‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'OttawaChapitre 176 sur 277 · LES CANTONS DU NORD · texte numérisé non relu

LES CANTONS DU NORD

COMTÉS DE TERREBONNE, DE MONTCALM ET d'oTTAWA.

L'avenir de la colonisation dans la province de Québec est concentré sur quatre points principaux : k l'est par la vallée de la Matapédia et la presqu'île de Gaspé, au nord-est la vallée du lac Saint-Jean, au nord les vallées des rivières Rouge, Lièvre et Gatineau, enfin au nord-ouest, l'Ottawa supérieur et le lac Témiscamingue.

A ces régions il faut ajouter le district de Nipissing en Ontario, sur la rive droite de l'Ottawa.

On a beaucoup parlé des immenses territoires qui restent inoccupés et l'on a fait des comparaisons avec la France, tendant à démontrer que la province peut encore nourrir de nombreux millions d'habitants. Ces calculs merveilleux ne résistent point à la réflexion ; il faut le déclarer ici, le nord de l'Ottawa ne sera jamais densément cultivé. Le comté de Pontiac est presque absolument inhabitable ; le territoire entre les rivières Gatineau et Lièvre n'est guère meilleur, et quant aux cantons fertiles qui s'étendent au nord, entre les rivières Lièvre et Rouge, il semble prudent, au dire des connaisseurs, de n'estimer chacun de ces cantons que pour la valeur d'une paroisse.

On peut donc calculer, en faisant abstraction des villes, s'il s'en construit jamais dans ces régions, que le Témiscamingue et l'Ottawa supérieur pourront former un jour une vingtaine de paroisses, et que le nord du comté d'Ottawa en possédera à peu près autant. Nous nous trompons fort ou nous devrons nous trouver très heureux si, dans cinquante ans, la colonisation a établi dans ces vastes contrées cent mille âmes. Seulement, à cette époque, les cantons déjà colonisés en bas de la rivière, les villes de Buck-

ing^ham, de Hull, d'Ottawa et peut-être de Mattawa, auront accru proportionnellement leur population. Cette perspective est déjà fort belle. Comparer le peuplement des campag-nes américaines avec celui de l'Europe est une illusion que dissipe aisément l'observation de l'état des vieilles paroisses au Canada et aux Etats- Unis. La culture intensive y est inconnue, et non seulement la population n'y aug-mente pas mais encore elle y diminue. Cela durera autant qu'il y aura dans l'ouest des terres à prendre.

D'ailleurs, qu'on le sache bien, le morcellement des héritages en Europe est attribuable, non pas à. la volonté libre des cultivateurs, mais à la nécessité. Si la population reste dense dans les campagnes, c'est par force. Elle ne vit sur ses terres que dans la gêne, sans espérances, en général, d'améliorer son sort. Aussi, érrigre-t-elle dès qu'elle le peut. On recherche et on invente bien des causes à l'émigration, la vraie cause c'est la misère, en Europe, comme ici.

Mais revenons à notre sujet.

La colonisation, dans les cantons du Nord a été relativement lente et pénible. Il ne semble pas que notre génération ait le courage et l'énergie de la génération précédente ; la lutte contre la forêt vierge l'épouvante, et l'on peut dire que les temps héroïques où les colons s'enfonçaient sous bois, portant sur leur dos leurs marchandises et leurs provisions, sont passés pour ne plus revenir. Le chemin de fer attire maintenant les pionniers.

On vante beaucoup avec raison, le juge Morin, le curé Labelle et les hommes courageux qui ont fondé les sociétés de colonisation. Pourtant si l'on étudie leurs œuvres, le résultat ne semble pas répondre à leur labeur de tant d'années. Leur gloire, dans l'avenir, sera d'avoir été des précurseurs.

Aujourd'hui la colonisation dépend des chemins de fer. Si le chemin de fer de Montréal et Occidental était actuellement terminé, jusqu'à Maniwaki, une foule de paroisses surgiraient comme par enchantement. Le chemin de fer, n'en doutons pas, doit être le véritable g-uide du nouveau colon.

D'ailleurs, quoiqu'on dise, il y a une grande différence entre la plaine du Saint-Laurent, si riche et si facile à cultiver, et les

âpres régions des Laurentides. Même de l'autre côté de cette chaîne de montagnes, la terre est onduleuse, vallonnée et souvent bien légère. Pendant quelque temps l'humus qui la couvre produit des moissons abondantes, puis elle s'use et le colon négligent qui l'a épuisée l'abandonne. Sa meilleure garantie pour l'avenir est assurément l'abondance de phosphate qui s'y trouve mêlé un peu partout.

Sans plus de préliminaires, nous allons continuer nos notices sur les paroisses en commençant par celles du comté de Terrebonne qui appartiennent au diocèse d'Ottawa. ^

Page 1