‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 5)Chapitre 63 sur 199 · SAINT-EUGÈNE · texte numérisé non relu

SAINT-EUGÈNE

La première mention qui soit faite dans les archives du diocèse, des catholiques de Saint-Eugène, remonte au 31 juillet 1849. Un M. Moïse Barbery et dix-huit autres citoyens, ayant demandé, par lettre, a Mgr. Guignes la permission de s'adresser à M. Désautels, curé de Rigaud, pour l'accomplissement de leur devoir pascal, le bon évêque leur répondit que non seulement il le

leur permettait, mais qu'il les priait même de remercier, de sa part, ce prêtre de vouloir ainsi se charger d'eux.

A mesure que la population augmentait dans le canton d'East Hawkesbury, le besoin d'une chapelle d'abord, et puis d'un missionnaire, se fit sentir. Les catholiques de Saint-Eugène commencèrent donc à solliciter l'évêque dans ce sens. Deux généreux citoyens, MM. Mongenais de Rigaud et Saint-Denis offraient des emplacements pour l'église, le cimetière et le presbytère ; mais comme le dernier n'était qu'un simple squatter, c'est-à-dire qu'il ne possédait pas encore les titres de sa propriété, il priait monseigneur de s'intéresser en sa faveur auprès du gouvernement.

Mgr. Guignes fit deux visites pastorales, probablement en 1849 et en 1852, à Saint-Eugène, dans la maison du dit Saint- Denis ; ce fut même sur le terrain que celui-ci offrait qu'on planta la croix marque du site de la future église. Toutefois, après une mûre réflexion, on préféra, sans doute pour plus de sûreté, accepter les offres de M. Mongenais. Ce monsieur était alors membre du parlement. Il fit don, par acte du 5 février 1853, de cinq arpents de terre, à la corporation épiscopale, propriétaire de toute les églises, dans la province du Haut-Canada. Deux jours plus tard, 7 février, monseigneur addressait aux catholiques de Saint-Eugène, un mandement dans lequel il leur annonçait que leurs vœux allaient enfin être satisfaits. Le P. Bourassa, curé de l'Orignal, muni de ses pleins pouvoirs, allait venir les trouver pour les convoquer en assemblée, et fixer, d'abord avec eux, l'emplacement d'une chapelle, ou d'une maison qui servît, à la fois de chapelle et de presbytère ; pour tracer un cimetière et indiquer le nombre et la date des missions qu'il serait chargé de leur faire. " Maintenant, disait le prélat, en terminant sa lettre, que vos ardents désirs sont accomplis et que ma décision définitive vous est connue, il ne vous reste plus qu'à vous unir étroitement et à mettre sans plus de retard la main à l'œuvre."

En même temps qu'il envoyait son mandement aux catholiques de Saint-Eugène, l'évêque de Bytown écrivait au père Bourassa de se rendre au plus tôt dans ce village ; de remercier en son nom M. Mongenais, et de bien faire comprendre à M. Saint-Denis que,

quoique un autre terrain que le sien eut été choisi, il ne s'occupait pas moins activement de lui faire obtenir ses titres. " Je laisse, ajoutait-il, k votre discrétion de décider ce qu'il convient mieux de bâtir, une chapelle ou une maison. Tâchez du moins, si c'est possible, de faire construire un édifice en pierre ou en brique,"

Le père Bourassa opta pour une maison. On commença donc une vaste construction (60 pieds sur 30) qui avança assez lentement. L'étag-e supérieur devait servir de presbytère et le rez-dechaussée de chapelle. Plus tard, lorsqu'une ég-lise fut construite, la maison toute entière fut transformée ea presbytère. Nous avons dit qu'elle avançait lentement. Dans les premiers jours de 1854, croyons-nous, une lettre collective fut envoyée à monseigneur par les habitants de Saint-Eugène. Ils demandèrent un prêtre résident. " Notre bâtisse n'avance point. Le père Bourassa qui dirige les travaux n'a pas fait d'apparition ici depuis trois mois. Ce n'est donc point étonnant que le haut du presbytère ne soit pas encore terminé. On nous offre de le mettre en état pour vingt louis. En attendant, nous trouvons à louer la moitié de la maison. Le cimetière, quoique clôturé, est encore un champ de jeux. Nous attendions Votre Grandeur en novembre dernier puis en janvier ; et voilà que nous sommes maintenant en février. Si vous ne pouvez pas nous envoyer un prêtre résidant, donnez-nous du moins, une mission tous les quinze jours, car avec une mission par mois, les bancs ne se vendent pas, et c'est précisément ce mois-ci qu'a lieu la vente des bancs."

Monseigneur Guignes leur répondit qu'il allait envoyer le père Bourassa pour informer. "Je voudrais bien, dit-il, vous envoyer un prêtre, mais j'ai peur que la charge ne soit encore trop lourde pour vos épaules."*

Enfin le 3 août 1855, un jeune prêtre écossais, M. CoUins, fut nommé premier curé de Saint-Eugène. Les limites de la nouvelle paroisse furent celles du canton d'East Hawkesbury. La paroisse de Saint-Eugène a été dès l'origine ce qu'elle est aujourd'hui : florissante au spirituel aussi bien qu'au temporel.

* Archives.

Quoique M. Collins n'ait été nommé curé de Saint-Eugène qu'en août 1855 et que les premiers actes des registres portent la date de ce mois, s'il faut en croire les anciens habitants, il aurait commencé à faire mission dans la paroisse dès l'automne de 1854, ce qui est bien possible, parce que de Bytown où il était professeur, il lui était aisé, en prenant le bateau, de se rendre, une fois par mois, à Saint-Eugène.

D'après le témoignage de ces mêmes habitants, la chapelle aurait été bénite en décembre 1853, avant que l'étage supérieur ne fut terminé ; la vente des bancs de février 1854, à laquelle faisait allusion la lettre précitée aurait rapporté $106.65 pour 84 bancs ; le père Bourassa aurait cessé ses missions au mois d'octobre 1854 et aurait été remplacé par M. Collins à la Toussaint de la même année. Saint-Eugène comptait alors une centaine de familles.

Cette paroisse augmenta rapidement. En 1857, 12 juillet, Mgr. Guigues constatait qu'elle comptait déjà 330 familles, dont un tiers d'irlandaises, et que les protestants vendaient leurs terres aux catholiques. Il donnait ordre à M. Collins de bénir le cimetière aussitôt que la nouvelle clôture en planches que l'on y faisait serait terminée ; enfin il constatait également qu'un citoyen, M. Pierre Labrosse, faisait dans la paroisse et en dehors, une collecte pour l'achat d'une belle cloche de 800 livres.

L'évêque, voyant la prospérité croissante de la paroisse de Saint-Eugène, donna ordre de commencer, aussitôt que possible, une grande église de cent pieds de long. Une assemblée fut convoquée pour la nomination de sept syndics qui seraient chargés de faire les répartitions d'usage et de prélever les sommes nécessaires à l'entreprise.

Ce ne fut, toutefois, qu'en 1860 que les fondations de l'église furent creusées et que le contrat de la bâtisse fut donné. Les fondations étaient en pierre et le reste de la bâtsse devait être en brique.

M. Collins eut pour vicaire, pendant quelques mois de l'année 1860, le Rèv. Onésime Boucher.

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