‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 92 sur 275 · L'ORIGNAL · texte numérisé non relu

L'ORIGNAL

La paroisse de l’Orignal, avec toutes les missions que nous venons d’énumérer, comptait, en 1848, cinq cents familles et deux mille communiants. : Elle se trouvaient à cette époque, dans un état spirituel fort misérable. Ce malaise doit être attribué à trois causes principales : l'indifférence des catholiques, les fréquents changements des missionnaires, qui n'avaient pas le temps de connaître leurs ouailles ni d'en être connus, enfin la grandeur démesurée du territoire à desservir.

On s’en rendra compte en sachant que dans une paroisse si importante, tous les curés s'étaient plaints les uns après les autres de ne pas trouver assez de ressources pour leur subsistance, et que plusieurs années plus tard, M. Farrell, devenu évêque d'Hamilton, s’informait en riant si les curés mouraient toujours de faim à L'Orignal.

La paroisse, érigée en 1846, possédait un presbytère convenable et une église en pierre, construite depuis quinze ans à peine, mais qui, malheureusement, menaçait déjà de s'effondrer. Les terrains de la fabrique avaient été donnés, en due forme, par le seigneur de l’Orignal. La vente des bancs a produit quarante louis.

La ruine de l’église rendait urgente une nouvelle construction. Mais cette question de bâtisse, toujours hérissée de difficultés, devenaient bien plus délicate par les divergences qu'elle soulevait dans les vues de la population. Tout le monde n’était pas d'accord sur le site de la nouvelle église. Les catholiques de Caledonia et de Saint-Charles la voulaient dans leurs villages qu'ils prétendaient être plus au centre de la paroisse, tandis que les citoyens de l’Orignal, catholiques et protestants, le seigneur du lieu en tête, prétendaient bien garder le curé et offraient une grosse souscription.

Le curé, de son côté, ne faisaient que se plaindre. C'était le Rév. Alexander MacDonnell, futur missionnaire d’Alexandria. Homme excellent, mais d’une faible santé, il ne pouvait plus {aire le service de Plantagenet, où il devait aller à pied, à travers

bois, toutes les trois semaines et où il n'avait reçu des canadiens, pendant l’espace de neuf mois, que la somme dérisoire de cinq louis. Il demandait donc d’en être débarrassé immédiatement. Il ne cachait pas, d’ailleurs, son intention formelle de rentrer, le plus tôt possible, dans le diocèse de Kingston.

De leur côté, les gens de Plantagenet ne cessaient de réclamer un prêtre résidant, ‘‘se faisant fort, disaient-ils, de le nourrir, pourvu qu’il fut un tant soit peu raisonnable.” La suite de notre récit montrera que pour vivre chez eux, il fallait quelque chose de plus que la raison : une vertu à l’épreuve des plus longs jeûnes.

Dans ces conjonctures pressantes, Mgr. Guigues se trouvant à court de prêtres, envoya à Plantagenet M. McGoey, jeune irlandais récemment c: sonné, et confia temporairement la paroisse de lOrignal aux oblats. Ce fut le père Médard Bourassa qu’il chargea de cette mission.

Le père Bourassa vit encore aujourd’hui à Longueuil.* Successivement missionnaire des sauvages et des chantiers, puis curé de l’Orignal, il sortit de la congrégation pour des raisons de famille et passa la plus grande partie de sa carrière dans la paroisse de Montebello où son souvenir est encore bien vivant. C'était un prêtre intelligent, courageux et d’une grande activité.

A peine installé à l'Orignal, où il avait commencé, dès le 29 janvier 1848, à demeurer chez M. MacDonell, er qualité de missionnaire, le père Bourassa continua son ministère aidé de l’ancien curé, devenu son assistant. En effet, le bon M. MacDonell, déchargé d’une partie du travail et de la responsabilité, retarda son départ jusqu’au 21 mars 1851.

Après lui trois jeunes oblats : le P. Mignault (2 avril-6 sepiembre 1851 ; le P. Tabaret (30 mars 1851-30 août 1862) et le P. Coopman (1853) et un prêtre séculier, M. David (1854) le P. Bourassa, qui lui-même céda la place (27 novembre 1854) à M. O’Malley, prêtre séculier.

Le P. Bourassa n'était point homme à se plaindre d’un surcroît de travail. Libre de Plantagenet, il accepta la desserte de

* Décédé en 1897.

Grenville et celle de Montebello, comme nous verrons en leur lieu, et se mit résolument à l’œuvre de la construction de l’église.

Pendant trois ans, de 1849 à 1852, il y travailla avec une constance admirable, se faisant lui-même ouvrier maçon et menuisier, et trouvant, toujours à point, les ressources pécuniaires qui manquaient. Aussi Mgr. Guigues admira-t-il fort son dévouement, et proclama-t-il son église une des plus belles du Canada. Toutefois, quoique la messe y ait été dite en 1853, ce n’est que bien plus tard, sous l'administration de M. Bouvier, que les grands grands travaux de l’intérieur furent parachevés.

Par les soins du P. Bourassa, un nouveau cimetière fut acheté à M. Hamilton. L'ancien, dont les fosses se remplissaient d'eau, fut abandonné, et est devenu, depuis, le jardin du presbytère.

Ce bon religieux qui s’occupait avec tant de zèle du bien matériel de sa paroisse, ne négligeait pas, comme on peut le penser, le bien spirituel des-âmes ; et lorsque en 1854, il dut quitter l’Orignal, il emporta d’universels regrets.

Son successeur, M. O’Malley (27 novembre 1854-22 septembre 1861) :t::t un prêtre irlandais venu dernièrement du diocèse de Montrél. 11 trouva une position plus facile. L’Orignal, en effet, avait perdu ses trois missions plus importantes :. Montebello, Grenville et Saint-Eugène. La seule chose qu’on ait à noter pendant son administration fut la donation faiïie par M. McDonagh, curé de Perth, ancien missionnaire de l’Orignal, d’une maison avec ses dépendances, à la caisse ecclésiastique d'Ottawa.

M. Ebrard fut pendant quelques mois de l’année 1855, vicaire à l’'Orignal.

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