II INTRODUCTION
A considérer les choses de plus près, il n'y avait pas a douter que la longue rivalité de la Prusse et de TAutriche ne courût à une catastrophe inévitable et prochaine. S'il est des hommes d'État qui, connaissant TAllemagne, n'aient pas prévu cette crise et ses conséquences, il me paraît difficile de ne pas les plaindre d'un pareil aveuglement.
On peut considérer l'unité comme faite désormais en Allemagne. Je n'y trouverais rien à redire pour mon compte, puisque l'Allemagne était depuis longtemps lasse et humiliée du morcellement qui la condamnait à rimpuissance, si toutefois cette unité ne s'était pas faite bien plutôt au profit de la Prusse quederAUemagne, et au bénéfice du despotisme et de la force brutale, plutôt qu'à celui de la liberté et de la dignité humaine, si enfin elle ne s'était pas faite en grande partie contre la France. Seulement, il faut bien le dire, si nous pouvons plaindre l'Allemagne de s'être laissé tromper et asservir par M. de Bismark, si nous devons gémir de voir la civilisation et la liberté recevoir un nouvel échec, nous ne pouvons accuser que nous-mêmes des rancunes persistantes de la Prusse contre nous. Après l'avoir foulée aux pieds de 1806 à 1812, nous avons semblé prendre à tâche de l'inquiéter dans la possession d'une partie de son territoire, et il y a encore aujourd'hui en France tout un parti, qui a ses orateurs et ses journaux, et dont le libéralisme consiste à réclamer sans relâche la frontière du Rhin. Qui sème lé vent récolte la tempête.
Cependant ces messieurs semblent atténuer l'éclat de leur refrain patriotique, depuis que la Prusse a fait
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voir qu^il ne serait peut-être pas si facile quils Tespéraient de lui arracher les morceaux de la bouche. Espérons que leur silence endormira les défiances réciproques, et que, en cessant d'être provoquée^ la Prusse cessera d'être provoquante. Espérons surtout que la liberté ne tardera pas, sur l'une et l'autre rive du Rhin, à ramener les esprits à des préoccupations autrement fécondes et glorieuses que celle de se couper réciproquement la gorge, pour la plus grande gloire de M. de Bismark ou du principe des frontières naturelles.
J'aurais voulu pouvcûjT m'étendre sur le détail des institutions djflAi Prussi»; mais l'espace ne me Ta pas permis. Je m^/Ê(h que renvoyer, pour ces questions, au livre très-complet de M. Hillebrand sur la Prusse contemporaine (1).
Je n'ai pas voulu surcharger ce volume de notes en mettant au bas de chaque page l'indication des sources auxqaelte j'ai largement puisé. J'aime mieu3( les indiquer ici toutes à la fois :
Histoires de la Révolution française^ de Louis Blanc, Michelet et Thiers. — Histoire du Consulat et de l'Empire^ de M. Thiers. — Histoire diplomatique, de M. Armand Lefèvre. — Histoire de la Restauration^ de M. de Vielcastel. — Histoire des deux Restaurations^ par M. Vaulabelle. — Histoire des États contemporains depuis le congrès de Vienne^ par le vicomte de Beaumont-Vassy. — Chronologie universelle^ de M. Dreyss. — Annuaire de la Revue
(i) Paris. Germer BaiUière, 1867.