‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'OttawaChapitre 177 sur 277 · COMTÉ DE TERREBONNE. SAINTE-AGATHE DES MONTS · texte numérisé non relu

COMTÉ DE TERREBONNE. SAINTE-AGATHE DES MONTS

Le chemin de fer Montréal et Occidental qui commence à Saint-Jérôme et qui doit rejoindre un jour Maniwaki, est terminé depuis plus d'une année jusqu'à la' chute aux Iroquois sur la Rouge. Il a des stations aux villages de Sainte-Agathe, de Saint- Faustin, de Saint-Jovite et de Labelle.

La paroisse de Sainte-Agathe, canton de Beresford, est coupée par la ligne de division des diocèses de Montréal et d'Ottawa, mais vu que le village se trouve dans le district d'Ottawa, elle est considérée, depuis 1S89, comme appartenant complètement à ce dernier diocèse.

Le premier colon de Sainte-Agathe vit encore ; il s'établit dans le pays en 1849. Lui et ses compagnons allèrent d'abord à Sainte-Adèle pour l'accomplissement de leurs devoirs religieux ; puis le curé de cette paroisse, voyant la population grandir, érigea Sainte-Agathe en mission qu'il visita de temps en temps, surtout à l'époque des pâques. *

C'est en 1858, paraît-il, (on n'a point de date certaine, les archives ayant péri dans un incendie) que fut bénite la première chapelle, laquelle n'était autre chose que l'étage supérieur du presbytère.

* Notes du Rév. M. Moreau, curé de Sainte-Ag-athe. Ces notes sont un peu vag-ues par suite de la destruction des archives paroissiales. Nous avouons d'ailleurs que pour presque toutes les paroisses du nord, nous sommes dans la plus grande pénurie de documents.

Le premier curé résidant à Sainte-Ag-athe fut le Rév. Joseph Richot, actuellement missionnaire au Manitoba. Sa nomination date du 7 juin 1861, et son installation, du 19 du même mois. Il fut remplacé à Sainte-Agathe par le Rév. Antoine Giguère, le 12 mai de l'année suivante, 1862.

Le terrain de la fabrique, trente arpents, fui donné à la corporation épiscopale de Montréal, le 29 avril 1861, par le docteur Luc E. Larocque, frère de Mgr. Joseph Larocque, alors coadjuteur de Montréal.

Il est situé, comme le village, d'ailleurs, en amphithéâtre sur le bord du grand lac des Sables, dans le troisième rang de Beresford. C'est le point culminant de la chaîne des Laurentides et l'aspect en est enchanteur.

L'église actuelle qui est en bois et richement décorée à l'intérieur, mesure cent vingt pieds de longueur sur cinquante et un de largeur. Elle fut construite du temps de M. Giguère, et bénite, probablement en 1864. L'évêque de Montréal contribua à sa construction pour la somme de $750.

A cette même époque, le 6 mai 1863, une première cloche de 400 livres fut bénite. Elle sert aujourd'hui, l'hiver, lorsqu'on dit la messe dans la sacristie. M. Giguère érigea également les premières stations du chemin de la croix.

La paroisse de Sainte-Agathe appartient à l'ancienne colonisation. Pendant une dizaine d'années, jusqu'en 1878, le curé de Sainte-Agathe était chargé des colons qu'établissait à l'ouest le curé Labelle. A cette époque un desservant ayant été nommé à Saint-Jovite, Sainte-Agathe fut délivrée du soin de ses missions.

C'était déjà une paroisse florissante. Dès 1866 le nombre annuel des baptêmes montait à la centaine.

M. Giguère quitta Sainte-Agathe le 14 novembre 1867. Il est mort curé de Saint-Etienne de Beauharnois.

Son successeur arriva huit jours plus tard (22 novembre 1869). C'était le Rév. Maxime Leblanc, actuellement curé de Saint- Martin, Ile Jésus.

C'est sous l'administration de M. Leblanc qu'eut lieu l'érection canonique et civile de la paroisse (4 mars et 17 août 1875). Le

décret " Tametsi " établissant l'empêchement dirimant de clandestinité y est donc promulgué et a force de loi.

Le chemin de croix ayant été changé de place, fut bénit de nouveau sous l'administration de ce prêtre. Le Rév. Théophile Thibodeau remplaça M. Leblanc à Sainte-Agathe le 29 septembre 1882. Il y demeura jusqu'au 31 octobre 1882. Ce fut son premier séjour.

Il eut pour successeur le Rév. F. Zotique Allard, actuellement curé au diocèse de Valleyfield ; et au départ de M. Allard, (8 février 1885, il revint prendre possession du poste de Sainte- Agathe, qu'il ne devait plus quitter jusqu'à sa mort.

La mort de M. Thibodeau eut lieu en effet, peu après, et dans les circonstances les plus dramatiques.

Le feu prit au presbytère qui devint la proie des flammes avec les archives de la paroisse et le mobilier. L'infortuné curé reçut dans cette catastrophe d'affreuses brûlures dont il mourut quelques jours après, (16 avril 1888.)

On inhuma son corps dans l'église, sous la balustrade, du côté de l'évang-ile.

C'est sous l'administration de M. Thibodeau que furent bénite deux cloches, l'une de mille vingt-cinq livres et l'autre de sept cents. La dernière fut fêlée en 1891, et remplacée, l'année suivante, par une nouvelle du même poids, que Mgr. Duhamel, en cours de visite pastorale, bénit le 24 juillet 1892.

Le Rév. Ambroise Romuald Hétu succéda à M. Thibodeau, le 2 mai 1888, mais ayant été nommé, un an après, curé de Sainte- Scholastique (29 septembre 1889) il fut remplacé à Saint-Agathe par le Rév. Stan. Albert Moreau, prêtre du diocèse de Montréal.

A cette époque la paroisse de Sainte-Agathe n'appartenait plus au diocèse de Montréal. Par décret de la S. C. de la propagande, elle avait été dévolue (31 janvier 1889) au diocèse d'Ottawa. Le Rév. M. Moreau en fut le premier prêtre nommé par Mgr. Duhamel.

On doit à M. Hétu la construction du nouveau presbytère, qui coûta la somme de $2,600, et qui nous a paru fort beau. Nous

trouvons dans une note de visite pastorale, une parole de reg^ret pour le départ de M. Hétu, qui s'était montré le digne remplaçant de M. Thibodeau, et la mention d'un legs que ce dernier, en mourant avait fait à la paroisse.

M. Moreau érigea, i6 novembre 1890, les stations du chemin de croix de la sacristie, etmtroduisit dans la paroisse (sept. 1894) les excellentes religieuses de la Sagesse qui y dirigent l'école du village et ont fondé un pensionnat florissant. Cet établissement occupe six religieuses.

Sainte-Agathe a pris dans ces dernières années une grande extension. Son territoire, de plus de douze lieues en superficie, est bien peuplé ; de plus, la beauté du site, la fraîcheur du climat, car le village se trouve à une altitude de mille pieds, l'abondance des lacs poissonneux — on en compte vingt- sept — en font une délicieuse place d'été pour les bourgeois de Montréal qui commencent à s'y rendre chaque année en grand nombre.

Le village ne tardera point à éprouver un bénéfice matériel de cette manne d'un nouveau g^enre, pourvu que son conseil municipal sache entreprendre les travaux et les embellissements nécessaires.

Quant à reff"et moral, il est plus problématique. C'était pour l'assurer que le Rév. M. Moreau avait jugé opportun, dans ces dernières années, d'avoir un vicaire.

Voici les noms des jeunes prêtres qui se sont succédés à Sainte-Agathe en cette qualité :

RR. J. Hercule Touchette, du 2 août au ler octobre 1894. J.-B. Bernard Routhier, de juin 1895.

J. H. Levac, du ler juillet au ler novembre 1895. Jos. Arthur Carrière, du 30 mai au 28 septembre 1896.

Le 29 septembre 1896, M. Moreau a été transféré à la cure de Sainte-Anne d'Ottawa. Son successeur à Sainte-Agathe est M. Corbeil, curé de Saint-Faustin.

Il existe dans la paroisse plusieurs sociétés ou confréries dont voici les noms :

Scapulaire du Mont-Carmel.

Très-Saint-Rosaire, érig-é le 9 février 1890.

L'Union de prières et de bonnes œuvres, le 2 septembre 1891.

La société de tempérance.

Plusieurs retraites ou missions ont été données à Sainte- Agathe, comme suit :

Deux, sous l'administration des RR. MM. Allard et Thibodeau, par les PP. Laçasse et Lecomte, de la congrégation des oblats.

Une troisième en 1893, par les PP. Lecomte et Prétot, de la même congrégation.

On compte actuellement sept écoles, fondées successivement en 1864, 1866, 1871, 1873, 1878 et 1891.

L'école du village est dirigée par les filles de la Sagesse, qui ont ouvert également un pensionnat.

La florissante paroisse de Sainte-Agathe des Monts possède 329 familles, toutes canadiennes et catholiques. Une famille anglaise et protestante s'y est établie récemment.

SAINT-FAUSTIN (CANTOX DE WOLFe).

Si nous en croyons le recorder DeMontigny, dans son livre La Colonisation, ce fut en 1872 que le fameux curé Labelle franchit pour la première fois la montagne de la Repousse, non loin de Saint-Faustin, et contempla la belle plaine qui allait devenir le théâtre de ses travaux. Toutefois, le vaillant curé de Saint-Jérôme ne s'arrêta point à Saint-Faustin, il poussa jusqu'à Saint-Jovite, dont il fit le centre de ses opérations.

Tout le monde connaît l'histoire de Mgr. Labelle, l'apôtre du Nord. Cet homme extraordinaire laisse un nom dans l'histoire de la colonisation du pays, car, autant par ses défauts, qui n'étaient qu'extérieurs, que par ses vertus qui étaient nombreuses et solides, il était le type le plus parfait du vrai patriote, obsédé par l'unique pensée de la grandeur et de l'indépendance de sa race.

Il est mort à la tâche mais content parce qu'il avait vu commencer ce chemin de fer pour lequel il a tant plaidé et se dessiner

enfin le grand mouvement de la colonisation du nord auquel il avait donné le branle.

Nous reproduisons textuellement la partie suivante de la note de M. le curé de Saint-Faustin.

*' Saint-Faustin a été la première mission fondée dans le grand mouvement de colonisation créé par le regretté curé Labelle. Jusque-là Sainte-Agathe était la dernière paroisse du nord et aucun colon n'avait osé s'aventurer dans l'immense forêt q"ui couvrait alors toute la vallée de la Rouge et de la Lièvre. La terrible montagne, la Repousse, réputée presque infranchissable, semblait les limites extrêmes de la colonisation dans cette région. Mais quand le curé Labelle eut persuadé aux pauvres ouvriers de nos vieilles paroisses qu'eux aussi pouvaient avoir une terre, une propriété où indépendants de tout maître, ils pourraient élever honorablement leurs enfants et vivre heureux ; quand il eut démontré que ces montagnes pouvaient nourrir des milliers de familles, alors on vit les colons, la hache sur l'épaule, s'enfoncer dans la forêt. Les commencements ont été modestes et parfois bien pénibles. En automne, le père de famille se rendait sur son " lot " pour y abattre les premiers arbres, y bâtir son " chantier," y défricher un morceau de terre. Au printemps il emmenait sa femme et ses enfants. Tous se mettaient à l'oeuvre pour préparer cette terre et lui confier ce qui, à l'avenir, devait leur donner la nourriture et la vie. Que de difficultés à surmonter ! Que d'ennui à supporter ! Cependant, à force de courage et de travail, les colons ont vu chaque année leur position s'améliorer. Le gouvernement leur a ouvert des chemins, l'autorité religieuse leur a envoyé un missionnaire, des écoles se sont construites. Telle est en quelques mots l'histoire de Saint-Faustin.

" Depuis deux ans surtout (1892) jouissant enfin de ce chemin de fer tant promis par le curé Labelle et certainement dû à son influence, Saint-Faustin et touc le nord sont entrés dans une nouvelle phase de progrès. Le commerce s'est développé d'une manière considérable et nos bois si riches sont maintenant exploités sur une grande échelle.

*' Dans la belle saison, une foule de touristes viennent

visiter nos lacs et nos montagnes. Tous se plaisent à vanter les beautés de cette nature orig-inale, de ces points de vue admirables."

Voici maintenant en quels termes Mgr. Duhamel rendait compte de sa première visite pastorale en ces régions dans l'été de

" Depuis un an nous voulions visiter ces nouveaux cantons. Nous sommes arrivé dans le canton de Wolfe où une mission est ouverte depuis quelques mois sous le vocable de saint Faustin, desservie par M. Thibodeau, curé de Sainte-Agathe, qui a la charité de visiter de temps en temps cette mission et celle de Saint-Jovite, du canton de Salaberry, où nous nous sommes rendus le même jour. Nous avons marqué la place de l'église dans ces cantons ainsi que dans celui de Clyde où nous avons passé quelques heures. Une petite chapelle en bois était commencée à Saint-Faustin. Nous avons constaté qu'il était absolument nécessaire d'envoyer un missionnaire pour desservir ces braves colons qui souffrent de n'avoir pas un prêtre au milieu d'eux. Le Rév. A. Labelle, curé de Saint-Jérôme, qui est le promoteur de la colonisation de ces cantons, nous fait espérer que Mgr. de Montréal donnera volontiers un prêtre pour être missionnaire dans cette partie du diocèse. Nous ne saurions faire un trop grand éloge du dévouement qu'a montré le Rév. M. Labelle dans cette belle œuvre de la colonisation à laquelle il consacre ses talents et son indomptable énergie."

Ce prêtre attendu par Mgr. Duhamel fut le Rév. Samuel Ouimet qui fîxa (22 août 1878) le lieu de sa future résidence à Saint-Jovite, d'où il commença à desservir toutes les missions d'alentour, et en particulier Saint-Faustin. Ce ne fut qu'au mois d'octobre 1886, que Saint-Faustin eut son premier curé.

Dans les notes de visite pastorale de monseigneur, il est fait plusieurs fois mention de la mission qui nous occupe.

En septembre 1883, l'évêque d'Ottawa constate qu'une nouvelle chapelle a été construite et que l'ancienne a été tranformée en maison d'école. La cloche était suspendue sur une chèvre, et

le Rév. M. Ouimet venait, tous les quinze jours, dire la messe à Saint-Faustin.

Au mois de juin i886, les g^ens ayant supplié monseigneur de leur donner un prêtre résidant. Sa Grandeur accéda à leur vœu et leur envoya (octobre 1888) un jeune prêtre de Montréal, M. C. Alphonse Brisbois qu'il tut obligé de soutenir, en partie de sa bourse.

M. Brisbois, aidé par les sociétés de colonisation, parvint à élever un presbytère, dont l'étage supérieur était aménagé, temporairement, pour servir de chapelle, jusqu'à ce que la mission fût en état de construire une église. Il y érigea (15 mars 1889) les stations du chemin de la croix.

M. Brisbois, ayant donné sa démission pour cause de santé, fut remplacé (janvier 1890) par un jeune prêtre du diocèse, le Rév. M. Louis Aurèle Corbeil.

M. Corbeil réussit promptement, grâce à la prospérité toujours croissante de la paroisse, à se passer des subsides de monseigneur, puis il jugea le temps venu de songer à la construction d'une église véritable et d'un presbytère définitif. Tous ces travaux furent terminés dans le cours de l'été de 1894, à la satisfaction universelle.

Monseigneur bénit l'église le 27 septembre 1894, comme en fait foi l'acte suivant : " Le 27 septembre 1894, Nous soussigné, archevêque d'Ottawa, avons bénit la nouvelle église paroissiale de Saint-Faustin. La dite église, construite en bois, a 88 pieds de longueur en dedans, 45 pieds de largeur en dehors, 28 pieds de hauteur au-dessus des lambourdes. Le plan a été tracé par le Rév. L. A. Corbeil, curé desservant de la paroisse ; l'entrepreneur a été Magloire Gosselin. La première messe a été chantée par nous ; le sermon a été donné par M. J. P. Bélanger, chanoine et curé de Saint-André Avellin." Ont signé avec Mgr. un grand nombre de prêtres.

Le même jour, Mgr. érigea dans la nouvelle église les stations du chemin de la croix. Cette église qui est fort convenable, a coûté $4,000. Le prix du presbytère s'est élevé à $2,000, tant en travail qu'en argent. L'église possédait un terrain de 200 arpents.

mais une partie, 85 arpents, a été vendue pour subvenir aux dépenses de construction.

Le Rév. M. Corbeil vient d'être transféré (29 septembre 1896) à l'importante paroisse de Sainte-Agathe. Son successeur à Saint-Faustin est M. P. Garon, ancien curé de Saint-Donat.

Plusieurs confréries ou congrégations ont été établies dans la paroisse comme suit :

Scapulaire du Mont-Carmel, 10 août 1889.

Dame de Sainte-Anne, 10 août 1889.

Union de prières, 5 novembre 1891, ^,

Saint-Rosaire, 8 décembre 1891. ^v

Sainte-Famille, 7 mai 1893.

Une seule retraite y a été prêchée, du ler au 5 janvier 1888, par le R. P. Laçasse, O. M, L

Il existe 4 écoles, ouvertes successivement : en septembre 1880, 1889, 1890, 1895.

Aujourd'hui Saint-Faustin est une jolie paroisse qui grandit et prospère rapidement. Sa population s'élevait en 1895 à 175 familles toutes canadiennes.

Saint-Faustin se trouve sur le chemin de fer à 14 milles à l'ouest de Sainte-Agathe et à 8 milles à l'est de Saint-Jovite.

SAINT-JOVITE (canton DE SALABERRY.)

Nous possédons sur la fondation de Saint-Jovite et des missions environnantes quelques documents précieux qui intéresseront le lecteur.

Lorsque les colons apprirent, en 1878, que monseigneur se décidait à leur envoyer un missionnaire, ils se disputèrent l'honneur de le posséder parmi ; les gens de Saint-Jovite et de Saint- Faustin surtout se hâtèrent de lui bâtir chacun une petite demeure. Monseigneur, après mûre délibération, opta pour Saint- Tovite comme étant un lieu plus central d'où le prêtre pourrait rayonner de tous les côtés.

Le Rév. M. Sam. Ouimet fut donc nommé (20 août 1878)

missionnaire de Saint-Jovite et de toutes les missions de la vallée de la rivière Rouge.

Ce prêtre, toutefois, ne s'installa définitivement à Saint-Jovite que i8 mois plus tard (30 janvier 1880). Jusque-là, il se contenta de monter une fois par mois dans le nord pour desservir ces missions, passant le reste du temps à prêcher la colonisation dans le diocèse de Montréal et à solliciter les aumônes des fidèles pour la construction d'une résidence.

Voici en quels termes le curé Labelle exposait à Mg-r. Duhamel l'état des choses à cette époque :

" Sàint-Jérome, 26 septembre 1878.

" Monseigneur, — J'ai placé quatre églises en haut de Clyde. La première à la chute des Iroquois, près d'un magnifique pouvoir d'eau ; les terrains sont pris jusqu'à trois milles de là en remontant ; le gouvernement va donner le nom de Joly à ce canton qui n est pas arpenté mais qui va l'être. J'ai placé la seconde près de la Ferme du Milieu (l'Annonciation) ; la troisième près de la ferme d'en haut (l'Ascension, canton de Lynch, comté de Montcalm) et la quatrième à la tête du grand lac Maskinongé, entre le lac aux Sables et les îles sur la Nation (canton de la Minerve). Je n'ai plus qu'à placer une église dans Ponsonby, Addington et Arundel. Celle d'Amherst est fixée. Je m'occupe des autres qui ne le sont pas encore. On est à arpenter le canton d'Amherst qui se colonise à vue d'oeil.

" M. Ouimet grippe partout. Dans un voyage à Québec, il a eu six ornements. Le surintendant l'a beaucoup secondé.

" J'ai dit la première messe à la chute aux Iroquois lejour de la Nativité. M. Ouimet aimerait à baptiser Clyde du nom de la Conception, et si on continuait ainsi en remontant, nous aurions la Nativité et la Purification.

" La rivière Rouge, sur un parcours de 55 milles à partir du nord de Clyde, a d'excellentes terres de chaque côté. En un mot nous avons dans ces régions des bonnes terres pour au moins trois mille familles."

A cette lettre, monseigneur répondit comme suit :

" EvÊCHÉ d'Ottawa, 31 septembre 1878, " Ritv. A. Labelle, Saint-Jérôme,

" Je vois avec plaisir que votre zèle pour la colonisation aug-mente de plus en plus. Soutenez votre œuvre. Elle est belle et le résultat que vous obtiendrez sera mag^nifique. Placez des églises, appelez la population dans ces régions nouvelles qui peuvent donner l'abondance à des centaines de familles ; arrachez des villes des bras vigoureux qui peuvent travailler, et vous rendrez un service immense au pays.

" Je vous autorise à prendre des lots au nom de la corporation épiscopale dans tous les cantons où vous le jugerez utile. Donnez aussi aux missions les nom de l'Immaculée-Conception, de la Nativité, de la Purification, et plus tard, vous pourrez donner celui de l'Assomption.

tj. Thomas, évêque d'Ottawa."

Le terrain de l'église de Saint-Jovite comprenait 213 arpents, 13 dans le village, donnés en 1878, par MM. Joseph Sarrasin ef François Laçasse, et 200, non loin de là, acquis du gouvernement par la corporation épiscopale.

Sur le terrain du village, M. Ouimet construisit sa résidence. C'était une grande maison en bois, de 40 pieds sur 30, dont tout le haut servait de chapelle temporaire, jusqu'à ce que la construction d'une église définitive permit de l'aménager en véritable presbytère.

A peine installé en permanence à Saint-Jovite, le zélé missionnaire fit sentir aussitôt la douce et salutaire influence de la religion parmi les pauvres colons. Tout prospéra.

Dès le mois de septembre 1883, Mgr. Duhamel cédant, pendant sa visite pastorale, aux pressantes instances de la population, autorisa la mission à construire une église, avec cette condition, toutefois, qu'elle serait en pierre et qu'elle serait la merveille du pays. Cette condition, sans glacer l'ardeur des citoyens, les rendit circonspects, et fut cause qu'ils attendirent un peu avant de commencer.

Enfin, en 1889, le temps favorable parut arrivé.

Avec l'autorisation de monseig-neur le contrat de construction fut donné à MM. Martineau et Fauteux, entrepreneurs, pour la somme de $i 1,000. On eût la prudence de ne bâtir que les murailles et la toiture, réservant à plus tard les travaux de l'intérieur.

Monseigneur bénit, le 13 juillet 1889, la première pierre dé l'édifice, et, le 19 décembre de la même année, Mgr. Labelle, protonotaire apostolique, délégué, fit la bénédiction solennelle du nouveau temple, au milieu d'un grand concours de prêtres et de fidèles. L'église de Sainte-Jovite, comme nous l'avons dit, était loin d'être terminée. Toutefois, à partir de cette époque on y dit la messe, et le Rév. M. Ouimet put diviser et aménager définitivement son presbytère.

L'église de Sainte-Jovite a cent pieds de long, et cinquante de large.

L'année suivante (1890) une vaste et belle sacristie fut construite. Cette même année, le 19 octobre, les stations du chemin de la croix furent érigées dans l'ég-lise à la place du vieux chemin de croix de la chapelle dont l'érection datait du 15 février 1880.

C'est de cette époque également (septembre 1890) que date l'établissement, à Sainte-Jovite, des soeurs de la Sagesse. Sur la demande du curé, monseigneur céda à ces bonnes religieuses un vaste terrain de cinq arpents sur lequel elles ont élevé leur pensionnat. Leur établissement a prospéré et occupe aujourd'hui jusqu'à huit sœurs.

Sous l'habile direction de M. Ouimet, la paroisse a fait de tels progrès que, en 1895, elle s'est sentie de force à faire achever l'église. Ces travaux intérieurs, qui ont coûté de huit à neuf mille piastres, ont été confiés à l'entrepreneur Fauteux et menés à bonne fin en mai 1896. L'église de Saint-Jovite, aujourd'hui complètement terminée, est non seulement la plus belle du Nord, mais elle peut réellement compter parmi les plus vastes et les plus remarquables du pays. Elle a coûté, tous frais payés, une vingtaine de mille piastres.

Pour aider aux constructions, une partie de la terre de la fabrique — cent arpents — a été vendue à M. Frs. Léonard, au prix de $1,200, ce qui a diminué d'autant la dette de la paroisse.

En 1895, un nouveau cimetière fut érigé, à douze arpents du villag-e, dans un bel emplacement de quatre arpents, donné par Mde. Veuve Sixte Coupai.

Une croix magnifique au pied de laquelle on a érigé une petite chapelle qui sert de reposoir pour les processions, a été plantée en

On compte à Saint-Jovite plusieurs sociétés ou confréries :

L'union de prières, 30 décembre 18S6.

La Sainte-Famille, 5 mars 1893.

Le Saint-Rosaire, 7 décembre 1893,

Deux retraites furent prêchées dans la paroisse ; l'une, en mars 1883, par le R. P. Jean Raynel, jésuite ; l'autre, en mars 1893, par le R. P. Gladu, oblat.

Six écoles ont été successivement établies, en 1880-81-84-87- 90. Comme nous l'avons dit, l'école du village est tenue par les filles de la Sagesse, qui possèdent en même temps un pennionnat.

La paroisse de Saint-Jovite est aujourchui la plus prospère de tout le nord. Elle comptait, en 1895, deux cent cinquante familles. Mais, depuis une année, une centaine de nouveaux colons s'y sont rendus. Les protestants sont peu nombreux, une quinzaine de familles en tout.

Il convient de rendre ici un solennel hommage à M. Samuel Ouimet. Ce prêtre zélé est, avec M. Labelle, le fondateur de toutes les missions du nord dont il a été, pendant plusieurs années, l'unique desservant.

Le village de Saint-Jovite est déjà grand et bien bâti. Il compte cent dix familles. Construit à la jonction des routes de Grenville et de Saint-Jérôme, resté pendant quelque temps terminus du chemin de fer, il est devenu le centre commercial du pays environnant, et tout porte à croire qu'il se transformera, sous peu, en une jolie petite ville. Le canton de Salaberry est généralement propre à la culture.

Telles sont les paroisses du comté de Terrebonne. Elles faisaient autrefois partie du comté d'Argenteuil, comme nous avons vu.

Voici le tableau du recensement de 1891.

r ■ Irlandais. Protestants. Total,

français

Page 1