SAINT-GRÉGOIRE DE NAZIANCE DE BUCKINGHAM
De Masson à Buckmg"ham, le chemin côtoie presque toujours la rivière en traversant un bois épais. Rien n'est beau comme la Lièvre dans ces parages. Son cours d'environ quatre milles, n'est qu'une série de rapides et de chutes encadrés par d'énormes rochers et des grands bois. Pendant que l'artiste contemple avec ravissement ces scènes d'une beauté sauvage, l'ingénieur s'abîme dans des calculs d'emplois industriels de ces pouvoirs d'eau, seule rêverie qui lui soit familière.
Enfin, on arrive au sommet d'un plateau sablonneux et l'on découvre tout d'un coup, en y entrant, la petite ville de Buckingham.
Buckingham est un village essentiellement industriel, car la campagne qui l'entoure est de peu d'étendue, mais les deux puissantes scieries de Ross et de McLaren, actionnées par une chute imposante, y font vivre plusieurs centaines d'ouvriers.
Le Rév. M. Michel, curé de Buckingham, est un homme d'œuvres, comme nous l'avons vu, par ses entreprises à Aylmer. lia donc résolu de mettre sa paroisse sur le pied d'une paroisse urbaine, dans toute la bonne' acception du mot, et pour cela il n'a pas reculé <ievant les dépenses personnelles.
Lors de sa visite de juin 1887, Mgr. Duhamel constatait que la somme considérable de douze mille piastres avait été déjàécono-!
misée par la fabrique de Buckingham et qu'on allait commencer bientôt la construction d'une magnifique église. De fait, la cérémonie de la bénédiction de la première pierre eut lieu peu après, le 31 août 1887. Cette église élevée sur un terrain donné par M. le curé, fut bâtie par les entrepreneurs Fauteux et Martineau, sur les plans de M. Fauteux lui-même. Le contrat s'en est élevé à la somme de trente-cinq mille piastres. C'est un édifice romanobizantin, c'est-à-dire, roman avec coupoles. Les murs sont en pierres bosselées, et le clocher se trouve au chevet. Ce monument a 142 pieds de longueur sur une largeur de 60. Il fut bénit, dans l'absence de Mgr. Duhamel, alors à Rome, par le vicaire-apostolique de Pontiac, Mgr. Lorrain, qui chanta, à cette occasion, la messe solennelle, le 5 novembre 1890. Une foule considérable et trente prêtres assistèrent à la cérémonie. Les sermons de circonstance furent prêches par les PP. Devlin, jésuite, et Fillâtre, de la congrégation des oblats.
Une grande sacristie complète l'église ; trois tableaux remarquables, œuvre du peintre Gadbois, en décorent le sanctuaire.
Quatre jours après la bénédiction de l'église, le 9 novembre, M. Michel érigea les stations du chemin de la croix,
M. Michel, encouragé par ce premier succès, résolut d'acquérir le plus beau carillon du diocèse. Il commanda donc aux fondeurs Paccard, d'Annecy, que venait d'illustrer la fameuse savoyarde de la basilique de Montmartre, quatre cloches du poids respectif de 1887, 970, 594 et 244 livres, qui furent bénites par Mgr. Duhamel, le 9 août 1891. -
Après l'église, il fallait penser au presbytère. Ce n'est pas que l'ancien fût insuffisant, mais il était trop éloigné, et d'ailleurs, M. Michel avait des plans ultérieurs, comme nous verrons.
Le nouveau presbytère fut donc construit à côté de la nouvelle église. C'est une grande maison en bois lambrissée de briques, commode, mais peu luxueuse, qui a coûté de trois à quatre mille piastres et qui convient parfaitement à son objet.
Lorsque M. Michel fut installé dans sa nouvelle demeure, il se mit à l'œuvre pour exécuter un projet qu'il nourrissait depuis long-
temps. L'ancienne église était devenue inutile ; rien n'était plus facile que de la transformer en une vaste salle d'école que tiendraient des religieux. Quant à la résidence des frères, elle était toute trouvée dans l'ancien presbytère. Comme on le voit, tout se prêtait à l'installation temporaire d'un établissement d'enseigfnement primaire tt commercial. M. Michel s'adressa donc à la congrégation des frères de l'instruction chrétienne, lesquels acceptèrent ses propositions et vinrent prendre (septembre 1892) la direction des classes des garçons et du collège commercial de Buckingham.
Ces excellents religieux, fondés en 1819, par le pieux Jean- Marie de la Mennais, sont arrivés à Laprairie en 1886. Ils possèdent déjà dans le pays une douzaine d'établissements et ils se voient dans l'impossibilité de répondre aux nombreuses demandes de fondations qu'on leur fait, ce qui témoigne, mieux que tous les discours, de l'estime qu'on a pour leur caractère et pour leurs méthodes.
Pendant que l'enseignement des garçons passait entre les mains des frères, les sœurs-grises de la Croix, de leur côté, ne restaient point inactives. Elles achetèrent d'abord la maison qu'elles avaient en location, puis, elles construisirent, à côté, un vaste et bel édifice en briques, pourvu de toutes les commodités que l'on demande aujourd'hui aux établissements de ce genre qui veulent tenir le premier rang. Leur chapelle est située actuellement dans la nouvelle bâtisse. Disons à ce propos que le 30 juillet 1886, elles avaient fait ériger dans leur couvent un second chfemin de croix.
Cependant, M. Michel s'inquiétait de voir que la grande entreprise du collège, si chère à son cœur, n'avait point encore un caractère définitif. Il vient enfin d'y mettre la dernière main. Une vaste construction en pierre et en brique, située non loin de l'église, sur un terrain donné par M. le curé, et conduite par l'entrepreneur Fauteux, commence actuellement à s'élever. Elle aura 96 pieds sur 45 et quatre étages. Ce sera le plus bel établissement de la ville, la gloire des catholiques de Buckingham et le digne couronnement de la laborieuse carrière du Rév. M. Michel. Le prix du contrat s'élève à $12,000.
Les écoles de Bucking^ham sont toutes très anciennes et remontent à une quarantaine d'années.
Si la paroisse de Bucking-ham n'a compté que peu de curés — trois en tout — en revanche, des vicaires en assez grand nombre s'y sont succédés. Voici la liste de ces prêtres :
RR. F. Michel, du 15 juillet 1854 au ler septembre 1855.
J. Thomas Duhamel, du ler janvier 1864 au 9 novembre
E. S. Dacier, du 17 décembre 1881 au 13 août 1882. Louis Clerc, du 13 août 1882 au 25 octobre 1883. Louis Daumy, du 13 janvier 1885 au 1 1 octobre 1885. E. Saint-Paul, du 14 octobre 1885 au 13 décembre 1885. Oscar Cousineau, du 24 décembre 1885 au 20 octobre
Louis Montour, du 9 juillet 1887 au 6 août 1887.
J. C. W, Deg-uire, du 13 septembre 1888 au 7 septembre
Théophile Van de Vivere, du 28 septembre 1889 au 8 décembre 1889.
Félix Legendre, du 21 décembre 1889 au 5 mars 1892. Joseph Leclerc, du 27 mars 1892 au 7 décembre 1893.
F.-X. Jules Lortie, du 7 décembre 1893 au 28 septembre
J.-B. Routhier, 29 septembre 1896.
Voici maintenant la liste des missions ou retraites prêchées dans la paroisse à des dates dififérentes. Une par le Rév. Père Royer.
Une seconde par les PP. Brunet et Lecomte, du même ordre.
Une troisième par le Père Lefebvre, actuellement provincial des oblats.
Une retraite aux dames de Sainte-Anne, en anglais, par le Rév. Père Alexis, capucin, en 1892.
Une retraite par les RR. PP. Hamon et Dogherty, jésuite, en J893.
Une retraite par les RR. PP. Ladislas, Pacifique et Bonaventure, capucins, en 1894.
Une dernière retraite par les Pères Devlin et un compagnon, jésuites, en 1895.
La population de la paroisse de Buckingham comprend environ 475 familles, 285 canadiennes et 190 irlandaises.