‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'OttawaChapitre 133 sur 277 · NOTRE-DAME DE GRACE DE HULL · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE GRACE DE HULL

La ville de Hull prospérait et grandissait de plus en plus, sans s'enrichir cependant, car la population qui s'y pressait était toute ouvrière, lorsque de nouveaux incendies vinrent y porter la consternation et la misère.

Le 9 mai 1886, le feu éclata dans la cour de M. Landry, au coin des rues Centrale et Hannah. En moins de cinq heures le fléau avait consumé cent dix maisons dans les rues Centrale, Philemon, Wright, Wellington, Lac et Principale.

Deux ans plus tard, 5 juin 1888, un troisième incendie se déclarait à l'hôtel de ville, vers trois heures de l'après-midi, et détruisait une partie des quartiers 4 et 5 de la ville. Cent vingtcinq établissements, parmi lesquels l'hôtel-de-ville, l'église, le presbytère et le couvent des sœurs, étaient complètement anéantis. Les dons en argent, en faveur des incendies, s'élevèrent à douze mille piastres, dont cinq mille octoyés par le gouvernement fédéral et cinq mille par le gouvernement provincial. Ces secours furent distribués, à la satisfaction générale, par un comité organisé sous la présidence du docteur Duhamel.

Cependant l'ég-lise était détruite. Heureusement, en 1884, le Rév. Père Harnois, fondateur de l'œuvre de la jeunesse, avait fait bâtir, sur la rue Albion, un vaste édifice à deux étag-es pour les besoins de sa société. Dès le lendemain de l'incendie, les deux salles de la maison furent converties en chapelles dans lesquelles chaque dimanche on dit huit messes, afin d'accommoder la population. Cet état de choses dura trois longues années jusqu'à ce que le soubassement de la nouvelle église fut livré au culte.

Le Père Gauvin, quoique profondément affligé par le désastre qui le frappait, ne s'était point en effet laissé abattre. L'assurance qu'il avait encaissée était loin de couvrir toutes les pertes subies et d'amortir la vieille dette qui restait encore à payer. D'un autre côté, la ville de Hull était elle-même trop éprouvée pour qu'on pût songer à faire appel à son concours. Confiant dans la Providence le Père Gauvin entreprit néanmoins la reconstruction de l'église et du presbytère. Les plans des architectes Roy et Gauthier, de Montréal, furent agréés ; le contrat de la maçonnerie fut donné aux entrepreneurs Prénoveau, Turcot et Martineau, de Montréal ; celui de la charpente fut adjugé à M. Bourque de Hull.

Les travaux de déblaiement commencèrent en octobre 1888. Le 27 mars i88g, on jeta les fondements du presbytère et de l'église ; le 15 septembre de la même année, Mgr. Duhamel bénit ^ la pierre angulaire de l'édifice, et le Rév. Père Augier, provincial f^ des oblats, donna le sermon de circonstance. ^

Le presbytère avait été poussé, d'abord, avec activité, et dès le 21 décembre 1869, les Pères en prirent possession. Ils avaient habité jusque-là dans une petite maison au coin des rues Albion et .

Victoria.

Epuisé par les fatigues et se sentant mourir, le Père Cauvin avait demandé à ses supérieurs de lui donner un successeur. Ce successeur fut le Père Lauzon, de la maison de Montréal où dirigeait depuis quatorze années avec succès plusieurs œuvres importantes. Le Père Lauzon arriva à Hull le 8 janvier i8go juste à temps pour recevoir les dernières instructions du Père Cauvin et recueillir son dernier soupir. Ce vénérable missionnaire mourut le 25 janvier 1890. Il était prêtre depuis 1849 et

s'était usé dans le saint ministère. Ses restes reposent av^ec ceux du Père Reboul sous l'autel de saint Joseph . Une plaque de marbre ■ placée dans l'église rappelle aux fidèles le souvenir vénéré des I Pères Reboul, Charpeney et Cauvin.

Les murs de l'église furent achevés dans l'automne de 1890 et la toiture au commencement du mois de décembre. Alors commencèrent les travaux de l'intérieur dont le contrat avait été donné à MM. Paquet et Godbout, de Saint-Hyacinthe, et la pose de l'appareil de chauffage à MM. Blouin, Desforges et Latourelle, de Montréal. Le soubassement fut ouvert au culte le 30 août 1891 ; Mgr. Duhamel fit le sermon de circonstance ; dans l'après-midi du même jour, on érigeait la confrérie du Saint-Rosaire et le Père Gaffre, dominicain, prêchait à cette cérémonie.

Treize mois plus tard (dimanche 25 décembre 1892) l'église était à son tour ouverte au culte et bénite par Mgr. l'archevêque d'Ottawa. Mgr. Lorrain, vicaire apostolique de Pontiac, une quarantaine de prêtres, et une foule immense assistaient à cette auguste cérémonie.

La messe fut chantée par Mgr. Lorrain et le Rév. M. Sylvio Corbeil, professeur à Sainte-Thérèse, donna le sermon.

A la fin de la messe, le maire de HuU, M. Champagne, qui occupait une place d'honneur entre MM. Chas. Devlin, M. P., et N. Tétreau, M. P. P., lut, au nom de la ville de HuU, une belle adresse aux deux évêques présents qui repondirent en termes appropriés à la circonstance.

L'église de HuU qui passe aujourd'hui pour la plus belle du diocèse, est, de beaucoup, le plus magnifique monument de la ville, et ne souffre point trop de la comparaison avec le palais du parlement qui surplombe la colline, de l'autre côté de la rivière. Le clocher s'élève à deux cent soixante pieds dans les airs ; la longueur de l'édifice est de cent quatre-vingt-dix pieds, la largeur en est de soixante-quinze, dans la nef, et de cent au transept. On eut désiré une longueur plus considérable, mais les rues y on mis obstacle. Le soubassement, de même dimension que l'église, est, à lui seul, un monument. Celle-ci, a cinq nefs, et peut contenir deux mille personnes assises. La voûte s'élève à soixante-neuf

pieds de hauteur, et les g-aleries ne lui enlèvent rien de sa majesté. Tout est superbe, pieux et de bon goût. L'église de Hull mériterait une longue notice que l'on fera sans doute un jour, mais qui ne peut trouver sa place dans le cadre limité de cet ouvrage.

La ville de HuU compte actuellement une douzaine de mille âmes, en immense majorité de religion catholique et de race française : 2,269 familles dont 67 seulement irlandaises.

Aux deux grandes écoles des frères et des soeurs qui contiennent chacune six cents enfants, il faut ajouter le couvent de Notre- Dame de Grâce, les écoles Sainte-Anne, Saint-Georges, Saint- Jean-Baptiste et enfin celle de Tétreauville, ce qui donne une population scolaire totale de 1,720 enfants catholiques.

Des missions, en grand nombre, ont été prêchées à Hull par des Pères de la société des oblats.

La communauté de Hull se composait en 1895, des Pères dont les noms suivent :

RR. PP. Ludger Lauzon, supérieur et curé. M. Prévôts.

J.-B. Granfils.

H. Legault.

J.-N. Dozois.

F. -M. Georget.

En 1896, le Père Lauzon ayant été nommé procureur provinoial, est parti pour Montréal, et a été remplacé à Hull par un nouveau supérieur, le Rév. Père Ph. Lecomte.

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