‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 4)Chapitre 187 sur 193 · SAINT-CASIMIR DE RIPON · texte numérisé non relu

SAINT-CASIMIR DE RIPON

En arrière de la seigrieurie de la Petite-Nation, s'étend un pays montagneux et en apparence peu fertile, mais en réalité renfermant dans le creux de ses vallons un sol excellent. C'est là que se trouvent les cantons de Ripon et d'Hartwell dont nous allons raconter la fondation.

Le premier colon de Ripon fut un nommé David Grosleau, de Montebello qui vint planter sa tente (septembre 1846) sur le bord de la Petite-Nation non loin du lac qui porte aujourd'hui son nom. L'année suivante, d'autres colons arrivèrent. C'étaient Pierre Marcoux, Joachim Cyr, Hubert Séguin, Louis Brazeau. Bientôt le mouvement s'accentua tellement que dès 185 1 le gouvernement jugea nécessaire de faire arpenter le canton. L'arpenteur choisi par le ministre des terres de la couronne fut M. Edouard Leduc, de Saint-André-Avellin, qui leva la carte et dressa le cadastre du canton. Il n'y avait point alors de chemins et les habitants descendaient en canot d'écorce la rivière de la Petite-Nation jusqu'à Papineauville et à l'Ottawa pour toutes les nécessités de la vie et du commerce. Cette histoire de la colonisation des paroisses est toujours la même histoire de misères, de résignation et d'indomptable énergie. Dans quelques années on aura peine à croire qu'il ait été possible à des hommes de se choisir de leur plein gré une existence faite de tant de souffrances et de tant de privations.

En 1856, M. Hyacinthe Proulx arriva au pays et fonda le moulin qui existe encore aujourd'hui et qui dispensa, dès lors, les colons d'aller chercher la farine à Papineauville. On comptait dans le canton de Ripon, en 1857, soixante-quatre familles. Le curé de Saint-André-Avellin, M. Guillaume, y taisait mission tous les deux mois et célébrait la messe dans des maisons privées, surtout dans la maison d'Hubert Séguin.

En 1859, les habitants de Ripon demandèrent la permission de construire une chapelle, ce qui leur fut accordé. L'année suivante, M. Bourassa, curé de Montebello, délégué pour choisir l'emplacement de la dite chapelle, le marqua auprès de la résidence ds Hubert Séguin. En 1861 Mgr., dans sa visite à Saint-André,

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monta jusqu'à Ripon et confirma le choix fait par M. Bourassa. On bâtit donc en cet endroit (1862) une petite chapelle avec un appartement pour le prêtre, et M. Guillaume y vint dire la messe une fois tous les deux mois Cette même année 1862, deux écoles furent fondées.

En 1864, Mg-r. Guigues visita de nouveau Ripon, auquel il donna pour patron saint Casimir, du nom du curé de Saint-André, et félicita les colons de leur prospérité croissante et du courage avec lequel ils construisaient des écoles. Ripon comptait alors cent soixante-dix familles : Hartwell en avait cent et la mission lointaine de SuflFolk, déjà trente. Il était bien temps de pourvoir d'une manière efficace aux besoins spirituels de ces pauvres gens et Mgr. se résolut à leur donner un curé résidant. L'année suivante (24 septembre 1865) M. Olivier Boucher, vicaire aux Allumettes, fut nommé curé de Ripon, avec charge pe desservir les missions d'alentour. A cette époque seulement, on s'aperçut que le site de l'église avait été trop tôt fixé et n'était plus central. Aussi, lorsque Mgr. vint, dans l'été de 1866, visiter Ripon, M. Boucher demanda. et obtint toute liberté pour en choisir un autre. Il parvint alors à se faire donner par M. Landriau dix arpents de terre pour la paroisse, et il construisit en 1867, une nouvelle chapelle au lieu qu'elle occupe aujourd'hui. L'ancienne fut transformée en un presbytère dont le vieil appartement du prêtre devint la cuisine. Ces travaux du presbytère et de la chapelle furent exécutés, en grande partie, par corvées, si bien qu'ils coûtèrent peu d'argent : $1,480 pour l'église, et $1,119 pour la maison. Tout était prêt dans l'automne de 1867. Pour être juste, il faut ajouter que si tout était prêt, c'est que l'on se contentait de peu ; rien était fini, et l'on souffrait du froid dans les deux bâtisses, à peu près comme en plein air.

En septembre 1868, M. Boucher fut nommé curé de Pembroke, et, à sa place, M. Thomas Caron, qui depuis quelques mois desservait cette paroisse, fut envoyé à Ripon (23 septembre 1868). M. Caron commmença par payer les dettes qui pesaient sur la mission. Le besoin en était urgent, car les usuriers exploitaient jusqu'au sang cette pauvre église et lui faisaient payer douze pour cent d'intérêts.

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Le chemin de croix fut érigé le 2 octobre 1868.

En 1871, M. Caron construisit une allonge au chœur et une sacristie, et fit lambrisser en planches brutes l'église toute entière, ce qui la garantit désormais contre le froid. En 1872, deux nouvelles écoles furent fondées, au grand avantage de l'éducation. Ripon, quoique encore pauvre, était, dès lors, devenu une belle et grande paroisse et comptait deux cent soixante familles, tandis que Hartvvell en comptait cent trente, et Suffolk cinquante.

L'année suivante (1873) M. Caron termina l'étage supérieur du presbytère et entoura d'une belle et solide clôture tous les terrains paroissiaux. Lorsque, en septembre 1875, il fut appelé à Clarence-Creek, cet excellent prêtre laissait la paroisse de Ripon en bon état et libre de dettes. Il fut remplacé par M. Jacob Gay, curé d'Embrun.

SAINT-FELIX DE VALOIS DE CHENEVILLE OU d'hARTWELL.

Cette paroisse comprend la plus grande partie du canton d'Hartwell et des portions de ceux de Ripon et de Suffolk.

Les premiers colons d'Hartwell furent : Pierre Sigoin, Antoine Chartrand, Maurice Pilon, Félix Forget, François et Joseph Pilon et Augustin Sigoin, qui vinrent en I852, 1853, 1854, se fixer sur les bords du lac Cimon ou Grand-Lac. Avant eux, il n'y avait dans le pays que quelques familles sauvages de la tribu " Petite-Nation," entre autres les familles Cimon et Canard Blanc.

Le mouvement de colonisation s'accentua rapidement, quoique les obstacles au commerce fussent encore plus grands à Hartwell qu'à Ripon, et les communications plus difficiles. Ils portaient à Montebello, à vingt milles, leur potasse, et en rapportaient, en canot ou sur leur dos, de la farine et du lard.

Dès 1855, le curé de Saint-André-Avellin, M. Ebrard, commença à visiter ces pauvres gens, c'est dans la maison de Joseph Vaizeau que l'on se réunissait pour la mission. Les années suivantes la messe fut dite chez Bélonie Proulx, Pierre Sigoin, Olivier Chartrand et Eustache Turpin.

En juillet 1857, on comptait trente familles à Hartwell. La

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colonisation marcha, dès lors, rapidement, et dans le recensement de 1860, il s'en trouva déjà une centaine.

En 1862, MM. Guillaume et Bourassa vinrent fixer l'emplacement de la chapelle à construire dans cette mission. M. Bourassa décida qu'elle serait bâtie près du Grand-Lac, sur le n" 19 du deuxième rang- d'Harvvell, ce qui eut lieu. Cette petite bâtisse, en bois, de trente-six pieds sur vingt-quatre, fut levée par corvées, et ne coûta en argent que soixante piastres. La nouvelle mission reçut alors le titre de Saint-Marcellin, nom de la paroisse natale de M. Guillaume. En 1864, une première école fut fondée. Deux ans plus tard, on en érigea une seconde. Enfin, en 1870, la première fut transportée au village.

Pendant que les colons catholiques organisaient régulièrement leur mission, quelques suisses de Grenville vinrent s'établir dans le paps et y portèrent la zizanie. Pendant quelque temps, la région fut infestée de prétendus ministres de l'Evangile, qui allaient de porte en porte pervertir les âmes, et susciter dans les cœurs des simples, des doutes contre notre sainta religion. Heureusement qu'ils eurent affaire à un prêtre zélé et instruit, M. Guillaume, curé de Saint-André-Avellin, qui les poursuivit partout, les força à accepter des discussions publiques, dans lesquelles ils n'eurent point le beau rôle, et les chassa finalement du pays. Ces conférences ont été publiées en un volume, intitulé : Le Protestantisme jugé et condamné par les protestants eux-m,êmes, qui témoigne de l'érudition de l'auteur, et qui est le premier ouvrage écrit par un prêtre du diocèse d'Ottawa.

Lorsque, en 1865, M. Boucher fut nommé premier curé de Ripon, la mission d'Hartwell fut détachée de Saint-André et lui fut donnée à desservir. Son successeur, M. Caron, en fut également chargé pendant quelques années. An juin 1872, Hartwell comptait cent trente familles et Sufïolk, cinquante. Les gens de ces deux missions, se croyant alors assez forts pour solitenir un prêtre résidant, supplièrent l'évêque d'Ottawa de leur donner un missionnaire. Ce ne fut qu'en 1874, le 10 août, que le Père Dandurand, administrateur, leur envoya, à titre d'essai, un jeune prêtre, vicaire à l'Orignal, M. Motte, qui signa son premier acte dans la nouvelle paroisse du 18 octobre 1874.

Le besoin d'une église nouvelle et définitive se faisait depuis longtemps sentir.

M. Motte fut donc chargé des deux missions d'Hartwell et de Suffolk. Cette dernière ne faisait que de commencer et son histoire appartient à la décade suivante. Nous n'en parlerons donc point aujourd'hui.

Terminons ce chapitre par le tableau comparatif des recensements de 1861 et de 187 1 :

Canadiens- Irlandais Total Protes- Population

français. Catholiques- Catholiques. tants. totale.

Comme on le voit, l'accroissement de la population canadienne dépasse de beaucoup celui des autres races.

COxMTÉ D'ARGENTEUIL.

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