CARACTÈRE DU ROL
germanique était naturellement animée des mêmes sentiments. Mais le grand, le suprême obstacle à la liberté de la Prusse, c'était le caractère personnel du roi. Entiché du gouvernement absolu^ il considérait la Prusse comme une caserne, et ne concevait d'autre discipline que la discipline militaire. Beau diseur, lettré, savant^ philosophe à rebours^ nourri des doctrines politiques et religieuses du moyen âge^ il considérait toute innovation non-seulement comme une atteinte à son pouvoir^ mais comme un attentat contre la logique de Thistoire. Cet antiquaire politique n*avait qu'un rêve, c'était d'organiser l'édifice social de telle sorte que les différentes époques du passé, depuis Arminius jusqu'à Barberousse, s'y trouvassent représentées comme par étages; le progrès pour lui, c'était d'unir et d'amalgamer les temps primitifs, le droit coutumier, la féodalité et la monarchie absolue. Voilà ce que devait être une constitution vraiment germanique. Lui seul devait être capable de construire cette grande œuvre ; il se croyait chargé providentiellement d'apporter au monde cette nouvelle révélation, et se considérait volontiers comme le prophète d'un nouveau Sinaï politique. En somme, discuteur pédant, esprit étroit et sectaire, il n'avait aucune idée de la valeur réelle des choses et des idées; les proportions lui échappaient. Au moment où toute la Prusse inquiète se préoccupait de son avenir politique et de la constitution future, la grande question qui tenait la cour en suspens était de savoir le point précis où les Hébreux avait passé la mer Rouge.
Quant à une représentation nationale, il ne fallait pas
Uâ FRÉDÉRIC-GUILLAUME IV.
compter que le roi raceordftt jamais de son plein gré. Il avait déclaré : « qu'une expérience de vingt-cinq années lui démontrait Tinopportunité de la grande mesure qu'on réclamait si vivement, et que tant que rinopportûnité de cette réforme lui paraîtrait aussi évidente^ aucune puissance au monde ne saurait la lui arracher. » L'établissement d'une constitution sérieuse n'était pas plus probable, car Frédéric-Guillaume IV s'était toujours révolté contre cette idée^ et dans plusieurs discours il avait proclamé qu'il ne voulait pas « qu'un parchemin fût interposé entre son peuple et lui. n
Cependant il sentait la nécessité de faire sortir la Prusse de cet état d'agitation, qui en se prolongeant pouvait amener des complications dangereuses.
Le 3 février 18&7, une patente[royale institua les États généraux et fixa leur première réunion au 11 avril suivant. En même temps un édit de pacification du 30 mars 18i!i7 concéda des droits égaux aux évangélistes, aux calvinistes et aux luthériens, et les au* torisa à fonder des sociétés religieuses nouvelles. Ce second édit fut accepté avec reconnaissance, mais il passa presque inaperçu au milieu des préoccupations que soulevait la prochaine convocation des États gêné* raux. C'était la première fois que les députés de la Prusse, jusqu'alors disséminés dans les huits États pro-> vinciaux, allaient se trouver réunis pour délibérer en commun. C'était quelque chose, mais c'était loin de répondre aux vœux de la nation, car la composition de ces États généraux laissait intacte l'omnipotence royale. Suivant l'expression même du roi, la monarchie prus-
RÉUNION DES ÉTATS GÉNÉRAUX. Uh
sienne restait une monarchie absolu^. Elle n'y ajoutait que le caractère de monarchie consultative. Les princes, comtes et seigneurs devaient y avoir 80 voix ; Tordre équestre 231, les villes 182, et les communes rurales 12A. La curie des seigneurs devait siéger en dehors des États. Tout était bien calculé pour quil n*y eût là que Tapparence d'une représentation nationale. Aussi le désapointement fut-il général. Le député Henri Simon s'écriait : a Nous t'avons demandé du pain, tu nous donnes une pierre. »
Cependant le besoin de réformes était si généralement senti, que l'assemblée, à peine ouverte, constata que la nouvelle constitution ne remplissait pas même les engagements royaux des décrets de 1815, 1820 et 1823. Elle réclama le droit de recevoir et de contrôler les comptes annuels de l'administration de la dette publique; de garantir tous les emprunts; de délibérer sur toutes les lois générales et particulièrement sur les impôts; de n'être suppléée dans Taccomplissement de ses fonctions par aucune autre assemblée, même sortie de son sein ; enfin de se réunir de droit tous les ans. A toutes ces réclamations le roi répondit par des refus^ et il ne fit des concessions que sur des points sans importance. La session fut close le 24 juin, sans avoir rien produit pour l'apaisement des passions et pour la réconciliation de la royauté et de la nation. Loin de là, les libéraux y acquirent une nouvelle preuve qu'il n'y avait à espérer aucune réforme sérieuse de la part du roi, aucune intelligence des nécessités publiques, tandis que le roi en conclut qu'il était impossible de satisfaire des impatients que les concessions royales ne faisaient
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qu'exalter. C'est ainsi que chacun y trouvait des raisons de s'affermir dans sa voie, et cette conviction une fois entrée dans les esprits^ il ne fallait plus qu'une occasion pour aboutir à une scission violente. Cette occasion ne tarda pas à se présenter. Ce fut la révolution de février.