HÔPITAL.—ORPHELINAT
Nous avons vu qu’à l’époque du typhus, le gouvernement avait construit des hôpitaux en bois qu'il avait confiés aux sœurs.f
* Ce ne fut que le 15 janvier 1889 que leurs règles et constitutions furent définitivement approuvées. L'autorisation de prendre le nom de sœurs-grises de la Croix leur fut donné le 9 mars 1885.
+ Ces hôpitaux n'étaient, pour bien dire, que de pauvres sheds, abris.
Or, précisément sur le terrain qu’il venait de leur donner, se trouvait un de ces hôpitaux provisoires. Le gouvernement le céda donc aux religieuses pour le prix nominal de vingt-cinq louis. Mais il fallait de l'argent pour le restaurer et le mettre en état. Mgr. Guigues eut recours à la charité des voyageurs et des bourgeois des chantiers. Voici le mandement remarquable qu’il leur ad;essa, 24 août 1848 :
‘ JosEPH-EUGÈNE GUIGUES, ‘{ Par la miséricorde de Dieu et la Grâce du Saint-Siège Apostolique, Evêque de Bytown.
‘* À nos chers frères en Jésus-Christ, les bourgeois et les jeunes gens des chantiers salut et bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
‘ Le soin de vos âmes, chers jeunes gens, est un des premiers objets de notre sollicitude. Les dangers que vous courrez dans les bois et sur ce fleuve, qui, toutes les années, engloutit plusieurs d'entre vous dans ses eaux, les larmes de vos mères que nous avons vu couler si souvent, faut-il bien le dire aussi, les désordres qui sont la suite déplorable de l’état d'abandon auquel votre position vous expose, ont pénétré notre cœur d’une amère douleur. Voilà pourquoi, nous avons depuis plusieurs années envoyé à votre secours des missionnaires que vous avez accueillis avec tant de bonheur et, nous dirons aussi, dont le zèle a été couronné d’un succés si consolant.
‘ Maintenant que nous sommes rapprochés du centre de vos tiavaux, nous pourrons encore mieux vous aider et nous nous y prêterons avec un nouveau zèle et une nouvelle ardeur.
‘€ Mais si le soin de vos Âmes nous touche, celui de votre santé ne peut aussi nous être indifférent. Combien de fois des jeunes gens des chantiers sont arrivés à Bytown, les uns épuisés de forces, d’autres blessés, meurtris à la suite de leurs pénibles travaux ! Dans une si pénible situation ils se voyaient obligés de dépenser tout le fruit de leurs épargnes pour obtenir la santé.
‘Nous croyons donc vous être agréable en vous proposant de faire une œuvre qui sera, en même temps, dans votre intérêt
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particulier ; c’est de concourir avec nous et avec les maîtres de vos chantiers à bâtir un hôpital à Bytown. Vous en aurez la gloire comme aussi vous en recueillerez les avantages.
‘“ Voici le projet ; vous l’accueillerez, j’en suis sûr, avec reconnaissance.
‘Art. 1.—La contribution de chacun des jeunes gens qui voudront souscrire pour cette bonne œuvre est de deux piastres.
‘“ Art. 2.—Ils laisseront cette somme chaque année sur leurs gages entre les mains des chefs de chantiers.
‘“ Art. 3.—Cette souscription ne leur sera demandée que pendant trois ans.
‘“ Art. 4.—Tous les jeunes gens qui auront fourni cette somme, pendant le temps qu’ils seront employés dans les chantiers seront reçus et soignés gratuitement dans l’hôpital de Bytown, s'ils viennent à tomber malades.
‘“ Art. 5.—Les maîtres des chantiers qui auront reçu la souscription des jeunes gens signeront une obligation de verser entre les mains d’un trésorier nommé par nous, le montant de cette souscription le plus tôt qu’il leur sera possible et pour le plus tard dans le mois de juillet de chaque année.
‘“ Art. 6.—Les jeunes gens qui auront contribué à bâtir l'hôpital auront le double avantage : 1° que leur nom sera inscrit dans les archives de l'hôpital ; 2° de participer à toutes les prières et bonnes œuvres de la communauté qui dirige cet établissement.
‘“ Art. 7.—Le nom de tous les maîtres de chantiers sera gravé sur la pierre et placé dans un endroit apparent du nouvel établis-
sement, ainsi qu’on le voit dans les principales villes d'Europe,
pour rappeler le souvenir des grandes œuvres de ce genre.
‘ Art. 8.— Un appartement sera réservée dans l’hôtel-Dieu pour les chefs des chantiers qui voudraient s’y faire soigner dans leurs maladies, moyennant une modeste rétribution.
‘ Art. 9,—On désignera un jour pour la bénédiction de la première pierre de cet édifice, alors les jeunes gens pourront s'y trouver en plus grand nombre.
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‘€ Art. 10.—Chacun des maîtres de chantiers sera appelé pour poser une des premières pierres, au milieu du concours des fidèles que cette fête aura attiré.
‘Courage donc, à vous, maîtres chantiers, à vous, jeunes gens! Une grande œuvre vous est proposée, les résultats en sont très avantageux et l’offrande qui vous est demandée est modique. Quelle consolation pour vous toutes les fois que, venant à Byrowr ou passant près de la ville, il vous sera donné de saluer cette maison. Vons pourrez dire alors avec bonheur : c’est mon œuvre, et votre conscience vous dira : tu as contribué à élever un édifice de charité et en ce moment des âmes pures et saintes te donnent communication à toutes leurs bonnes œuvres, leurs prières vont éloigner les dangers des rapides et des orages et te rendre à ta paroisse et à ta famille.
Fair à Bytown le 24 août 1848.
Jos. EUGÈNE, év. de Bytown.
Par Monseigneur,
D. DANDURAND, prêtre. O. M. I., secrét.
L'origine ou plutôt l’idée de l’orphelinat remonte à la même
- époque. En effet, le 8 septembre 1848, l’évêque de Bytown
s’adressait dans les termes suivants, à la congrégation irlandaise :
‘A Nos Chers Frères, les membres irlandais de Bytown. ‘Salut et Bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ.
‘ La religion, N. T. C. F. offre, comme une tendre mère, un soulagement à toutes les misères, et à toutes les douleurs. Elle prépare un asile au vieillard qui est près de la tombe, veille au chevet du malade et ouvre surtout son sein maternel à l’enfant orphelin.
‘ Vous vous rappelez, N. T. C. F., ce fléau terrible qui a sévi avec rigueur dans cette ville dans le courant de l’année dernière, et qui a laissé des traces si douloureuses de son passage. Que de larmes coulent encore au souvenir de ceux qui ont été portés à leur dernière demeure ! Que d’enfants orphelins demandent en vain les auteurs de leurs jours ! Leurs mères, en quittant l'Irlande,
étaient venues pour eux chercher ici un asile, car ce n’était point pour elles-mêmes. Depuis de longues années elles. étaient habituées aux souffrances, elles auraient su les supporter encore, mais elles ne voyaient pour leurs enfants qu’un avenir de souffrances ; dès lors il ne leur fut plus permis d’hésiter. Elles dirent adieu à leurs familles, à leurs amis. Mais voilà que, par un jugement de Dieu dont il ne nous appartient pas de scruter la profondeur, la mort les a saisies, tout-à-coup sur cette terre où elles venaient demander l'hospitalité. Ces enfants délaissés demandent leurs mères qui ne leur répondent plus, leurs pères qui sont dans un monde meilleur, leurs frères qui souffrent comme eux. La religion seule entend leurs cris et leur montre dans vous, N.T. C. F., des âmes généreuses et dans ses enfants des frères en Jésus-Christ. C'est elle qui dans ce moment nous encourage à présenter à votre chariter un projet que, j'en suis assuré, vous accueillerez avec bonheur. La modicité de mes ressources ne me permet pas de le concevoir sur un plan bien élevé. Nous nous contenterons de jeter la semence et nous laisserons à la Providence de lui donner de l’accroissement. Dix de ces enfants orphelins seront reçus dans une salle d’asile et pourvus de tout ce qui leur sera nécessaire. Ce n’est pas vous, parents irlandais, que nous appelons à fonder cette œuvre, mais ce sont uniquement vos enfants. Nous voulons, par là, ouvrir leurs jeunes cœurs à l’amour de la charité. Nous voulons, par cette légère offrande que nous leur demanderons de déposer dans le sein de l’orphelin, toucher le cœur de Dieu et en faire descendre la bénédiction et sur eux et sur vous.
‘ Vous les encouragerez N. T. C. F. ces enfants ; car si ceux que vous avez portés restaient un jour orphelins, vous voudriez les voir soulagés. Vous nous seconderez, parce que leurs mères
, du haut du ciel vous béniront, que leurs prières vous sauveront, et ? »
que, par là, vous vous montrerez de véritables enfants de cette Irlande qui a tant de souffrances, mais dont la charité est si com- , patissante et généreuse. Voici ce projet :
1° Dix enfants orphelins seront reçus dans un lieu d’asile et placés sous la direction d’un des Pères irlandais et sous la garde d’une des sœurs-grises de Bytown.
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