ADMINISTRATION
Le premier acte important de l'administration du nouvel évêque fut le choix de son vicaire-général. Le vénérable Père Dan-
durand, ancien et fidèle compagnon de Mgr. Guigues, ne pouvait plus, en sa qualité de religieux, vivre désormais dans un évêché qui passait aux mains d'un clergé séculier, il prit donc sa retraite. Mgr. lui donna pour successeur (14 janvier 1875) un prêtre français distingué par son caractère et par sa vertu, le Rév. M. Jouvent, curé de Pembroke, que Mgr. Guigues avait toujours honoré d'une estime particulière, et que Mgr. Duhamel, lui-même, étant vicaire de Buckingham, avait eu autrefois pour curé.
Ce premier acte accompli, Monseigneur commença sans plus tarder ses tournées pastorales. Il connaissait déjà le diocèse, puisque sa vie s'était écoulée toute entière dans le pays, néanmoins il le visita avec la plus grande attention, si bien que, à l'époque de son premier pèlerinage à Rome (octobre 1878) il put se rendre le témoignage de l'avoir parcouru deux fois. Dans ses v'isites i' insista particulièrement sur l'exacte tenue des livres et la fidélité aux cérémonies. Il rédigea même à cet effet une circulaire (15 mai 1875) °" '^ remettait sous les yeux du clergé les principales règles liturgiques et administratives à observer. Sans cesse préoccupé du recrutement des jeunes lévites, il prit dès lors le parti de faire une quête dans chaque église pour l'œuvre capitale des séminaires.
L'année 1875 ^"^ ^^^ année de jubilé. Ce jubilé, comme toujours, réchauff^a la foi et ranima le zèle des catholiques.
Pendant cette même année. Monseigneur ayant appris, par une lettre de l'évêque d'Agen, les grands désastres causés dans le midi de la France par un débordement de la Garonne, ordonna dans tout le diocèse une quête en faveur des inondés et eut la consolation d'envoyer k l'évêque la somme relativement considérable de $495.
Les malheurs se suivent, dit-on. Après les inondations de 1875, vint, en 1876, l'affreuse incendie qui ruina la jeune et industrieuse ville de Saint-Hyacinthe. Si la pitié pour les misères lointaines avait ému les entrailles de l'évêque d'Ottawa, comment tutil resté sourd aux cris de détresse de ses compatriotes ? Il s'adressa donc de nouveau et avec un redoublement de ferveur à la charité de ses diocésains. Ceux-ci répondirent à son appel et
Monseig-neur put verser entre les mains de l'évêque de Saint-Hyacinthe la somme de $928.
La mort de Mgr. Guigues n'avait point fait perdre son souvenir. Mgr. Duhamel et son clergé avaient songé à pepétuer sa mémoire par un monument digne de ses vertus et de leur affection. On résolut de construire dans la crypte de la cathédrale, un autel et une chapelle dédiés à Notre-Dame de Lourdes et d'encastrer dans la muraille latérale le tombeau du fondateur du diocèse. Chaque prêtre souscrivit pour $25. Les travaux furent confiés au sculpteur Marié. Dès le 21 décembre, on transféra sans cérémonies les restes mortels de Mgr. Guigues en son lieu de repos définitif, et lorsque les derniers travaux furent achevés (2 mai 1877) on fit, au milieu d'un grand concours de peuple et du clergé, un service funéraire et l'érection solennelle du tombeau en l'honneur du prélat décédé. Ce monument avait coûté $2000.
Cette année 1877, Ottawa, comme d'ailleurs les autres villes du Canada, reçut la visite du délégué apostolique, Mgr. Conroy.
A la même époque (21 mai 1877) Monseigneur prescrivit des prières, des réjouissances en l'honneur des noces d'or épiscopales du pape Pie IX, et érigea en même temps (20 mai) l'admirable association de Saint-François de Sales qu'on a si bien qualifiée de Propagation de la foi à l'intérieur.
Ces dernières fêtes de Pie IX étaient le prélude de ses noces éternelles avec l'Agneau qu'il avait si bien servi sur la terre. Le grand Pontife s'éteignit pieusement le 7 février 1878, au milieu des regrets et des larmes du monde entier.
Ces larmes, que l'espérance d'ailleurs empêchait d'être trop amères, se tarirent bientôt lorsqu'on apprit (20 février 1878) l'élection du cardinal Pecci et son avènement sous le nom de Léon XIII. C'est ainsi que le deuil de l'église ne va jamais sans espoir et que la résurrection du dimanche suit la mise au tombeau du vendredi.
Ces grands événements ne pouvaient passer inapperçus pour la lointaine église d'Ottawa ; par deux circulaires écrites en
tournée pastorale de Brudenell et de Pakenham (ii et 22 février) Monseigneur fit part à son peuple de cette mort et de cette heureuse élection.
Le 9 septembre 1878, Mgr. Duhamel établit dans le diocèse la salutaire institution des conférences. Notre faible nature est ainsi faite que, même les meilleurs ont horreurs du travail, du moins du travail intellectuel. D'ailleurs, dans les pays de missions où toutes choses sont à créer, on se laisse aisément entraîner au courant des affaires matérielles, et on arrive à vivre au jour le jour sans trop songer à nourrir son esprit. De là viennent trop souvent la faiblesse de notre enseignement doctrinal, et les abus qui se glissent dans les cérémonies ecclésiastiques. On comprend, dès lors, que les conférences ecclésiastiques, utiles partout, soient encore plus nécessaires chez nous, et s'imposent dans les diocèses nouveau comme celui d'Ottawa.
Elles occasionnent toujours, quoiqu'on dise, un travail sérieux, ou du moins, un effort, que l'on ne ferait point sans elles.
Le diocèse fut divisé pour ces conférences en sept arrondissements à la tête desquels Monseigneur plaça les sept prêtres dont les noms suivent :
RR. MM. Jouvent, vicaire-général.
O'Connor, curé de Staint-Patrice.
Routhier, curé de l'Orignal.
Michel, curé de Buckingham.
Rougier, curé de Renfrew.
Byine, curé d'Eganville.
Le mois suivant, 28 octobre 1878, Mgr. Duhamel entreprit son premier voyage ad Ihnina apostolorum. Ce n'était pas la première fois qu'il visitait Rome ; il avait jadis accompagné Mgr. Guigues au Concile ; mais les temps étaient changés ; jadis pauvre prêtre obscur, il avait contemplé le Pontife dans l'éclat incomparable de sa gloire et de sa royauté ; aujourd'hui, pontife lui-même, il allait s'agenouiller aux pieds du Pape prisonnier. Et pourtant, la majesté du trône potifical ne lui parut point amoindrie; il la vit, au contraire, rehaussée et rendue plus vénérable par cette touche d'adversité qui est le nimbe véritable de toute grandeur chrétienne.
L'évêque d'Ottawa passa cinq mois en Europe, visitant les merveilles artistiques qui s'y trouvent en si g-rand nombre, mais surtout vénérant les sanctuaires de France et d'Italie, et faisant ses pèlerinages au tombeau des saints Apôtres. Léon XIII le bénit, lui, ses œuvres et son diocèse, et le remplit, par ses paroles et son exemple, de cette résolution intrépide dont sont animés les bons pasteurs.
Sa rentrée dans sa ville épiscopale, 25 mars 1879, fut un véritable triomphe qui lui prouva que, depuis son entrée triomphale du 28 octobre 1874, il n'avait point perdu l'affection de ses enfants.
Cette année 1879 fut signalée par un nouveau jubilé que Léon XIII offrit au monde, comme un don de joyeux avènements.
Le 28 octobre 1879, ^^g"''- Duhamel voulut célébrer le cinquième anniversaire de sa consécration par une fête touchante et presque de famille. Nous voulons parler de la translation, dans sa cathédrale, des reliques du martyr saint Emile, qui lui avait été données k Rome, par un cardinal de ses amis. La dévotion pour les reliques des saints est une dévotion toute catholique, et un témoignage de cette admirable charité fraternelle qui survit à la mort pour aller s'augmentant pendant l'éternité.
L'année suivante, monseigneur, par un mandement du 21 novembre 1879, établit dans le diocèse la pieuse dévotion des Quarante-Heures, à l'occasion de laquelle les fidèles se font généralement un devoir de s'approcher des sacrements.
L'année 1880 mit à contribution la générosité des catholiques du diocèse.
La malheureuse Irlande, encore une fois en proie à la famine, tournait les yeux vers ses enfants d'Amérique pour en recevoir quelques secours. Mgr. L. Gillooly, évêque d'Elphine, fit entendre sa voix suppliante (15 février 1880) et implora la pitié des catholiques du Canada pour ces ouailles infortunées. Mgr. Duhamel fit pour l'Irlande ce qu'il avait fait pour la France, et des quêtes fructueuses vinrent soulager, dans la mesure du possible, sa misère. Environ 3,240 piastres furent recueillies.
Un autre désastre (avril 1880) plus prochain, succéda au premier, HuU devint la proie des flammes. Quatre cents maisons dévorées, huit cents logements sans abri, tel fut le bilan de cette affreuse catastrophe. Cette fois le pays entier s'émut ; les secours affluèrent de toutes parts. Le diocèse, quoique épuisé par l'effort précédent, trouva encore plus de mille piastres pour répondre à l'appel du premier pasteur.
A cette époque la cathédrale d'Ottawa était déjà revêtue d'un insig^ne honneur. A la demande de son évêque, le Pape Léon XIII l'avait élevée, 19 août 1879, au rang de basilique, avec tous les privilèges accordés aux basiliques mineures de Rome. Plus tard (3 mai 1882) ces avantages spirituels furent encore augmentés, et la basilique d'Ottawa, qui avait pour titulaire l'Immaculée Conception, fut afiiliée à celle de Sainte-Marie-Majeure avec communication des indulgences, grâces et privilèges accordés par les Souverains Pontifes à la très sainte basilique patriarcale Libérienne.
Cette même année 1880, Monseigneur perdit son vicaire général, M. Laurent Jouvent, qui voulut rentrer dans son pays. Le Dr J. Lalor O'Connor, curé de Saint-Patrice, lui succéda dans cette charge, sans quitter néanmoins sa paroisse.
Le docteur O'Connor étant mort l'année suivante, 19 janvier i88r, le Rév. M. Routhier, curé de Sainte-Anne fut nommé vicaire général, 31 mai 1881, et plus tard curé de la cathédrale, 28 août
A la même époque (1881) le saint Père fit aux chrétiens la grâce d'un nouveau jubilé qui procura au monde fidèle d'abondantes bénédictions.
Le 22 décembre de cette même année 1881, Monseigneur fit un second voyage à la ville éternelle, laissant l'administration du diocèse aux mains du Rév. M. Routhier.
D'importantes afi^aires appelaient à Rome le prélat ; il était chargé par les évêques de la province de Québec de négocier la division de son vaste diocèse. Le temps était venu où les prévisions prophétiques de Mgr. Bourget, en 1847, allaient avoir un commencement de réalisation. Le pays avait merveilleusement
progressé depuis ce temps, et l'Eglise, dans sa prudence, devait tout faire pour ne point se laisser surprendre par l'avenir,
Mgr. Duhamel demanda donc, en son nom d'abord, et au nom de la province ecclésiastique de Québec, le démembrement de son diocèse. Cette requête ne pouvait qu'être goûtée par la Sacrée Congrégation de la Propagande qui a tant à cœur la diffusion de la foi parmi nous. Un vicariat apostolique fut créé, comprenant tout le nord des provinces d'Ontario et de Québec, et le nom de Pontiac, du comté qui en formait la majeure partie, lui fut fut donné.
Monseigneur Duhamel voulut que le siège épiscopal du futur diocèse fut à cheval, comme on dit, sur la rivière, à l'exemple d'Ottawa, afin que la surveillance générale du pays devint plus facile. La ville de Pembroke fut donc choisie. Il n'était guère aisé, d'ailleurs, de faire un autre choix, Pembroke se trouvant la seule ville considérable de ces régions.
A cette époque, ii juillet 1882, le vicariat apostolique du Canada septentrional, dont Mgr. J, F. Jamot, évêque titulaire de Sarepta, se trouvait l'administrateur, fut érigé en diocèse régulier sous le nom de Peterboro. Mgr. Duhamel avait bien voulu lui céder le territoire encore inhabité du Parry Sound qui vient d'être ouvert k la colonisation.
Le nouveau vicaire apostolique de Pontiac fut le révérend Narcisse-Zéphirin Lorrain, vicaire-général de Montréal.
Nous nous réservons de donner dans l'histoire du vicariat de Pontiac de plus amples détails sur les limites des deux diocèses et sur les circonstances du sacre et de l'installation du nouvel évêque.
Ottawa appartenait encore à la province ecclésiastique de Québec, mais en lançant les bulles d'érection du vicariat, la cour de Rome avait positivement exprimé son intention de créer sous peu d'années, une nouvelle province dont Ottawa serait la métropole.
Mgr. Duhamel rentra dans son diocèse le 23 juin 1882. Voici en quels termes il apprit à ses diocésains la grande nouvelle :