‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 5)Chapitre 32 sur 199 · IO · texte numérisé non relu

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n'ai pas encore vu verser tant de larmes à la confession et aux instructions que j'ai pu leur faire. J'étais accablé de confessions, depuis le matin jusqu'à 8 à lo heures du soir. Je ne sais pas d'où est sorti tout le monde que j"ai confessé. Il en est venu un bon nombre de Chatham (Saint-Philippe.) Cette dernière place peut aller avec Gren ville, et je crois qu'elle ne lui cède en rien. J'ai fait faire la première communion à dix g-rands enfants. Il y en a dans Chatham de dix-neuf à vingt ans qui ne l'ont pas encore faite. Ils doivent se présenter à la prochaine mission. A l'égard donc de Chatham je vous prierais de m'accorder la permission de leur faire faire leurs Pâques, si vous voulez qu'ils les fasseut une fois dans leur vie ; j'entends ceux qui se trouve dans ce bout-ci du canton.

Je suis des plus mortifiés, Monseigneur, de ne savoir pas l'anglais. J'ai toujours craint de vous parler de cela de peur que vous ne pensiez que ce ne fût dans le désir de chang-er ma destination. Mais, à présent que vous connaissez mes intentions, vous me permettrez de vous communiquer les remarques que j'ai pu faire et qui pourraient servir pour l'avenir. . . .

Il y a beaucoup d'animosité entre les canadiens et les irlandais, et cette animosité subsistera tant qu'ils ne seront pas desservis par deux missionnaires de nation différente. C'est un fait que vous connaissez mieux que moi, que tous les prêtres irlandais ont une préférence marquée pour les irlandais, et vous pouvez croire de quel oeil nos canadiens regardent cette préférence. Aussi, lorsque le missionnaire canadient vient, nos bons canadiens font leurs plaintes à leurs Père ; et vice versa. Et ces bons Pères qui ont encore quelque chose de la fragilité humaine, ne savent trop que dire ; ils se laissent attendrir sur le sort de leurs enfants. De là quelques préventions, même entre les missionnaires. L'un désaprouve, ce que l'autre a fait. Et comme conclusion, l'un des deux partis restera en arrière quand il s'agira d'œuvres publiques. . . Ce sont de petites misères, d'où, par malheur, surg-issent de g'rands inconvénients

Quant aux catholiques qui habitent les montag-nes, j'ai été en visiter quelques-uns, mais j'ai eu peu de chose à faire avec eux,

parce que ce sont des irlandais. J'ai fait commencer l'ouvrage de la chapelle et jespère qu'il avancera maintenant. Je suis assez bien logé. J'ai commencé à acheter un petit ménage, mais les moyens me manquent. J'ai trouvé des gens pour rester dans notre maison et la garder. Pour les ornements de la chapelle, on s'en sert parce qu'il n'y en a pas d'autres. Il n'y a qu'un calice.

P. BoURASSA."

Un peu plus tard, M. Bourassa envoie la statistique suivante :

" Grenville, 7 juillet 1839.

" Monseigneur, — Il est très difficile de connaître tout le monde ici, a cause des distances et du manque de chemins : voici les chiffres que j'ai recueillis par informations ; ils ne sont qu'approximatifs :

Communiants. Non communiants.

Familles canadiennes... 74 204 182

Familles irlandaises 34 108 74

Totaux 108 312 356

Dans la Petite-Nation, il y a, je crois, dix familles irlandaises, environ trente communiants et autant de non communiants. Je n'ai pas encore pu connaître le nombre des habitants de Lochaber et du Gore ; j'ai prié le docteur Léman, qui connaît très bien ces localités de m'en envoyer la liste, au plus tôt. Quant aux autres cantons, je ne sais rien d'eux. Je suis bien content de la Petite- Nation ; pour Grenville, la jeunesse y est généralement licencieuse."

On voit avec quel soin les évêques de Montréal s'informaient de l'état des parties même les plus reculés de leur diocèse, et l'on admire en même temps le dévouement et la sagacité de ces jeunes missionnaires qu'ils envoyaient faire leur stage ou vicariat dans ces régions. De quoi y vivaient-ils ? D'un maigre casuel et de ce que les fidèles, généreux sans doute, mais pauvres encore, comme tous les colons qui commencent, pouvaient leur donner. Parfois ils poussent des cris de détresse. Dans une lettre du 20 juillet 1839, M. Bourassa constatait qu'il n'avait pas un sou de provisions

et qu'il ne vivait, depuis quelque temps, que du poisson qu'il pouvait prendre. Quand nous çomparons notre vie facile avec celle de ces vétérans du ministère, nous nous sentons bien petits, et nous devenons forcément modestes.

Dès cette année, Mgfr. Bourg-et avait formé l'intention de faire une visite pastorale dans la vallée de l'Ottawa, afin de connaître, de visu, le besoin de ces missions naissantes qui lui tenaient tant à cœur. Cette visite qu'avaient sollicitée indirectement les missionnaires et qui comblait leurs vœux, les inquiéta néanmoins. Ils ne se sentaient pas prêts à recevoir l'évêque. Dans une lettre du 20 mai 1839, M. Brady manifeste nettement sa pensée ; il le prie d'attendre encore une année pour lui donner le temps de faire ses derniers préparatifs. A Buckingham, l'égalise est propre, il faudra descendre chez M. Burke ou chez des protestants, qui d'ailleurs, seront flattés de recevoir l'évêque. A Chelsea, il n'y a pas une seule maison convenable, mais en rev'anche l'église sera prête à la fin du mois. A Templeton on lève actuellement l'église qui sera décente ; il n'y a maintenant qu'une toute petite chapelle. A Aylmer les travaux sont arrêtés, il est à craindre que l'on ne soit obligé de plaider avec l'entrepreneur. Dans ces deux dernières localités, on trouve plus de dix maisons où l'évêque peut se retirer.

De son côté, M. Bourassa qui s'apprêtait à partir pour le vicariat de Chambly, veillait à la construction d'un g"rand canot d'écorce du prix de quarante piastres, commandé à un sauvage, et qui devait servir au voyag'e de monseig'neur et plus tard, à celui des missionnaires du lac Témiscamingue.

Le voyag-e fut donc remis à l'année suivante. En attendant, le 30 novembre de cette même année 1839, le Rév. M. Brady, au nom des syndics Joseph Poupore, John Reynard et Alexander MacDonnell, interprètes des soixante-six familles qui formaient la congrég-ation de l'île des Allumettes et des environs, demanda à monseigneur la permission de bâtir l'église des Allumettes au lieu appelé Paquet's Rapids, qui est le bout inférieur de l'île, pétition qui lui fut accordée.

Au commencement de 1840, M. Brady vint s'installer en face de Bytown. Sa présence, loin de calmer les désirs des missions

d'alentour, qui se disputaient la présence du missionnaire, ne fit qu'aviver les rivalités et exciter les jalousies. Elles en vinrent jusqu'à se plaindre à monseigneur Bourget, et M, Brady dut se justifier :

HuLL, 8 avril 1840.

** Il n'y a, écrivit-il, ni à Chelsea, ni à Buckingham, ni à Templeton, une maison où je puisse me retirer. Les gens de Chelsea, voyant que j'étais à Templeton, ont pris le parti de pousser leur église et de laisser le presbytère de côté. Ceux de Buckingham sont occupés à construire des bancs et à préparer une cloche pour la réception de Votre Grandeur cet été. Ils ont cependant le bois tiré sur la place, pour le presbytère, mais ils sont pauvres. Je me suis donc installé aux Chaudières, et là je me trouve au centre de mes missions. Tout le monde est satisfait de ce changement. Les gens de Templeton eux-mêmes ne peuvent rien dire, puisque je serais resté chez eux, s'ils m'eussent donné une maison, voire une cabane. J'espère que mon départ les forcera à pousser les travaux, quoique les canadiens de la Gatineau soient bien pauvres.

" C'est ici, aux Chaudières, que devrait être construite l'église des deux cantons de Hull et de Templeton, si l'on pouvait y faire consentir tout le monde ; mais ça été impossible dans le temps."

Après cette justification, M. Brady ajoute : "Le propriétaire du terrain de l'église des Allumettes est incapable de nous donner aucun" titre de propriété, n'en ayant pas lui-même. Il a promis de 4 à 8 arpents de terre. La chapelle, dont les dimensions sont de 30 pieds sur 40 et de 14 pieds de haut, est bien bâtie.

" Quant à l'église et au presbytère d'Aylmer, ils ont déjà coûté deux cents louis et ils ne sont qu'à douze pieds au-dessus du sol ; il faudrait encore cinq cents louis pour pouvoir dire la messe dans l'église. Le presbytère est trop petit ; il n'est fait que pour servir de sacristie.

"La chapelle de Chelsea n'a presque rien coûté, ayant été bâtie par les habitants eux-mêmes, sauf trente-cinq louis payés à des

ouvriers et douze pour des planches et des bardeaux. Sur cette somme, dix louis ont été fournies par la Propagation de la Foi. Tout ce que les habitants pouvaient faire étaient de trouver le reste. On a donné hier le contrat du sanctuaire pour dix louis, et l'on se demande où les trouver.

"L'ég-lise de Templeton est couverte. Elle a coûté cent quatreving-t louis. Je ne vois pas que les gens soient capables de faire davantage.

"Depuis que je travaille dans ces missions, les gens d'Aylmer m'ont donné dix-huit louis ; ceux de Chelsea quinze ; ceux de Templeton cinq ; ceux de Buckingham quinze ; soit cinquantetrois louis en tout. Je paye ici une rente annuelle de quinze louis."

Enfin, par une lettre du 25 juin 1840, à M. Truteau secrétaire de l'évêché, M. Brady avait la satisfaction de pouvoir fixer une date définitive' pour la réception de monseigneur. Nous citons cette lettre à cause du curieux itinéraire qu'elle contient :

"Votre lettre du 20 courant vient de m'arriver, et en réponse, j'ai l'honneur de vous informer qu'au premier septembre prochain j'espère avoir mes quatre chapelles, ainsi que les enfants, prêts pour la réception de Sa Grandeur. Mais si monseigneur veut étendre les bienfaits de sa visite au-dessus d'Aylmer, il fera bien d'envoyer des prêtres au Grand-Calumet, à la Passe et aux Allumettes pour tout préparer. . . .

"Voici l'itinéraire que devra suivre Sa Grandeur : De la Petite-Nation k Buckingham en steamboat ; une fois débarqué à Buckingham, il y a cinq milles à faire en charette pour gagner le village. De Buckingham à Templeton (la Gatineau) six lieues en steamboat, ou, si le temps le permet, en canot. L'église est sur le bord de la rivière. De Templeton on va en calèche tant à Chelsea qu'à Aylmer. D'Alymer on monte en steamboat jusqu'aux Chats ; et là il y a sept milles par terre que les missionnaires font généralement à pied pour atteindre le lac des Chats, où l'on embarque de nouveau dans un steamboat qui va jusqu'au Portage-du-Fort. A partir de ce point, il n'y a plus d'autres moyens de voyager qu'en canot. Mais, je suis persuadé que les gens du Grand-Calumet se feraient un devoir et un plaisir d'aller

chercher Sa Grandeur, et que ceux des Allumettes feraient de même.

"Je pense que la meilleure manière de voyager, serait de partir en canot d'en bas, en apportant toutes les choses nécessaires. . Autrement nous serons obligés d'exercer le ministère dans les auberges."

Cette grande visite pastorale fut préparée de longue main. Monseigneur Bourget, comme jadis Notre-Seigneur, en Judée, envoya devant lui des apôtres qui lui ouvrirent les voies. C'étaient MM. Prince et Désautels, Amyot et Truteau, Girouard et Charland. *

Munis des pouvoirs les plus étendus, ces prêtres partirent au mois d'août et évangélisèrent successivement toutes les missions dont nous avons parlé, à partir de Grenville ; ils remontèrent même à vingt lieues sur la Gatineau, jusqu'au lac Sainte-Marie où ils trouvèrent une dizaine de familles perdues au fonds des bois. Voici la^art qui échut à chacun de ces zélés missionnaires. MM. Girouard et Charland prêchèrent à Grenville et à la Petite-Nation; MM. Prince et Désautels à Buckingham, sur la Gatineau, à Chelsea et à Aylmer ; enfin MM. Amyot et Truteau au Portage,

* Mgr. Jean-Charles Prince venait d'être nommé chanoine de Montréal. Né à Saint-Grégoire, diocèse des Trois-Rivières le 13 février 1804, il fut ordonné le 26 septembre 1826, et demeura attaché k l'ég'lise Saint-Jacques de Montréal, c'est-à-dire à l'évêché. En 1831 il devint directeur du coUèg'e de Saint-Hyacinthe. Rentré à l'archevêché en 1840, il fut préconisé en 1844, évêque de Martyropolis et coadjuteur de Montréal. Le 8 juin 1852 il fut nommé premier évêque de Saint-Hyacinthe. C'est là qu'il mourut, le 5 mai 1860.

Joseph Désautels naquit à Chambly, le 20 octobre 1S14, fut ordonné à Montréal en 1838, fut missionnaire à Aylmer de 1840 à 1848 ; fut nommé camérier secret de SS. Pie IX, en 1862, curé de Varennes en 1868, et mourut le 4 août 1881.

Noel-Laurent Amyot, né à Québec en 1795, ordonné en 1828, était alors curé de Saint-Cyprien. Il mourut à Vienne, Autriche, 1845, au retour d'un pélérinage en Terre-Sainte.

Alexis-Frédéric Truteau, né à Montréal en 1808, ordonné en 1830, passa toute sa vie à l'évêché ; secrétaire en 1831, vicaire-général en 1840, décédé à Montréal en 1872.

Henri-Liboire Girouard, né en 1798 ; était en 1840 curé de Sainte-Marie de Monnoir. Il mourut en 1871, curé de Saint-Simon de Bagot. (Rép. gén. du clergé canadien.)

Nous n'avons pas à revenir sur M. Charland dont nous avons parlé plus haut.

au Calumet, à la Passe et aux Allumettes. Cos derniers missionnaires profitèrent de leur passage au Grand-Calumet pour nommer les syndics de l'église qu'on se proposait de bâtir. Ce furent : Louis Brizard, Thomas Bastien et François Cahill, 22 septembre 1840.

Encouragés par ce premier succès, à peine arrivés au Portagedu-Fort, ils firent élire dans le même but pour marguillers : Coll McDonnell, Joseph Paquet et Thomas McVeigh, (28 septembre 1840) tant était grand l'enthousiasme universel.

Monseigneur Bourget partit à son tour. Il commença sa visite par l'île des Allumettes et la continua en descendant, confirmant les fidèles, bénissant les chapelles, marquant les emplacements des nouvelles églises, et faisant tous les offices de son sacré ministère. Cette visite depuis si longtemps annoncée, si solennellement préparée, eut un grand retentissement dans le pays, et fit un bien qu'on ne peut guère comprendre k distance. D'elle date l'organisation religieuse de la vallée de l'Ottawa. Des paroisses furent érigées, des curés furent établis. Ces a^tes sont d'une telle importance dans notre histoire que nous nous croyons obligés de les consigner ici.

" Erection canonique des missions de Saint-Paul d'Aylmer, de Sainte-Etienne de Chelsea, de Saint-François-de-Sales de la Gatineau, de Saint-Grégoire de Nazianze de Buckingham.

" L'an 1840, le deux octobre, nous soussigné, évêque de Montréal, assisté ' de M. Brady missionnaire du Heu, de M. Morisset curé de Saint-Jean Dorchester, de M. P. D. Ricard, curé de Saint-Joachim de la Pointe-Claire, de M. Girouard, curé de Sainte-Marie Monnoir, de MM. Prince et Désautels, missionnaires envoyés pour préparer les voies à la mission épiscopale, et de M. Truteau notre secrétaire, avons béni solennellement, en présence de beaucoup de fidèles assemblés pour cette cérémonie, l'église construite dans ce village, dont le titulaire sera saint Paul apôtre, comme il a été réglé ci-devant par notre illustre prédécesseur."

" Donné à Aylmer ou Turn Pyke, les jours et an que dessus ; et ont les dits assistants, ci-dessus mentionnés, signé avec nous."

(Signé) Ign. év. de Montréal.

Le même jour, Mgr. Bourget érigeait un chemin de croix, en présence de la même assistance.

Le lendemain, 3 octobre 1840, il délimitait la mission de Saint-Paul d'Aylmer, qui comprenait, dès lors, les cantons d'Onslow, d'Eardley et partie de Hull jusqu'à la montagne, exclusivement ; "en exceptant ceux qui habitent le village des Chaudières, au sud-est du chemin Bringham, y comprise la terre d'André Leamy, lesquels appartiendront à la mission de Saint- François-de-Sales, sur la rivière Gatineau," Il ordonnait qu'on achevât l'église et la sacristie et que l'on construisit un presbytère ; que l'on arpentât, enregistrât, clôturât le terrain donné.

Le lendemain, 4 octobre 1840, il bénissait l'église de Saint- Etienne de Chelsea, en présence des mêmes témoins, et y érigeait également un chemin de croix.

Le même jour, il décrétait que la mission de Chelsea comprendrait la partie du canton de Hull, dite de la Montagne, que l'on ferait à l'église une addition qui servirait de sacristie et de logement pour le prêtre ; que l'on ferait arpenter et enregistrer la terre donnée à l'église, et que les habitants s'engageraient à fournir au missionnaire vingt-cinq louis, chaque année.

Le 6 octobre i840j Mgr. Bourget bénit, en présence des mêmes témoins, l'église de Saint-François-de-Sales de la Gatineau. Le même jour il érigea un chemin de croix, et le lendemain, 7 octobre, il bénit une cloche.

Le 8 octobre, il écrivit l'ordonnance suivante, que nous transcrivons pour donner une idée des ordonnances que ce grand évêque faisait dans ses missions nouvelles :

" Ignace Bourget, Evêque de Montréal.

" Nous avons ordonné que le canton de Templeton, avec le village des Chaudières, jusqu'au chemin de Bringham, y compris la terre d'André Leamy qui est au-delà du chemin, forme la nouvelle mission de Saint-François-de-Sales, sur la rivière de la Gatineau, dont la fête se célèbre le 29 janvier ; qu'il soit élu en assemblée de fabrique, chaque année, dans le mois de décembre, un marguillier pour remplacea celui qui sortira de charge ; que chaque marguillier rende ses comptes dans le cours de l'année qui suivra immédiatement celle de sa gestion ; qu'ifsoit acheté un livre pour y enregis-

trer tous les comptes et actes de délibérations de fabrique ) que l'on fasse mesurer, au plus tôt, par un arpenteur juré, le terrain de rég"lise, et que le procès-verbal du dit arpenteur juré soit, sans délai, insinué au greffe, avec le contrat de donation, aussitôt qu'on l'aura obtenu de M. Wrigfht, afin que le terrain de l'ég-lise soit, par là, lég"aiement amorti ; que tout le dit terrain soit clos dans le cours de cet automne ; qu'un cimetière soit clos et ensuite béni, au lieu par nous désig-né, par la croix que nous avons fait planter et que nous avons bénite aujourd'hui ; qu'il soit enclos, à l'un des ang"les du dit cimetière, un lopin de terre assez suffisant pour y inhumer les enfants morts sans baptême ; que rég"lise acquière au plus tôt tout ce qui lui est nécessaire et prescrit par le rituel pour l'administration du Baptême, du Saint- Viatique et de r Extrême-Onction ; qu'il soit fait un banc-d'oeuvre, avec une armoire fermant à clef, pour y conserver les fonds baptismaux en été, laquelle sera transportée en hiver, dans la sacristie, quand elle aura été bâtie : que la custode soit g-arnie de soie ; qu'il soit acheté un ciboire, un ornement noir, un encensoir, une croix de procession, une aube avec un cordon, six amicts, six purificatoires, un corporal, trois nappes d'autel, douze lavabos, un parement d'autel dont un côté sera noir, et l'autre pour les quatre cauleurs de l'ég'lise ; qu'il soit fait dans la future sacristie, un confessionnal et une armoire pour y conserver les ornements et ling-e de l'église ; que le tarif uniforme soit suivi par le missionnaire et la fabrique pour la perception de leurs droits casuels ; que tous les habitants de la dite mission se cotisent pour assurer à leur missionnaire un honoraire de cinquante louis, au cours actuel ; que l'an enregistre, dant le livre des délibérations de fabrique, les actes de bénédiction de l'église et de la cloche de cette mission, celui de l'érection du chemin de la croix, ainsi que la présente ordonnance, et qu'il soit dressé un acte authentique de l'adjudication de chaque banc de l'église.

Donné à Saint-François-de-Sales, sur la rivière Gatineau, dans le cours de nos visites, le 8 octobre 1840.

Ignace, Evèqne de Montréal.

Par Monseigneur,

A. F. Truteau, Secr."

Le 9 octobre, Mgr. Bourg-et arrivait à Bucking-ham. Voici l'acte d'érection de cette mission :

' ' Ignace Bourget, Evèqiie de Montréal.

*' Nous avons érigé et érigeons, par les présentes, une nouvelle mission qui sera formée des cantons de Buckingham et de Lochaber et aussi de tout le territoire qui est sur et dans les profondeurs de la rivière aux Lièvres, d'un côté jusqu'aux habitations qui doivent appartenir à la mission de Sainte-Cécile, sur la rivière à la Pêche, et de l'autre côté jusqu'à la seigneurie de la Petite-Nation, permettant aux habitants qui sont au delà des missions d'Aylmer, de Chelsea, de la Gatineau, de la rivière à la Pêche, de Buckingham, de la Petite-Nation et de Grenville de remplir leurs devoirs religieux dans celles des dites missions où ils pourront plus commodément être desservis. La dite mission sera sous le titre de Saint-Grégoire-de-Nazianze. Nous avons ordonné que le presbytère, déjà commencé, soit achevé au plus tôt ; qu'il soit élu, en assemblée de fabrique, des marguillers . . .

" Donné à Buckingham, en cours de visite.

Ignace Bourget, Evêque de Montréal.

Ce ne furent pas les seules missions érig-ées canoniquement dans cette visite pastorale ; les missions de Saint-Alphonse des Allumettes, de Sainte-Anne, et de Saint-Alexandre du Calumet et de Sainte-Cécile de Masham, le furent également à cette époque.

Un peu plus tard, en 1843, 30 août, à l'instig-ation de M. Désautels, qui voyait la colonisation s'étendre rapidement sur les deux rives de la Gatineau, trois nouvelles missions furent érigées dans le bassin de cette rivière : Saint-Joseph, aujourd'hui Farrelton, pour le canton de Wakefield ; le lac Sainte-Marie et la Visitation, qui comprenait tout le territoire supérieur.

Tels furent les fruits de cette visite pastorale. Aussi, à son retour à Montréal, Mgr. Bourg-et pouvait-il, par une lettre pastorale en date du 25 novembre 1840, se féliciter, à bon droit, de son voyage dans l'Ottawa supérieur : — ** Pendant plus d'un mois, dit-il, nous avons parcouru tout le territoire qui s'étend le long de

la Grande-Rivière, depuis Grenville jusqu'à l'île des Allumettes, comprenant une étendue de près de quatre-ving"ts lieues. Nous n'avons cessé de recueillir les fruits de g"râce et de salut qu'il plaisait à Dieu de répandre sur nos travaux et sur ceux de nos zélés collaborateurs. Dans le cours de cette visite nous avons planté la croix du Sauveur en huit endroits où ce signe du salut n'avait pas encore été publiquement arboré et vénéré ; nous avons béni solennellement quatre chapelles, institué le chemin de croix dans sept églises, érigé huit nouvelles missions et désigné la place de trois nouvelles chapelles qui seront bâties sous peu, à en juger par le zèle des catholiques de ces lieux. La confirmation a été administrée à près de neuf cents personnes, et plus de dix-sept cent cinquante ont participé au banquet eucharistique."

Pour couronner son œuvre il restait à multiplier les ouvriers évangéliques dans ces contrées et à leur procurer plus de stabilité et plus de ressources matérielles ; c'est ce que s'empressa de faire Mgr. de Montréal.

Le Rév. M. Colgan, curé d'Argenteuil, fut chargé de la desserte de Grenville, 1842 ; le Rév. Joseph Sterkendries fut nommé curé de la Petite-Nation, 20 octobre 1841 ; M. Brady s'établit définitivement à Buckingham, et eut sous sa-surveillance les vastes territoires de de cette mission, 1840 ; M. Désautels s'installa à Aylmer d'où il desservait Chelsea et la Gatineau. On lui assigna un traitement de cent-cinquante louis : soixante-quinze pour Aylmer, cinquante pour la Gatineau, et vingt-cinq pour Chelsea.

Enfin, au Rév. M. Moreau échut la desserte de la partie occidentale de la vallée, depuis les Chenaux (Portage-du-Fort) jusqu'aux Allumettes.

Note. — A propos de ces érections canoniques, il nous reste quelques doutes, au moins pour les paroisses de Chelsea et de iNIasham et les autres de la Gatineau. On juçea, en effet, nécessaire de les érig'er de nouveau. Saint- Etienne de Chelsea fut érigé canoniquement par décret du 29 décembre 1859, et civilement par proclamation du 29 août 1861.

Sainte-Cécile de Masham le fut le 24 décembre 1868, et le 8 août 1871 respectivement. Il faut donc croire que les divisions des missions de la Gatineau furent simplement officieuses et n'ont jamais été confirmées.

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