‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 65 sur 178 · ANÉANTISSEMENT DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

ANÉANTISSEMENT DE LA PRUSSE

il n^eut pasà prendre congé d'elles, puisqu'elles s'étaient séparées de la Prusse dès l'arrivée des Français ; mais il renvoya dans leur pairie les soldats et les sous-officiers polonais qui étaient incorporés dans Tarmée prussienne, et il invita les officiers supérieurs à donner leur démission.

Ainsi se termina pour un temps la lutte entre la Prusse et la France. Elle offre un exemple unique dans l'histoire, si Ton songe à Tancienne renommée des vaincus, à leur courte résistance et aux étonnants succès des vainqueurs. Sans l'arrivée des Russes, sept semaines auraient suffi pour décider du sort d'un royaume dont la fondation avait coûté sept années d'une guerre acharnée. La coopération des Russes prolongea de sept mois cette agonie ; mais après la bataille de Friedland, il ne resta de la Prusse qu'une étroite langue de terre au nord et quelques lieues carrées à l'ouest. Encore, ce qui lui fut rendu à la paix dul-il être accueilli comme un pur don du vainqueur, qui n'avait plus d'armée à craindre ni de ménagements à garder.

De pareilles leçons ne doivent pas être perdues pour les peuples. Elles doivent au moins leur apprendre la modération dans le succès. La Prusse, après avoir, sous Frédéric II, exercé une influence prépondérante dans l'Allemagne et dans presque toute l'Europe, se trouvait alors réduite à la condition d'une puissance de troisième ordre, et peu s'en était fallu qu'elle ne disparût complètement. A quoi attribuer cette chute aussi rapide que profonde? En grande partie au hasard qui lui avait donné pour roi un homme incapable de compren-

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dre le rôle que lui imposaient les circonstances. LV mour de la paix est, il est vrai, la première des vertus qu'on puisse souhaiter dans un souverain, car la paix est la plus essentielle condition de la liberté et de la prospérité des nations. Mais il ne faut pas confondre Tamour de la paix avec Tinertie. Frédéric-Guillaume aurait pu conserver la paix, mais à la condition de faire bien comprendre à toutes les puissances qu'il saurait agir si on Ty forçait. Napoléon lui-môme y aurait regardé à deux fois, s*il eût été bien certain qu'à la première offense la Prusse était préparée à ajouter deux cent mille hommes aux armées coalisées de TAutriche, de l'Angleterre et de la Russie. Frédéric-Guillaume, en laissant trop manifestement éclater la peur qu'il avait de la guerre, la rendait inévitable. Du moment qu'il parût qu'on pouvait l'outrager impunément, il était certain qu'on ne lui ménagerait pas les outrages et qu'il finirait par être forcé de tirer l'épée.

Mais qu'au lieu de Frédéric-Guillaume on suppose un homme intelligent et résolu, qui eût su imposer à ses amis et à ses ennemis, en inspirant aux uns le respect de sa volonté, aux autres, la crainte de ses armes, le sort de l'Europe pouvait être changé. Si seulement il s'était trouvé parmi les généraux placés à la tôle de ses armées un homme qui eût eu le génie militaire ; si môme au lieu de se précipiter en aveugle dans une lutte à laquelle il n'était pas préparé, les manœuvres des armées prussiennes avaient été combinées avec celles des armées russes, non-seulement les désastres diéna et d'Auerstaedt pouvaient être évités, mais en songeant combien furent disputées les victoires de Pulstuck,

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