‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 67 sur 275 · FAN EE · texte numérisé non relu

FAN EE

personne n'échappe. Le lendemain, on leur dit la messe. Dans chaque chantier nous avons eu le bonheur d’en communier .quelques-uns. Dans un chantier composé de quatorze, huit ont communié. Dans un autre, une dizaine. Après, on les reçoit de la tempérance, du scapulaire, de l’archiconfrérie. On se sépare à regret de ces bons enfants. Déjà nous sommes attachés à eux et eux à nous. Ils nous reconduisent en nous disant ; ‘‘ Revenez donc nous voir.” Il y avait un de ces chantiers que je visitais

seul, car nous sommes quelque fois obligé de nous séparer, autre-

ment nous serions encore dans la Gatineau ; on m'avait dit que c'était un chantier abominable. Il n’y en avait pas de pareil : pas de prière, les sacres, les sottises étaient leur pain de chaque jour et de chaque instant. Il y avait là un vieux voyageur qui tenait tous les autres. Depuis cinq ans M. Désautels le priait de se confesser sans rien gagner. On me disait: Vous n’y ferez rien. Arrivé tard dans ce chantier, je fis mine de n’y vouloir pas coucher ; cependant je leur faisais des histoires, déjà ils avaient du plaisir à m'entendre. Je vis qu’ils désiraient que j’y restasse. Je me fis prier un peu et je leur demandai une tasse de thé et un morceau de pain pour souper. C'était en carême. Je continuai à les faire rire un peu ; puis venant au sérieux je leur en poussai de bonnes, et à plomb, comme on dit. Je sentais qu’ils m’écoutaient avec plaisir, malgré le remords de leur conscience. Je leur parlai hardiment de conversion; je leur fis voir comme ïls étaienl insensés. Voilà les larmes qui arrivent et j'entend mon vieux voyageur pousser un soupir, se mettre la tête entre les mains et me dire tout haut: Ah! s’il faut se convertir, se confesser, vous allez en avoir un vieux grattin. Regarde mes épaules, lui répondis-je, tu dois penser que j'en peux porter un bon. I! me regarde et me dit: Eh bien, vous l’aurez, mais tout de bon. Je me mis à confesser. Tous y passèrent, le vieux comme les autres. Et lorsque le vieux se fut confessé, il se prit à jeter un soupir de consolation en disant : Oh! mon Dieu que je suis léger !

‘“Après cela je leur fis voir combien ils seraient heureux s'ils se conduisaient bien, s’ils récitaient ensemble la prière, le chapelet, s'ils chantaient des cantiques. Ils ne pouvaient se çoucher, tant ils étaient avide de m’entendre. Déjà le jour allait paraître, et

personne ne songeait à dormir. Depuis, je les ai vus à la chapelle de la visitation. Leur chantier est un modèle de piété. Tous les soirs on fait la prière, on récite le chapelet, et l’on chante des cantiques, et c’est le vieux voyageur qui est à la tête de tout, car il lit bien et chante bien. C’est à peu près la même chose dans tous les chantiers ; c’est un plaisir de les entendre chanter des cantiques. Les arbres doivent être étonnés d'entendre que leurs mauvaises chansons sont si bien remplacés....

Votre bien respectueux,

E. DUROCHER, ptre. miss. re.

Ecoutons maintenant Mgr. Guigues écrivant lui-même, longtemps après (1860) aux directeurs de la propagation de la foi. *

‘“ Permettez-moi de vous indiquer en peu de mots ce que nous faisons dans l'intérêt spirituel des chantiers. Deux prêtres s’occupent continuellement d'eux à poste fixe, et pendant l'hiver deux autres sont désignés pour leur porter au loin les secours de leur ministère. Comme la cité d'Ottawa est le rendez-vous habituel de ces jeunes gens, c'est aussi là que les deux missionnaires ont établi leur résidence. Ils vont les visiter sur leure cages quand ils descendent à Québec, les suivent dans les hôtelleries à leur retour, entendent leur confession, donnent pour eux trois ou quatre retraites générales, les font soigner à l’hôpital quand ils sont malades, les détournent des maisons dangereuses pour leurs économies et leur vertu, en un mot leur prodiguent les soins les plus affectueux ; aussi les appellent-on les pères des jeunes gens des chantiers.

‘ Lorsque l'hiver arrive, que la neige couvre les chemins, et la glace les rivières, un travail nouveau commence pour le missionnaire. Il s’achemine vers les forêts, vers ces solitudes éloignées qui ne doivent pas être plus inaccessibles à la religion qu’à l’industrie. Cette œuvre ne peut se réaliser qu’au milieu des souffrances. N'importe, un ouvrier évangélique doit savoir les surmonter. Il faudra plus d’une fois braver dans des voitures

Mgr. Guigues, Sa vie, ses œuvres,

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