‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 2)Chapitre 14 sur 28 · Un II ailé de Hominum naturalibus · texte numérisé non relu

Un II ailé de Hominum naturalibus

' Dion. XLV, 1. % C était, de luus les hommes de son temps, celui qui conniissiit le mieux, tû>v te toO nôXou S'.axô(rpr,a'.v xat Ta; xùv àorépctfv Siaçopoi;, o^axt xaO'iauToù; yiy'ma^bi xai ô<ra ervpLuiYvuvTe; àXXrjXot;, ï\-n TXtc ô|&iXtatc *9X iv xai; d(a<TTat(re'riv.

3 Cic, Tim , I. Acer investigator et diligens earum rerum que a natura inrolata videntur. Macrob., Il, M. Ma&iiiius rerum natuialium indagator.

* Apul , de Alag , ii. Suetun. Aug , 9i. Dion, XLV, 1.

^ Dion, XLV, 1. (d; Tiva; aTco^^rjou; ôiaxpt^à; 7co(ou|JLevoc- Cicéron, dans sa réponse à Sailuste, repro- he à celui-ci que : t Abiit in sodalitium sacrilegii Nigi* diani ». Lies deux déclamations de Salluste comme la réponse sont reconnues apocryphes.

n est bien difficile de voir en ce personnage le restaurateur d'une doctrine aussi profonde, d'une métaphysique aussi subtile et abstraite que la philosophie des nombres. En tout cas, toute son œuvre est, sous ce rapport, perdue pour nous ; il ne reste rien de lui qui nous dise quelle part réelle il a pu prendre au réveil de la philosophie pythagoricienne^ ni quelle contribution il a pu apporter à la psychologie ^

n n'en est pas tout à fait de même du traité dogmatique

I Je n'ai rien ou presque rien à dire, an point de vue sp^^cial de rette histoire, des philosophes de rëi;ole rynique ^ous les empereurs romains. Suivint le mut tes juste de Zeiler (t, IV. p. 686). ce sont des moines, ei l^s moines mendiants du monde antique. Us veulent ou prétendent vouloir rt'former la vie et les mœurs conompues du milieu social où iU vivent, sans fonder celte n^furme sur une connais>ance théorique et systématique de la nature des choses et de la nature de l'homme. Leur moyen d'action est la parole, surtout l'exemple de leur vie, de leurs mœurs, de leurs babitude<, appuyé sur quelques maximes absolues de la conscience gi^nérale ou de leur conscience propre. Luc, bem., 3. tou ôp'txri xa\ axououai icacpâ^eiYfiot irapé^ù)v Tviv ftautoO Yv<u(jiY)v. C'est par ce dernier côté seulement qu ils inU^ressent la psychologie qu'ils mépri2>ent d'ailleurs en lantqu** science. On ne tiouve rien qui s'y rattache dirnrtement dans Démétrius, l'ami de S^nèque et de Petus Tlira^éas Œnimiaûs de Gadara, vivait sous Adrien (117 i 138 ap. j -Ch.). Il avait écrit un ouvrage où il attaquait, avec la liberté, la violence de langage du cynique (Eus.. Pr. Ev , V, 22. p. 213, C. ToiaOta ttj; Olvoiiâouicap^/lTta;... xuvixt);oux àicr,XXaYixévaic(xp(ac), l'art préie'idu de la divination ft des oracle<, et qu'il avait lu -même intitulé ror,Twv çcDpà (Tbeodor , Gr. Aff. Ct/r , VI, p. 86, £2. xa\ xb |jiàv làyypaL\L\ka çcopàv YOT|ta>v (dv6p.aae. Euseb , Pr. Ev.^ VI, 6. 254, d *'Axouc 8'o^v a^8iCt T30 r^v T&v Y^vcov çwpàv TÔ oîx£lov eicovo{xâ9avto; frjyypoL\i^oi). Dans rette critique acerbe, où il n'épargne pas les dieux, il repousse le fatalisme des Stoïciens, auxquels il dit : « Jupiter n'est que la nécessité de votre Nécessité (Eus , ûf., p. 260, b. 6 Zeùc outoc, T) TT)c 0|iCTlpac avâYxv); 'AvaYxri), et il s'appuie sur le libre arbitre, qui nous e^t attesté aussi clairement et ausbi fortement que not'e exislenc, par la coDscifUce de nous-mêmes. (Tbeodor., <fe Cur. Gr. Aff.^ VI, 561, Paris) : ^tp6ic(p Tipi&v auT&v àvtetXi^pL|jie6a, tout(i> xai xfi» ev y){iîv aûdatpétcdv xai piot^cdv . . . oùx étXXo Ixavov ovTO); coc n ouvatcrOTifftc xat avT(XY)4/(c y)|x&v aÛTfi>v. U pardonne à Epicure, tant accusé par eux, pour avoir soutenu hardiment d'une part que nous nous portons volontairement aux actes que nous accomplissons, et, d'autre côté et par cela même, que ni sage ni Dieu ne peut attribuer à la nécessité les actes et les résolutions de notre volonté propre. Eus, /V. Ev , VI, 6 261, b. iceicetapiivot 8ti oùxâxovtec otXXà PovX6|jievoi x<dpot)0(ve9'&*/fa>po09iv. "A S'av ^ouXY)0fi)9tv o{^tc Oeb; ot^rc âvOptdicoc oo9t9Ty)c... T0A(ti^9ete XIysiv Stt ûicoT^Taxtai. De Démonax (de 50 à 150 ap J.-Ch), nous ne connaissons que la vie lacontée avec tant de louanges par Lucien. Il ne semble pas avoir adopté de théories philosophiques particulières, et Lucien lui-même ne saurait dire quelle école il préférait. Uem., 5. çiXoaoçcac dàcl6o; oOx Cv àicoti|&v6|Uvoc, âtXXà icoXXx c; taùrb xarafit^a;, où tcckvu ti i^if.tvs T^vt aÛTÛv txoi^pvt. Tout cynique qu'il fut et se proposant pour modèle le philosophe de Smope, il aimait mieux se comparer à Socrate. U prétendait n'avoir point eu de maître,

i78 HISTOIRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

attribué à Ocellus de Lucanie qui appartient probablement à la seconde moitié du dernier siècle av. J.-Ch., et où nous retrouvons des idées véritablement pythagoriciennes et en même temps d'autres conceptions que l'esprit éclectique y a fait pénétrer.

Ces idées s'étaient conservées sans altération profonde, à mon sens, depuis Philolaûs qui les avait le premier exposées par écrit, et je suis encore disposé à considérer comme exact et fidèle le résumé qu'aextrait Alexandre Polyhistor * d'un ouvrage intitulé nudayopixa uwof* vT^fxara, dont l'auteur et l'époque sont également inconnus et qui est reproduit par Diogène de Laërte^. Zeller, se fondant sur les opinions et les formules stoïciennes qu'il trouve dans cet extrait et qui n'appartiennent pas, suivant lui, à l'ancien pythagorisme, ramène la date de l'ouvrage au commencement du dernier siècle av. J -Ch., c'est-à-dire à l'époque où l'esprit éclectique commence à exercer une sérieuse influence sur toutes les écoles. Cette

pas même Epictëte, et avoir éié porté, dès son enrance, à la philosophie, par on foût naturel et inné. Id , 3. olxeîa;... opiAr,; %a.\ èpifVTou npb; çOo^roçiav ïptùx^ç SX icasdcov.

Les Cyniques ont vécu jusqu'au milieu du iv* siècle. S. Augustin (3Si + ^30) constate leur existence de son temps, en même temps que celle des péripatéticiens et des platoniciens. La victoire ofQcielle du christianisme les fit disparaître, ou plutôt apparaître sous un autre nom et un autre costume. Julien les compare (Or., VII, p. iU) aux chrétiens aicoxTKrra^ (qui yBscalo renunciaverunt) . Les ascètes chrétiens, en effet, d*abord vivant isolés et indépendants, ne reçurent que pins tard une organisation, une discipline, une règle. L*bistoire de la psychologie, ni même celle de la philosophie, n'a pas davantage à s'occuper des Sextiens, qu'ils aient été StoTdens ou Pyth<igoriciens. 11 ne reste rien de leurs ouvrages ni de leur doctrine, que des noms et des éloges. Je ne transcris ici, pour mémoire, que leurs noms : 1. Q. Sextius, né vers 70 av. J.-Ch.; -2 Sextius, son fils; ~3. Sotion, qui vit à Alexandrie, dont Sénèque suivit les leçons, de 18 à 20 ap. iM\h, ; — i. Comelins Gelsus ; — 5. L. Crassilius de Tarente; — 6. Papirius Fabianus, ces trois derniers disi'iples de Sotion, qui a, comme Q Sextus, écrit en grec. Conf. Senec., Nat. Qu,, VII, 32; £p , 108 ; Ep., 59 ; Ep. 64.

* Suidas (V.) nous apprend qu'Alexandre vivait à Rome au temps de Sylla, et un peu plus tard. C'était un affranchi à qui Sylla accorda les droits de citoyen romain (Serv., in /Eneid., X. 388), et dont Uygin, Tafl^'anchi d'Auguste, fut le disciple (Sueton , De Hl. Grammat.y 20).

' D. L., VIII, 23. ^v]9i t'6 'AXéÇavdpoc iv Talc tô&v çiXoa^^cdv Stado^atc %a\ TaOTtt eOpY)xivai iv nuftocYoptxoT; 6ico|&viQ(&a9tv.

hypothèse ne me parait pas justifiée suffisammeat, et il me semble vraisemblable que l'ouvrage remonte à une date plus reculée. Il ne faut pas oublier qu'après avoir introduit l'extrait fait par Alexandre par ces mots : c Voici ce qu'Alexandre, dans ses Siiccessions des philosophes, dit avoir rencontré dans des mémoires pythagoriciens, nuOttyopixà 67co(Av^fxaTa, » Diogène termine la citation par ces termes : < Aristote donne des renseignements qui s'accordent parfaitement avec ceuxci ^ » Ainsi l'exactitude de l'exposé est confirmée par le témoignage d' Aristote, non pas que je veuille dire que l'auteur de ce livre où a puisé Alexandre est antérieur à Aristote, mais simplement qu'il se trouve, dans son exposition de la philosophie pythagoricienne, d'accord avec celle qu'en avait donnée Aristote dans les écrits spéciaux qu'il avait, comme on sait, consacrés à cette école *.

Sans prétendre que dans le cours du temps les doctrines de Pythagore, exposées par écrit par ses disciples et leurs successeurs, n'aient pas reçu des développements importants, des formules plus précises, n'aient rien emprunté aux écoles contemporaines, surtout dans les formes de l'exposition et de la technologie philosophiques, je ne vois aucune raison d'admettre que le résumé très précis et très complet que nous en donne l'écrit en question n'est pas fidèle et exact. Il faut remarquer que la doctrine pythagoricienne était assurément fixée et arrêtée quand le stoïcisme naquit. Les points de ressemblance qu'on signale entre les deux systèmes s'expliquent plus naturellement par les emprunts que Zenon et Chrysippe ont pu faire et ont certainement faits au pythagorisme que par l'hypothèse contraire ^. Pourquoi, par exemple, la con-

* D. L., VIU, 36. xa\ xk to^Stuv i^6|i«va 6 'AptaroxiXvic.

^ De la Philotopkie d'Archytat, en trois livres, et des Pyihagùricien$t en un lÎTre. Aristoxène, le péripatëticien, avait écrit aussi des nuOaYoptxa\ ànot^imç,

* M. Ravaiss., Ess. «. la Met d'Ar., t. II, p. 321. c C'est sans doute à eux (au Pythagoriciens) que les Stoïciens avaifut dû en grande partif les éléments de cette théorie qui foisait consister la perfection dans la proportion, fondement de la beauté ». Je ne sois pas même ceHain que Tidée de la tension, qui, d*ailleu ne se présente

ception du monde comme un être vivant et intelligent seraitelle un élément étranger au pythagorisme et introduit du dehors dans le système? Presque tous les philosophes grecs ont admis cette hypothèse, sauf Démocrite et Épicure. Aristote appelle (nrépixa * cet Un composé qui constitue l'âme du monde et par la vertu duquel, suivant les Pythagoriciens, le monde vit, respire, est un, éternel, et se développe. Quoi de plus conforme aux principes pythagoriciens que de concevoir ce germe comme ayant en soi toutes les mesures, toutes les lois rationnelles, tous les nombres de son développement vital harmonique'^ ? Si les (TTrepuLarixol Xi^yoi des Stoïciens ont de Tanalogie avec cette conception, ne serait-ce pas qu'ils en ont emprunté le principe à la doctrine des nombres et de l'harmonie, au pythagorisme, qui fonde toute la nature des choses sur la notion de rapports mesurés et calculés? Sans recommencer à fond une discussion qui a eu sa place ailleurs, j'en ai dit assez pour être autorisé à conclure que ce n'est pas avec l'ouvrage où Alexandre Polyhistor a trouvé un exposé systématique et résumé de la philosophie pythagoricienne que commence ce qu'on appelle le néopythagorisme. Comme toutes les autres, et plus encore que les autres, l'école pythagoricienne est restée fidèle à elle-même; elle a

qu*accidentelleroent dans le pythagorisme, ait été empruntée aux Stoïciens. Y. mon Pyihagore^ t. II, p. St. Sext* Emp., IX, 127. xoàik TcavTÔ; toO x6v|iou 5(t)xo v «l^v/r,; Tp6icov, To xa\ ivoOv r,|ji&; tcoo; èxslva. Ciréron la rapporte à Pythagore lui-même {de N. Deor., I. 11). Pythagoras. . censuit animum esse per naturam rerum intentum et commeanti-m. Qu'est-ce que c*est que cette force autogène qui maintient le monde dans Tunité, aÛTorev >, (rvvoxr,v, suivant Philolaûs ? Qu'est-ce que cette puissance aOrôcpro; qui rivalise rètrc dans Tindividualité? Qu'est-ce que c'est que ce principe de vie, qui pénëirc l'univers entier et forme la chaîne sans fin qui relie tous les élres les uns aux autres, animaux, hommes et dieux? Si ce n'est pas la tension même, c'est quelque chose qui lui ressemble singulièrement

* Ar., Met., XIV, 3, 1091, a. 15, où il reproche aux pythagoriciens d'admettre une génération réelle de choses ëterm lies.

* D. L., VIII, 29. Ce n'est pas d'ailleurs du monde, mais de l'enfant, ppiçoc, dont l'extrait de Polyhistor dit : îf^eiv «*êv èaut^) Ttdvtac toÙç Xiyou; xîj; ÇMîi;. Quant au germe, anépiiia, il est dit : iiop^oOerOoti Bï xo (ièv 7cpA>T0v itayh ht T)|Alpxtc TC9oaOfltxovTa, xarà Bï touc ttjc &p(Aovta; Xiyou;.

U PSYCHOLOGIE DES PYTHAGORICIENS ÉaECTIQUES S81

conservé l'héritage des ancêtres, accru, développé, modifié dans ses formes peut-être, mais non renié ou altéré.

Le néopythagorisme a pour caractère éminent la combinaison éclectique d'idées platoniciennes et des principes pythagoriciens ; mais ces éléments ont entre eux une affinité si naturelle, ils se fondent si intimement qu'il est souvent difficile de distinguer, si ce n'est par des caractères externes, les platoniciens pythagorisants des pythagoriciens platonisants. Les premières traces manifestes et profondes de cette combinaison, assez profondes pour justifier le nom que la critique lui donne, — car les pythagoriciens récents n'ont jamais eu la pensée de renouveler la doctrine qui leur avait été transmise et prétendaient ne faire que la reproduire en la commentant, — ces premières influences éclectiques se rencontrent dans le traité : De la nature du Tout, IIspl rij; xots Ttav- Tbç <pu(ie<o;, que le texte même attribue à un Ocellus de Lucanie * que Zeller reporte à la seconde moitié du dernier siècle av. J.-Ch., et que V. Rose fait remonter encore plus haut, au commencement du n« siècle *,

L'auteur commence par déclarer que ses doctrines s'appuient d'une part sur des recherches expérimentales et des observations personnelles, et d'autre part sur les principes de la raison ^.

^% \. xoi iï (ruvéypa^/e "OxeXXo; é Aeuxav6c. Ce nom est presqu^onantmement reconna romme supposé par la rritique. La lettre, apocryphe ou authentique d'Ârrhytas à Platon, nous désigne Ocellus comme pythagoricien et auteur de livres pythagoriciens. 1) L , VIII, 80. « iccpt de t&v OicopLvauâTcdv tm\Lik'ffifi\tti xai

lus {in Tim , 150) rappelle le précurseur de Timée, xbv xoO Tcpiatou icp6o5ov, et dit que tous deux donnaient a chaque élément deux propriétés actives, duo 8uva(ie(;, au feu le chaud et le sec. à l'air le chaud et Thumide, etc. II ajoute qii*il tire ces renseignements du traité d*Ocellus, év x<o icep> 9^(xew;. » ' Val. Rose, deAr libr. ord., p. 11, sqq. « Ocelli deniqiie Lucani libri in pseudo-

av. J.-Oh.

* S 1. xk i&àv Tex(iv)p{oi; ffttçévi tt xa\ icap aùxTj; tt)C fvaecoc èx|iaOoiv, xk ^

ttl mSTOIRB DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

Le monde, qu'il appelle rb 8>ov xotl xh icav, ou encore Smifiicoç x6(s\iJoç^ est le système complet et parfait de tous les ôtres : en dehors de lui, il n'y a rien ^. Il est incréé et incréable > ; il a toujours existé et existera toujours ; car s'il était temporaire, il ne serait déjà plus. S'il était créé, on pourrait dire de quoi il a été formé, c'est-à-dire on pourrait déterminer son principe premier, th irpâîrov; s'il était périssable, on pourrait dire ce qu'il deviendrait après sa dissolution, c'est-à-dire déterminer sa fin dernière, th {(r^arov ; il y aurait ainsi quelque chose avant et quelque chose après le tout : ce qui implique contradiction. Tout ce qui a en soi le principe de la génération, du devenir et de la dissolution, est sujet à deux sortes de changements : l'un du plus petit au plus grand, du pire au mieux ; c'est ce qu'on appelle proprement génération, Y^vc9tc. Le terme de ce mouvement est l'ôxpn^, le point maximum du développement de l'être, l'état de plénitude de sa force. Le second va du plus grand au plus petit, du mieux au pire ; le terme de ce mouvement est la destruction et la dissolution, f Oopx xal StctXuaiç. Si le monde était créé, il connaîtrait toutes ces phases ; car tout être sujet à cette loi du développement, St&^oSoç^ a trois termes etdeux intervalles :1a génération,— le maximum de force,— la fin, et entre ces trois points, l'intervalle qui sépare la génération du terme maximum, et l'intervalle qui s'étend du terme maximum à la fin dernière. Il y a des signes, des preuves qu'il en est ainsi : ce sont l'ordre, la proportion, la figure, la situation, l'intervalle, les propriétés, les rapports de vitesse, le nombre et le temps de ces mouvements. Or le monde ne nous offre aucun de ces signes : il est toujours dans le même état, toujours égal,

Wd , § 7.

* Sur la doctrine de rélernitë du monde dans Hécole pythagoricienne depuis PbilolaQs, qui n'exclut pas un exposé de sa genèse, xax'cicfvoiocv, Ôiot dtdaakaXfov, V. Mon Pythaçcre. t. Il, p. 87.

' § 4 jfxouaa 5iUo8ov. Le mot est employé dans le sens du moufemeot ?ita] complet et de tous les changements quMl entraîne, depuis la naissance de l'être jusqu'à sa mort.

U PSYCHOLOGIE DES PYTHAGORICIENS ÉaEGTIQUES 988

toujours semblable àlui-môme. Toutes les choses que le monde embrasse sont en rapport harmonieux avec lui, tandis qu'il n'a de rapport avec rien qu'avec lui-môme. Il conditionne tout et n'est conditionné par rien. Les animaux ont besoin de l'air pour respirer, la vue a besoin de la lumière, le soleil lui-même et les astres ont besoin de ce système général organisé dont ils ne sont qu'une partie. Le monde n'a besoin que de lui-même.

Tout ce qui est pour une autre chose la cause de l'existence, de la stabilité, a certainement en soi ces mêmes perfections qu'il communique. Le monde est pour toutes les autres choses et êtres la cause de leur existence, de leur persistance dans l'être, de leur perfection propre : il est donc par luimême éternel et parfait, aÛTOTeXi^c ^

S'il venait à se dissoudre, il se dissoudrait ou dans un être et alors le tout ne serait pas tout entier détruit, ou dans un non être : ce qui est impossible; car il est absurde de penser que l'être soit réduit à n'être pas *. Par quoi d'ailleurs le monde serait-il détruit ? par une cause externe? il n'en est pas, puisqu'il n'est rien en dehors du Tout. Par une cause interne? Mais cette cause, faisant partie du Tout, ne doit qu'à lui son existence, sa durée, sa vie, son âme, et ne saurait posséder une force supérieure à cette force qui lui donne toute sa force 3. La partie ne saurait être plus puissante que le Tout dont elle fait partie.

On voit se manifester l'éternité du monde, dans un ordre décroissant, il est vrai, depuis les corps premiers, les astres, qui se meuvent d'un mouvement constant et constamment uniforme, et changent de lieu sans éprouver aucun change-

1 C*est Paxiome d'Aristote, Met.^ 11, i. àù yàç Bt'h 6icapxci ^xa^rov IxcTvo |t&XXov Oicapxct. Les scolastiques Tont traduit ainsi : Propter quod unum quodque taie est, et illud ma^s.

* C'est rargoment des Éléates.

' Ocell., Ilcpt TTjc ToO icavTOc f^atfaç. Ch. 1, § 11. Siytxat yàp xk icàvta ôicb ToO Ilavxoc xa\ xotxà toOto 9e&CcTott xa\ 9uvi^p|ftOOTat xa\ p{ov If^*^ ^ 4wx^v.

ment dans leur essence S jusqu'aux corps de second ordre, tels que Tair et le feu, qui changent d'essence sans changer de lieu ; car le feu devient air; l'air devient eau ; les plantes, parties d'un germe, à la suite d'une série de développements, reproduisent, en se décomposant, un germe pareil, formant ainsi une sorte de cercle ', leur mouvement vital revenant constamment à son point de départ : avantage que ne possèdent pas les hommes, qui meurent tout entiers 3. Enfin l'infinité de la figure sphérique du monde, figure qui n'a ni commencement ni fin , l'infinité de son mouvement , du temps dans lequel il se meut, l'immuabilité de son essence, prouvent que le monde est infini lui-même, incréé, incorruptible, indestructible.

Dans le Tout, il y a deux sortes de choses : le devenir et la cause du devenir. Le devenir a lieu partout où il y a changement et modification du substrat^; la cause du devenir existe partout où le substrat reste identique. Il est clair qu'à la cause du devenir appartiennent le faire et le mouvoir; c'est ce qui cause dans une autre chose la génération, et joue le rôle de l'agent, de l'homme et du père. A ce qui est susceptible de devenir appartiennent le souffrir et le être mû ; c'est ce qui engendre en soi-même , y^vvwv iv tauT<f , et remplit la fonction du patient, de la femme, de la mère. L'une est donc cause motrice, transitive, efficiente; l'autre intransitive, passive, mue^. Ce sont les Destins, les Parques, ctl Motpat, qui déterminent et séparent de Tautre la partie du monde toujours passive et mue, l'une au-dessus, l'autre au-dessous de la lune ; car la région de la révolution de la

' Id., td., ch. I, § 11. 6il(o8ov oOx 2iciSe'/6|icva ttjc oOa^ac*

' M., id., ch. I, § 13. èici to avro xr^y SiÛoSov imTcXouiiévv]; tt;c ç^Socw;.

3 Go saisit ici, encore qu'obsrurëment dëtenninëe , Tidée d'an lien, d'un rapport continu qui unit toutes les parties de l'univers, depuis les plus hautes jusqu aux plus basses, et d'une série aécroissante de perfections d'un coté, faisant pendant à une série croissante d'imperfections de l'autre.

^ Id., id., ch 2« § 1. (iETaSoXT) xa\ ^x6amc Tfi>v uicoxei|iév(i)v.

* On trouve déjà ces distinctions dans Archytas 'Simplic., m tateg.^ 8i, p; 23, y\ in Phyê.f 51, b. o), ce qui fait que Zeller conclut à leur inauthenticité.

luD6 constitue comme une sorte d'isthme qui sépare Timmortel du devenir. Tout ce qui est au-dessus de la lune ou sur elle,Tb ctt 'aû-niç, contient la race des Dieux ; tout ce qui est au-dessous est le domaine de la discorde et de la nature , vctxo(}ç xal <fu<ît(ûç xaTé^^ct yivoç. Une troisième espèce de choses est composée des deux autres, c'est-à-dire de l'élément divin toujours en mouvements de l'éther, et de l'élément créé et toiyours changeant : c'est ce que l'on appelle proprement le monde.

Dans ce monde sublunaire on distingue : 1 . Un corps apte à être saisi par le toucher, qui se trouve dans toutes les choses de l'ordre du devenir, et qui est la puissance de ce qui deviendra <. Cest la matière, qui n'a par soi ni essence, ni qualité, ni quantité , ni aucune détermination de l'être. 2. Le second élément qu'on rencontre dans les choses du monde sublunaire, ce sont les oppositions des qualités, ivavTi^Tec : le froid et le chaud, l'humide et le sec, et les autres. 3. Le troisième, ce sont les essences ou êtres, oûa^ai, dont ces qualités sont les puissances, $uvâ(jLeti;, c'est-à-dire le feu, l'air, l'eau et la terre. De ces puissances, deux, le chaudetle froid, sont causes et causes efficientes ; deux, sont matérielles et passives, uXy) xal TcaOïriTixà. De la combinaison des qualités et des éléments naissent les choses, et de la prédominance de l'un ou de Tautre, dans le mélange, naissent leur caractère spécifique.

L'homme n'est point né de la terre, ni les animaux, ni les plantes. L'organisation du monde ayant toujours existé telle qu'elle est, tout ce qui est en lui a toujours été tel qu'il est. Ses parties et les parties de ses parties ont toujours existé

* Oceil.. id., cb. 2, $ 23. toO i&àv a(\ Osovroç Octov. Je changerais volontiers OiovTO( en ifovToc Si l'on ne Yeul pas adopter ce l^ger changement, il faudra, pour éviter de mettre le mouvement dans la partie divine du monde, concevoir que la constance du mouvement de Téther et sa rapidité infinie sont équivalents à TimmuabUiié.

* /tf., ch. 2, § 8. Ocellus emploie encore les formules platoniciennes, icavdcxi; et

lx|MYClOV.

t86 HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS

telles qu'elles sont. Le genre humain a donc toiqours existé» et existé sur la terre, qui est son domaine propre. Les Dieux ont pour demeure le Ciel ; dans la région au-dessus de la terre, tv ynroL^ad^ T^7t()>9 habitent les démons*.

Le quatrième chapitre de l'ouvrage, qui en est le dernier, est tout entier consacré à la morale pratique et aux devoirs du mariage. La conservation de l'espèce, qui remplace l'immortalité de l'individu, et non le plaisir, est la fin du commerce de rhomme et de la femme, -f) (aT^k. L'homme doit se rapporter au tout, dont il n'est qu'une partie, et réparer par la génération des enfants les pertes que le tout subit nécessairement.

Ce livre, l'un des plus anciens documents du pythagorisme nouveau ', imprégné de notions stoïciennes et platoniciennes, et qui a exercé une influence considérable par la précision des idées et la logique sévère de la méthode, ne se rattache à la psychologie que par ses vues anthropologiques et ses maximes morales. Il ne faut pas oublier toutefois que son objet comme son titre, iccpl icavT^c fudcoK, le ramène dans le cercle de nos études historiques sur l'âme; car l'âme est

s Ocell.. id., ch. III, 3.

s 11 n'était pas le seul qa*on attribuât i Ocellus. La lettre d'ArchyUs à Platon (D. L., YIlI, 80) mentioiuie parmi ceux du m^uie auteur qu*il lui adresse, xà fnç\ v6{ic0 xa\ ^aaiXtJoic xa\ àmhxoLxoi^ qui faisaient sans doute trois ouvrages diffiirents, et d^autres encore, Ta Xomâ, qu'il n*a pas pu retrouver, et qu*il lui promet de lui envoyer s'il les découvre. Stobée (EcL^ I, 338) donne du nepi v6|a«} un extrait, où est déflni le cmuant, atTiov, par la formule di *% y^Y^'^«^ n, et il dte textuellement le passage suivant : u La vie contient, owé^ct* le corps des animaux ; la cause de la vie est l'âme. L'harmonie contient le monde, et la cause de Pbarmonie est Dieu. La concorde contient les familles et les états, et la cause de la concorde est la loi. Quelle est donc la cause et la nature, atTta xa\ çuatc, qui fait que le monde est dans son tout harmoniquement organiste, et qu'il ne tombe jamaû» dans le désordre, tandis que les états et les familles ont une vie si courte. Tout ce qui est créé et mortel par nature, a, dans la matière dont il est composé, la cause même de sa ruine ; car il est composé d'une matière changeante et toujours passive, oLtinaUoç. Car c'est par la régénération, àicoYéwaotc, des choses créées, que se conserve la matière génératrice. L'élément étemellemeot mobile (âctxîvv)Tov, peutêtre ax(vy)Tov), gouverne ; l'élément éternellement passif est gouverné ; l'un est en dignité, premier, l'autre est second ; l'un est divin, jouit de la pensée et de la raison ; l'autre est créé et sans raison, ^oyov.

pour ce pythagoricien le principe de la nature ou du système général des choses, et l'ouvrage pourrait être intitulé itcpl ^ux^ic comme celui de Timée de Locres, dont je n'ai à dire que quelques mots.

Le traité attribué à ce pythagoricien ^ est dans les manuscrits intitulé : iccpl <f uxaç x6a\uù xal f u<rtoc ; par Jamblique : TctpX f uac<i>c xd9(xou xal ^u^aç ' ; par Proclus, simplement : ictpl f u<rco>ç. Platon, sans lui attribuer d'écrits, nomme Timée un des plus grands philosophes s. Pline le naturaliste est le premier qui semble avoir eu son livre sous les yeux , à moins que la phrase : ut Timœo placet, ne s'applique au Timée de Platon *. Dans Nicomaque de Gérase ^ on lit : « Nous allons exposer un fragment de ce qu'on appelle le Canon pythagoricien, très exactement fait suivant les idées du maître, non pas comme l'ont altéré Ératosthène et Thrasylle, mais d'après Timée de Locres et Platon, qui l'a suivi. ^ »

n résulte de ces citations '' que l'ouvrage existait au n^ siècle, peut-être, d'après le témoignage de Pline, s'il s'y rapporte, au i*^ ap. J.-Ch. La conformité complète de la doctrine qui y est exposée sur la création du monde et de l'&me du monde, avec le Timée de Platon, qu'il résume avec une grande précision et une extrême clarté, ne lui laisse aucune

1 Cic, de Pm., V, 20; de Rep., I, 10. Procl., m Tim., h 3. aùrb toO IlvOayoptxeO Tt{iatou yp^^l'^ icEp\ 9\59ca>c- Conf. in 7Vm., 111, 197. Said. Y. 91X6aoçoc nuttayopEioc, |ia(b)(&axtxà mpi ç^occoc, icept toO nvOay&pou plou. Ménage (ad D. L., p. 353, b) estime que l'auteur de cette biographie ii*est pas Hmée de Locres.

' lamU., in Nicom, Ariihm,t p. 148, b. Tiiiaîoc t'o^v 6 Aoxpbc iv t^ icep\..-

* Plat., Tim,f 20, a. ^ikovwfiaç tk av xat'cfi^v d6(av iic*Xxpov &ica9V}c cXviXvOc.

« H. Nat., II, 18. Pline est né en 23 et mort en 79 ap. J.-Ch.

* Pytiiagoricien de la première moitié du n* &iècle.

* Harmonie,, L. I, p. 2i, éd. Meib.

7 On pourrait les multiplier. Ainsi, il est rite par Clément d*Aleundrie (Stram., V, 604, a), qui tit vers la fin du 11* siècle et le commencement du ui«, et Eusèbe {Prmp. Ev., lïUt 681), qui ne fait répéter le renseignement de Clément : « Timée de Loieres, dans son 9uotx6v o>^pa|iL|ia ».

place dans cette analyse des théories psychologiques des néopy thagoriciens Je me borne à citer un extrait de Stobée, relatif à l'harmonie mathématique, c'est-à-dire idéale. « Modératus, dit Jamblique, rapporte à T&me cette harmonie qui établit la proportion et l'accord dans les choses discordantes, tandis que Timée rapporte à l'âme, dans les substances, les êtres vivants, et dans leurs générations, l'harmonie considérée comme le principe central et unifiante n

Le but et l'effort de Fauteur est évidemment de rattacher i son école les idées platoniciennes concernant la composition mathématique de l'âme du monde.

§ 2. — Modératus.

Bien avant cet ouvrage, sous le règne de Néron \ Moderatus de Gadës avait fait en onze livres une exposition savante et profonde de la doctrine pythagoricienne \ d*où Simplicius a tiré les passages qu'il cite au premier livre de ses commentaires sur la Physique d'Aristote^. S. Jérôme prétend que Jamblique, dans son commentaire sur les Vers d*Or^ s'est beaucoup servi de cet éloquent philosophe 5. Porphyre rapporte qu'Origène, outre Platon, Numénius et autres pythagoriciens, pratiquait assidûment les livres de Modératus^. Etienne de Bysance lui attribuait, en outre, cinq livres de Leçons pythagoriciennes '', nuGayopixal £;^oXaf.

* Dins son mç\ 4^x^<' Stob., EcL^ I, 864. tv)v d'coc iv oûoiai; %a\ ÇtMttc xol\ Ysvéaet totjtwv fie90Ti]ta %a\ a\SvÔeffiv & Ttualo; aùt^ (ttj ^J'^xti) ivaTtôtjffi.

* Néron, emp., de 54 à 68 ap. J.-Ch. PluUrque (5ymp., vAl, 7) 'raconte qa*il avait été un jour invité i dtner par Syllas de Carthage avec on nommé Lucius d*Etrune, disciple de Modératus le pythagoricien.

^ ' Porpbyr., V. Pyth., 48. icâvu c\jytxù>ç èv Cvficxa ^iSlioiç owa^aY^^ ^ àpéffxov Tolc avdpàvi.

* Comra.. LXV.

^ C- liufln « In quo latissimo opère philosophus commentatus est lamblichus, imitatus ex parte Moderalum virum eloqoeniissinum.

^ C. Chrut., \\U dans Eosèbe {Hist, EccL, 1. Yl, c. 19 : ouvr^v toTc n Nouuywtov... xat MoSepaTou. Conf. Nicepb. Call., HÙL Eecl.^ V, i3; Siûdas, v. ^ûpiyévTnç.

1 Steph. Byz., v. Fdattpa.

Lk PSYCHOLOGIE DES PYTHAGORICIENS ÉCLECTIQUES 289

D'après Modératus qui, suivant le mot de Porphyre, croit ne reproduire que les idées mêmes des maîtres de l'école, th âpéaxov Totç àvSpxat, la Raison, dont l'unité est l'essence S voulant, comme le ditPlaton, constituer d'elle-même la génération des êtres , sépara de soi la quantité , et la priva par là de toutes les formes et de tous les rapport s qui sont de son essence^. Cette quantité, conçue par la privation de l'unité pensante \ qui embrasse en elle toutes les raisons des êtres, est le paradigme, le modèle de la matière des corps. Cest cette matière que Platon et les Pythagoriciens appellent la quantité , th iro(r<$v, non pas la quantité dans son idée incorporelle ^ mais la quantité produite par privation, par dissolution, par extension, par division, par la séparation d'avec l'être. Cest pour cela que la matière parait être le mal, puisqu'elle s'éloigne du bien. De cette quantité abstraite, de la notion pure de la quantité sans détermination aucune, comment Modératus arrivait-il à constituer la quantité concrète, c'est ce qu'on ignore. Cette notion de la matière considérée comme une substance sans forme, ce sont, dit Simplicius, les Pythagoriciens qui paraissent l'avoir conçue les premiers parmi les Grecs , et après eux, Platon, comme le raconte Modératus ; car celui-ci, outo;, pose le premier Un au-dessus de l'être et de toute essence ; le deuxième Un, qui est l'être réel et l'intelligible, -ch 6vT(0ç Bv xal voyjtcJv, est ce qu'il dit être les Idées, Tx eT8Y|. Le troisième qui est le Psychique, participe de l'Un et des Idées et est l'espèce des êtres sensibles. La dernière et quatrième espèce d'êtres, quoique ne participant (ni à l'Un ni aux Idées) est cependant pourvue d'ordre, xtxoafXTjdôat , parce que l'Un et les Idées y apparaissent, s'y reflètent, xar Ifxfaaiv ixe^(ov, leur matière étant

* Simplic., in Phys., f^ 50, b. 6 iviatoc X^yoc

' Id., id., 1. L xoLtk orépTioiv avToO èxtopvive tt^v Koaôxrixa, icàvicov aury^v OTCpT^aa; Tfi>v avToO Xiycov xa\ et5fi>v.

' Id.y id., I. L ToO ivta^ou Xiyou.

^ Id., id., L L ov xh co; tZSoc iciaov.

Chaknr. — Ptychologk. 19

MO mSTOlRE DE LA PSYCHOLOGIE DES GRECS

l'ombre du non être , qui est primitivement dans la quantité, c'est-à-dire dans la matière intelligible, ou plutôt procédant de ce non être. Aussi Porphyre , dans son second livre sur la Matière citant et comparant les idées de Modératus, écrit ceci : « L'unité intelligible voulant, comme le dit Platon, composer de soi-même la génération des êtres par une privation de son essence, a séparé de soi la quantité, la privant de toutes les formes et de tous les rapports qui lui appartiennent à elle-même. »

C'est ce passage qui a fait dire à M. Ravaisson ^ : « Moderatus de Gadës compte avec la matière trois principes des choses : la première unité, supérieure à l'être et à toute existence ; la seconde unité, qui est le véritable être ou l'intelligible, c'est-à-dire encore les idées ; la troisième, qui est l'âme, et qui participe et de l'unité absolue et des idées. » M. Vacherot a reproduit à peu près littéralement cette interprétation *. « Ce philosophe (Modératus) comptait avec la matière trois principes des choses : la première unité, supérieure à l'être et à toute essence ; la seconde unité, qui est le véritable être, l'intelligible, les idées ; la troisième unité , qui est l'àme, et comme telle, participe de l'unité et des idées. Quant à la matière, Modératus essayait de la rattacher au principe divin. Dieu, selon lui, aurait séparé la quantité en s'en retirant, et en la privant des formes et des idées dont il est le type suprême. Cette quantité, différente de la quantité idéale et primitive qui subsiste en Dieu, était la matière proprement dite. » Zeller n'accepte pas ce sens ; dans la phrase : b IIXoLtcov,

ù)ç xal MoScpotToç laropeT* outoc yocp... àico^a^vcTat, il rapporte le

mot OUTOC à Platon et non à Modératus, et dans la phrase : xal TauTa b llopcpupioç. . . icapaOéfxsvoç y^tp^P^^^ ^^ veut voirles paroles de Porphyre, et non celles de Modératus, transcrites par ce dernier. Grammaticalement, les deux sens se peuvent sou-

* Es$. s. la Mit, SAr., t. II, p. 336.

s Hiit. de VÉcol. ^AUx., \. I, p. 309.

tenir; car malgré le temps passé de ^capaOéfievoç, on peut très régulièrement traduire : Voici les termes de Porphyre, qu'il a transcrits de Modératus. Quant au fond, il me semble que Simplicius aurait hésité à attribuer expressément à Platon la théorie des trois unités, qu'il n'a certainement pas professée, et si par Platon on peut entendre l'école néoplatonicienne , qui l'a , il est vrai , ainsi entendu , n'est-il pas au moins aussi vraisemblable que Simplicius pouvait la rapporter à un philosophe de l'école des néopythagoriciens? L'interprétation de MM. Ravaisson et Vacherot est donc ; sinon la seule possible, du moins et de beaucoup la plus justifiée. Il en résulte que le Psychique , c'est-à-dire le principe de la vie et de l'intelligence, est un des éléments de la nature des choses, que dominent l'unité absolue et l'intelligible placé au-dessus de l'intelligence.

Parlons maintenant de l'harmonie, non pas de cellequiasa racine et son fondement dans les êtres corporels, mais de l'harmonie mathématiques c'est-à-dire de celle qui se ramène à un nombre. Cette harmonie, considérée comme la cause qui établit la proportion et l'accord dans les choses disproportionnées et discordantes, Modératus la rapporte à l'àme < et cette âme est définie par lui comme le principe qui embrasse et contient les idées et les raisons des choses ^. C'est, comme dirait Platon, le lieu des idées des choses. Cette âme harmonifiante, mathématique est un nombre. Le nombre, pour en donner une définition générale, est un système de monades ou bien le développement, le processus de la pluralité venant de la monade et le retour de la pluralité à la monade d'où elle est partie, ou la quantité limitant les monades ^ c'est-à-

* Stob., JSd., 864. où rr^v cv 9ti\^aL9i ivi$pu(Livv)v, oXX'tSti; iax\ |iaOY){taTtxiq.

* Stob., Ed., 864. tv^v Ta diafipovxa coiccoaoOv 9V|i.(UTpa xai icpooi^opa âicspYaCo|Uvy)v.

* Id., id., 86t. foc ^ X4youc Kcpiéxouvav. Hippasus, le pythagoricien acoasmatique, définissait Tàme : l*organe de l'intelligence du dieu Démiurge, xptnxbv xoofioupYoO OcoO opyavov.

* Stob.y £d., 18, 20. ïaxi 8*âpi0|ibc wc iv T^ic<p lîicelv 9iSoTV)|Aa {lovdEdttv, ^

dire que, quand la pluralité se trouve diminuée par des soustractions successives, la quantité privéede tout nombre prend une sorte d'essence ûxe et stable , (jlovi^v tc xal (rràfftv ; car la monade ne peut retourner au delà de la quantité ^ C'est pourquoi on a eu raison de lui donner ce nom de monade, soit parce qu'elle est fixe et demeure, [x£vet, absolument identique et invariable, soit parce qu'elle est séparée et absolument isolée, [xtfxovoidôai, de toute pluralité. Quelques-uns font de la monade le principe des nombres, et de l'Un le principe des choses numérables *. Cet Un concret est un corps divisible à l'infini, de sorte que les choses numérables diffèrent des nombres comme les corps des choses incorporelles. Les modernes, oi vewTtpoi \ dit Modératus, posent pour principes des nombres la monade et la dyade, tandis que les Pythagoriciens posent pour principes des nombres tout ce qui sort par une série consécutive des termes, et qui produit ainsi la notion des nombres pairs et impairs *.

Si l'on s'étonne de voir ainsi les nombres confondus avec les principes des choses, voici, dit Modératus, comment il faut s'expliquer l'origine de cette doctrine ^, Ne pouvant exposer clairement par la parole les idées premières et les premiers principes, tk TrpîoTa tXZti xal xiç TcpcjTaç ipx*ç> parce qu'ils sont à la fois difficiles à comprendre et difficiles à expliquer,

Md., td, 1. 1. JMmagine que cela signifie que la monade reste toiûoors nno essence quantitative, ne perd pas la nature de quantité.

s On sait que les pythagoriciens distinguaient entre la monade on Tunité dans les intelligibles, c'est-à-dire la notion abstraite ou idéale de l'unité, et VUn, ^ Ev, dans les choses numérables, c'est-à-dire l'unité concrète. Anonym., VU. Fyth.^ p. 44, éd. Holst.

s Zeller pense que Modératus fait allusion à Platon et aux platoniciens pythagorisants

* Stob., Ecl.f 20. icocaac icapot to £|y)C Tac tûv 8pa>v èx0lactc,8i 'cov âEpriocts %ol\ iceptTTo\ vooOvTai. Étant donnés des points terminaux, s'ils quittent celte situation, s'ils se meuvent, ils créent, par la série de ces mouvements indéfinis, b série indéfinie des nombres pairs et impairs.

» Porphyr., F. Pyth., 48.

on a eu recours aux nombres, à Timitation des géomètres... Ceux-ci reconnaissant l'impossibilité de faire comprendre au moyen du langage seul des choses qui n'ont du corps que la forme S ont recours aux tracés des figures et disent par exemple : le triangle, c'est la figure A, non pas qu'ils entendent que la figure particulière qu'ils ont tracée et qui tombe sous les yeux est le triangle même , mais parce qu'ils espèrent, au moyen de cette figure, faire mieux concevoir la nature du triangle. Les Pythagoriciens n'ont pas fait autre chose. Ils ont appliqué cette méthode à l'expression des raisons et idées premières ', aux principes incorporels dont ils ont voulu exposer la nature, en les rapportant aux nombres où la démonstration est claire. C'est ainsi que pour expliquer la notion idéale de l'unité, de l'identité, de l'égalité, la cause de l'accord mutuel, de la sympathie, de la persistance dans l'être de toutes les choses 3, de l'immuabilité , ils l'ont nommée l'Un, th Sv ; car cette unité qui se trouve dans les choses particulières est opérée dans leurs parties et l'accord mutuel de ces parties est constitué par la participation ^ de la cause première.

Ce ne sont pas seulement les Pythagoriciens qui adoptent ces idées; tous les philosophes ont également établi certaines puissances causes de l'unité et maltresses des choses ^, et d'autres puissances, causes et raisons d'être de l'inégalité, de la dissemblance, de l'opposition. Ceux qui les appeUent des noms de TUn et de la dyade, ne diffèrent pas® de ceux qui

* Porphyr., V. Pyth.^ 48. xol ab>|jLaxoei$Yi. Le traducteur latin dit : Formas incorporeas. Il a eu sans doute un autre texte, ou n*a pas compris le texte qu'il avait sons les yeux.

* Porphyr., F. Pyth., 49. knX tôv npcoTcov X6y(i>v xa\ eîiôv.

' Id., td., 1. 1. rb atTiov Tr,c (TU|iicvofa; xa\ ty)c (TU(iicaOe^ac xa\ t^c acoxviptac T&v 8>b>v . On voit ici Tinfluence de la teclmologie des Stoïciens, en même temps qu'un développement plus complet, dû sans doute à cette philosophie, de Tidëe de rbarmonie causante, d'origine vraiment pythagoricienne.

4 Id., id.f xank (UTouatav. LMdée comme la formule sont évidemment platoniciennes.

* Id., 50. 8uva{ut; Ttvàc... ivoicoîou; xa\ diaxpaTY)Tixà( x&v 8Xwv. ^ GoDsîdéntion tout éclectiqne.

les appellent dyadiformesy hétéroformes S anisoformes.

Il en est de même de tous les nombres, car chaque nombre représente une certaine puissance >. Ainsi, il y a dans la nature des choses quelque chose qui a commencement, milieu et fin ; les Pythagoriciens ont appelé cette idée, cet être •, le nombre trois. Tout ce qui a un milieu est, selon eux, triniforme, TptciSéç, et parfait, et tout ce qui est parfait est tel par ce principe triniforme. La suite des nombres de la série numérique, ol e^Ti;, réunis sous une seule idée, dans l'idée d'une seule et unique puissance, est représentée par la décade, dont le nom vient de ce qu'elle embrasse pour ainsi dire tous les nombres *. C'est pourquoi dix est le nombre parfait ou mieux le plus parfait des nombres parce qu'il contient en lui-même toutes les différences numériques , toutes les formes de rapports, toute espèce de proportion *. Car puisque la nature du Tout est déterminée par les rapports et les proportions des nombres, puisque tout ce qui naît, s'accroît et s'achève , marche suivant des rapports numériques, et puisque la décade renferme tout rapport, toute proportion , toute forme des nombres , comment le nombre dix ne serait -il pas parfait? et comme nous avons vu plus haut que la cause harmonifiante qui ramène à la proportion et à l'unité les choses multiples , diverses et discordantes, est rapportée par Modératus à l'âme, la décade est naturellement l'expression figurée, le symbole numérique de l'àme.

Il est certain qu'en faisant ainsi des nombres les symboles des idées que le langage ordinaire est, suivant lui, impuissant à rendre avec une clarté suffisante, Modératus transformait singulièrement la vraie doctrine du pythagorisme, pour qui les nombres sont les choses mêmes, parce que les

* Porph., V. Pylh.f 51. ic&c yàp xaxà tivcov duvafuwv TltaxTat.

* dexâc>>> àtxiZ'

^ Porph., V. Pyth,, 52. n&vav Siafopàv àptOpioO x«\ ic&v elSoc X&you %a\

choses ne sont que des rapports. Cette transformation, opérée avec conscience sous l'influence de Tesprit éclectique, avait sans doute pour but de trouver dans le système une métaphysique et une psychologie plus conformes à celles qui avaient pris possession de la généralité des esprits, d'incorporer, pour ainsi dire, le pythagorisme dans le platonisme renouvelé qui s'en rapprochait de lui-même par tant de côtés, sans abandonner, en apparence, le principe propre et distinctif de l'école.

I 3. — Apollonius de Tyane.

Si l'on trouve , et avec raison , bien peu considérable la contribution de Modératus au développement de la philosophie et de la psychologie, le rôle d'AppoUonius, de Tyane, son contemporain et adepte de la même école ^, est encore plus faible sous ce double rapport. Son rôle, ou peut-ôtre seulement le rôle que lui fait jouer son biographe, Philostrate,

1 Apollonins de Tyane, en Cappadoce, né sons Auguste, a vécu au i*' siècle de notre ère, sous Claude, Caligula, Néron, et meurt peu après Tavènement de Nerra (96 ap. J.-Ch.). Les uns portaient la durée de sa vie à 100 ans; d'autres la réduisaient à 80 ou 90 (Philostr., V, ApolL, VIll, 27 et 29). Suidas (v.) prétend que pour obéir au précepte de Pythagore, il garda le silence pendant cinq ans. Il voyagea, d'après son biographe Pbilostrate, en Egypte, dans la Chaldée, dans la Perse, dans rinde, et il n*y a pas de raison de mettre en doute la vérité historique de ces voyages qu'explique suffisamment Tattrait irrésistible qu'exerçait alors la science vague ei mystérieuse des Orientaux sur les esprits grecs. Sa vie toute merveilleuse, tdle du moins qu'elle nous est racontée, est, suivant le mot de Lucien (Alex,, 5), une vraie tragédie, c'est-à-dire a une forme romanesque, mythique, théâtrale. On le représente comme pratiquant la magie, accomplissant toute espèce de miracles, étonnant les hommes par Taustérité de sa vie, et s'élevant par là an -dessus même de Pythagore. Sa biographie, où il est difficile de séparer la légende de la réalité, écrite par Philostrate à instigation de Julia Domna, femme de SepUme Sévère, semble avoir eu pour but d'en faire un saint, qui puisse être mis en parallèle avec J.-Ch. Cependant, cette intention ne s'aperçoit guère dans l'ouvrage de Philostrate, où l'on ne relève aucune trace de tendance polémique. Il avait écrit un livre Sur les Sacrificet^ iccp\ iTxriûv (Eus., Prap. Ev., IV, 13, p. 150), une vie de Pythagore (Porphy., V. Pyth.f 2. lamb., F. Pyth., 254-256), un livre sur la divination astronomique (PkUmtr., 171-31) et un grand nombre de lettres. Apulée (de Magia, g 90) le cite

196 mSTOIRE DE U PSYCHOLOGHS DES GRECS

est de recommander par un tableau de perfection morale réelle et vécue, les principes et les préceptes de philosophie morale et religieuse qui se rattachaient au nomdePythagore. n est représenté comme un être supérieur à l'humanité, et tenant le milieu entre la nature humaine et la nature divine ^ La philosophie n'est pour lui que la connaissance de Dieu et du vrai culte qui lui est dû. Ce Dieu est pariait et parfaitement bon ; les représentations de la mythologie égyptienne, tout autant que celles de la mythologie grecque, en défigurent et en déshonorent l'idée.

Cet Apollonius, tant célébré par l'opinion publique, dit Eusèbe *, s'exprime comme Porphyre, au sujet du Dieu premier et très grand. Pour rendre au divin, toO ôc^ou, dit-il, l'hommage qui lui convient le mieux, pour se le rendre plus propice, plus favorable qu'à aucun autre homme, il ne faut, à ce Dieu que nous appelons Premier, qui est unique, séparé et distinct de toutes choses ', par lequel nécessairement nous connaissons les autres dieux, il ne faut sacrifier ni feu ni aucune chose sensible ; car il n'a besoin de rien et il n'y a rien de ce que la terre engendre, ni plante, ni animal, ni air, qui ne soit entaché de quelque souillure et indigne de lui. Ce que nous lui devons offrir, c'est le meilleur de nous, non pas môme des paroles qui sortent de la bouche, mais notre esprit qui n'a pas besoin d'organe *. Au-dessous de ce Dieu

comme un magicien célèbre : « Ego ille sim... vel is Moses vel Apollonius... fel quicuroque alius post Zoroastrem et Hostanem inter magos celebratur. » Origène (c. Ceit, VI, ii) le nomme un philosophe et un magicien, un thaumaturge, et s'appuie sur des mémoires biographiques, â7co(xviQ(iaTa, écrits sur Apollonius par un certain Moingëne que cite Philostrate (V. Apoll., 1, 2, 2) qui les d(^clare insuffisants et incomplets. Conf. bàixr, Apollonius von Tyana und Christiu, Tûbing. Zeitscb. f. Theolog., 1832), Rayser, Philostratorum qum supersunt omnia^ Zurich, 1853; PAtiotlmtorum opéra, éd. Westermann, Didot, Paris, 18i8.

* Philoslr., V. ApolL, VII, 38. ^udcc Oc'a xa\ xpettxcdv àvOpcdicwv. Eanap., Vit. Soph., Proam., p. 3. oûxlri 91X67090;, àXX'rjv Tt Oeûv Te xqi\ àvOpc&icttv piévov .

* Prmp. Ev., IV, 13.

3 C'est ridée de la transcendance.

* Eus., Pr. Ev,, IV, 13, p. 150. voO; 8£ èoriv outo; opyàvou pitj 8s6|Mvoc.

U PSYCHOLOGIE DES PYTHAGORICIENS ÉCLECTIQUES Sf7

Premier, il en est d'inférieurs qui eux-mêmes ne sont pas égaux entr'eux en dignité d'essence. La première de ces divi- Lités secondaires est le soleil , la plus pure manifestation visible du Divin.

La création et l'administration du monde sont conçues suivant les idées de Platon. Toutes les choses sont déterminées d'avance par le Destin. Le monde est un être vivant, m&le et femelle , qui se suf&t à lui-môme : il a une âme et une raison.

L^omme est d'essence divine et peut par la sagesse devenir un Dieu. Son âme est immortelle e^mème étemelle; elle passe d'un corps dans un autre, mais dans tout corps elle est en prison, enchaînée à la sensualité et aux impulsions désordonnées de toute espèce, dont la philosophie a pour objet de l'affranchir.

D faut se connaître moralement soi-même pour arriver à la vertu et à la sagesse. Celui qui pratique toutes les vertus, qui garde sa vie entièrement pure, et sait adorer Dieu d'une adoration vraie, saura tout, il connaîtra les choses les plus cachées à l'homme, aura la prescience de l'avenir ^ et le don même des miracles >. Il est singulier que ce pythagoricien témoigne assez peu d'estime pour la théorie des nombres, caractère distinctif de l'école. Il recueille, reproduit et semble recommander la réponse que lui ât le brahmane Jarchas : c Nous ne sommes pas les esclaves du nombre , et le nombre n'est pas notre esclave. Nous ne nous distinguons que par la vertu et la sagesse '. »

^ Phil., F. ApolL, ni, 18. y\\uXç navra yiyytaavLoiuy, disent les Brahmanes, /d., VII, 14. Apollonius est dit : 5 tc clScdc icgcvtx. /d., VII, 11, 6. c Si tous restes purs, dit-il ison disciple, icportYV(â<ncciv Bdtjta. »Les HoméUes Clémentines qui se rapprochent beaucoup de Touvrage de Philostrate et ont un caractère pythagorisant, donnent aussi le don de Toniniscience i leur prophète de la sagesse.

s On lui en attribue un grand nombre, entr'autres un mort ressuscite. VU. ApolL, IV, 44.

* va. Apoll.f III, 90. oiSxt riluTc âptO|iû 5ouXc\3o|mv, oCfxt 4 âptOi&bc Ti|itv, ècXX'àicb ffo^tac n xa\ àpct?}; icpoTi)&«&|uèa.

Sur la foi d'une lettre S que sans doute il n'estime pas authentique, mais qui lui parait exposer une doctrine conforme à ses sentiments philosophiques, M. Ravaisson lui attribue ledogme stoïcien surlaDivinité, considérée comme substance sans formes, mais susceptible de revêtir toutes les formes possibles'. < Aucune chose n'est sujette à aucime espèce de mort^si ce n'est en apparence, de même que, si ce n'est en apparence, aucune chose ne naît. Car ce qui passe de la substance, H oûd^aç, à un être déterminé, (pudtç, parait être une génération et ce qui passe de l'être déterminé à la substance, par la même raison, parait une mort; mais en réalité rien ne nait, rien ne périt jamais. Seulement tantôt l'invisible se manifeste par le fait de la densité de la matière, tantôt le visible devient invisible par le fait de la ténuité de la substance... Ce qui , tantôt rempli , apparaît par suite de la résistance de la densité matérielle , bientôt devient invisible , s'il est vidé, par suite de la ténuité de la matière '. La substance première, -^ Sa 7rpa>T7| oûa^a, seule agit et souffre , devient pour toutes choses un Dieu, cause universelle *. Les noms et les figures diverses lui enlèvent son essence propre et le déshonorent, et c'est alors qu'on entend des gémissements et des larmes quand, par un changement de lieu, mais non d'essence, un homme devient un Dieu. »

Sans parler du caractère suspect du document, il me parait difficile d'attribuer à un pythagoricien la doctrine de ce panthéisme matérialiste absolu , où Dieu lui-même et T&me sont matière, tandis que la métempsychose entraîne la distinction de la matière et de l'esprit.

* Philottr, qum iupertunt.., Accedunt Apollonii Tyaneniii EpUtolm. Olearhis, Leips., 1709, t» 25-26.

* OdtvaTOC oÛ8s\; oùdivo;.

3 Le terme {^Xy) est identifié à celui d*ov<r<a dans les fonnoles fiià Uict^Tf^ta TTic oCiffîxc... dtà Xeirr6Tr}Ta rrjc vXv}c. La substance est donc tour dans Tétat dense et dans l'état tenu, dont les vicissitudes et les alternatives créent les apitarenoes de la génération et de la mort.

^ Le texte : ic&di y^Y^op^^ icavT«»v Ocbc atiStoc, même avec la restitatkMi d'afTioc, est encore bien obscur.

§ 4. — Nicomaque de Géraae et Onataa.

Ce n'est point tout-à-fait ainsi qu'a compris le pythagorisme et particulièrement la théorie des nombres Nicomaque de Gérase, en Arabie, qui appartient au n« siècle ap. J.-Ch^ Dieu, en tant que monade, porte bien en soi toutes les choses, mais en germe^ comme l'unité contient en soi, d'après Py thagore, tous les nombres qui s'en développent '. Mais il y a, comme l'a dit Platon, deux sortes de choses : les unes, sensibles, sont celles que nous fait connaître la sensation ; les autres, supra-sensibles, sont celles que nous fait connaître la raison. Les unes sont corporelles et changeantes, les autres incorporelles, éternelles, immuables. Ces êtres immuables et réels ce sont les Idées, les qualités universelles, les causes immatérielles qui se communiquent aux choses sensibles et par lesquelles celles-ci deviennent ce qu'elles sont ^. Elles deviennent ce qu'elles sont parce qu'elles sont ordonnées par la Providence et par la Raison démiurgique d'après les Idées, et ces Idées, ces nombres, sont le principe , le modèle archétype ^ des choses et même des sciences, qui les précèdent dans la pensée du Dieu artiste, où ils sont pour ainsi dire la raison ordonnatrice et exemplaire de tout le

MI est né Ters 147. Ses oii?ragcs publies sont :

i. Nicomachi Geraseni ArUhmeticœ lib. II, éd. Fr. Ast , dans fambUeht CkalddentU Theologoumena Arilhm^Jica, Leips., 1817. S. Nixopax^u repotovjvoO 'Ap(OviT}Ttxiq Paris, 1538. 8. Nixo(idtxou FspavvivoO âoiOiAtiTtxri EivayuY^t <id. Hoche, Leips., 1866.

4. Iwàvvou YPtt|&|iotT(xoO 'AXe^avdpecdc (Pbilopon) et; xb icp&Tov ttj; Nixo- {tdi^ov è(pt6|iT2TtxT)c EtaaYCtfY^iC* Hoche, Leips., 1861.

5. In Ub. II. Nicomachi itUrod, Arithmet., Hoche, Wesel, 1867.

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