INSURRECTION EN POLOGNE
programmes des Amis des lumières et dans les prédications de Ronge. Cela ne contribua pas peu à inquiéter le gouvernement^ qui affecta, comme on fit plus tard en France, de voir des partageux là où il n'y avait que des hommes émus des souffrances de leurs semblables, et qui ne comprit pas que cette première forme du socialisme devait bientôt et nécessairement faire place, après quelque réflexion, à des solutions plus précises et moins chimériques.
En 1846 les Polonais se révoltèrent. Frédéric-Guillaume IV avait plus d'une fois protesté de son respect pour la nationalité polonaise, soutenu en cela parTopinion publique, qui demandait qu'on accordât satisfaction aux réclamations de ce malheureux peuple. Il lui avait rendu Tusage public de la langue polonaise; des cours de langue polonaise avaient été établis, et Ton s'était appliqué à ménager les susceptibilités religieuses du duché de Posen. A plusieurs reprises le roi avait déclaré que sa ferme intention était de faire un certain nombre de réformes, qui devaient assurer le bonheur de ses sujets polonais. Mais il y mit tant de lenteur que ceux-ci finirent par se lasser d'attendre. Au milieu de février, l'insurrection éclata presque simultanément en Posnanie et en Galicie. Mais tandis que les haines très-exaltées dans ce dernier pays amenaient les Autrichiens à l'emploi des moyens de répression les plus violents et les plus odieux, le mouvement du grand duché de Posen céda presque sans résistance aux premiers efforts de la Prusse, n'étant pas soutenu par des haines nationales comme celles que la Russie et l'Autriche semblaient se faire un jeu d'entretenir dans
SâS FRÉDÉRIC-GUILLAUME IV.
les provinces conquises. Le gouvernement prussien, qui recueillait ainsi les fruits de sa politique relativement modérée^ eut le bon esprit d'y rester fidèle après sa victoire. Au lieu des massacres et des vexations de toutes sortes que TAutriche exerça contre les vaincus^ le roi ordonna que les prisonniers polonais fussent traduits devant la juridiction ordinaire. Leur procès donna même lieu à la première application des réformes judiciaires que Ton venait d'introduire à Berlin ; pour la première fois^ les débats furent publics. Sur les 25U accusés^ 13/^ furent déclarés innocents; 8^ parmi lesquels était Louis Mieroslawski^ furent condamnés à mort; les autres à diverses peines. Mais ce jugement» prononcé le 2 décembre 18^7 ne reçut pas son exécution. Les condamnés à mort furent simplement retenus en prison^ d*où ils furent tirés plus tard par la révolu* tiondel8&8.
Toutes ces réclamations, tous ces soulèvements, ennuyaient et inquiétaient le roi, mais sans le faire changer d'opinion. Il aurait dit volontiers, comme avait dit en mauvais latin l'empereur d'Autriche François II à une des diètes de Hongrie : « Totus mundus stulticitat et vult habere novas constitutiones. » Il restait bien décidé à combattre partout cette manie de constitution. Il était soutenu dans cette pensée par le gouvernement autrichien et par l'influence personnelle du prince deMetternich,qui passait encore pour un grand politique, La diète