‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 68 sur 275 · TT ET · texte numérisé non relu

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découvertes un froid de trente degrés Réaumur ; il faudra s’aventurer par des chemins peu pratiqués, vaguement connus, que la neige a couverts pendant les temps d'orage, et, malgré tous les efforts pour retrouver sa route, ne découvrir autre chose à l’horison, que la certitude de s'être égaré. Que faire alors ? la nuit approche, les chevaux sont épuisés de fatigue. Faudra-t-il donc désespérer? Non, on allume un grand feu, on étend sa couverture sur la neige, et l’on dort aussi prisiblement que l’on peut. D'autre fois, une tache blanche qui va toujours s’agrandissant indiquent que l’on s’est gelé les doigts ou la figure. En France, vous iriez vous chauffer ou vous appeleriez le médecin ; on trouve ici un remède plus facile : on frotte énergiquement le membre gelé avec de la neige, et.l’on est guéri.

‘ Il arrivera aussi qu’en voyageant sur la rivière, la glace se brise sous les pieds des chevaux et les voilà nageant sur un abîme. Comment se tirer de là? Vite, on détache les harnais, on s’approche avec précaution de l’ouverture, on serre fortement le cou de l'animal qui, se sentant étouffé, fait un effort désespéré pour sortir du gouffre. Le conducteur, de son côté, imprime à propos une secousse habile : l’animal est retiré de l’eau et recommence sa course.

‘« Cet apostolat d’hiver dure à peu près trois mois. Pendant la nuit le prêtre évangélise, et pendant le jour il se rend d’un chantier à l’autre. Une centaine d’établissements sont visités pendant la saison rigoureuse, et un trajet d’environ cinq cents lieues est accompli dans des lieux où l’on ne rencontre aucune habitation. Chaque station du missionnaire est nécessairement courte, car ces jeunes gens sont très occupés. Le soir venu, il prêche, confesse jusqu’au milieu de la nuit, puis il se couche dans un lit qui n’est pas de plumes, il doit dormir sur des tronçons qui ne sont pas même équarris, sentir d’un côté le feu qui le brûle, et de l’autre, un vent glacial qui passe à travers les fentes du chantier ; mais comme le temps presse, et qu’il n’a que quelques heures à donner au sommeil, il fait mieux d’en profiter que de s'occuper du froid et de la chaleur. À quatre heures du matin la messe commence, ceux qui sont préparés communient ; le missionnaire

prêche encore, reçoit ses auditeurs dans les associations de ternpérance et de l’archiconfrérie et, dès l’aube du jour, se met en marche pour un autre chantier, tandis que les ouvriers retournent à leur travail ordinaire.

‘ Trois mois s’écoulent ainsi dans l'exercice d’un ministère pénible mais consolant, -et il est juste de remarquer que ces jeunes gens se trouvent dans une position préférable à celle de leurs compagnons qui vont aux Etats-Unis. S'ils s’abandonnent trop souvent à des désordres, du moins leur foi reste ferme et intacte. Ils suivent avec une piété touchante les retraites qui leur sont données, s’arment avec confiance du scapulaire, accueillent toujours le prêtre comme un ami, prennent sous son influence des résolutions généreuses et, quand ils tombent, savent se relever en pleurant sur leurs faiblesses. Ce sont aussi ses heureuses dispositions‘qui soutiennent lé missionnaire contre tout découragement, au milieu des privations et d’un labeur où sa santé s’épuise. Il y a maintenant douze ans que ce rude ministère a été confié aux RR. PP. Oblats, qui le remplissent avec un dévouement à toute épreuve ; et l’on peut dire qu’à raison des résultats obtenus, cette oeuvre est, à nos yeux, la première du diocèse. On ne sera pas surpris de l'importance que nous y attachons, si l’on songe qu’il s’agit de préserver une très grande partie de la jeunesse canadienne des désordres, de la dissipation, des folles prodigalités, de l'oubli des sacrements, qui semblaient être autrefois le partage des engagés, devenus le scandale et le fléau de leurs paroisses, et qui préparaient, à un pays encore plein de foi, un avenir bien sombre. Aussi le clergé du Bas-Canada, qui repoussait autrefois ces jeunes gens comme des malheureux voués à une perte certaine, les reçoit avec empressement, les encourage, et rend le ministère du missionnaire aussi facile que fructueux.”

L'oeuvre des chantiers avait son centre à Hull. ‘‘Ilya quelques années, seulement, remarquait en 1874,\l’écrivain auquel nous devons une partie des extraits précités, * les bois de Chelsea venaient jusqu’auprès du lac et ne laissaient que quelques arpents de grève recouverts d’un sable mouvant et jetés sur le rocher

*Mpr. Guigues, sa vie, ses œuvres.

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ouvert pour le passage de l’Ottawa. Mais au fond de la grève, à la place même où s’élève aujourd’hui la grande église de Hull, on voyait un pauvre édifice en planches badigeonnées de rouge, le seul dans ces parages. Un petit clocher le surmontait; une galerie extérieure, faisant face à Bytown, divisait l’étage inférieur, où se retirait la famille d’un batelier, d'avec la partie supérieure qui était sans division, inachevée, n’ayant d’ornements qu’un petit autel en bois, et, pour décoration, que les quatorze tableaux du chemin de la croix. C'était la chapelle des chantiers.

‘C’est là qu'aussitôt revenu du fond des forêts avec les derniers glaçons de l'hiver, avec les premiers radeaux du printemps, le missionnaire se hâtait d’aller célébrer les saints mystères, où il conviait, avant l'aurore et l’heure du travail, les jeunes gens de passage sur la rivière et retenus quelque temps dans leur voyage. C’est là qu’aimait à se transporter souvent le vénérable évêque pour lequel tous les jeunes gens des chantiers étaient les enfants de son diocèse pendant qu'ils y travaillaient. Dans cette pauvre église, pauvre comme les chantiers des bois, les jeunes gens des bords de la Gatineau, du Rideau, et des profondeurs de l’Ottawa venaient compléter des confessions, inachevées peut-être, pendant la courte visite du missionnaire, fortifier leurs bonnes résolutions, et se préparer aux écueils de la vie civilisée où ils allaient rentrer, ou bien se préparer à comparaître devant Dieu, s’ils devaient périr dans les sauts périlleux de la descente du bois.”

Du haut de cette galerie extérieure ont parlé à une foule abondante de voyageurs réunis sur la grève.les puissantes voix des Durocher, des Bourassa, des Brunet, des. Reboul et de plusieurs autres dont les noms sont légendaires dans nos paroisses. C’est du haut de cette galerie qu’on entendit souvent la voix sympathique et vibrante de Mgr. Guigues, Il y paraissait avec les insignes de son autorité diocésaine, il était un père et un évêque, un missionnaire et un représentant du Souverain Pontife, un frère et le plus ardent adversaire de la boisson, des jurements, des folies de la jeunesse et des autres vices, auquels sont exposés les gens pour qui les lois divines et humaines n’ont pas été, principalement dans les forêts un grand sujet de méditations.

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Nous ne pouvons pas citer tous les missionnaires des chantiers, ils furent légion, Nous aurons d’ailleurs l’occasion de parler d’eux dans le cours de ce livre. Le seul dont nous ferons ici une mention spéciale est le père Reboul qui, après vingt ans consumés dans ces travaux, mourut enfin sur la brèche, à Mattawan, en 1877, et dont les restes bénis reposent dans l’église de Huli.*

. Aujourd’hui l’ancienne organisation des missionnaires des chantiers s’est modifiée. Le pays tout entier, se trouvant divisé entre les différents districts paroissiaux, les curés visitent volontiers, l’hiver, les bûcherons qui font chantier dans les limites de leurs paroisses. Ces jeunes gens mènent le plus souvent, dans les bois, une vie exemplaire ; ils reçoivent avec joie leur pasteur qui leur apporte des nouvelles de leur famille, et contribuent avec la même générosité qu’autrefois, au soutien des prêtres et des missions pauvres.

Le grand danger pour nos voyageurs est le séjour dans les villes pendant les longs chômages de l’été. Beaucoup y perdent dans l’ivrognerie et la débauche, l’argent si péniblement gagné, et, ce qui est pire, la moralité. Ces hommes oisifs, réunis par centaines dans des hôtels spéciaux, succombent naturellement à une foule de suggestions malsaines. Il y a quelque chose à faire pour réprimer ce mal. Plaise à Dieu qu’une société de bienfaisance, ayant pour but de rapatrier les voyageurs à la fin de leur contrat, et de déposer à la caisse d'épargne les économies de leur hivernage, réussisse à se fonder, sous le haut patronage de nos évêques.

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