NOTRE-DAME DE BONSECOURS DE MONTEBELLO
La seigneurie de la Petite-Nation forme actuellement trois paroisses : Montebello, Saint-André-Avellin et Papineauville. Comme ces deux dernières ne sont que deux démembrements de Montebello, c'est par l'histoire de celle-ci qu'il convient de commencer.
L'antique et vénérable mission de Notre-Dame de Bonsecours de la Petite-Nation a toujours été considérée comme un poste de dévouement et de sacrifice, bien qu'en 1851 la population s'y élevât à 2,835 âmes.
" Le Rév. J. Sterkendries, dont le premier acte comme curé de Bonsecours date du 2 octobre 1841, n'a pas laissé derrière lui la renommé d'un grand administrateur. C'était un homme pieux mais d'un caractère bizarre et fantasque, caractère qui lui venait sans doute du mal dont il souffrait (l'épilepsie). On ne lui doit
guère, en fait d'œuvres, que l'érection de la confrérie du scapulaire (23 janvier 1842). D'un autre côté, les gens de Bonsecours étaient pauvres et turbulents comme tous les voyageurs de l'époque. Faut-il l'attribuer à leur mauvaise volonté ou simplement au manque de savoir faire de M. Sterkendries ? Nous l'ignorons, mais il est av'éré que celui-ci mourait presque de faim et de froid dans son misérable presbytère.
Or, sur ces entrefaites, le mouvement de colonisation s'étant accentué dans l'intérieur de la seigneurie, les nouveaux fermiers de la paroisse actuelle de Saint-André-Avellin construisirent une petite chapelle que M. Sterkendries vint bénir le 10 novembre 1849. Non contents de ce premier succès, nos rusés compères qui connaissaient les ennuis et les misères du curé de Montebello, le sollicitèrent instamment de venir s'installer avec eux, lui promettant pour le séduire monts et merveilles. Le trop crédule M. Sterkendries ajouta foi à leurs alléchantes propositions et le jour de Noël suivant, après avoir célébré les saints mystères dans la chapelle de Bonsecours, il secoua la poussière de ses pieds, quitta cette paroisse inhospitalière et partit pour Saint-André- Avellin, grave détermination dont il eut bientôt à se repentir.
Le départ de leur curé dut porter un coup sensible à l'amourpropre des paroissiens de Montebello, d'autant plus qu'ils perdirent en même temps leur titre de métropole de la seigneurie pour se trouver réduits au rôle insignifiant de mission.
Mgr. Guignes, en effet, soit qu'il n'eut pas de prêtres à leur donner, soit qu'il voulût les punir de leur conduite envers M. Sterkendries, les fit desservir de Saint-André pendant un an puis les confia aux soins du Père M. Bourassa, oblat, qui était à la tête de la mission de l'Orignal (6 janvier 1851).
Le Père Bourassa fut dono chargé à la fois de l'Orignal et de Saint-Eugène, de Grenville et de Montebello. Toutefois, tandis que ses assistants allaient à Grenville, il s'occupait d'une façon toute spéciale de Montebello, préludant ainsi au fructueux ministère qu'il devait y exercer plus tard.
D'ailleurs, un autre événement importait allait encore modifier l'état des choses.
A cinq milles ouest de Montebello, sur le bord de l'Ottawa, commençait alors à grandir un joli village qui fut appelé Papineauville, du nom des propriétaires de la seigneurie. Dès lors, les gens de cette partie de la mission, enflammés par l'exemple de ceux de Saint-André, commencèrent une agitation dans le but de s'ériger en paroisse séparée.
Le i8 janvier 1851, ils envoyèrent à Mgr. Guigues une requête, dont voici le sens : '* La paroisse de Bonsecours grandit rapidement, et voilà que la chapelle est devenue trop petite. Permettez donc aux habitants de Papineauville de se séparer et accordez-:leur trois ans pour se bâtir. Alors Montebello n'aura plus besoin de construire une autre église. De simples réparations suffiront."
Cette demande entrait trop dans les vues de l'évêque de Bytown pour qu'il ne s'empressât plus acquiescer ; il se hâta de leur faire une réponse favorable. • — '
Lorsque les citoyens de Montebello apprirent la grande nouvelle, ils éclatèrent en cris d'indignation. Ce n'était pas assez de leur avoir enlevé Saint-André, on voulait leur ôter maintenant Papineauville. Avait-on pour but de les réduire à la misère, de les priver définitivement de prêtre, et de les tenir à jamais dans l'état de mission ? Leurs plaintes, de fait, n'étaient point sans fondement, puisque nous voyons la population de cette paroisse, qui, en 185 1, s'élevait à 2,835 âmes, tomber, au recensement de 1861, au chiffre de 969 âmes, seulement.
Mgr, Guigues, avec son grand tact et sa finesse habituelle, parvint cependant à les calmer: " Ne craignez rien, leur écrit-il, dans un mandement sur ce sujet ; Bonsecours n'aura aucun motif de se plaindre ; c'est l'église-mère ; elle ne sera point délaissée ; le curé lui sera rendu."
Consolés par le langage paternel de leur évêque, et par l'espoir de posséder bientôt, de nouveau, un prêtre résidant, les gens de Montebello se mirent donc résolument à la double oeuvre qui s'imposait : le presbytère et l'église. Au fond, il s'agissait moins d'une réparation que d'une reconstruction.* L'ancienne chapelle, petite et misérable, devint, grâce au zèle intelligent du
Père Bourassa, une des plus belles églises du diocèse, et mérita d'être de nouveau bénite, 9 février 1854. Mgr. Guigues fut assisté, pour cette cérémonie, d'un nombreux clergé. Dans l'acte qui nous a été conservé nous relevons les noms des Révérends M. M. Poulin, de la paroisse de Saint-Hermas, Huot, de Sainte-Anne du bout de l'Ile ; Bruneau, de Verchères ; Charland, de Beauharnois ; Bourassa, Maloney, David de l'Orignal et enfin de M. Arthur Mignault, curé de Bonsecours. Parmi les laïques présents, on remarquait l'hon. Louis-Joseph Papineau, seigneur du lieu, son parent Benjamin Papineau, et le notaire MacKay, de Papineauville.
Le presbytère subit les mêmes transformations, et fut mis en excellent état.
Comme nous venons de le voir, le Père Bourassa, sa tâche achevée, avait été déchargé de Montebello. Mgr. Guigues, voulant récompenser la paroisse de sa soumission et des sacrifices qu'elle s'était imposés, venait de nommer un jeune prêtre, M. Arthur Mignault, curé résident de Bonsecours et de Papineauville, 14 janvier 1854.
Ce jeune prêtre, d'ailleurs, n'occupa point longtemps le poste qu'on venait de créer pour lui. Sa conduite étant devenue l'objet de malignes interprétations,, de la part de certaines personnes, il demanda son changement, et partit pour Grenville (août 1856.) Depuis le mois de mai précédent il avait un vicaire, M. Ebrard, prêtre français. Le successeur de M. Mignault fut M. David, curé de Saint-André-Avellin, 18 août 1856. M. David administra simultanément Montebello, Papineauville, et Saint-André, jusqu'au commencement de l'année suivante. En janvier 1857, le vicaire, M. Ebrard, devint curé de Saint-André. A la fin de cette même année, monseigneur voyant la prospérité toujours croissante de Papineauville, crut le temps venu de lui donner un prêtre résidant. M. David y fut nommé et s'y installa, à la grande joie des habitants. Quant à Montebello, l'évêque d'Ottawa pensa ne pouvoir mieux faire que d'y envoyer celui qui était l'objet de touter les regrets, le Rév. P. M. Bourassa.
Quoique le premier acte signé du Père Bourassa porte la date du 15 mai 1858, nous savons qu'il commença à faire les
annonces dès le 30 octobre 1857. D'octobre 1857 à octobre 1887, époque de sa retraite, il faut donc lui compter trente années révolues de ministère à Montebello. Avec l'arrivée du Père Bourassa s'ouvrit une ère de prospérité spirituelle et matérielle pour cette belle paroisse. Son frère, artiste distingué, épousa une fille du grand Papineau, laquelle transmit à ses enfants les vertus de cet homme célèbre, laissant à d'autres un moins glorieux héritage.
Nous possédons un peu de notes sur Montebello jusqu'en 1861. Le 15 avril 1856, M. J. L. Papineau, dont la famille avait donné jadis le terrain paroissial, demanda et obtint de faire un échange de quelques arpents qui étaient à sa convenance, et pour récompenser la fabrique il se chargea de bâtir la maison du bedeau et le charnier où l'on dépose les corps des morts pendant la rude saison de l'hiver.*
Pendant sa visite de juillet 1857, Mgr. Guigues fit quelques injonctions. La terre manquait au cimetière, il fallait l'exhausser. On fit mieux, on le changea de place en 1861. Les servitudes du presbytère étaient devenues la proie des flammes, il fallait en bâtir de nouvelles et creuser en même temps un puits. Montebello comptait alors 120 familles. Tout allait bien, les colons commençaient à se placer sur les côtes ou concessions, les gens étaient las de partager les services du prêtre avec Papineauville et voulaient se réserver tous pour eux. Le temps était venu de diviser absolument les deux paroisses. C'est ce qui eut lieu en effet quelques mois plus tard.
La note de juin 1859 est encore plus brève et plus satisfaite. Montebello est une paroisse encore pauvre, mais le prêtre est zélé et tout va bierr.
Enfin, pendant l'été de 1861, monseigneur constate que grâce à la générosité de M. Papineau, un nouveau et beau cimetière a
* "Je souhaite, écrivait le 29 mars 1851, M. Papineau à l'évêque d'Ottawa, commencer un village près de l'église de Notre-Dame de Bonsecours, et je désire le distribuer régulièrement en rues larges et ornées d'arbres en front de l'église, au bas de la côte et de la place publique et sur un terrain indépendant. Je vais faire un marché avec la fabrique. En échange d'un terrain qui ne lui sert pas, je vais lui en donner un autre sur lequel je bâtirais la maison du bedeau et un charnier."
été ouvert et que la paroisse est à tous les points de vue excellente.
SÂIXT-ANDRÉ-AVELLIN.
Les premiers colons de Sairtt-André-Avellin s'établirent en 1845 dans la côte Saint-Joseph. C'étaient Hyacinthe Laplante, J.-B. Léger, Aug^ustin Birabin dit Saint-Denys, Hubert Sabourin, J. Racine, J.-B. Lepage, Elzéar, Joseph et Prosper Frappier. Les côtes Saint-Louis, Saint-André, Saint-Denys, Sainte-Julie et les Quatorze s'établirent k partir de 1841 ; la côte Saint-Pierre fut ouverte en 1852 et celle de Sainte-Madeleine vers 1872.
Le curé de Bonsecours venait de temps en temps dire la messe à Saint-André, mais on devrait, pour les baptêmes, mariages et sépultures, se rendre à l'église paroissiale. La première fut bénite par M. Sterkendries, le 10 novembre 184g, et, à partir de cette époque, jusqu'en 1865, date de la nomination de M. Boucher à la cure de Ripon elle resta le centre religieux de tous les établissements de l'intérieur.
Cette chapelle était située en haut de la rue Saint-André, sur la propriété d'un M. François Bourgeois, qui donna deux arpents de terrain.
Nous avons raconté plus haut comment les gens de Saint- André persuadèrent à M. Sterkendries de venir s'établir parmi eux.
Ce fut le jour de Noël 1849 que le bon missionnaire fit ce pas désisif et abandonna ses ouailles indociles.
Non contents de ce premier succès qui pouvait n'être point définitif, les habitants de la mission se hâtèrent d'envoyer au Père AUard, administrateur du diocèse en l'absence de Mgr. Guigues, (3 juin 1850) une requête à l'effet d'obtenir leur séparation de Bonsecours et leur érection canoniques en paroisse. M. Allard envoya le Père Dandurand sur les lieux pour examiner l'affaire (septembre 1850). Après le rapport favorable de celui-ci, un décret d'érection fut lancé (26 janvier 1851).* Il y avait alors dans la nouvelle paroisse 150 familles toutes canadiennes.
* Les limites de la paroisse furent modifiées par trois décrets : 26 janvier 1851, 13 juillet 1859, 12 mars 1872. La proclamation civile date du 24 août
Le premier juin 1850, M. Sterkendries avait béni une croix qui existe encore sur la terre d'Emery Villeneuve, n*^ 17, côte Saint-André. Le 21 du même mois, il en bénit une autre sur la terre de Chs. Chabot, n'' 15, qui fut plus tard transportée sur le n'' 16.
La chapelle en bois équarri mesurait d'abord 50 pieds sur 30, et fut, dans la suite, allongée d'une vingtaine de pieds. Une sacristie à deux étages de 24 pieds sur 20, servait de presbytère. Sous le chœur de la chapelle, le soubassement était aménagé en chambres à coucher tandis que l'étage supérieur fut distribué entre les divers offices nécessaires à une maison d'habitation. C'est là que logèrent les trois premiers curés. L'érection du chemin de la croix à Saint-André date du 16 mars 185 1, deuxième dimanche. A trois mois plus tard (6 juin) Mgr. Guigues fit sa première visite pastorale dans la nouvelle paroisse. Il se montra d'une extraordinaire bienveillance pour ces pauvres habitants qui semblaient prêts aux plus grands sacrifices et les exhorta à couronner leur œuvre en pourvoyant généreusement aux besoins du culte et aux nécessités de leur curé.
La cloche de la chapelle fut bénite le ler juillet suivant. Elle pesait 303 livres et fut suspendue dans une charpente en bois au coin droit de l'église.
Tout semblait donc marcher à merveille à Saint-André. Malheureusement, le bonheur n'est pas de ce monde. Bientôt les gens se lassèrent de charges qui parurent trop lourdes à l'indigence des uns et à la mauvaise volonté des autres. M. Sterkendries commença à se plaindre et la division se mit dans la paroisse. Les choses en vinrent à un tel *point que le 27 janvier 1855, l'évêque d'Ottawa reçut deux requêtes : l'une signée de 80 noms demandant le départ du curé, la seconde portant 70 signatures qui réclamait son maintien. Le Père Aubert, vicaire-général, dut venir faire une enquête (2 août 1855) qui aboutit au rappel de M. Sterkendries, sacrifice jugé nécessaire au rétablissement de la paix.
M. Sterkendries s'en alla passer quelques mois à Plantagenet, mais sa santé s'étant affaiblie, il fut transporté à l'hôpital d'Ottawa où il mourut le 17 février 1857.
Les sacrifices imposés par les révolutions portent rarement d'heureux fruits. A la révolte ouverte succède souvent la révolte organisée qu'on appelle le gouvernement constitutionnel ou l'anarchie pure. Tel fut le cas à Saint-André.
Le nouveau curé, M. J. David, venu de Grenville, ouvrit les registres paroissiaux : le premier acte qu'il signa fut la sépulture d'Alphonse Villeneuve (13 septembre 1855). Son administration fut, comme la précédente, en butte aux contradictions. Aussi, s'empressa-t-il, dès les premiers jours de janvier 1857, de quitter Saint-André pour s'installer à Montebello.
Il eut pour successeur, son vicaire, M. Ebrard (ler février 1857). Sous l'administration de ce dernier, le régime parlementaire, triomphant, s'épanouit dans toute sa beauté. Le conseil des marguillers, institué le 16 janvier 185 1, tenait ses séances sous la présidence d'un laïque et écoutait gravement les suppliques du curé qui devait signer les résolutions adoptées par ce sénat. On alla plus loin, on eut recours, comme en Suisse, au référendum populaire. L^n jour, M. Ebrard convoqua une assemblée générale de paroisse à l'effet d'engager un servant de messe, un bedeau et des chantres. L'histoire ne dit pas, cependant, si la ménagère du curé fut l'objet des délibérations de cette nouvelle assemblée nationale. Quoiqu'il en soit, on comprend que la position du débonnaire, M. Ebrard, ne tarda pas k devenir impossible et qu'il dut demander son changement (26 septembre 1855). Il fut envoyé à Cumberland puis à Farrelton où il termina sa vie en se noyant dans les rapides de la Gatineau.
Mgr. Guigues, dans les cj^ux visites qu'il fit, juillet 1857, et juin 1859, constata avec douleur l'état déplorable des affaires. Tout était en désordre, point de comptes, point de livres, encore moins d'obéissance. On avait acheté une ter're de 40 arpents ; il ordonna qu'on en payât régulièrement les annuités, l'église était devenue trop petite ; il voulut qu'on la prolongeât, et commanda de bâtir un presbytère de 36 pieds sur 24, ordre qui ne fut exécuté qu'en 1860.
Cependant, malgré ces ennuis et ces déboires, la paroisse continuait à prospérer ; les colons, affluaient, sur ses terres, bien
plus fertiles que la nature accidentée du sol ne l'avait fait supposer. En 1857, on comptait déjà 64 familles dans le canton de Ripon ; et une trentaine, à Hartwell. Le 13 juillet 1859, Mgr. annexa à la paroisse, la côte Saint-Pierre nouvellement fondée, et il engagea les marguilliers à obtenir l'érection civile de la paroisse, pour avoir les moyens de mener à bonne fin les travaux qu'il avait commandés.
Le 2g août 185g, M, Ebrard, avant de quitter Saint-André, consacra la paroisse aux sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, sous le vocable de Notre-Dame des Victoires.
Son. successeur fut un autre français, M. Guillaume, qui devait demeurer là quatorze ans.
Le premier soin de M. Guillaume fut de réagir contre les envahissements des marguilliers ; le second fut de construire un presbytère. Nous ignorons quand il fut commencé, mais ce que nous savons c'est que pendant l'été de 1861, lors de sa visite pastorale, Mgr. Guignes s'indigna de voir qu'il n'était point encore fini. .
Dès cette époque, Saint-André était devenu une grande et belle paroisse et possédait tous les éléments qui devaient en faire, plus tard, l'une des plus importantes du diocèse.