PAROISSE DE MONTFORT
Lorsque le Père Fleurance arriva à Montfort, il trouva disséminées dans la montagne une trentaine de familles canadiennes abandonnées. Elle sont actuellement au nombre de soixante, toujours pauvres mais moins qu'auparavant.
L'église est en bois, longue de 60 pieds, large de 45, fort jolie, quoique le chœur ne soit point encore fait. Monseigneur la bénit en juillet 1892. On a placé dans les galeries soixante bancs pour les fidèles et tout le bas a été réservé aux enfants.
Les confréries du Scapulaire, du Saint-Rosaire et de la Sainte-Famille ont été établies dans la paroisse. Depuis 1895, trois écoles ont été également fondées. Quoiqu'il en soit, Notre- Dame de Montfort ne sera jamais une paroisse importante à cause de la nature rocheuse du sol qui s'oppose à toute culture extensive.
Depuis quelque temps, toutefois, Montfort n'est plus un désert abandonné. Des amis courageux de l'orphelinat en même temps que de la colonisation nationale ont fondé, en 1892, une compagnie de chemin de fer à voie étroite connue sous le nom de chemin de fer de colonisation de Montfort, sous la présidence de M. Eugène Sénécal. Cette ligne qui se relie, à Saint-Sauveur, à la grande ligne du Pacifique, dessert déjà Montfort et se continue tous les jours vers l'ouest. Elle atteindra, au mois d'aaût 1897, la paroisse et l'orphelinat d'Arundel, à 20 milles de Montfort et à 33 milles de Saint-Sauveur. On espère bien qvi'elle se poursuivra de là par les cantons d'Amherst et de Suffolk jusqu'à la Lièvre et à la Gatineau ranimant ces régions stationnaires et ouvrant à la colonisation de vastes pays inhabités. Le directeur des travaux est actuellement M. François Froideveau, le grand ami de l'orphelinat de Montfort.
La paroisse de Montfort comprend les rangs 10 et 11 du canton d'Howard et les rangs 10, 11, 4, 8 et 7 du canton de Wentworth.
ORPHELINAT DE NOTRE-DAME d'aRUNDEL OU HUBERDEAU.
A vingt milles à l'ouest de Montfort, se trouve l'orphelinat d'Arundel. Le voyageur qui part d'Ottawa pour Arundel ne prend point le chemin de Montfort ; il descend plutôt au Calumet pour remonter en voiture jusqu'à sa destination. Rien n'est pittoresque comme ce chemin de montagnes qui côtoie la Rivière Rouge pendant 25 milles en surplombant parfois les eaux. La rivière n'est qu'un long rapide. Entre elle et la montagne s'étend sur toute sa longueur un étroit ruban de terre fertile où quelques rares fermes s'égrènent de mille en mille. Peu de ces fermiers sont catholiques, mais le missionnaire est toujours sûr de trouver, dans la maison de M. Milway, la plus cordiale hospitalité.
A la hauteur de 15 milles environ, la rivière bifurque. Une branche, la Maskinongé, remonte dans les cantons de Ponsonby et d'Amherst, tandis que à l'est, la Rouge se continue bien plus haut On arrive enfin ; les montagnes s'éloignent et sur la croupe arrondie de l'une d'elles, le voyageur qui s'arrête un instant con-
temple avec ravissement la vaste pleine couverte de fermes et de moissons qui forme le canton d'Arundel.
L'osphelinat d'Arundel n'est qu'une succursale de Montfort, quoiqu'il ait pris des proportions bien supérieures à celles de la maison-mère. Aussi le Père Bouchet a-t-il gardé la haute main sur l'administration des deux établissements.
Nous allons raconter brièvement l'histoire d'Arundel.
Comme nous le disions dans le paragraphe précédent, la terre de Montfort est impropre à la culture ; c'est donc un lieu assez mal choisi pour une entreprise agricole. Tant que les orphelins furent en bas âge et ne purent pas travailler, le mal ne fut point grand, mais plus tard, à mesure qu'ils grandissaient on sentit le besoin de chercher ailleurs un endroit plus favorable. Les regards se tournèrent alors sur le canton d'x\rundel, à 20 milles de distance, de l'autre côté du canton stérile de Montcalm.
Le canton d'Arundel était peuplé depuis une quarantaine d'années par des protestants anglais d'Argenteuil venus à la suite d'un bourgeois de chantier, M. Benningham. Des suisses de Grenville les accompagnèrent. Ces protestants ont pris les bonnes terres et ont prospéré. Le plus riche d'entre eux, M. William Stanford, qui donna dix arpents à la mission catholique, était propriétaire d'une magnifique ferme de neuf lots de terre, soit près de mille arpents, qu'il mit en vente pour la somme relativement modeste de $11,000.
Cette terre, dont un tiers était déjà défriché, convenait admirablement à l'établissement d'un orphelinat agricole ; mais comment se procurer l'argent nécessaire à son acquisition? La Providence inspira alors à un vieux prêtre retiré de Montréal, le Rév. M. Huberdeau, ancien curé d'Albany, de consacrer sa fortune qui s'élevait à $10,000, à cette oeuvre. Quelques semaines après sa donation, ce vénérable ecclésiastique mourait et recevait sa récompense en paradis. L'achat de la ferme d'Arundel fut effectué dans les derniers jours d'août 1887, et le mois suivant, le Rév. Père Joubert prit possession à la fois de la ferme et de la paroisse. Il s'établit sur les bâtisses du bord de l'eau avec trois frères convers et six grands orphelins.
Pendant deux ans ce digne Père eut k lutter seul contre les mille difficultés qui accompagnent les commencements de semblables entreprises, dirigeant à la fois la paroisse, la scierie et l'exploitation de l'immense ferme.
Enfin, le 7 janvier i8go, le Rév. Père Athanase Cesbron, de Montfort, lui fut donné pour compagnon.
Le Père Joubert ayant été envoyé (9 septembre 1891) à Notre- Dame de Lourdes, près Ottawa, fut remplacé par le Père Pierre Cesbron, d'Arundel, en qualité de directeur.
Celui-ci étant parti (4 septembre 1893) pour la mission des Antilles, Haïti, eut pour successeur le Rév. Père Vallais (13 septembre). Le Rév. Père Vallais quitta à son tour Arundel pour retourner à Montfort (20 octobre 1895). Il fut remplacé en qualité de directeur par le Père Athanase Cesbron, auquel on donna pour vicaire le Père Philips (novembre 1895).
Pendant cet espace de temps, l'orphelinat d'Arundel a fait de merveilleux progrès. Une digue nouvelle fut construite au moulin en 1891 ; une beurrerie magnifique fut établie, cinquante arpents de terre furent défrichés, ce qui porte à 350 le nombre d'arpents en culture, nombre qui pourra s'accroître jusqu'à 500.
Enfin, en 1894, le Père Bouchet commença la construction de l'orphelinat.
On construisit tout d'abord les granges et les étables. Cette énorme bâtisse, comme l'orphelinat d'ailleurs, est en bois avec soubassement en pierre. Dans le soubassement sont les étables, et dans l'étage supérieur sont engrangés les grains et les fourrages.
La bâtisse compte 255 pieds de long sur 56 de large, et a coûté $10,000. C'est assurément un des établissements du genre le mieux aménagé du pays.
Le 28 avril 1894 commencèrent les travaux de l'orphelinat proprement dit. Le 12 février 1895 on en prit possession et le 11 juin de la même année, Mgr. Duhamel fit la bénédiction solennelle de l'édifice.
L'orphelinat a la forme du tau, c'est-à-dire d'une croix sans tête. La façade a 212 pieds ; le pied de la croix au centre en a
240. C'est à l'étage supérieur de cette aile centrale que se trouve la chapelle.
L'orphelinat comprend un soubassement et trois étages. La partie sud de la façade appartient au personnel des Pères, des frères et des grands orphelins ; la partie nord est réservée aux religieuses ; entre les deux, l'aile du centre est consacrée aux petits orphelins. Ce vaste édifice a coûté dix mille piastres.
La maison est chauffée toute entière à l'eau chaude. L'eau est fournie abondamment à toutes les p?rties de l'institution par un bélier hydraulique établi non loin de là dans un cours d'eau.
Les étables renferment 1 1 chevaux et 52 vaches, mais elles devront en renfermer le double lorsque la ferme aura acquis son plein développement.
Le personnel de la maison se compose de deux prêtres : les Pères Athanase Cesbron, directeur, et Broussais, assistant, sans compter le Père Bouchet, supérieur, qui réside d'ordinaire à Montfort ; de 9 frères, de 16 sœurs de la Sagesse, et de 170 orphelins dont la plupart sont encore de tout petits enfants.
Les sœurs sont arrivées à Arundel le 16 septembre 1893 ; les petits orphelins n'y ont été conduits qu'en 1895, à l'ouverture de la maison.