CANTONS DE DARLING ET DE LAVANT. MISSION DE SAINT-DECLAN
Autant les comtés de Prescott, de Russell et de Carleton sont fertiles et bien cultivés, autant ceux de Renfrew et du Nipissing le sont peu, du moins quand on s'éloigne de la vallée de l'Ottawa. Ainsi Almonts et Pakenham sont des cantons unis et riches ; mais dans ceux de Darling et de Lavant plus au sud, commencent les hautes terres et les montagnes de l'ouest du Haut-Canada. Le sol est sec et rocheux. Les habitants attirés jadis dans ce pays par le commerce du bois, s'en éloignent à mesure que les forêts
disparaissent, et ceux qui ne peuvent se résoudre à quitter leurs chaumières y trament une existence misérable. On peut dire de ces cantons, fait unique dans le diocèse, que les gens y sont plus pauvres et plus clairsemés aujourd'hui qu'ils n'étaient il y a trente ans.
Cette mission est desservie d'Almonte. Pour donner une preuve du génie pénétrant de Mgr. Guignes et de la sagacité de ses observations, nous allons reproduire ici une note écrite par lui en février 1859.
" Lavant et Darling. — J'ai visité ces malheureuses localités, où quelques catholiqes sont comme perdus à 24 milles d'Almonte, à 26 de Pakenham, à 19 de Perth et à 30 de Springtown. J'ai attaché 22 familles canadiennes et 12 irlandaises à Springtown, Les 5 familles qui se trouvent près de M. Murphy, à Almonte ; quant à celles qui sont dans la direction de Perth, M. le curé de Perth continuera à en avoir soin. Aucun avenir de ce côté. Le peu de terre passable qui s'y trouve est aux mains des protestants."
Ce qu'il y a de plus extraordinaire dans cette mission, c'est de voir une vingtaine de familles canadiennes, perdues au milieu des populations anglaises et écossaises. Nous avons interrogé ces pauvres gens, et nous avons appris d'eux qu'ils étaient venus s'établir là à cause de l'exploitation des bois, considérables alors, et sur les suggestions d'un parent qui leur représentait que les terres s'y donnaient pour presque rien. A ce prix elles étaient encore trop chères.