EL'G. VÉRON
2 FRÉDÉRIG-GUILLAUME II.
belles royalistes. — Lally Tolendal. — Burkc. — Ardeur du roi de Prusse contre la Révolution. — Hésitations de Léopold II. — Entrevue et convention de Pilnitz, 24 août 1791. — Arrivée imprévue du comte d'Artois. — Alliance entre la Prusse et l'Autriche, 7 février 1792. — Mort de Léopold. — Avènement de François P^. — Louis XVI déclare la guerre à l'Aulriche^ alliée à la Prusse. — Situation et ressources des deux partis. — Intrigues de Louis XVI. — Campagne de 1792. — Manifeste de Brunswick. — Irritation générale. — Ardeur et constance de la France. — Politique de la France à l'égard de la Prusse et de l'Autriclie. — Canonnade de Valmy^ 20 septembre 1792. — Campagne de 1793. — Déraifision du duc de BrunswiA. — Campagne de 1794. — Le roi de Prusse se détache de la coalition. — Traité de BiUe, 5 avril 1795. — Conséquences de ce traité.
IV. — Affaires de Pologne. — Confédération de Targowitz. — Invasion de la Pologne par les Russes. — Dicte de Grodno. — Deuxième démeinbrement de la Pologne, 1793. — Soulèvement de la Pologne sous Kosciusko. -^ Massacres de Praga. — Troisième partage de la Pologne^ 1795. — Administration des provinces polonaises. — Adjonction à la Prusse des États du margrave de Anspach-Bayrcuth,
V. — Progrès de l'illuminismc à la cour de Prusse. — Daniel Hermès. — SigismondOswald. — Tribunal supérieur d'inquisition. — Tentative malheureuse des piétistes contre l'université de Halle. — Ordonnance du 5 mars 1792 contre les critiques irrévérencieuses de la loi. — Mécontentement. — Mauvais état des finances. — Réforme judiciaire. — Réforme de la procédure publique. — Agrandissement du territoire prussien. — Jugements sur Frédéric-Guillaume II. -* Sa mort.
Prédéric II avait élevé la Prusse à un dogré de puissance et de grandeur qui la constituait désormais en état de rivalité permanente avec l'Autriche* Ses États, lorsqu'il monta sur le trône, s'étendaient sur une superficie de 2186 milles carrés géographiques (de 15 au degré), avec une population de 2 2/iOOOO habitants. Par le traité de Berlin, du 28 juillet 17i2, il y avait
ÉTAT DE LA î>RtISSË EN 1786. 3
ajouté la basse et la haute Silésie, le comté de Glatz et le territoire de Katscher, près de Ratibor, constituant ensemble une étendue de 672 milles carrés; en 1764, il s'était emparé de la Frise orientale, comprenant 55 milles carrés; le premier partage de la Pologne, du 5 août 1772, avait accru le territoire de la Prusse de 532 milles; le 31 mars 1780, une partie du comté de Mansfeld, tombé en déshérence, avait fart retour à la couronne. En somme, l'accroissement territorial delà Prusse avait été, sous ce règne, de 1266 milles carrés; l'étendue totale du royaume était, à la mort de Frédéric n, de 3452 milles carrés, et sa population de 5 430 000 âmes; c*est-à dire que la puissance de la Prusse était plus que doublée, sans parler ni de • l'avantage d'avoir des frontières mieux délimitées et plus faciles à protéger, ni du prestige militaire que laissait à son armée le souvenir de ses brillantes victoires. Les revenus de l'État s'étaient élevés à 32 millions de thalers (119 millions de francs).
La réserve du trésor représentait une somme considérable, et sauf deux provinces qui avaient fait quelques emprunts, la Prusse n'avait à supporter la charge d'aucune dette publique.
Voilà ce que Frédéric II léguait à ses successeurs, et c'était assez pour que la Prusse dût se croire appelée h jouer un grand rôle dans le monde. Mais il leur léguait de plus son exemple, le souvenir et la tentation de ses conquêtes, et sa devise : En avant !
Jusqu'à lui, la Prusse avait fait la guerre en quelque sorte au hasard, sans but déterminé, sans système, sous l'impulsion des circonstances et sans songer à
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autre chose qu'à satisfaire ces sentiments plus ou moins barbares de cupidité, d'ambition ou d'orgueil qui, de tout temps, ont poussé les princes et les peuples à prendre les armes, tantôt pour piller les provinces conquises, tantôt pour accroître leur pouvoir, ou plus souvent encore pour faire montre de leur puissance et pour se donner le plaisir de prouver à leurs voisins la supériorité de leur force.
Depuis Frédéric II, la guerre, la conquête est devenue presque une nécessité pour la Prusse, la pensée dominante et dirigeante de sa politique. Par cela seul qu'elle était devenue la rivale de TAutriche en Allemagne, il ne pouvait plus y avoir entre les deux puissances que • des trêves plus ou moins prolongées, et il était facile de prévoir qu'il faudrait iM ou tard que Tune des deux rivales cédât la place à Tautre. C'est réternelle histoire de Sparte et d'Athènes, de Carthage et de Rome, transportée dans les temps modernes. Quelles que fussent les sympathies des princes, quelque intérêt que les deux peuples pussent avoir à rester fermement unis pour faire face aux dangers venant de rorient ou de Toccident, là lutte leur était en quelque sorte imposée par la fatalité même de leur situation. Compter sur une paix solide et durable, tant que chacune demeurerait en état de faire courir à l'autre un danger sérieux, était dès lors une naïveté. Il était impossible de s'arrêter à moitié chemin. Frédéric avait mis les choses au point que la Prusse devait nécessairement, dans un temps plus ou moins long, ou disparaître de TAUe- ^ magne ou en chasser TAutriche. Tel était le testament politique que devait exécuter ses successeurs; la domi-