Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa
PRÈS la mort de son premier pasteur, Mgr. Guigues (8 février 1874) l'église d'Ottawa fut administrée, pendant la vacance du siège par le Révérend Père Damase Dandurand, vicairegénéral. Mais son veuvage ne fut pas de longue durée. Sur l'avis des évêques de la province de Québec, le saint siège élut, par bulles datées du ler septembre 1874, un jeune prêtre du diocèse, le Rév. Joseph-Thomas Duhamel, curé de Saint-Eugène, second évêque d'Ottawa.
Les cérémonies du sacre et de la prise de possession eurent lieu le 28 octobre suivant. Ce même jour, Mgr. signait son mandement d'entrée dans son diocèse.
Nous prenons ici, d'un journal du temps, le récit des fêtes qui signalèrent cet événement.
(Du Courtier cTOutaoîiais, 28 octobre 1874.)
" L'heure à laquelle nous avons été obligé de mettre sous presse, hier après-midi, nous a empêché de donner tous les détails qui se rapportent à la récc-ption de Mgr. Duhamel.
" Nous nous reprenons aujourd'hui pour l'information de nos lecteurs qui n'ont pu voir cette démonstration, et admirer comme nous la manière dont le diocèse d'Ottawa a su s'acquitter de son devoir en cette circonstance solennelle.
" Il faut dire d'abord, que les organisateurs ont eu contre eux la température, qui a été affreuse toute la journée. Une pluie à verse, de la boue à plein chemin, tels étaient les obstacles qui s'opposaient à une manifestation éclatante au dehors. Cependant, le zèle religieux et l'enthousiasme populaire ont fait passer par dessus tout.
'* Vers io.45h. du matin, la députation qui devait aller jusqu'à Prescott, à la rencontre de Mgr. Duhamel, se trouvait réunie à la gare du chemin de fer du Saint-Laurent et Ottawa. Cette députation se composait des comités français et irlandais d'Ottawa, de Hull et d'Aylmer.
" M. Thos. Reynolds, l'habile gérant du chemin de fer Saint- Laurent et Ottawa, avait gracieusement mis quelques chars, entre autres, celui des directeurs, à la disposition de la députation. Celle-ci comptait près de 200 personnes, parmi lesquelles on remarquait trois ministres, les honorables MM. Letellier de Saint- Just, Fournier, Scott, auxqels se joignirent à Prescott, les honorables MM. Geoffrion et Hntington qui arrivaient de Montréal.
" A 1.40 heure, le convoi de Montréal arrivait à Prescott. Mgr. Duhamel était accompagné de Sa Grâce Mgr. l'archevêque Taschereau, de Mgr. Racine, le nouvel évêque de Sherbrooke, de Mgr. Wadhams, évêque d'Ogdensburg, et une quarantaine de prêtres venus de différents diocèses du Canada et des Etats-Unis.
" Lorsque Sa Grandeur mit pied à terre, elle fut accueillie par trois hourras enthousiastes poussés par la foule qui l'attendait,
" Après les diverses présentations, les prélats furent conduits dans le char d'honneur et le départ pour Ottawa eut lieu.
" Un splendide dîner fut servi à bord. A la première table, on remarquait Nos Seigneurs les évêques, les ministres fédéraux, le Dr Saint-Jean, député de la ville, etc. A quatre heures et demie, le train fit son entrée à Ottawa au milieu d'une immense foule qui se pressait sur les abords.
" Les prélats, en mettant le pied sur la plateforme, furent reçus par des milliers de vivats.
" Une quarantaine de voitures attendaient à la gare pour l'usage des différents dignitaires.
" La rue Dalhousie présentait en ce moment un spectacle des plus animés. Malgré le mauvais temps, la population en masse y était accourue pour saluer le nouvel évêque, l'acclamer et le conduire triomphalement jusqu'au siège épiscopal, dans la cathédrale.
'* La procession défila au son des cloches et de la musique par les rues Dalhousie, Rideau et Sussex, le long desquelles flottaient un grand nombre de drapeaux.
" Nous avons remarqué spécialement deux arches sur la rue Dalhousie, une troisième sur la rue Sussex, à l'entrée de l'église, et de brillantes décorations à la porte de l'Institut Canadien-français avec des devises à l'adresse de notre nouvel évêque et des autres prélats.
" L'arrivée à la cathédrale fut des plus pompeuses. Les prélats entrèrent dans le temple et se placèrent dans le sanctuaire. Ils furent rejoints par Mgr. Langevin et la foule se précipita ensuite, encombrant en un instant les allées et les sièges.
" L'église présentait le plus beau coup d'œil et nous devons reconnaître ici le zèle et le bon goût que M. l'abbé Bouillon, de l'évêché, a apportés dans les décorations dont il était spécialement chargé.
" Le Rév. Père Dandurand lut alors à Mgr. Duhamel, en anglais et en français, l'adresse du clergé du diocèse, à laquelle Sa Grandeur répondit en termes très appropriés.
" L'honorable R. W, Scott s'avança à son tour et présenta la copie anglaise de l'adresse des citoyens. Après la réponse dç
Mgr. Duhamel, M. le Dr. Saint-Jean présenta la version française de la même adresse, à laquelle Sa Grandeur répondit de nouveau.
" La cérémonie du sacre eu lieu le lendemain matin, 28, avec toute la pompe et la solennité que l'église catholique seule est capable d'apporter dans ces occasions.
" Nous n'entrerons pas dans les détails de cette cérémonie, détails qui sont les mêmes que ceux que nous avons publiés la semaine dernière, à l'occasion de la consécration de Mgr. Racine, à Québec.
" L'église était littéralement encombrée, mais grâce à la sagesse de l'organisation, et à la vigilance du Rév. P. Porcile et de M. Taché, ex-zouave, qui avait le contrôle des admissions, il n'y a pas eu cet entassement désordonné qui arrive si souvent dans les grandes fêtes publiques.
" Mgr. Langevin a prononcé le sermon de circonstance, prenant pour texte ces paroles de l'épître aux Hébreux, II, I : Omnis pontifex ex hommibus assnmphis, pro hominibus constiiuùur m Us quae sunt ad Demii. Tout pontife pris d'entre les hommes, est établi pour les hommes, dans les choses qui regardent Dieu.
" M. Gustave Smith, l'habile organiste de la cathédrale, secondé par toutes les sociétés chorales de la ville et des paroisses voisines de Hull et de la Gatineau, a remporté un vrai succès dans l'exécution de la belle messe du second ton de Dumont ; d'autre part, le corps de musique du collège Saint-Joseph, sous la direction du frère Balland, a joué, avec un ensemble parfait, une série de morceaux des mieux choisis.
" Après la messe. Nos Seigneurs les évêques et tous les autres membres du clergé se sont rendus à l'Institut où les attendait un splendide dîner donné par Mgr. Duhamel et préparé par le restaurateur français, M. Cury.
Le soir, il y a eu illumination dans les principales institutions de la ville et procession aux flambeaux. Toute la population était debout pour voir ce spectacle et y prendre part.
" Le souper général avait été donné au collège Saint-Joseph.
"Le corps de musique de ce collège, celui de la cathédrale et celui de la paroisse Saint-Jean-Baptiste se sont fait entendre durant
tout le temps. Vers les dix heures, tout s'est terminé par une procession aux flambeaux qui est partie du collège Saint-Joseph et a défilé jusqu'à l'évêché. Voici la liste de Nos Seigneurs les archevêques, évêques et prêtres qui assistaient à la cérémonie du sacre de Mgr. Duhamel : "
Suivent les" noms des évêques que nous donnons plus bas et de près de 200 prêtres.
Nous donnons ci-dessous l'acte de consécration de l'évêque d'Ottawa.
" Elzearius Alexander Taschereau.
" Miseratione Divina et Stae Sedis Apostolicae gratia Archiepiscopus Quebecensis. Universis praesentes inspecturis salutem in Domino.
" Notum facimus quod die 28 octobris anno D. 1874, feria quarta in qua celebratur festum Sanctorum Apostolorum Simonis et Judese, in Ecclesia cathedrali Ottawiensi, accitis nobis assistentibus lUmis ac Revmis L. F. Laflèche, Episcopo Trifluviano, et E. C. Fabre, Episcopo Gratianopolitano, Coadjutori Marianopolitano, Nos Illmo ac Rmo Thomae Duhamel, electo et confirmato Episcopo Ottawiensi, munus consecrationis episcopalis impendimus, vi litterarum apostolicarum Romae datarum apud Sanctum Petrum die la septembris anni 1874, Pontificatus autem Smi Dni Nostri Pii Papœ Noni, 29, ritu consueto et receptis ab electo prius per nos professione fidei juxta formulam Pii Papée quarti et juramento preescriptis, eumque in Episcopum prœdictae Ecclesice Ottawiensis inthronisavimus in sede episcopali propria omnibus adstantibus eum in Patrem et Episocpum agnoscentibus.
" In quorum fidem praesentes litteras signo nostro, signoque diaecesis Ottawiensis, testiumque praesentium ac sub secretarii nostri subscriptionibus communitas dedimus OttawEe ex ^dibus episcopalibus, die, mense et anno quibus supra."
Suivent les signatures parmi lesquelles nous relevons, outre celles des trois prélats consécrateurs, celles de Mgr. J. J. Lynch de Toronto, de Mgr. J. Langevin de Rimouski, et de Mgr. A. Racine de Sherbrooke.
Le bref d'élection et de nomination date de Rome, Apud Sanctum Petrum, sub annulo Piscatoris, die i septembris MDCCCLXXIV. Pontificatus Nostri anno 29.
Accepté à Québec le 17 septembre 1874.
Mgr. Joseph Duhamel naquit à Contrecœur, comté de Verchères, au diocèse de Montréal, le 6 décembre i34i. Son père, François Duhamel, et sa mère Marie-Joseph Audet-Lapointe, étaient des cultivateurs plus riches en vertus chrétiennes qu'en bien terrestres. Ils eurent onze enfants, dont Mgr. Duhamel fut le dernier.
L'enfant avait à peine deux ou trois ans quand ses parents émigrèrent à Bytown, où leur fils aine, Laurent, travaillait déjà depuis quelque temps. Laurent fut, à cet époque d'un grand secours à sa famille, et Monseigneur lui a toujours conservé, depuis, une affectueuse reconnaissance.
Lorsque, en octobre 1848, Mgr. Guigues eut ouvert le collège d'Ottawa, le jeune Thomas et deux de ses frères y entrèrent aussitôt. C'est au collège d'Ottawa qu'ils reçurent toute leur éducation, et Mgr. Duhamel, en se montrant le protecteur zélé du collège, n'a fait qu'accomplir les devoirs d'un bon fîls envers son Aima Mater.
Les études du jeune Thomas furent très rapides, puisque nous le voyons, son cours classique terminé, entrer au grand séminaire le 3 septembre 1857, âgé d'un peu moins de seize ans. II y resta six années, soit comme élève de théologie, soit comme professeur du collège, et eut le temps de suivre dans sa stricte rigueur la loi canonique sur les interstices ou intervalles entre les ordinations ; voici la date de ses divers appels aux Ordres :
Tonsure, 27 juin 1858.
O^ct de Portier, 23 juin 1859.
Office de Lecteur, 17 juin 1860.
Office d'Exorciste, 23 juin 1861.
O^CQ: d'Acolyte, 21 juin 1862.
Sous-diaconat, 21 juin 1863.
Diaconat, 29 novembre 1863.
Prêtrise, 19 décembre 1863.
A peine ordonné, le nouveau prêtre fut envoyé à Buckingham, 31 décembre 1863, en qualité de vicaire du Rév. M. Jouvent, curé de cette paroisse à cette époque. Pendant dix mois, M. Duhamel desservit donc, sous la direction de son curé, Buckingham et les nombreuses missions environnantes qui n'avaient point encore de prêtre résidant.
Au mois d'août 1864, Mgr. Guigues nomma le jeune vicaire à l'importante paroisse de Saint-Eugène de Prescott, mais M. Jouvent étant allé faire un voyage en Europe, M. Duhamel dut rester à Buckingham jusqu'à son retour (10 novembre 1864).
Le nouveau curé trouva à Saint-Eugène une vaste église, commencée par son prédécessur, le Rév. M. CoUins, mais loin d'être achevée. Des divisions profondes régnaient entre les paroissiens. A force de tact et de fermeté, il réussit en peu de temps à mettre la paix parmi les fidèles et à terminer l'église qui passa longtemps pour une des plus belles du diocèse.
Le territoire que le curé de Saint-Eugène avait à desservir était fort considérable puisqu'il comprenait, outre la mission de Saint-Joachim, la paroisse actuelle de Saint-Anne.
M. Duhamel se prêtait volontiers au désir de ses confrères qui lui demandaient souvent de prêcher dans leurs églises, et sa connaissance parfaite de l'anglais faisait de lui un voisin précieux. C'est k l'occasion de ces prédications que Mgr. Bourget, d'illustre mémoire, dont le diocèse touchait à la paroisse de Saint-Eugène, commença à le connaître et à l'apprécier.
Mgr. Guigues ne l'appréciait pas moins. Le vieil évêque avait pour lui une affection paternelle ; il l'emmena même (septembre 1869) au concile du Vatican. Malheureusement, la nouvelle de la maladie de sa mère obligea le curé de Saint-Eugène à rentrer précipitamment au Canada. Il arriva trois jours trop tard : le 31 décembre 1869, sa mère avait rendu le dernier soupir.
M. Duhamel avait, en effet, recueilli sous son toit ses bons vieux parents ; il eut la joie de conserver encore son père pendant de longues années, jusqu'en 1878.
Dans l'automne de 1873, ^^^ évêques de la province, désirant faire modifier la loi sur la construction des églises, nommèrent une
commission d'études k cet effet ; M. Duhamel fut choisi pour faire parti de cette commission.
C'est dans l'exercice de son humble mais laborieux ministère que la nouvelle de son élévation à l'épiscopat vint le surprendre. L'estime de Mgr. Guigues et des évêques de la province de Quécec l'avait désigné, la sagesse inspirée au Souverain Pontife le choisit. Ses paroissiens, quoique désolés de le perdre, étaient trop heureux de son élévation pour se plaindre. Ils lui prodiguèrent les plus vifs témoignages d'amour et de respect. Le diocèse tout entier partagea leur joie. Lui seul s'affligea, la pensée de la grandeur de sa tâche et de son indignité l'épouvantait. Il fit des démarches auprès des évêques réunis à Québec pour échapper à cet honneur redoutable. Avouons que tous avaient raison et qu'ils le jugeaient mieux qu'il ne se jugeait lui-même, comme l'a prouvé l'avenir. Il n'avait pas encore trente-trois ans. Nous ferons son portrait en quelques mots.
Intelligence ouverte, il voit vite et bien ; volonté ferme, il hésite rarement, il écoute un conseil mais il ne subit point d'influence ; il est surtout discret. D'un tempérament naturellement impérieux, la religion et la responsabilité de sa charge ont complètement dominé ce côté fâcheux de son caractère.
Au physique, il est d'une taille plutôt moyenne, son visage est pâle et arrondi, son regard résolu. Un certain embonpoint que lui donne l'âge a fait avantageusement disparaître ce qu'il y avait de grêle et d'anguleux dans sa personne.
Mgr. Duhamel étant encore plein de vie, il ne nous convient point de faire ici son éloge, d'autant plus que la bienveillance person-« nelle qu'il nous a maintes fois témoignée pourrait nous faire soupçonner de partialité. Nous aimons mieux, au commencement de cette histoire de son administration, exposer l'état du diocèse et ses besoins.
Mgr. Guigues s'était révélé, avant tout, un apôtre, c'est-àdire un homme envoyé par la Providence pour créer, presque sans éléments, une nouvelle église. Nous avons vu comment il avait réussi et quel magnifique monument spirituel il laissait derrière lui. Mais il mourut au seuil d'une seconde période, celle de la pros-
périté. Nouveau Moïse, il prit sa pauvre ég-iise dans le désert et la conduisit jusqu'au bord du Jourdain, sans pouvoir l'introduire dans la terre promise.
A sa mort, tout se ressentait encore des premières luttes et des premières difficultés. L'ordre administratif ne régnait guère. Le missionnaire comme le soldat, tout occupé au combat, n'a point le temps de compter et de réfléchir. Nous disons cela du clergé et non de l'évêque, car ce dernier était un administrateur habile. Les livres et les registres paroissiaux, manquaient de certaines qualités qui, à une autre époque passent pour essentielles. On pouvait souvent les résumer en deux mots : dévouement sans limites, recettes fort limitées. Ce n'est point un blâme que nous infligeons à nos prédécesseurs, nous souhaitons avoir leurs vertus et leur désintéressement ; c'est une simple constatation que nous faisons. Mais le temps était venu où ce désordre allait dégénérer en abus.
Nous dirons la même chose pour les cérémonies. Le missionnaire qui dit la messe un peu partout, sur une table, dans un chantier, perd vite l'habitude et le goût des rubriques, il tombe à la fin dans des négligences fâcheuses pour l'honneur de nos saints mystères qui doivent être environnés de tant de splendeur et de solennité. Le missionnaire peut être un saint et ne s'apercevoir pas de ce qui scandalibe parfois les fidèles, et déconsidère la religion auprès des protestants. Le temps de mettre le cérémonial rigoureusement en vigueur était maintenant arrivé.
Une semblable réforme s'imposait dans la discipline générale. Mgr. Guigues avait été la bonté et la douceur mêmes, divines qualités qui conviennent essentiellement au pasteur. Mais dans ses dernières années, poussé par des nécessités toujours croissantes, et bien malgré lui, peut-être avait-il laissé sa bonté naturelle prendre trop le dessus sur la fermeté. Qui l'en blâmerait ? Personne ; pas surtout les prêtres qu'il a consolés et encouragés ; néanmoins le temps approchait où la fermeté et la discipline allaient devenir les grandes vertus.
Il fallait pourvoir également à l'homogénéité du clergé. Nous nous garderons, certes, nous autres ouvriers de la onzième heure, de vouloir jeter du discrédit sur ceux qui ont porté le poids du
jour et de la chaleur, mais qui ne sait que, même entre saints, les différences de pays, de race et de langue, engendrent parfois des rivalités et des malentendus ? Or ces malentendus existaient, il était urgent de les faire cesser. Comment faire ? En méprisant les vétérans du sacerdoce ? Non pas, il fallait les honorer comme ils le méritaient, mais il était temps aussi de créer un clergé national, en cherchant dans le pays les éléments qui commençaient h se former et en fomentant les vocations ecclésiastiques.
Disons aussi un mot des ordres religieux.
Les RR. PP. oblats, créateurs du diocèse sont dignes de toute estime et de tout respect, et l'on serait ingrat de leur refuser aujourd'hui l'honneur qu'ils ont si bien gagné. Mais le temps était venu, où, en face des besoins toujours croissants du diocèse, les services de ces religieux ne pouvaient suffire à tout, et où ils seraient obligés, les premiers, de crier à l'aide.
Ce que nous disons des PP. oblats s'applique également aux sœurs-grises.
Terminons par une dernière observation. Jusque-là on avait été timide dans les entreprises. Etait-ce un défaut ! Nous croyons que non, et que, au contraire, c'était alors une nécessité. On est injuste lorsque, aujourd'hui, on rit de ces petites choses, de ces petites églises qu'on appelait alors de grandes œuvres et de vastes monuments. On oublie trop la pauvreté des premiers colons.
Quoiqu'il en soit, le temps était venu d'aller de l'avant, comme on dit, de voir de loin, de faire vite et assez grand pour parer aux éventualités de l'avenir. Au seuil d'une époque nouvelle, il fallait un esprit nouveau.
Le lecteur attentif connaît maintenant le programme de la nouvelle administration. Le cours de cette histoire montrera comment ce vaste programme fut mené à bonne fin.