‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 119 sur 178 · AVÈNEMENT DE FRÉDÉRIGGUILLAUME IV · texte numérisé non relu

AVÈNEMENT DE FRÉDÉRIGGUILLAUME IV

Frédéric-^juillaume III laissait à son successeur une situation des plus difficiles. Tous les esprits étaient agités d'un besoin de changement qui ne devait pas tarder à se préciser. Malgré ses fautes^ ses éternelles hésitations qui avaient été si funestes à TÉtat^ malgré le refus constant qu'il avait opposé aux réclamations de l'opinion qui demandait Taccomplissement des pro«> messes de 1815^ la Prusse était attachée à son vieux roi^ qui avait partagé avec elle les misères de la domination française. Le peuple semblait avoir oublié ou ne pas comprendre que les désastres de 1806 lui étaient en grande partie imputables^ et que si ces désastres mémes^ en surexcitant le patriotisme, avaient donné à la Prusse Toccasion d'acquérir une gloire et une puissance nouvelles, cette occasion eût peut-être été manquée si Frédéric-Guillaume n'avait eu des serviteurs plus résolus et plus intelligents que lui-même. Qui peut dire ce que fût devenue la Prusse sans les excitations passionnées du baron de Stein et du Tugendbund^ sans la patriotique désobéissance du général York, sans l'audacieuse initiative des États de la province de Prusse, sans le généreux soulèvement de toute la jeunesse prussienne? Le roi n'avait fait que subir malgré lui l'impulsion qu'il n'avait pu arrêter, et si, plus tard, il s'était associé à l'insurrection nationale, ce n'avait été que quand il n'y avait plus de

danger à le faire, ou plutôt quand il était devenu impossible de s'y refuser. Mais l'esprit monarchique de la foule était incapable de faire ces distinctions imposées à rhistorien^ et il suffisait que ces grands événements se fussent produits sous le règne de Frédéric- Guillaume III pour qu'on lui en attribuât la gloire. Il était donc à peu près certain que^ malgré les manifestations libérales qui avaient éclaté de différents côtés, ce mouvement ne prendrait toute sa puissance que sous le règne de son successeur^ et, il faut le dire^ le caractère et l'esprit de ce successeur n^étaient pas faits pour faciliter la solution des difficultés qui allaient surgir de toutes parts.

Cependant on commença comme toujours par se bercer des illusions les plus rassurantes. Il était si facile en effet de couper court à toutes les querelles I Qu'on laissât à chacun la liberté de faire son salut à sa guise, que le roi instituât enfin cette représentation nationale tant attendue^ et tous les embarras disparaissaient. Quel danger pouvait-on craindre dans un pays entièrement dominé par l'esprit et par les habitudes monarchiques, où nul ne songeait à une autre forme de gouvernement, où, sauf le grand duché de Posen, Tunion des provinces ajoutées à la Prusse par les traités de Vienne devait paraître assurée par une expérience de vingt-cinq années? Les divisions qu'avait pu craindre Frédéric Guillaume III paraissaient maintenant bien peu probables, et en tout cas le meilleur moyen de les supprimer n'était-il pas de leur ôter tout prétexte en donnant à tous les habitants les droits constitutionnels auxquels ils aspiraient?

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