MINISTÈRE DU BARON DE STEIN
seilla à Frédéric-Guillaume de prendre à sa place le baron de Stein: « Vous exigez absolument que je me sépare de M. de Hardenberg, lui fit dire le roi de Prusse; il faudra donc que je m'adresse pour le remplacer au comte de Schulembourg-Kehnert ou au baron de Stein. » « Prenez le baron de Stein, répondit simplement Tempereur, c'est un homme d'esprit. »
Voilà tout ce que Napoléon savait du baron de Stein à la fin de 1807, et M. de Laforest, l'ambassadeur français à Berlin, ignorait ce que savait toute la Prusse, que de tous les ennemis de la France il n'y en avait pas un qui pût être aussi dangereux que ce nouveau ministre, parce que le patriotisme chez lui était une véritable passion, et, ce qui est plus rare, parce que cette passion était éclairée et intelligente, parce que enfin lui seul voyait la source du mal où elle était réellement, et qu'il était décidé à tout faire et à tout sacrifier, son pouvoir, sa vie même s'il le fallait, pour relever sa patrie en intéressant le peuple tout entier à cette résurrection. C'est lui qui devait donner en Allemagne le signal de cette guerre nouvelle et terrible dont Napoléon n'avait pas encore fait l'expérience, non plus la guerre des gouvernements et des rois, non plus la guerre des armées, mais la guerre des peuples soulevés au nom de l'indépendance et de l'honneur contre la tyrannie et l'insolence des étrangers.
Frédéric-Guillaume, oubliant ses rancunes, prit donc le ministre que lui désignaient à la fois la confiance du peuple et le choix de ses ennemis. Lorsque Stein arriva à Memel, le 30 septembre 1807, auprès du roi, il le trouva profondément découragé. Celui-ci, au lieu
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de s'en prendre à ses propres fautes^ accusait la destinée^ toutes ses entreprises^ pensait-il, étaient condamnées d'avance^ et pour désarmer la fatalité dont il se croyait poursuivi, il était résolu à abdiquer. M. Saint- René Taillandier a fait de cette période de la vie du baron de Stein un tableau dont les détails sont empruntés à son biographe, et que je ne puis mieux faire que de reproduire ici :
a Stein prit immédiatement les affaires. Il avait été investi d'une autorité sans exemple ; il était le chef du cabinet; il recevait les rapports de tous les ministres, conférait avec eux, leur donnait ses ordres, et quatre fois par semaine présentait les décrets et règlements à la signature du roi. A lui seul il remplaçait ce conseil du cabinet qu'il avait si violemment attaqué, mais son action était régulière et publique. Aidé des autres ministres, soutenu et éclairé par des fonctionnaires qui recevaient eux-mêmes la lumière des différents degrés de la hiérarchie, il représentait et gouvernait la Prusse.
a Ce système représentatif était bien celui qu'avait toujours rêvé le baron de Stein ; il ne restait plus qu'à en élargir la base. Quand il était simple gouverneur de province, il avait opéré maintes réformes où brillait l'esprit de 89 ; il va maintenant appliquer les mômes principes à la réorganisation de la monarchie tout entière. Le baron de Stein n'a qu'une pensée. Bien que Tarmée française occupe encore la plus grande partie (lu royaume, bien que la Prusse soit vaincue, son armée en déroute, ses finances dispersées, il veut relever sa patrie, et la ramener au champ de bataille. Il fera alliance avec l'Angleterre, avec la Russie, il armera