‹ Histoire de la Prusse depuis la mort de Frédéric II jusqu'à la bataille de SadowaChapitre 72 sur 178 · RÉFORMES INTÉRIEURES · texte numérisé non relu

RÉFORMES INTÉRIEURES

l'Europe; mais d*abord il faut remettre la Prusse sur ses pieds.

» Trois grandes réformes furent opérées sans délai : la réforme des lois territoriales, la réforme des municipalités et la réforme militaire. Les nobles seuls jus* qu'alors pouvaient posséder des biens-fonds; une loi du 9 octobre 1807 détruisit ce privilège ; le vasselage de la glèbe fut aboli ; bourgeois et paysans, tous les citoyens furent autorisés à acquérir, à posséder, à faire valoir la terre ; les nobles à leur tour, la loi le disait hautement, ne dérogeaient plus en s'occupant d'industrie et de commerce ; il n'y avait plus de distinctions arbitraires et odieuses, plus de prérogatives, plus de castes ; les bases de l'égalité civile étaient fondées. Il ne suffisait pas que la terre fût accessible au travail de tous; attachés au pays par la propriété, les citoyens devaient y être plus intimement unis encore par le droit de participer à Tadministration de leurs communes. Les municipalités furent déclarées électives. Tous les habitants soumis à certaines conditions de cens, mais sans aucune distinction de naissance ou de culte, choisirent eux-mêmes leurs magistrats. L'armée enfin fut régénérée aussi par les véritables principes démocratiques ; les grades d'officiers, réservés jusqu'alors aux hommes de race noble, devinrent, comme la terre et les magistratures municipales, la récompense du mérite personnel, le prix du courage et des services rendus. En introduisant ces innovations fécondeSj le baron de Stein ne pouvait toutefois se décider à sacrifier complètement la noblesse ; il voulait qu'elle demeurât un corps à part, sans privilèges, il est vrai, mais investie toujours

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de cette autorité que donnent la fortune et les lumières ; il voulait, dis-je, en faire un corps à part^ une classe d'élite, où TÉtat pût recruter des serviteurs dévoués, habiles, et qui fût capable de donner de grands exemples aux classes inférieures. Il rêvait une aristocratie conforme à tout ce que renferme un tel titre, une légion de vertu et d'honneur, régie par une sévère discipline et excluant de son sein tout membre qui souillerait la communauté. Ce n'était là chez lui que des projets destinés à compléter un jour son système ; Tessenliel du moins était fait; les fondements étaient assis, et les Prussiens, divisés jusque-là et comme parqués dans des catégories odieuses, commençaient à vivre de la vie d'une nation. En même temps d'importantes opérations financières réparaient peu à peu les désastres de ces funestes années. Le général Scharnhorst, ministre de la guerre, s'associait énergiquement à l'œuvre du baron de Stein. Ce n'était pas assez d'avoir régénéré l'armée, il fallait l'augmenter sans bruit et préparer des ressources pour l'avenir, sans violer ouvertement le traité deTilsitt, qui limitait à U2 000 hommes les forces militaires de la Prusse. Un règlement secret du 31 juillet 1808 organisa sur toute la surface du territoire une sorte d'armée mystérieuse, recrutée, instruite, exercée régulièrement dans chaque village, et prête à se lever au premier signal. Le général Scharnhorst était devenu l'ami dévoué de M. de Stein ; il disait un jour au général d'Hoffmann ; « Je ne connais que deux hommes > qu'aucune puissance humaine ne fasse trembler, c'est » Stein et Blûcher, » Il s'était donné sans réserve à ce ministre intrépide, qui animait tout autour de lui et

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