que le procès-verbal du dit arpenteur juré soit, sans délai, insinué au greffe, avec le contrat de donation, aussitôt qu'on l’aura obtenu de M. Wright, afin que le terrain de l’église soit, par là, légaiement amorti; que tout le dit terrain soit clos dans le cours de cet automne ; qu’un cimetière soit clos et ensuite béni, au lieu par nous désigné, par la croix que nous avons fait planter et que nous avons bénite aujourd’hui ; qu’il soit enclos, à l’un des angles du dit cimetière, un lopin de terre assez suffisant pour y inhumer les enfants morts sans baptême ; que l’église acquière au plus tôt tout ce qui lui est nécessaire et prescrit par le rituel pour l’administration du Baptême, du Saint-Viatique et de l’'Extrême-Onction ; qu'il soit fait un banc-d’œuvre, avec une armoire fermant à clef, pour y conserver les fonds baptismaux en été, laquelle sera transportée en hiver, dans la sacristie, quand elle aura été bâtie : que la custode soit garnie de soie ; qu’il soit acheté un ciboire, un ornement noir, un encensoir, une croix de procession, une aube avec un cordon, six .amicts, six purificatoires, un corporal, trois nappes d’autel, douze lavabos, un parement d’autel dont un côté sera noir, et l’autre pour les quatre cauleurs de l’église ; qu’il soit fait dans la future sacristie, un confessionnal et une armoire pour y conserver les ornements et linge de l'église ; que le tarif uniforme soit suivi par le missionnaire et la * fabrique pour la perception de leurs droits casuels ; que tous les habitants de la dite mission se cotisent pour assurer à leur missionnaire un honoraire de cinquante louis, au cours actuel ; que l’an enregistre, dant le livre des délibérations de fabrique, les actes de bénédiction de l’église et de la cloche de cette mission, celui de l'érection du chemin de la croix, ainsi que la présente ordonnance, et qu’il soit dressé un acte authentique de l’adjudication de chaque banc de l’église.
DonNé à Saint-François-de-Sales, sur la rivière Gatineau, dans le cours de nos visites, le 8 octobre 1840. IGNACE, Ævêque de Montréal.
Par Monseigneur, A. F. TRUTEAU, Secr.”
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Le o octobre, Mgr. Bourget arrivait à Buckingham. Voici l'acte d’érection de cette mission :
‘{ IGNACE BOURGET, Ævêque de Montréal.
‘ Nous avons érigé et érigeons, par les présentes, une nouvelle mission qui sera formée des cantons de Buckingham et de Lochaber et aussi de tout le territoire qui est sur et dans les profondeurs de la rivière aux Lièvres, d’un côté jusqu'aux habitations qui doivent appartenir à la mission de Sainte-Cécile, sur la rivière à la Pêche, et de l’autre côté jusqu’à la seigneurie de la Petite-Nation, permettant aux habitants qui sont au delà des missions d’Aylmer, de Chelsea, de la Gatineau, de la rivière à la Pêche, de Buckingham, de la Petite-Nation et de Grenville de remplir leurs devoirs religieux dans celles des dites missions où ils pourront plus commodément être desservis. La dite mission sera sous le titre de Saint-Grégoire-de-Nazianze. Nous avons ordonné que le presbytère, déjà commencé, soit achevé au plus tôt ; qu’il soit élu, en assemblée de fabrique, des marguillers...
‘ DonNé à Buckingham, en cours de visite.
IGNACE BOURGET, Ævêque de Montréal.
Ce ne furent pas les seules missions érigées canoniquement dans cette visite pastorale ; les missions de Saint-Alphonse des Allumettes, de Sainte-Anne, et de Saint-Alexandre du Calumet et de Sainte-Cécile de Masham, le furent également à cette époque.
Un peu plus tard, en 1843, 30 août, à l’instigation de M. Désautels, qui voyait la colonisation s'étendre rapidement sur les deux rives de la Gatineau, trois nouvelles missions furent érigées dans le bassin de cette rivière : Saint-Joseph, aujourd’hui Farrelton, pour le canton de Wakefield ; le lac Sainte-Marie et la Visitation, qui comprenait tout le territoire supérieur.
Tels furent les fruits de cette visite pastorale. Aussi, à son retour à Montréal, Mgr. Bourget pouvait-il, par une lettre pastorale en date du 25 novembre 1840, se féliciter, à bon droit, de son voyage dans l’Ottawa supérieur :-—‘* Pendant plus d’un mois, dit-il, nous avons parcouru tout le territoire qui s'étend le long de
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la Grande-Rivière, depuis Grenville jusqu’à l’île des Allumettes, 2: comprenant une étendue de près de quatre-vingts lieues. Nous n'avons cessé de recueillir les fruits de grâce et de salut qu'il plaisait à Dieu de répandre sur nos travaux et sur ceux de nos >. zélés collaborateurs. Dans le cours de cette visite nous avons planté la croix du Sauveur en huit endroits où ce signe du salut n'avait pas encore été publiquement arboré et vénéré ; nous avons 4 béni solennellement. quatre chapelles, institué le chemin de croix dans sept églises, érigé huit nouvelles missions et désigné la place | de trois nouvelles chapelles qui seront bâties sous peu, à en juger par le zèle des catholiques de ces lieux. La confirmation a été administrée à près de neuf cents personnes, et plus de dix-sept cent cinquante ont participé au banquet eucharistique.”
Pour couronner son œuvre il restait à multiplier les ouvriers évangéliques dans ces contrées et à leur procurer plus de stabilité et plus de ressources matérielles ; c’est ce que s’empressa de faire Mgr. de Montréal.
Le Rév. M. Colgan, curé d’Argenteuil, fut chargé de la desserte de Grenville, 1842; le Rév. Joseph Sterkendries fut nommé curé de la Petite-Nation, 20 octobre 1841 ; M. Brady s’établit définitivement à Buckingham, et eut sous sa surveillance les vastes territoires de de cette mission, 1840 ; M. Désautels s’ins- É talla à Aylmer d’où il desservait Chelsea et la Gatineau. On lui assigna un traitement de cent-cinquante louis : soixante-quinze pour Aylmer, cinquante pour la Gatineau, et vingt-cinq pour Chelsea.
Enfin, au Rév. M. Moreau échut la desserte de la partie occidentale de la vallée, depuis les Chênaux (Portage-du-Fort) jusqu'aux Allumettes.
NOTE.—A propos de ces érections canoniques, il nous reste quelques doutes, au moins pour les paroisses de Chelsea et de Masham et les autres de la Gatineau. On jugea, en eftet, nécessaire de les ériger de nouveau. Saint- Etienne de Chelsea fut érigé canoniquement par décret du 29 décembre 1859,
" et civilement par proclamation du 29 août 1861.
Sainte-Cécile de Masham le fut le 24 décembre 1868, et le 8 août 1871 respectivement. Il faut donc croire que les divisions des missions de la Gatineau furent simplement officieuses et n'ont jamais été confirmées.