‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 168 sur 178 · DISPOSITIONS DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS DE L'ALLEMAGNE

ritalie, la Prusse absorbe rAllemagne, au nom du droit de la conquête. Les annexions accomplies ne laissent aucun doute sur la nature du patriotisme allemand du gouvernement de la Prusse. Il a oMBervé toutes les traditions des siècles passés, le mépris des droits des peuples et la superstition de la force» Il reprend à son profit la tradition nupoléoniefiine, qu'il a tant de fois accusée, sans comprendre que par là il ravale la Prusse au-dessous du niveau de la civilisation moderne. Heureusement pour l'honneur de l'Allemagne^ il s'y trouve encore quelques hommes pour protester contre rabaissement de la conscience politique et contre le mépris du droit, que démontrent de pareils procédés. Mais ils sont en bien petit nombre, et il faut le dire, la passion de runité, le besoin de se relever des humiliations passées, le prestige du succès, Tespoir de jouer un grand rôle dans les affaires de l'Europe, suffisent à la plupart pour leur faire oublier les considérations d'honneur et de liberté. L'attitude de presque toute l'Allemagne montre assez que M. de Bismark n'a pas eu tort de compter sur la passion po* pulaire pour soutenir son système politique. Si dans les pays annexés les hommes éclairés réclament contre cette incorporation violente, si dans les autres États la prévision du sort qui les attend soulève d'avance les protestations des patriotes sérieux, il ne faut pas que le bruit de ces voix isolées nous fasse illusion sur les tendances véritables des populations. On peut dire sans exagération que presque partout les classes populaires acceptent avec joie ou appellent la domination prussienne. L'ivresse de la gloire militaire, la joie de faire

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partie d'une grande nation, exaltent les imagination**. Fatigués de leurs petits gouvernements tracassiers et impuissants, depuis longtemps travaillés de la passion de runité, séduits par le mirage de leur puissance future, les peuples de l'Allemagne du Sud comme ceux de TAUemagne du Nord aspirent à pouvoir parler haut, et malheureusement, dans ce débordement des passions unitaires, il faut compter pour beaucoup la haine de la France, ou du moins la jalousie contre sa puissance. C'est là un des caractères essentiels du patriotisme allemand, tel que Ta fait la politique désastreuse de Louis XIV et de Napoléon I".

Est-ce à dire que la guerre doive nécessairement éclater entre la France et la Prusse? Il serait téméraire de rien affirmer à cet égard. Cependant je crois qu'il est encore facile de Téviter, si Ton veut s'en donner la peine. L'Allemagne et la France n'ont aucun intérêt à s'entre-déchirer et à semer pour l'avenir des germes de haines irréconciliables. J'aime mieux espérer que les rancunes de la Prusse s'atténueront par cela seul que sa situation la met désormais à l'abri des humiliations ; j'espère surtout que l'orgueil national, maintetenant satisfait, laissera leur juste place aux préoccupations de liberté intérieure. Le moyen le plus sur de les faire naître dans l'esprit des Prussiens, ce serait de leur en donner l'exemple. Par là pourrait être assuini^e la paix, bien mieux que par des armées de 1 200 000 hommes. Mais si la liberté assure le repos des nations^ elle trouble celui des souverains, et ce moyen de pacification semble être assez peu en faveur sur les deux rives du Rhin. 11 nous faut donc attendre les événe-

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