ANNEXIONS
Saxe, à la ville de Francfort (1), le produit des caisses publiques enlevées pendant la guerre, les réquisitions en nature de toutes sortes et la nourriture que les pays envahis durent fournir aux soldats prussiens d'après un menu fort soigneusement détaillé, on peut sans trop de chances d'erreur évaluer à 300 millions environ ce que TAllemagne a dû payer à la Prusse. Aussi le colonel A. fiorbstsedt a-t-il pu dire : « Voilà ce que Tarmée prussienne a gagné pour TÉtat, par sa bravoure, en moins de six semaines ; ce qui prouve, ajoute-t-il, avec une joie toute prussienne, qu'une bonne armée n'est pas toujours improductive, comme le prétendent les professeurs d'économie politique. »
Les États incorporés à la Prusse furent le Hanovre, la Hesse électorale, le duché de Nassau, la ville libre de Francfort sur le Mein et le Schleswig-Holstein, ce qui ajoute à la Prusse un accroissement de territoire de 1300 milles carrés, avec une population de ir; millions et demi d'habitants. Ces annexions donnent h la Prusse un accroissement égal au quart de ses
(1) On n'a pas oublié^ et l'on n'oubliera pas le traitement infligé h cette ville par M. de Bismark. Indépendamment de réquisitions en nature qui demeureront célèbres dans l'histoire, elle dut d'abord acquitter une contribution de guerre de 22 500 000 francs. Quelques jours après on lui en imposa une autre de 93 750 000 francs, on tout, 116 250 000 francs. Un des administrateurs de la ville se pendit de désespoir, et les habitants refusèrent de payer. Le gou- \ ornement prussien, qui ne songeait d'abord à rien moins qu'à les réduire par la famine, finit par être intimidé par le soulèvement de l'opinion publique de l'Europe contre une pareille sauvagerie. II renonça à lever la seconde contribution. Maintenant la ville de Francfort, annexée à la Prusse, réclame la restitution des 22 250 000 francs qui lui ont été extorqués par les armes de hes concitoyens.
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anciennes possessions, et une surface totale de 6/iOO milles carrés, contenant 23 800 000 habitants.
La Prusse, désormais unie et compacte, s'étend donc depuis le Kœnigsau, la mer Baltique et la mer du Nord jusqu'au Mein et à la Vistule supérieure^ et elle n'a plus besoin, comme auparavant, pour faire communiquer ses diverses parties^ de routes d'étapes traversant des pays étrangers. L'extension qu'elle a prise le long des côtes de la mer du Nord a pour elle une grande importance; le port militaire du golfe de Jahde n'est plus un point avancé isolé, et la possession du Scbleswig-Bolstein lui permet enfin de fonder cette marine qu'elle ambitionne depuis si longtemps. Elle n'a plus désormais rien à redouter de la rivalité de TAutricbe et du particularisme des petits Ëtats^ qui gênait ses mouvements et entravait son ambition. Désormais^ elle a entre ses mains la direction diplomatique et militaire de toute TAIlemagne du N^d, et il est bien probable, si l'on en juge par les tendances qui se manifestent dans les autres États, qu'avant qu'il soit longtemps, l'Allemagne tout entière tombera sous son pouvoir.
Telle est, je crois, la seule unité qu'on puisse désormais prévoir pour la race germanique. Ce n'est pas celle qu'avaient rêvée les chefs du parti unitaire, lis avaient cru que l'unité pourrait se faire par la seule puissance du principe des nationalités^ et sans doute plus d'une réclamation à ce sujet se produira dans le futur parlement allemand. Mais l'unité faite par des hommes tels que le roi Guillaume et M. de Bismark ne peut être qu'une unité prussienne. Au lieu de se fondre dans l'Allemagne, comme le Piémont dans