ANCIENNE MISSION DE CUMBERLAND
Quelques années plus tard, un fervent chrétien, M. Foubert, chez qui descendaient toujours le missionnaire et l'évêque, offrit un terrain de quatre arpents dans le village de Cumberland, pour la construction d'un presbytère et d'une chapelle. Mgr. Guigues, toujours attentif à ce qui pouvait favoriser la colonisation catholique, envoya aussitôt M. Michel, jeune prêtre français, vicaire de Buckingham, en résidence à Cumberland, avec misssion d'organiser le pays, 15 août 1855. M. Michel après avoir reçu, pendant un an, l'hospitalité chez M. Foubert, parvint à construire un presbytère dans lequel il s'installa.*
La chapelle était située à trois milles, au sud du village, sur la terre d'un M. Robitaille, mais ce site ne satisfaisait ni les gens de Cumberland ni ceux de l'intérieur. Il y eut donc de grandes contestations, et l'évêque décida qu'on ferait des souscriptions, et que trois chapelles seraient construites, l'une à Clarence Creek, canton de Clarence, une autre à Bear Brook, une troisième enfin au village même de Cumberland. Les souscriptions de Cumberland s'élevèrent à £18^ et celles de Bear Broak à £ïi^.
La chapelle de Clarence fut construite la première, et bénite par M. Michel (mai 1858).
La charge de missionnaire à Cumberlrnd n'était point une sinécure. M. Michel continuait à administrer, comme pendant son vicariat de Buckingham, les missions de l'Ange-Gardien et de Thurso, de l'autre côté de l'Ottawa ; de plus, il desservait Saint- Joseph d'Orléans, les cantons de Cumberland, de Clarence, de Cambridge et même de Russell, puisqu'il visita plusieurs fois Embrun à une distance de 33 milles. Enfin, pendant l'été de l'année 1858, après le départ de M. Hand pour Aylmer, et sans doute, pendant l'absence de M. Alméras, il dut également desservir l'immense mission de Plantagenet,
C'est à cette époque qu'il construisit, dans le canton de Cambridge, une petite chapelle qu'il appela, de son nom, Saint-Michel, et qui a disparu depuis.
La population catholique de Clarence et de Cumberland, s'élevait, en 1857, à 120 familles, dont une moitié était canadienne
* Çette maison devint dans la suite une hôtelleriç.
et l'autre irlandaise. Mais tandis que Clarence grandissait et prospérait, le village de Cumberland semblait destiné à une décadence irrémédiable. L'évêque de Bytown, malgré sa douceur, se vit obligé d'écrire, 20 septembre 1859, une lettre de reproches et de menaces : '* Les catholiques de Cumberland, disait-il en substance, ont un prêtre résidant et la messe tous les quinze jours, et néanmoins ils n'ont donné, l'an dernier que 17 louis, et cette année, que 11. Voilà donc ce que nous avons décidé : i*' s'ils veulent un prêtre résidant, et la messe tous les quinze jours, qu'ils souscrivent 60 louis, avant juillet prochain ; 2^ s'ils veulent la messe tous les mois seulement, qu'ils souscrivent 30 louis. S'ils souscrivent moins, ils n'auront plus la messe, sinon de temps en temps. Qu'ils réfléchissent." Ils réfléchirent sans doute, car le prêtre resta parmi eux.
A cette époque M. Michel n'était plus à Cumberland. Nommé curé d'Aylmer, 12 septembre 1858, il avait été remplacé par M. Alméras, de Curran, qui desservit pendant un an les deux cantons de Cumberland et de Gloucester. Le 13 septembre 1859, M. Alméras partit à son tour pour Renfrew ; il eut pour successeur et Cumberland, M. Ebrard qui arrivait de Saint-André-Avellin.
Deux ans plus tard, M. Ebrard fut envoyé à Wakefield, où il devait mourir, bientôt après ; et M. Onésime Boucher lui succéda à Cumberland, 14 mars 1861. Le Rév. M. Boucher arrivait de Saint-Eugène où il avait été vicaire. C'était un homme vigoureux et actif. Il commença par restaurer le presbytère .de Cumberland, puis il bâtit dans le village une grande chapelle en bois de 75 pieds de long sur 36 de large, qui fut bénite par l'évêque, 15 octobre 1862, sous le titre de Saint-Antoine-de-Padoue.
Nous verrons plus tard comment, à la suite de l'incendie qui détruisit cet édifice, la mission de Cumberland fut définitivement abandonnée et remplacée par celle de Sarsfield.