‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'OttawaChapitre 167 sur 277 · SAINT-ÉMILE DE SUFFOLK · texte numérisé non relu

SAINT-ÉMILE DE SUFFOLK

Depuis 1874, 1^ messe se célébrait à Suffolk, dans des maisons privées. Lorsque, en 1881, sous l'administration du Rév. M. Brady, curé d'Hartwell, il fut décidé de bâtir une chapelle.

Le Rév. M. Bélanger, curé de Saint-André Avellin, délégué par monseigneur pour faire le choix d'un site favorable, opta pour un emplacement, sur le bord d'un lac, entre les lots 32 et 33 du 5e rang, au grand mécontentement des gens du village de Namur, situé à tro's milles plus à l'ouest, qui comptaient devenir le centre de la paroisse (4 juillet 1881).

Une chapelle fut alors construite avec l'argent de la société de colonisation. C'est un carré de 46 pieds sur 40, à peine ébauché,

qui ne met les fidèles à l'abri ni du vent, ni de la pluie, ni même de la neig"C.

La mission de Suflfolk fut successivement desservie par les divers curés d'Hartwell qui vinrent après M. Brady : MM. Dacier, Francœur et Mangin, jusqu'en 1888. Ce dernier prêtre y allait tous les mois.

A cette époque, le curé d'Hartwell obtint un vicaire, le Rév. M. Charles Proulx, qui fut charg-é spécialement de Suffolk.

L'année suivante, cédant aux désirs maintes fois manifestés des catholiques de Suffolk, Mg-r. l'archevêque nomma le Rév. M. Proulx, premier curé résidant de cette paroisse. La population s'élevait alors à 300 âmes, parmi les catholiques et à 140 parmi les protestants, la plupart apostats. Nous avons raconté comment eut lieu la perversion des premières familles : la misère entraîna les autres. Les sociétés bibliques envoyèrent des émissaires parmi ces pauvres gens, dont la plupart étaient déjà libres-penseurs, et, moyennant vivres et finances, elles éteignirent dans leurs cœurs les dernières étincelles de leur foi ; c'est leur manière de faire des prosélytes. L'héroïne de cet apostolat d'un nouveau genre fut une dame Grant de Montréal à qui revient la triste gloire d'avoir perdu une quarantaine de personnes.

En 1886, trois écoles protestantes et une chapelle baptiste avaient été fondées ; un minstre protestant était établi à demeure à Suffolk.

La tâche du Rév. M. Proulx était donc ingrate et difficile. Il n'avait point de presbytère : pendant deux années il vécut dans la chambre haute de la pauvre maison d'école qui, à elle seule, forme à peu près tout le village de Saint-Emile, dirigeant les ouvriers et travaillant même de ses mains à la construction d'un joli presbytère qui coûta fort peu de chose à la paroisse.

Les catholiques de Suffolk étaient trop pauvres pour pouvoir soutenir un prêtre. M. Proulx fut aidé par Mgr. l'archevêque et par quelques personnes de Montréal.

C'est ainsi qu'il passa cinq années pendant lesquelles il eut la consolation de ramener à la vraie foi quatre chefs de famille,

ce qui le consola un peu des déboires de toutes sortes qu'il eut à subir.

Il fut enfin nommé (2 août 1894) curé de la nouvelle paroisse de Kiamika et céda sa place, dans ce poste de dévouement, au Rév. M. Chamberland, vicaire de Papineauville.

Nous ne connaissons point les dates exactes de la bénédiction de l'église, du presbytère et du chemin de la croix. La bénédiction de la cloche, qui pèse 307 livres, fut faite le 17 septembre 1890, par le Rév. M. Rochon, curé de Papineauville, délégué à cet effet par monseigneur.

La confrérie du scapulaire du Mont-Carmel fut établie le 20 juillet 1890.

Deux retraites ont été prêchées à Suffolk : la première en 1884 par le Rév. Père Fleurance, de la compagnie de Marie ; la seconde en 1893 par le Rév. Père Alexis, capucin.

La paroisse de Suffolk compte aujourd'hui environ 67 familles canadiennes-françaises, belges ou italiennes. Elle n'augmente guère faute de bonnes terres, mais on a lieu d'espérer que le canton voisin d'Addington, dont le sol, en partie du moins, est excellent, sera prochainement envahi par la colonisation.

Le Rév. M. Chamberland, ayant été nommé curé de Sainte- Rose-de-Lima, vient d'être remplacé à Suffolk (19 octobre 1896) par le Rév. M. Vital Pilon, vicaire d'Embrun.

SAINT-RÉMI d'aMHERST.

La paroisse de Saint-Rémi d'Amherst, pittoresquement située sur le bord d'un petit lac, au milieu d'une plaine qu'entourent des montagnes, étagées comme les gradins d'un cirque immense, date à peine de quelques années.

Des habitants de Montebello et des bords de la Grande- Rivière se trouvant dans une situation gênée, vinrent se réfugier dans ces montagnes incultes où la terre se concédait à trente centins l'arpent.

En 1883, le Rév. M. Rémi Prudhomme, curé de Saint-Thomas de Lefaibvre, vint de la part de monseigneur, visiter plusieurs fois

ces pauvres gens. Il les pressa de construire une chapelle et un presbytère, leur promettant qu'aussitôt ces constructions faites, monseigneur pourvoierait régulièrement à leurs besoins. Dociles à ces conseils, les colons d'Amherst élevèrent une chapelle qui prit le nom de Saint-Rémi.*

Mgr. Duhamel fit sa première visite pastorale à Saint-Rémi d'Amherst à la fin du mois d'août 1883. Il trouva la chapelle élevée et le presbytère en construction. Le courage de ces colons le toucha vivement, et lorsqu'ils lui demandèrent un prêtre, il leur promit de satisfaire le plus tôt possible à leur désir.

Jusqu'alors le service religieux ne se faisait dans ce canton qu'à de rares intervalles, et les fidèles s'adressaient pour les malades au prêtre le plus voisin. C'est ainsi qu'à part M. Prudhomme dont nous avons parlé, le Rév. Père J. Raynel, jésuite, de la résidence de Labelle, desservit cette mission en 1883, et que le Rév. M. D. J. Halde, curé de Grenville, signa divers actes du 8 mai 1883 au 28 juillet 1884.

Le 17 juillet 1886, Mgr. Duhamel, fidèle à sa promesse, envoya à Saint-Rémi d'Amherst un premier curé résidant, dans la personne du Rév. M. Wuilfranc Saint-Laurent, prêtre du diocèse de Rimouski, qu'il fut obligé de soutenir, en grande partie, de sa propre bourse.

Cette même année 1886, une tempête endommagea gravement la chapelle, on profita de la circonstance pour l'allonger considérablement.

M. Saint-Laurent ayant quitté le diocèse, en juillet 1887, fut remplacé à Amherst par un jeune prêtre des Trois-Rivières, le Rév. M. Louis Montour, le 15 octobre 1887.

M. Montour vécut modestement à Amherst, faisant cultiver la belle terre de cinquante arpents qui appartient à l'église, et conquérant les cœurs par l'aménité de ses manières. Il fit lambrisser le presbytère à l'extérieur, et le mit, à l'intérieur, dans un ordre si parfait, qu'on le prendrait volontiers pour une maison toute neuve.

* Dès 1878, le curé Labelle avait visité le pays et déterminé l'emplacement des futures églises d'Amherst, de Ponsonby, d'Addingfton et d'Arundel.

Il érig-ea dans la chapelle les stations du chemin de la croix, 22 juillet 1888. Cette chapelle qui semblait prédestinée à tous les malheurs, fut rasée de nouveau par une tempête en 1893, quand les enfants du cathéchisme s'y trouvaient réunis, sans qu'on ait eu grâce à Dieu, à déplorer aucun grave accident. Elle fut aussitôt relevée avec les mêmes matériaux, mais elle a grandement besoin d'être remplacée par une construction plus grande, plus belle et plus solide. Le chemin de la croix y fut érigé de nouveau, le 20 octobre 1893.

L'année suivante, M. Montour ayant été appelé à administrer l'importante paroisse de Saint-Philippe d'Argenteuil, fut remplacé, le 13 octobre 1894, par le Rév. M. Onésime Lemay, vicaire de Saint-André Avellin, qui occupe actuellement le poste de Saint- Rémi d'Amherst.

Saint-Rémi compte plusieurs sociétés ou confréries :

Le Scapulaire du Mont-Carmel, établi le 18 août 1888.

La Saint-François de Sales, le 4 novembre 1887.

La Sainte-Famille, le 10 mai 1893.

Une retraite y a été prêchée, en octobre 1893, par le Rév. Père Alexis, capucin. Une école existe dans la paroisse. Saint- Rémi d'Amherst compte environ cinquante-huit familles catholiques, toutes canadiennes, moins sept.

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