MISSION DE SAINT-MICHEL DE WENTWORTH
Nous avons dit ailleurs que le curé de Saint-Philippe visitait, depuis 1856, la mission de Wentworth. Cela prouve plutôt l'anti quité de la mission que sa desserte régulière, car le prêtre y allait fort rarement, passant quelquefois des années entières sans y faire d'autre visite que celle des malades.
Wentworth, comme Harrington et Howard, est un canton montagneux, où la colonisation, loin de prospérer, semble être plutôt en décadence. Les bois sont ruinés depuis longtemps dans
ces trois cantons, par une exploitation effrénée ; les terres, rocheuses et maig"res, qui produisaient, jadis, des pommes de terre en abondance, ont été usées par une culture inintellig^ente ; il ne reste plus qu'une seule exploitation ag"ricole possible, l'industrie laitière, à cause des frais pâturages que l'on trouve en assez grand nombre sur ces hauteurs partout couvertes de lacs et sillonnées de torrents et de sources glacées. Les fermes y sont immenses en territoires et petites en exploitation ; la population clairsemée se compose surtout d'écossais protestants et de suisses émigrés de la paroisse de Grenville.
On doit attribuer la création de Saint-Michel de Wentworth, en tant que véritable mission, aux RR. PP. de la compagnie de Marie, de l'orphelinat de Montfort.
Montfort est situé à i8 milles au nord de Saint-Michel. Chargé par monseigneur de cette mission en 1884, le Rév. Père Bouchet se vit obligé pendant trois ans de faire le voyage à pied à travers la forêt. Plus tard, on ouvrit un chemin entre les deux villages, mais il était si difficile et si détourné — 30 milles — qu'on perdait du temps à le suivre, même en voiture.
On comptait à cette époque 37 familles à Saint-Michel. Le Père Bouchet résolut de construire une chapelle. Il obtint un peu d'aide des habitants, mais ses principales ressources lui vinrent de ses amis de Montréal qui lui donnèrent de 6 à 700 piastres, et des sociétés de colonisation qui en fournirent de leur côté,
C'est ainsi qu'il réussit à élever une petite chapelle en bois de 50 pieds sur 30, du prix de $1500 dont 100 restent à peine aujourd'hui à payer. La cloche de Saint-Michel est un don de M. Labelle. La chapelle fut solennellement bénite par monseigneur le 29 septembre 1886.
Le missionnaire recevait l'hospitalité dans la maison de M. Giroux, excellent chrétien à qui on est redevable des quatre arpents de terre sur lesquels est bâtie la chapelle. Le cimetière se trouve également sur ce terrain.
Le Rév. M. Bouchet desservit cette mission une fois par mois depuis 1884 jusqu'à 1891. A cette époque, il en passa la charge
au Rév. Père Athanase Cesbron, de l'orphelinat d'Arundel. D'Arundel, la distance était plus grande mais le chemin était meilleur.
Le Rév. Père Cesbron ne desservit Saint-Michel qu'une année (1891-92) après quoi la mission de Wentworth fut remise au curé de Saint-Philippe qui se trouvait plus rapproché — 15 milles. Depuis cette époque, le curé de Saint-Philippe visite régulièrement, par lui ou par son vicaire, cette pauvre et petite mission.
Le Rév, M. Bouchet a eu la consolation de remettre k monseigneur en 1894, la somme de mille piastres, don d'une simple servante qui a voulu faire une fondation à cinq pour cent en faveur du missionnaire de Wentworth. Plaise à la divine Providence qu'un si noble exemple soit suivi par d'autres généreux chrétiens.
La mission de Saint-Michel compte actuellement une quarantaine de familles canadiennes.