‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 66 sur 275 · MISSIONS DES CHANTIERS · texte numérisé non relu

MISSIONS DES CHANTIERS

Si Mgr. Bourget fut l’inspirateur des missions des chantiers, à Mgr. Guigues, provincial des Oblats et évêque de Bytown, revient sans contredit la gloire de les avoir organisés. Nous avons vu avec quel zèle le Père Durocher et ses compagnons s’y occupèrent jusqu’en 1848.

Que cette oeuvre fut nécessaire, l'extrait suivant d’une lettre du Père Désautels d'Aylmer, 3 mai 1842, le démontre : *

‘C'est un spectacle affigeant, écrivait ce missionnaire, que celui qu’offrent les chantiers. On n’y voit que trop communément

* Mgr. Guigues, sa vie, ses œuvres. Ottawa 1874. CA gu 74

‘les crimes les plus honteux en honneur ; ies blasphêmes les plus

horribles y sont un amusement journalier. Ce n’est pas néanmoins que je veuille dire qu’il n’y a pas de braves gens dans Îles

chantiers, non, il y en a ; même il se trouve des chantiers où l’on

ne voit rien de tout cela, mais hélas! qu'ils sont rares! Encore si le nombre de ces gens de chantier n'était pas si grand!

mais d’après le calcul qui vient d’être fait, il y aurait à chaque saison, d'employés dans les chantiers de l’Ottawa et de ses tributaires, sans y comprendre les bourgeois, commis, et les chantiers de provisions, 5,000 hommes, sur lesquels il n’y aurait qu'environ 250 qui n’appartiennent pas à l’église catholique.

‘Je crois qu’il y aurait moyen de faire beaucoup de bien parmi ces pauvres gens, car le peu que j'ai pu faire pour eux a réussi, Dieu soit loué, au-delà de tout ce que je pouvais espérer. Mais il faudrait des prêtres robustes qui visiteraient en hiver les chantiers et viendraient, au printemps, attendre les hommes aux Chaudières et à l'embouchure de la Gatineau. Je sais bien qu’il n’y a rien à faire dans les chantiers mêmes mais il y a presque toujours, près de là, des maisons ou ges hangars où il serait facile de les réunir, et je ne pense pas maïntenant, qu'aucun bourgeois se refuse, sur la demande d’un prêtre, à accorder un ou deux jours à ses hommes pour cette fin.”

Que cette œuvre fut, à la fois, difficile et consolante, la charmante lettre suivante, du Père Durocher à Mgr. Bourget le démontre également.

‘# ByTow, 19 février 1845.

‘ MONSEIGNEUR, — Enfin nous sommes de retour à Bytown, après quatre semaines, jour par jour, de voyages de missions sur les rivières Gatineau, au Désert, d’Aigle, Joseph. Nous sommes un peu fatigués. Cependant vu la saison déjà avancée nous repartons immédiatement pour la Grande-Rivière. Je pense bien que nous ne pourrons pas aller plus loin, car les chemins sont déjà défaits et annoncent le printemps. Il est juste cependant qu'avant de partir je donne à Votre Grandeur des nouvelles de nos jeunes

+ Archives de Montréal,

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gens, pour qui vous vous intéressez avec tant de sollicitude et avec tant de raison.

‘ Nous avons été servis, Monseigneur, selon nos désirs. Nous demandions des peines pour le corps, nous les avons trouvées sans les chercher beaucoup.Nous n'avons pas couché dehors, mais nous nous sommes trouvés jusqu’au milieu de la nuit dans l’eau, dans la neige, et, par un très grand froid, égarés dans le bois ou sur des lacs où nous perdions le chemin. Le Père Brunet s’est gelé les doigts. Nous avons appris à dormir sur la dure, à nous brûler d'un côté pendant que nous gelions de l'autre. Nous savons manger le lard sur le pouce, et prendre notre dîner sur la neige, n'ayant d’autre toit que les branches de sapin et la calotte des cieux. Nous parlons quasi toutes les langues. Lé Père Brunet est chargé de parler l’anglais et moi l’algonquin, car il nous a fallu exercer notre ministère dans ces langues. Le Dieu fort et puissant qui nous a envoyés ne nous a pas abandonnés ; nous avons, au besoin, quasi fait des miracles.

‘* Nous avons demandé à Dieu avant de partir de rendre notre ministère fructueux. A mesure que nous approchions, nous commencions à hésiter ; ce qu’on nous disait des gaillards que nous allions visiter nous déconcertait. Dieu voulait nous apprendre à ne compter que sur lui.

‘Nous avons commencé par le lac Sainte-Marie autour duquel nous avons trouvé quatre chantiers qui sont d’abord venus le dimanche à la chapelle, pas tous, il s’en faut, mais quelques-uns pour voir ce que c'était. Nous sommes ensuite allés les voir chez eux. C'est là que nous avons commencé à nous convaincre que si nous voulons faire du bien il faut voir chaque chantier dans sa cabane ; autrement il n’y a qu’un certain nombre d'individus de bonne volonté qui se rendent. Etant ainsi convaincus, nous avons pris notre parti Nous arrivons le soir dans un chantier. Lorsque la journée est finie, les hommes viennent prendre leur repas et leur repos. Nous les voyons, nous parlons familièrement avec eux. Nous leur apprenons des cantiques. Rien de plus propre à ouvrir le cœur. Lorsqu'on les a un peu égayés, on leur parle de leurs fins dernières, du péché, de la confession ; on leur fait la prière, un examen de conscience ; on les confesse tous ;

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