‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 4)Chapitre 97 sur 193 · SAINTE-CÉCILE DE MASHAM — (AUTREFOIS LA PÊCHE · texte numérisé non relu

SAINTE-CÉCILE DE MASHAM — (AUTREFOIS LA PÊCHE

Comme nous avons vu, la Pêche fut desservie tout d'abord par M. Désautels d'Aylmer. La première chapelle de cette mission date de 1845. Lorsque M. Ginguet fut nommé curé de la Gatineau (janvier 1847) il fut chargé en même temps de la desserte de la Pêche. Cette mission était destinée à faire éprouver à l'évêque de Bytown de cruels chagrins, et les troubles qui aboutirent, en 1870, à l'apostasie de quelques familles, commencèrent, on peut le dire, à la première heure de sa fondation. Le rapport suivant de Mgr. Guigues expose clairement l'état de la question en 1849:

" L'église de la Pêche est située dans le canton de Masham, à environ 10 lieues de Bytown. Cent familles, toutes canadiennes,

forment cette nouvelle mission dont je viens de faire la visite, (24 mai 1849). Pour y arriver je me suis dirigé du côté de Chelsea et de là sur les lacs, car les chemins de terre ne sont pas encore praticables. A notre arrivée au lac nous fûmes désappointés de n'y rencontrer aucun canot qui fût venu nous prendre. Heureusement une petite bonne* se trouvait au rivage et nous prîmes gaiement la résolution de nous en servir pour tenter fortune. La Providence vint à notre secours, car nous découvrîmes chez le bonhomme La Charité un canot avec trois hommes qui venaient à Bytovvn. Nous prîmes le canot, gardâmes les trois hommes et arrivâmes le soir à la Pêche, lorsque personne ne nous attendait. Le lendemain nous nous mîmes à l'œuvre.

" Cette localité m'a paru moins désagréable qu'on me l'avait d'abord représentée. Les montagnes ne sont point très élevées, et la terre paraît assez bonne. La petite rivière la Pêche coupe ce canton par le milieu. Des maisons qui y sont établies à quelque distance forment déjà et formeront mieux dans la suite un coup d'œil pittoresque. La plus grande partie des terres est déjà prise. Il en reste cependant un certain nombre, à l'est, qui sont vacantes, mais qui paraissent être d'une qualité fort médiocre. Le meilleur se trouve à l'ouest du canton. C'est là que les colons se sont portés plus particulièrement depuis un an.

" Cette mission, qui s'est accrue d'un tiers depuis l'année dernière, formera donc, un jour, une mission intéressante. Malheureusement, une troupe de familles protestantes se sont établies déjà au nord et séparent les catholiques de Wakefield de ceux de la Pêche, ce qui limitera nécessairement le progrès de cette dernière mission. L'église est en bois et non encore terminée. Elle a 34 pieds de long sur 30 de large. Elle est élevée, parce que ceux qui l'ont faite avaient l'intention de loger le prêtre au-dessus de la chapelle. Le démon de la discorde s'est glissé dans cette localité à propos de l'emplacement de la chapelle, et menace de paralyser les efforts du zèle. M. Bélanger qui, le premier, est venu se fixer dans ce canton, avait donné huit arpents de terre à

* Espèce de barque.

l'église. M. Désautels, curé d'Aylmer, a fait réserver 13 arpents de terre lorsque le canton a été mesuré, afin d'obtenir du gouvernement cet emplacement, dans le centre du canton et dans le village projeté. M. Trempe, possesseur d'un moulin à farine, offre, de son côté, un emplacement et une terre pour l'église et pour le prêtre, à un mille et demi du village. Chacun des partis est venu armé de toutes pièces, afin d'assurer la victoire et d'obtenir l'emplacement de l'église dans le lieu qui lui convient. En voyant les esprits aussi aigris, et les forces se balançant à peu près, j'ai cru qu'il était prudent de ne porter aucune décision. Je me suis borné à la faire pressentir, en pesant les raisons qui m'étaient présentées de part et d'autre, et je les ai tous loués pour les richesses qu'ils m'offraient, lesquelles, seules, causaient un embarras que je suis bien loin d'éprouver dans d'autres missions, où il est impossible de trouver un local convenable. J'ai fait faire aussi un recensement, pour connaître le nombre exact des habitants, ainsi que la force des divers partis qui se disputent l'église.

" Ce qui me paraît, en ce moment-ci, le plus naturel, est d'accepter la place offerte par le gouvernement. Elle est dans une position remarquable, au centre du canton et dans le village projeté. Mettre l'église chez M. Trempe, serait irriter un grand nombre de catholiques et, en particulier, M. Bélanger qui, le premier, avait offert sa terre et qui, par ses quêtes, parmi les jeunes gens des chantiers, avait fait élever la première chapelle. Il sera donc nécessaire de faire des démarches pour obtenir du gouvernement le contrat des 13 arpents qui nous avaient été réservés dans l'arpentage des terres. Il faudra aussi trouver de l'argent pour compenser les premiers propriétaires qui ont travaillé sur ce terrain. Ces préliminaires terminés, faire transporter la chapelle actuelle sur le terrain et ménager quelques logements dans l'étage supérieur ne sera point coûteux. De cette façon, lorsque, par la suite, il sera possible de construire une église, le prêtre se trouvera posséder, ipso facto, un beau presbytère.

" En unissant à la Pêche Wakefield ou Onslow, un missionnaire aura le nécessaire, et même le convenable pour vivre. Les chemins se feront bientôt. Dès lors, les communications devien-

dront faciles avec Bytown. Dès lors, aussi, le nombre des habitants augrnentera, et la mission deviendra une des plus agréables du diocèse."

" 56 habitants demandent l'ég-lise sur le terrain du g-ouvernement ; 45 sur le terrain de M. Trempe. "

Fort de ce plébiscite qui consacrait le choix du sage prélat, Mgr. Guigues lança aux catholiques de Masham un mandement dont nous donnons ici le texte :

'* Dans la visite que nous avons faite, N. T. C. F., au printemps de la présente année, nous avons fait nos efforts pour nous assurer du vœu de la majorité des habitants sur le changement de la chapelle et sur la place où il devait s'opérer. Elle s'est prononcée en faveur de l'emplacement donné par le gouvernement pour cet objet. Je me suis empressé d'obtempérer à cette demande. II restait encore à traiter une seconde question importante, celle de s'entendre avec la personne qui était en possession du terrain pour lui offrir les dédommagements qu'elle avait droit de réclamer pour son travail. Heureusement, ces conditions ne sont point onéreuses, car la seule demande faite par M. Leblanc est qu'on lui fasse sur la partie de la terre qui lui reste le même travail qu'il a déjà fait lui-même sur le terrain de la chapelle. Que tous les habitants se fassent donc un devoir de mettre de suite la main à l'œuvre pour exécuter ce travail qui leur est demandé et pour transporter la chapelle sur son nouvel emplacement. Vous désirez tous avoir un prêtre parmi vous, nous le désirons autant que vous, mais le changement de la chapelle et l'aménagement d'un local convenable pour recevoir le prêtre sont une préparation indispensable pour cet objet. Afin de diriger l'entreprise et de distribuer équitablement le travail d'un chacun, je nomme une commission spéciale compode M. Ginguet, curé de la Gatineau et missionnaire de la Pêche, président, et de MM. Michel Cousineau et Ovide Bélanger. Ils évalueront le travail fait sur le terrain, feront en votre nom l'acte de dédommagement en faveur de M. Leblanc, indiqueront le jour où tous ensemble vous devrez opérer le transport de la chapelle et travailler sur le terrain.

'* Un autre point reste encore à régler : celui de l'honoraire que vous devrez offrir au prêtre qui dessert la mission, car l'acte que vous avez passé avec lui expire en ce moment."

Fait à Bytown le 26 septembre 1849."

Cette décision fit taire les mécontents et étouffa, pour un temps, le germe des discordes qui devaient malheureusement renaître.

La chapelle et le cirhetière furent effectivement transportés, en 185 1, sur le lot 31 du troisième rang du canton.

A partir du premier janvier 1851, le père O'Boyle, curé de Wakefield, fut chargé de la desserte de la Pêche. Il s'y rendait une fois par mois, le dimanche, et il devait y prolonger son séjour jusqu'au mercredi. On lui faisait un traitement de trente louis. Le 6 juin 1853 un jeune prêtre français, M. Antoine Lauzier fut nommé premier curé de Masham. Il finit l'intérieur de la chapelle et la mit en état de servir décemment au culte (1854). En plus de sa paroisse, il avait la charge de faire chaque mois, nne mission à Aylmer, pour venir au secours de M. Hughes qui parlait mal le français et contre lequel les canadiens murmuraient.

Cependant la population du canton augmenta régulièrement, et il semble qu'il se fit un déplacement dans ce qui devait être le point central. Au mois de juin 1857, l'évêque d'Ottawa, dans une note sur la Pêche, s'exprimait en ces termes : " La population a monté de 100 familles en 185 1 à 160 familles aujourd'hui. L'église est en bois, beaucoup trop petite et moins centrale qu'autrefois, mais comment perdre une église, un presbytère et 13 arpents de terre ? Le plus sage serait peut-être de construire dans le nord du canton d'Onslow et dans celui d'Aldfield. Qu'on en ait soin."

Comme on le voit, M. Lauzier avait construit, en 1854, un presbytère de 31 pieds sur 25 ; il était alors suffisant. C'est le même qui subsiste encore aujourd'hui. Ce prêtre était épuisé par la rude vie de missionnaire qu'il menait. En 1858, il prit un congé de trois mois qu'il passa en France, laissant sa paroisse entre les mains de M. Paul Bertrand. Le 5 août 1860, il se retira

définitivement et vint mourir dans une maison qu'il possédait à la Gatineau. Son successeur à Masham fut un jeune prêtre français nouvellement ordonné, M, Antoine Brunet (26 octobre 1860).

saint-camille de farrelton (autrefois saint-joseph de

wakefield).

Cette paroisse est relativement ancienne. Ses habitants, tous irlandais, s'établirent au pays, à l'époque, ou immédiatement après l'époque de la grande famine. Attirés sur les bords de la Gatineau par la facilité qu'ils avaient de trouver de l'ouvrage dans les chantiers, et d'y vendre à bon prix, leurs denrés, ils commirent la faute de mal choisir leurs terres et de laisser aux protestants les plus fertiles du pays. Ce n'est donc qu'à force de travail et de privations qu'ils parvinrent à sortir de leur misère. La population irlandaise des deux cantons de Wakefield et de Low a la même origine, et provient de la même émigration.

Plusieurs années auparavant,- néanmoins, quelques colons étaient déjà établis à Wakefield. Lorsque les prêtres, MM. Brady, Désautels, Hughes, venaient y faire mission, c'était chez M. Farrell qu'ils disaient la messe et qu'ils tenaient les assemblées. Le 4 juillet 1844, un protestant converti, M. Samuel Lord, avait fait don à la mission, de 8 arpents de terre pour l'église ; mais les catholiques désirant avoir un curé, achetèrent, sur le conseil de Mgr. Guignes, le lot entier n'^ 5, 9e concession, sur lequel se trouvaient les huit arpents, et y construisirent une pauvre chapelle en bois.

Le Père O'Boyle, oblat, fut le premier curé résidant de Farrelton. Le premier acte des registres paroissiaux où nous voyons son nom est celui du baptême de Patrick Cahill (30 mars 1850). Le Père O'Boyle, trouvant, sans doute, la population trop pauvre, ne fit aucune amélioration à la chapelle et se contenta, pour lui-même, d'une demeure très provisoire. En septembre 1853, il fut nommé curé de Plantagenet, permutant avec M. McGoey, lequel signa son premier acte, le ler janvier 1854.

M. McGoey fut un peu plus heureux ; il entreprit la construction d'un presbytère et d'une église. Pour réussir, il eut recours

à plusieurs moyens : quêtes dans les chantiers, souscriptions des habitants, et vente du lot de terre de l'église, dont on ne se réserva que trente arpents. Le succès couronna ses efforts. En 1857, le presbytère était achevé et payé ; c'était un édifice assez modeste, mais convenable, qui devait suffire jusqu'en 1894. Il réussit encore à bâtir l'église. Pour 3' parvenir sans trop charger les habitants, Mgr. Guigues nomma M. McGoey à la cure de Chelsea (avril 1859) avec la condition d'aller, une fois par mois, faire mission, gratis à Wakefield, de façon à ce que les paroissiens pussent consacrer leurs ressources à la chapelle. Ce moyen réussit et, au commencement de 1860, l'évêque d'Ottawa pouvait constater " qu'une jolie église, en pierre, de 60 pieds sur 36, couv^erte en ferblanc, avait été élevée dans le cours de l'année précédente et que, quoique non terminée, elle faisait grand honneur au pasteur."

Ce n'était point sans difficultés, en effet, que ces travaux avaient été menés à bonne fin. Dans une note de juin 1857, Mgr. Guigues faisait un tableau désespérant du pays. " Cette mission ancienne, disait-il, qui depuis sept ans, possède un prêtre résidant, ne fait aucun progrès. On compte 300 âmes à Wakefield, et 500 à Low. Le revenu du curé ne s'élève qu'à soixante louis, ce qui est insuffisant. Tout est en désordre, les enfants sont mal instruits, l'église est insuffisante et le curé, découragé, demande son changement. Je serais tenté d'abandonner ces pauvres gens, mais ce serait risquer l'avenir de la colonisation sur cette rivière."

On comprend maintenant pourquoi M. McGoey fut envoyé à Chelsea. Ce changement était, à la fois, une punition pour les gens de Wakefield et une diminution de leurs charges.

En 1860, Mgr. Guigues visita Wakefield, et fit la réflexion suivante, sur l'état de choses qu'il y trouva. " Beau presbytère, un peu loin de l'église, à cause de l'eau. L'église est en pierre. Une fois terminée elle sera convenable. M. O'Farrel s'est chargé d'aller quêter dans les chantiers, pour cet objet. 60 familles à Wakefield, 100 à Low."

Le 27 mars 1861, M. Ebrard, curé de Saint-André-Avellin, fut envoyé de résidence à Wakefield. Mais, quelques mois après,

ayant commis l'imprudence de prendre un bain dans la Gatineau, il fut emporté par le courant de cette rivière qui est un long rapide, et se noya.

Son successeur fut le Rév. Camille Gay, jeune français, récemment ordonné. Le premier acte signé par M. Gay date du 13 octobre 1861.

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