SAINT-FRANÇOIS DE SALES DE LA GATINEAU
Deux constructions importantes ont signalé, dans ces dernières années, l'administration du Rév. M. Champagne, à la Pointe-Gatineau : la bâtisse d'un presbytère et la restauration partielle de l'église. Le presbytère, en pierres bosselées, fut construit sur les plans du chanoine Bouillon, par l'entrepreneur Charlebois, d'Ottawa (1880) pour la somme de $2,500. C'est un des plus beaux du diocèse, quoique un peu trop petit.
M. Bouillon fut ég-alement l'architecte de l'église. Nous savons que, en 1873, P^i" "i^ motif d'économie, on s'était contenté d'ajouter à l'ancienne chapelle en bois, un chœur assez vaste en pierre, dans la pensée de compléter plus tard l'avant de l'église dans le même style que le chœur. Mais lorsque, en 1886, on se résolut à terminer l'église qui était devenue insuffisante et peu convenable, l'ancien chœur ne parut plus digne de l'époque» et il fut décidé de faire un édifice vraiment beau et définitif. C'est ainsi que l'on voit maintenant se dresser, au confluent de la Gatineau et de l'Ottawa, une belle église en pierres bosselées, surmontée d'un joli clocher que l'on aperçoit au loin, de la ville. L'entrepreneur de la maçonnerie fut M. Honoré Robillard, d'Ottawa, celui de la charpente, M. Ouellet, de Québec.
Malheureusement, l'argent manqua pour terminer l'église. Elle est donc restée, jusqu'à nos jours, inachevée à l'intérieur, et déparée par son vieux sanctuaire bas et mesquin.
C'est ainsi que ce qui, il y a vingt ans, faisait l'orgueil de la Gatineau, fait aujourd'hui son chagrin. Pour comble d'ennui, une grosse dette de dix-sept mille cinq cents piastres pesait sur la paroisse et laissait peu d'espoir d'un achèvement prochain des travaux. Comme il ne restait plus rien de l'ancienne chapelle, on procéda à une nouvelle bénédiction (12 janvier 1887). Mgr. Duhamel fut accompagné pour la circonstance de Mgr, Lorrain, vicaire apostolique de Pontiac, et d'un nombreux clergé. Les deux prélats prêchèrent, l'un en français, l'autre en anglais. Cette fête coïncidait avec une fête intime de famille, les noces d'or des parents du curé, que les deux évêques voulurent ainsi honorer de leur présence et de leurs félicitations. Le Rév. M. Rouleau, curé de la Pointe Saint-Charles, fit le sermon de circonstance.
Le 20 décembre 1885, la pieuse population de la Gatineau eut le bonheur d'assister à une grande et belle fête paroissiale, l'ordination sacerdotale du premier de ses enfants qui soit parvenu à la haute dignité de prêtre de Jésus-Christ : M. l'abbé Cousineau, actuellement curé de Sarsfield.
Le 23 janvier 1883, Mgr. Duhamel donna à M. le curé la permission de bénir la chapelle du couvent et d'y conserver le
saint Sacrement. Quelques jours plus tard (27 janvier) il l'autorisa à y ériger les stations du chemin de la croix.
Des congrégations ou confréries en assez grand nombre ont été établies dans l'église de la Gatineau. Celles des Saints-Anges date du 16 septembre 1885, l'Union de prières et de bonnes œuvres y fut érigée le 23 novembre 1886,
Plusieurs missions y ont été prêchées dans l'ordre suivant :
En octobre 1878, par le Rév. Père Charpeney, oblat.
En octobre 1883, par le Rév. Père Hages, jésuite.
En octobre 1885, par M. E. J. J. Stenson, curé de Fallowfield en anglais.
En octobre 1885, par les RR. PP. Gonthier et Jacques, dominicains, en français. V
En août 1891, par les RR. PP. Ladislas et Alphonse, capucins.
En septembre 1892, par le Rév. M. McCarthy, chanoine, en anglais.
Des vicaires en grand nombre se sont succédé à la Gatineau. Voici leurs noms :
Rév. M, James Burns, du ler novembre 1881 au 24 avril
Rév. M. F. M. Devine, du 23 juillet 1882 à septembre 1882.
Rév. M. F. Hamet, du 7 janvier 1883 au 23 février 1883.
Rév. M. J.-B. Langlais, du 3 mai 1883 à janvier 1884.
Rév. M. E. J. J. Stenson, du 9 février 1884 au 19 juin 1884.
Rév. M. Casimir Drolet, du 29 juin 1884 à décembre 1884. .
Rév. M. J.-B. Horm, Sauvé, du 6 janvier 1885 au 12 octobre
Rév. M. L. E. Barry, du 14 octobre 1885 au 22 février 1886.
Rév. M. Anth. Constantineau, du ler avril 1886 au 26 septembre 1886.
Rév. M. Michel Boisseau, du 24 décembre 1886 au 7 juin
Rév. M. A. G. Lyonnais, du 24 juin 1887 au 28 octobre i!
Rév. M. J. O. Boulet, du 7 juillet 1889 au 7 septembre 1890.
Rév. M. S. D. Blondin, du 8 mai 1892 au 2 octobre 1892.
Rév. M. Osias Corbeil, du 2 juin 1894 au 5 février 1895.
Rév. J. H. Levac, du ler novembre 1895 au 4 août 1896.
Rév. B. C. Ducharme, du 4 août 1896 au 29 septembre 1896.
La paroisse Saint-François de Sales de la Gatineau est aujourd'hui une des plus importantes du diocèse. Elle compte quatre cent cinquante-deux familles canadiennes et trente-six irlandaises.
Note. — Le 9 mai 1897, la paroisse de la Gatineau a été témoin d'un événement considérable dont le souvenir mérite d'être conservé. Nous transcrivons donc intégralement l'acte ci-dessous :
EXTRAIT DES ARCHIVES DE LA POINTE-GATINEAU. [Procès-verbal de la bénédiction d'une cloche^.
" Le neuf mai mil huit cent qutre-ving-t-dix-sept, à trois heures p. m., nous soussigné Joseph Thomas Duhamel, archevêque d'Ottawa, avons bénite solennellement selon les rites prescrits par le pontifical romain, dans l'église de Saint-François de Sales de la Pointe-Gatineau, une cloche du poids de quatorze cent soixante-quatre livres que nous avons nommée Ishbel. Cette magnifique cloche, fondue à Londres, Angleterre, par la maison Mears et Stambank, est un don de Son Excellence le Gouverneur- Général Lord Aberdeen, en reconnaissance du prompt secours porté à Madame la Comtesse d'Aberdeen sa noble et digne épouse, qui faillit se noyer, lors des inondations, le vingt-deux avril de l'année précédente.
" Immédiatement à la suite d'une visite au presbytère, Madame la Comtesse renrontait en voiture la rive gauche de la rivière Gatineau jusqu'à un endroit du chemin couvert par les eaux ; les chevaux effrayés tout-à-coup se précipitèrent dans la rivière entraînant tout l'équipage. Les chevaux périrent. Madame la Comtesse, le capitaine John Sinclair et le cocher furent heureusement sauvés, grâce au sang-froid de Madame, au courage du
brave capitaine et au secours immédiat de trois hardis paroissiens : Charles Carrière, Bénoni Tremblay et Félix Bigras.
" Pour témoigner sa reconnaissance envers Dieu, Son Excellence le Gouverneur-Général, après avoir récompensé les trois paroissiens, voulut aussi offrir à la paroisse, en même temps qu'un exemple de reconnaissance envers Dieu, un souvenir capable de proclamer sans cesse cette faveur signalée.
" La cloche a été bénite en présence de Leurs Excellences, de leur suite, d'un clergé nombreux et d'un grand concours de fidèles parmi lesquels on remarqua ceux qui ont signé avec nous :
tj. -Thomas, Archevêque d'Ottawa.
Aberdeen, IsHBEL Aberdeen.
WiLFRiD Laurier.
ZoÉ-L. Laurier, etc., etc."