‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 69 sur 178 · LE BARON DE STEIN · texte numérisé non relu

LE BARON DE STEIN

son hostilité déclarée contre la France ne doit pas nous empêcher de rendre justice.

Les écrivains français se sont, en général, montrés très-sévères à son égard. Par un patriotisme mal entendu, ils n'ont eu que des paroles de blâme pour cet homme qui peut être considéré comme la personnification la plus complète du patriotisme allemand. Pour moi, je ne puis que souhaiter que, si jamais la France doit être soumise aux épreuves qui ont été imposées à la Prusse, elle trouve parmi ses enfants beaucoup d'hommes aussi dévoués à son salut et à sa grandeur.

Nous avons vu avec quelle folle présomption le roi de Prusse avait engagé les hostilités, sans même al* tendre Tarmée russe qui marchait pour le soutenir. Une fois vaincu, réfugié à Graudenz, sur Texlrême frontière de ses États, il ne songea plus qu'à obtenir la paix, sans s'inquiéter de savoir si ce ne serait pas trahir ses alliés, qui allaient par là se trouver seuls exposés aux coups de l'ennemi. L'empereur rejeta avec dédain les propositions qu'il lui fit porter par MM. de Zaslrow et Lucchesini. Le baron de Stein, voyant bien qu^il serait impossible de ramener le vainqueur à des dispositions plus conciliantes, fit comprendre au roi qu'en faisant la paix en ce moment il s'aliénerait ses deux seuls alliés, l'Angleterre et la Russie ; que livrer Dantzick, Varsovie et Breslau, comme l'exigeait Napoléon, ce serait lui permettre d'arriver jusque sur les frontières de la Russie, avant que le czar ait eu le temps de réunir ses troupes ; que cet acte serait considéré à la fois comme une lâcheté et comme une perfidie, et que la Prusse, privée par là du secours de ses alliés, se

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trouverait complètement livrée h la discrétion de son emiemi. Le plus sûr et le plus honorable était donc de continuer la guerre jusqu'à Tarrivée des Russes, dont rintervention pouvait changer la face des affaires. Le roi se rendit à son avis, et quelques jours après lui oflFrit la place du comte d*Haugwitz. Le baron de Stein refusa. II voulait avant tout que le roi se décidât à accomplir les réformes qu'il lui avait demandées par son mémoire du 10 mai 1806, et qu il considérait comme seules capables de sauver la Prusse. Le roi eut beau insister ; il eut beau lui faire écrire qu'il voyait en lui et celui que la Providence avait réservé pour le salut de la monarchie prussienne », l'inflexible ministre déclara qu'il n'entrerait aux affaires étrangères qu'après la suppression du cabinet intime, dont l'influence avait fait tout le mal. Puis il envoya au roi un nouveau mémoire, un nouveau plan de réforme, concerté avec le général Rûchel et le baron de Hardenberg. Le roi, cédant en partie, consentit à instituer un ministère composé de trois membres qui devaient délibérer en commun et agir directement avec le roi; il donna le ministère de la guerre au général Ruchel, celui de l'intérieur à Stein, celui des affaires étrangères au général de Zastrow. Stein refusa encore, parce que le cabinet intime n'était pas supprimé, parce que Beyme et Lombard étaient toujours là, et que le comte d'Haugwitz, retiré en apparence, conservait secrètement son influence. Il exigea la suppression du cabinet, Téloignement absolu de toutes les créatures d'Haugwitz et le retour de Hardenberg dont il jugeait le concours indispensable. « Si Je ro)^ écrivait-il, persiste dans ses défiances à l'égard

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