‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 5)Chapitre 68 sur 199 · CLARENCE CREEK · texte numérisé non relu

CLARENCE CREEK

Comme nous l'avons vu, la première chapelle de Sainte-Félicité de Clarence Creek date de la fin de mai 1858. Ses registres paroissiaux remontent néanmoins bien avant cette époque. Le

premier document que nous y trouvons est l'acte de mariage de John MacDonald et de Marguerite Brennan, daté du 3 septembre 1855, et signé de M. Michel. Le dernier acte de ce missionnaire fut le baptême d'Adèle Thivierge, de Clarence Creek, 30 août

Après le Rév. M, Michel, M. Alméras, de Plantagenet, de retour de France, administra la mission de Clarence pendant un an : 12 septembre 1858 — 13 septembre 1859. Son successeur fut M. Ebrard, de Cumberland, 2 octobre 1859 — 13 mars 1861.

M. Ebrard érigea, dans la chapelle de Clarence, 25 novembre 1860, le chemin de la croix, comme en fait foi un acte religieusement conservé dans les archives de la paroisse.

Au commencement du mois d'août, de cette même année, Mgr. Guigues avait fait sa première visite pastorale dans ce canton. C'est à la suite de cette visite que l'évêque d'Ottawa écrivit que la mission de Clarence prenait de l'accroissement et que sous peu d'années, elle serait capable de faire vivre un prêtre. " Les terres sont excellentes et peu chères : quatre à cinq piastres l'arpent ; les canadiens affluent, et cette paroisse aura l'avantage d'être d'une seule langue. Malheureusement le conseil municipal, qui est tout protestant, se montre injuste et fanatique. Ainsi, par exemple, si du Lac à Bear Brook il y avait un chemin direcf, la chapelle de ce dernier village ne serait qu'à six milles des catholiques les plus éloignés. 11 faut que cet abus cesse. J'ai engagé fortement les catholiques à ne voter que pour des leurs aux prochaines élections."

Ce conseil si patriotique de l'évêque fut écouté. A partir de cette époque, les protestants furent évincés des charges municipales, au grand avantage de la religion et des canadiens.

Citons encore cette observation, de la même année.

" Le terrain de l'église a été donné par deux bons catholiques : MM. Marion et Labonté, qui ont offert chacun quatre arpents. La chapelle, située sur une petite éminence, domine le pays. M. Ebrard fait la mission une fois par mois. L'année prochaine, il pourra la faire deux fois."

Il y avait en 1861, dans les deux cantons de Clarence et de Cumberland, 250 familles.

M. Boucher succéda à M. Ebrard le 14 mars 1861.

SAINT-JACQUES d'eMBRUN. (CANTON DE RUSSELl)

Voici ce qu'en 1861, Mg-r. Guigues écrivait du canton de Russell :

*' Ce canton peut se diviser en quatre parties : les deux premières, qui touchent Osgoode et Gloucester, ont été prises par les protestants ; la troisième est couverte, malheureusement, par une g-rande savane ; enfin, dans la quatrième sont déjà établies une trentaine de familles canadiennes. On peut en placer encore une trentaine sur des lots de 200 arpents. Or, comme un de ces lots peut suffire à deux familles, et que les canadiens déjà établis en occupent chacun un, il est vrai de dire que l'on pourrait y envoyer encore cinquante nouvelles familles et faire une belle paroisse. Tout le monde est d'accord sur l'excellente qualité de la terre. Cet avantage, uni à plusieurs autres, y devra attirer l'émig-ration. La petite rivière du Castor, affluent de la Nation, traverse le canton. Un nouveau chemin, pour la maile de l'Orig-nal, longe la rivière et sera terminé en octobre. L'année prochaine, on ouvrira une voie directe vers Bytown qui la mettra à 17 milles de cette mission. Les cantons voisins d'Osg-oode et de Gloucester sont bien établis. II y a, depuis peu, une vingtaine de familles d'arrivées, qui s'occupent d'avoir une chapelle pour que le missionnaire puisse les visiter. Quatre moulins à scie et deux à farine sont déjà en activité, autant d'avantages précieux pour les colons. Il est donc à souhaiter que l'on s'empare d'une terre qui menace de nous échapper."

Le souhait de Mgr. Guigues fut une prophétie, et la paroisse de Saint-Jacques d'Embrun, qui comprend le canton de Russell, est peut-être aujourd'hui la plus considérable des missions rurales du diocèse.

Ce pays est relativement nouveau. En 1845, ^ous voyons deux familles s'y établir : celle de Théophile dit Siméon Ayotte,

émigrée de Stormont, Ontario, et celle de Joseph Gignac, venue de Montréal. Trois ans plus tard, quatre autres survinrent. Bref, en 1853, on comptait dix-neuf familles de colons canadiens dans le canton de Russell. Encore aujourd'hui, cette mission est exclusivement canadienne.

Ce fut dans l'automne de 1852 que la petite colonie reçut la visite du premier missionnaire, le Père Déléag-e, oblat, desservant de Gloucester-Sud. Après le Père Déléage vinrent successivement le P. Pallier et les PP. Coopman et Reboul. M. Michel, curé de Cumberland leur succéda en 1857.

Pendant quatre années, de 185a à 1856, la mission se tint dans la maison de François Gagnon, non loin du village actuel. En 1856, les PP, Coopman et Reboul commencèrent la construction d'une petite chapelfe sur un terrain choisi par Mgr. Guignes lui-même, près de la rivière et de la résidence actuelle des sœursgrises. Ce vieux bâtiment existe encore.

Comme nous l'avons vu, l'évêque de Bytown avait visité ce pays en 1851. Après sa visite de 1856, il écrivit ces mots : " Cette localité semble être appelée à prendre de l'importance. Les canadiens préparent les voies à un curé résidant. Ils ont bâti une chapelle en bois."

Le premier acte paroissial dont on ait gardé la mémoire, date de 1852 ; c'est le mariage de Xavier Gagnon et de Julie Normand, célébré par le Père Coopman. Cependant le registre des actes ne fut ouvert que le 14 novembre 1858, par M. Bertrand.

Le Rév. M. Michel qui succéda aux oblats, en 1857, ne desservit point longtemps cette mission, distance de 33 milles de Cumberland. On lui attribue, à lui ou à son successeur, M. Bertrand, l'honneur d'avoir commencé la seconde église.

La première école catholique remonte à l'année 1858.

Après M. Michel, vint M. Bertrand, qui était alors, de concert avec le Père O'Boyle, missionnaire de Gloucester et d'Osgoode,

. Nous trouvons, dans les notes pastorales de Mgr. Guigues, la remarque suivante, à la date de 1859 : " Arrivé à Russell en compagnie de M. Bertrand, qui dessert cette mission de Gloucester,

une fois par mois. Beaucoup de confessions. Les fidèles voudraient un prêtre résidant ; mais ils devront auparavant bâtir un presbytère. Au moins 150 familles. Leur première chapelle n'est pas encore terminée, et déià ils en ont commencé une autre beaucoup plus considérable. La petite servira de presbytère. Mais l'année est bien dure. Beaucoup de colons viennent de l'Achigan, voilà pourquoi j'ai appelé cette mission Saint-Jacques, du nom de leur paroisse d'origine."

En mai 1861, Mgr. Guignes constatait que l'église était couverte et que l'on pourrait y dire la messe dans le courant de l'été.

Après ou, plutôt, simultanément avec la signature de M. Bertrand, nous trouvons dans les registres les noms des RR. Ebrard, Alméras, O'Brien, et enfin de M. Boucher qui clôt la liste. Le premier prêtre résidant à Embrun fut M. Maurel (octobre 1864).

SAINT-JOSEPH d'oRLÉANS. — (gLOUCESTER-NORd).

L'origine de cette mission remonte à 184g. Voici en quels termes Mgr. Guignes la raconte dans ses notes.

" En descendant l'Ottawa, k une certaine distance de Bytown sur les cantons de Gloucester et de Cumberland, se trouvent établis un certain nombre de familles catholiques, à peu près dépourvues de secours religieux. Elles ne sont point, il est vrai, éloignées de Bytown, car, en ligne directe, elles ne comptent guère que neuf milles, mais il est impossible d'y aborder par le chemin de terre, en voiture ; et un voyage en canot, d'une douzaine de milles est dispendieux et diflicile.

*' Depuis longtemps, ils désiraient la visite de l'évêque, sans oser le manifester ; mais vers la fin de septembre 184g, M. Dupuis qui est un bon catholique et un des principaux habitants du lieu, est venu à Bytown m'exprimer le désir commun. Je me suis empressé de me rendre à leurs vœux. Le deux octobre, j'ai commencé, avec le père Brunet, une petite mission de deux jours, une cinquantaine de personnes ont communié et une quinzaine ont reçu le sacrement de confirmation. M. Dupuis, ainsi que les

habitants, désiraient ardemment avoir une chapelle, afin d'y recevoir plus souvent la visite du missionnaire, et je partageais bien sincèrement leur désir. Mais pour le réaliser, deux choses étaient nécessaires : leur bonne volonté, et, de plus, la possibilité de le faire. J'ai nommé trois syndics pour m'assurer de l'une et de l'autre. La réponse a été que tous demandaient une chapelle et espéraient pouvoir l'élever. Ils se sont offerts à me donner, chacun, quatre journées par mois, jusqu'à la pleine confection de l'onvrage.

** La chapelle doit être élevée sur un terrain de 8 acres que M. Dupuis a destiné pour cet objet, située à environ 4 ou 5 arpents de la rivière et à un demi mille du chemin du roi. M. Dupuis a promis de laisser sur la lisière de sa terre, un chemin convenable pour y arriver de tous les côtés. Je lui ai promis, de mon côté, que lorsque l'acte de donation sera fait à l'évêque de Bytown, il aurait droit à un banc de farrîille, pour lui et ses enfants, aussi longtemps que sa terre porterait son nom. Nous avons planté la croix le 3 octobre, après la messe de confirmation. Plusieurs personnes versaient des larmes d'attendrissement en entendant les cantiques de " Vive Jésus, vive sa croix,"' que tous répétaient d'une commune voix, en voyant cette croix placée sur une élévation qui domine l'Ottawa, oii ils pourront venir prier en attendant la chapelle qu'ils veulent ériger."

Mgr. Guigues revint, une autre fois, faire chez M. Dupuis, les exercices de la visite pastorale. Mais la route appelée chemin de Montréal, ayant été ouverte peu après, les catholiques demandèrent, avec raison, que la chapelle fut placée sur le bord de la route. L'évêque, qui venait d'acquérir les lots i et 2 de la première concession de Gloucester, acquiesça à leur demande, donna huit arpents à la mission, et bâtit, de ses deniers, une maison pour ie prêtre, à condition, toutefois, que ses dépenses lui seraient remboursées par la paroisse. Les catholiques bâtirent alors une petite chapelle en bois, fort convenable, et une desserte régulière confiée, non plus anx prêtres de l'évêché, mais M. Michel et à ses successeurs à Cumberland, y fut établie.

Dans le compte-rendu de la visite pastorale, (27 juillet 1857) nous trouvons la note suivante : '* M. Michel se rend, de Cum-

berland k Saint-Joseph, une fois tous les quinze jours. Population î 90 familles, en majorité canadiennes. Cette mission grandit chaque année et pourra bientôt soutenir un prêtre. En comptant la mission de L' Ange-Gardien, de l'autre côté de la rivière, on aura près de deux cents familles. La chapelle, longue d'abord de trente pieds, a été doublée, et une sacristie y a été ajoutée."

A là fin de 1860, un jeune prêtre français, M. Chaîne, fut nommé premier curé résidant de Saint-Joseph.

SOUTH GLOUCESTER ET CANTON d'oSGOODE.

Quoique les cantons de Gloucester et d'Osgoode soient rattachés actuellement au comté de Russell, ils appartiennent néanmoins, par leur histoire et par l'origine de leurs habitants, au comté de Carleton. C'est assez dire que ceux-ci sont tous de langue anglaise.

La colonisation y commença à l'époque du percement du canal Rideau. Les ouvriers du canal, catholiques et protestants, s'y établirent en grand nombre. Ils étaient desservis par les prêtres de Bytown. La première chapelle du pays, celle de Metcalf, date de 1840. La chapelle de Gloucester remonte à 1846. Le canton d'Osgoode ne fut réuni au diocèse de Bytown qu'en avril 1850, mais, dès l'orig-ine, Mgr. Phelan en remit l'administration à Mgr. Guigues.

En effet, nous voyons ce dernier, par mandement du 25 mars 1849, fondre, jusqu'à nouvel ordre, en une seule les deux missions d'Osgoode et de Gloucester.

Nous allons étudier, tout d'abord, la paroisse de South Gloucester et la mission de Metcalf qui lui est attachée ; puis nous ferons l'histoire de la paroisse de Dawson et de la mission de Manotic.

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