‹ Histoire de la psychologie des Grecs (volume 2)Chapitre 19 sur 28 · T. III. U · texte numérisé non relu

T. III. U

* T. m, eu et 700.

^ T. IV, p. 358. svTixOtta (ici-tNis, dus les êtres qui vivent sur U terre) ^stvttat voO; Ttç âfixvo^i&cvoc Ix tÀv ^vw awtJLdKTMv.

§ 2. — De l'essence de Vâme.

L*homm6 est un composé ; son être n'est ni absolument un ni absolument simple, car ce qui est véritablement un et sans parties ne peut souffrir aucune altération et se transformer en une autre chose. Or Thomme souffre, donc il n'est pas un ni simple ^ Cette altération, àXXo^a>9tç, s'étend à toute son essence, à l'essence de son âme, dont elle conditionne les divers phénomènes psychiques, peine et plaisir, sensation, mémoire et raisonnement *, comme à l'essence de son corps dont elle conditionne les phénomènes physiques.

Nos corps sont composés de solides , de liquides et d'esprits, 7rvcu(xaTa. Les solides sont les os, les cartilages, les nerfs, les muscles, les veines, les artères, les viscères. Les parties humides sont les humeurs, x^f^o^ ^^ les excrétions ^. Nous verrons, tout à l'heure, ce qu'est lepneumaet dans quel rapport il se trouve avec les humeurs. Les humeurs sont dans le corps de tous les êtres vivants ce que l'élément est dans le monde, et il y en a aussi quatre : la bile blanche , la bile noire, la pituite, (pXéyfiia, et le sang. Tous les êtres vivants sont constitués par un mélange des qualités de ces humeurs^ c'est-à-dire par un mélange d'humidité et de chaleur, de sécheresse et de froid ; car le sang comme l'air est humide et

( T. U p. 247. u Hippocrate a dit : Et moi je dis, si rbomme était an, il ne soufrrinit pas ». La souffrance est un fait de conscience : c'est donc sur un fait psychique qu*Hippocrate fonde la conscience de l'unité de Tétre vivant. V. plus haut, p. 339.

* T. I, p. 484,486, 487. icâax^^^ '^^ ^^^ àXAOïoOoOat di*8Xy); iauTTjc Tr|v oûatav. Sans ràXXo^coaic, on ne s'explique ni les icàO/) ni les Suvâpiei; de l'âme.

3 T. XIX, p. 356. Je me sers sans scrupule de ces définitions, tout apocryphe que soit l'ouvrage qui les contient. Elles expriment très fidèlement la théorie physiologique de Galien.

* T. IV, p. 762. On pourrait dire aussi que les corps élémentaires enx-mdmes, par une pénétrahilité absolue et réciproque entrant les uns dans les autres, constituent les êtres vivants. Galien préfère croire, comme Aristote, qu'ils ne se communiquent que leurs qualités, erre 8à tûv aco(iaTtxfi>v ovai&v 5X(i>v di 'àXXT^Xcov loua&v ttx% Tfi>v icoiOTnxwv {i6v(Dv... iciOavcdXcpov ik elvai voi&tCco xatà xàc icoi6TT)Tac

chaud; la bile blanche, comme le feu, est chaude et sèche; la bile noire, comme la terre, est sèche et froide; le phlegme, comme l'eau, est froid et humide. Ces humeurs se combinent, se réunissent, s'unissent, <ruv^(TTavTat. cvoOvTai ^ de manière à constituer la diathèse propre et individuelle de chaque être, sa xpaatç, son tempérament, son idiosyncrasie^ par laquelle il diffère de tout autre , car aucun animal ne peut être formé d'un seul de ces éléments, d'une seule de ces qualités. De ces humeurs s'exhalent les esprits, toc icvcufiiaTa. De ces esprits , l'un est l'âme ou l'organe immédiat de T&me. C'est la conclusion à laquelle aboutit Galien^ à la suite d'une exposition des phénomènes physiologiques que nous allons analyser.

Il y a au dedans de tout être vivant une chaleur organique innée, xi l|x<puTov ôrpjjkJv * ; pour l'entretien et la conservation de cette chaleur vitale, il est nécessaire que l'animal aspire l'air extérieur dans ses poumons; ce phénomène physiologique s'opère, l'aspiration comme l'expiration, par la bouche, les artères, la peau. Le premier de ces mouvements, l'aspiration par la bouche et la trachée artère, est volontaire , TcpoaipETtxdv ; le second, qu'on appelle le pouls, d^uyjx^ç, est produit par le cœur et les artères, dans le temps de la diastole, au moyen des bouches des artères aboutissant à la peau et qui attirent dans le corps l'air extérieur afin d'y produire le rafraîchissement d'abord, une sorte de ventilation ensuite,

< T. XIX, p. 485, 486; t. I, p. 509.

* Cette conclHsion s'appuie manifestement sur la doctrine stoïcienne do pneoma, qu*uDe école de médecins, appelés pneumatiques (t VII, p. 175. ol icvcv|utTtxo\ taTpoi)» avait adoptée pour fonder systématiquement la science de la médecine. Galien, qui se rattache visiblement à leurs principes, ne fait que la développer dans son sess physiologique et psychologique. T. XIV, p. 699. « Les médecins. Athénée et Aithigénès, professent que c'est uniquement par le pneuma qui les pénétre (les éléments solides et matériels du corps), qne tous les phénomènes physiques, même les phénomènes morbides, sont formés et gouvernés |i6v((> tù StiQxovTt ^t'aùrûv icvc^- (AoiTi xai xà fuoixà avveoTCKvai re xa\ 5iotxelo6at xa\ Ta voaVîtiaTa, et que c'est le pneuma qui est est le premier sujet affectant ou affecté, toOtou icpwxoïc»doOvToc 86ev xai icvcu|AaTtxo\ xP^t^'^^Covai ». Paracelse les appelait Humori$i€i.

enfin, et c'est sa fonction laplus remarquable, afin d'y engendrer le pneuma psychique*. Le pneuma psychique, nous le voyons déjà, est le résultat, on pourrait dire chimique, de la combinaison de la chaleur vitale interne, organique, avec l'air extérieur.

Le cœur et le poumon d'un côté, les artères et les veines de l'autre, étant unis entr'eux par des appareils anatomiques , le cœur tire du poumon et reçoit l'air extérieur par les deux artères voisines, et à son tour il pourvoit et nourrit de sang le poumon 2. Le pneuma, résultant de la combinaison de la chaleur vitale et de l'air extérieur revient ensuite du cœur par le ventricule gauche, dans ces artères 3. Il y a donc entre ces parties de l'organisme une sorte d'emprunt mutuel et d'échange. Le cœur fournit au poumon sa nourriture, le sang, qui lui arrive par le foie, et le poumon, en échange et comme en compensation de ce qu'il reçoit, donne au cœur, par l'intermédiaire du foie, le pneuma*. Les artères répandent et distribuent l'air inspiré dans tout le corps, et en font ainsi du pneuma vital, irveOfxa aufAfuTov, en le transmettant au cœur qui est le foyer ou la source de la chaleur na-

* T. V, p. 709. Tptcdv (vexa... y^vlaecûc irve\3piaTo; 4^uxtxoO.

' T. V, p. 525. ex toO irveu(iovoc t) xapSîa xbv àépa 5tà t&v elpviiiivcûv âpTr,piûv via grande et la petite) ; Galien fait une comparaison expresse entre les phénomènes vitaux et les phénomènes de la végf'station. (Id., 52i. &yt àr^ i&oi tr^v eix6va èic\ ta }^ù>ol). L*air que le cœur tire du poumon par ces artères, est comme la nourriture fabriquée par la nature, Oicb ttj; çûotcûc 2edv)|jitoupYY)pLévv)v Tpoçi^v, que les végétaux tirent de la terre par les racines. Dans le ventricule droit et dans les veines, le sang prédomine ; dans le ventricule gauche et les artères, c*est le pneuma. Mais il y a du sang et du pneuma daus les unes comme dans les autres, seulement dans des proportions différentes. T. 111, p. 491. i&sTlxouatv al i&èv âpTTjptai XeirroO xai xabotpov xai ô(T|&(o5ou;, aï ai çXéSec ôXtyov» xai 6|&ixXco8ou; àépoc. Ërasistrate, dont Galien combat Tbypothèse, croyait que les artères ne contenaient que de Pair, et les veines que du sang. Les médecins appelaient, en suivant cette opinion, le ventricule gauche, pneumatique. T. 111, p, 436. tv^v àpivrepàv aÛTT)C xoiXtav V xoXe laTpoU ^Oo; ovo|iàCeiv sort icveu(iaixixiqv.

' T. IV, p. 511. TT)C xapSéa; elc iauxTiV ti fcapà toO tcve\i|iovoc l)xo\SaY)C àépoç cict9ce|&fco0<ry}c tc xatc fcXi^aiov àprr^piaiç.

^ T. III, p. Mi. 'Ap^i^v yoLp tiva tû nveiSi&ovt rqv ex toO f|fcaToc Opé<|^iv ifoixcv àvTtnapéx((v ^ xapdta, xai toOtov avTetaçfpciv avT^) (le foie qui le transmet an cœur) tov l^pavov àvl '0^ Xa|i6âve( icap 'èxeivov icvsOitatoc .

35i HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS

tive vitales qui fait vivre ranimai. Toutes les parties matérielles de l'organisme se mêlent et se pénètrent, sont toutes en toutes, èv iizxai tcxvt 'c(7t^ comme l'a dit Hippocrate; aucune n'est pure et simple, toutes participent de toutes, irâv-ra icâvrcoY

Le pneuma n*est donc pas, primitivement du moins, identique avec la chaleur interne; il est engendré, sous l'influence de la chaleur dont il devient ensuite le véhicule, de l'air extérieur d'une part, qui se combine avec le principe de la chaleur vitale, et d'autre part des évaporations * des matières organiques internes, des humeurs, c'est-à-dire du sang, des glaires, de la bile et du résidu des matières alimentaires '.

De l'action imparfaite de la chaleur sur les matières alimentaires, insuffisamment dissoutes et assimilées, naît le pneuma ^pudcu^; ^. La fonction de [la respiration est d'un ordre plus élevé : elle modère la chaleur dont l'excès amène la mort, et d'autre part elle nourrit le pneuma psychique*, c est-à-dire le pneuma qui est l'âme ou le pneuma de Tàme.

11 y a donc, suivant Galien, plusieurs espèces de pneuma dans l'être vivant.

1. Le pneuma (puaûScç, qui naît, nous venons de le voir, des vapeurs, des gaz exhalés des humeurs : c'est le plus grossier; on en voit les effets dans les phénomènes purement physiologiques, les flatuosités, le vertige, les bâillements.

2. Le pneuma organique vital, Ccotix^v, <ni(X(puTov o, est d'un

* T. 111, p. 436. T) xapdta ttjc i|i9^T0v Oeppiaatac ^ SiotxttTsi to Câ>ov o^ov ioTta xi Tt; icxi xa\ miyV)... t4> fcavTi scoo» diaçvXârret tt|v Cwtjv.

^ T. Vil, 240. Y) 8è évepyoOaa (lèv ài&ç'i Ta aixia OcpiiéT^ç iccaç dioXûci avtà, xaTepyâCetai 5à ovx àxpi6&;, xàvTcvOev t) loO fuae&Sov; 1Cvc^S(&aTo; ycvcot;.

^ T. IV, p. 510. deurlpa dà (xpeta) Opi<|/i; toO ^vxixoO icvci3|iaTo;.

^ T. IV, p. 147. Le sang des menstrues de U femme ne forme que la matière du produit : c'est riiciTi^deio; uXy) icpb; c|<^pucûv J^tatùv yivtaiv. Mais la cause motrice, T) àpxY) xivT]TtxiQ, organisatrice, c*est le ffuin^viov icviOfia, qui solidifie la matière bomide du sperme.

lA PSYCHOLOGIE ÉCLECTIQUE DE GâUEN 853

ordre supérieur; il se trouve principalement dans le cœur et les artères, où il est nourri par la respiration et le sang ; il produit les phénomènes de la vie de nutrition, la digestion, la génération, et diffère du premier par son abondance et sa chaleur *.

3. Enfin de ce pneuma vital se forme un pneuma psychique qui réside dans les ventricules du cerveau, et y est arrosé et alimenté par le moyen de la respiration et par l'appareil du tissu de filets nerveux qui préside à la distribution régulière de l'air inspiré ^. L'encéphale est comme la source du pneuma psychique ^.

A ces trois espèces ou à ces trois degrés de développement du pneuma, Galien ajoute parfois encore le pneuma physique, qu'il distingue du pneuma vital, et qui, si toutefois il existe, a son siège dans le foie et les veines *.

Dans cette classification des pneumas de l'être vivant, Galien n'est pas partout constant avec lui-même , au moins dans la technologie : c'est ainsi qu'il pose parfois comme le genre le pneuma efjKpuTov ou (7ù{i(puTov s, et y distingue deux espèces : le pneuma physique, (puatxdv, et le pneuma psychique; à ces deux espèces, d'autres philosophes, dit-il, en ajoutent une troisième le pneuma exTix($v ; ce dernier est le principe de l'unité des minéraux, zh duvi^ov. Le pneuma çudixdv, de la nature, est celui qui nourrit les animaux et les végétaux; le pneuma psychique est celui qui, dans les êtres animés, IpL^u^a, leur donne la sensation et le mouvement dans toutes

* T. IV, p. 181. icveO|jia icoXÙ xa\ eep,&6v. T. X, p. 839. toO dà CcotixoO icvtiS{taToc.. xaTa tc tt)v xoepSiav aOrb xai ràc àpTYjpia;.

^ Je ne CDmprends pas aatremenl la phrase, Stdt te t^c etfftcvorj; xai tt|c ex toO dixTuoeidob; icXéyiiaTOc x^P^T^^^*

' T. X, 839. ToO (iàv 4^x(^®^ icveiSpiaToc... ofov itqy'H^ "v^va oZoolv xbv iyx^aXov.

* T. X, p. 839. eî 8à Itrzi ti xaCi fuaixov icveO(ia, irepiéxorr'&v xa\ toOto xotxà Tt xh Tjicap xoLi Tac 9X£6a;.

B T. XI, p. 730. Galien le confond avec l^iiçuTov Oeppi^v d*Hippocrate : « Ce qu*Hippocrate appelle lf|if utov 68p(i6v, c'est co que nous appelons, dans les animaux, icvcO|xa, et rien n*enipécbe d'entendre jKir TlfiJiçvTov 0ep|i6v, uni au pneuma, la substance du sang et de l'air. Les Stoïciens en avaient fait la substance de l'âme ».

Cbaighkt. — PtydiologU. 23

leurs formes, degrés et espèces. L'animal les réunit tous les trois : le pneuma psychique est dans sa tête, le pneuma physique dans son cœur, le pneuma àxTixdv, dans tout le corps * .

Le pneuma de l'âme comprend deux parties ou éléments organiques, arot/cToc, xaTaaràaeic, complètement unis et mêlés l'un à l'autre, Il 6Xa>v àXX^Xotç xexpa(Acva : c'est le froid et le chaud, ou si l'on aime mieux, l'air et le feu ^. Nous pouvons nous en assurer par le phénomène de la mort. Que l'âme soit dans sa substance ce pneuma, mélange d'air et de feu, contenu dans les ventricules du cerveau ', que l'âme soit la forme de ce mélange *, ou qu'elle soit quelque force incorporelle, absolument étrangère à toutepassivité^ différente de cet appareil qui n'en serait alors que l'organe, la mort naturelle, qui se manifeste par l'immobilité et l'insensibilité, vient quand l'appareil encéphalique est blessé, parce que, même si rame diffère de ses organes, elle ne se dissout pas moins quand ses premiers organes, c'est-à-dire le pneuma, sont altérés. Or l'altération, la lésion mortelle du cerveau ne peut être produite que par deux causes : ou parce que le cerveau est vidé de la substance pneumatique qu'il renferme ou par un excès de chaleur qui s'y manifeste. Or l'arrêt de la respiration, qui nourrit le pneuma d'air, c'est-à-dire de froid, n'a pas pour cause, les expériences ne le prouvent pas du moins, le fait que le cerveau est vidé de sa substance ^, vide de pneuma; la fonction de la respiration qui entretient le pneuma, c'est-à-dire la vie, est donc arrêtée par un excès de chaleur ^

* T. XIV, 726. ToO àï è|ji9UTou Tcveuiiatoç fiitrbv clSoc, to |iàv çuotxbv, tô Hk «{/u^ixciv, Eloi àï oï xai TpÎTOv eiadtyovffi to &xtix6v.

3 T. IV, 501. ï\k^\jxoz BeppLaa^a, ou icveO(&Qc.

* Id.,^09. TO (nj(i7cav aOTr,; Tf,ç xaTaaxsvY); el6oc.

s Id., 509. ?) icap'avTY)v etTic 2\3va|jii( à<r(u{&aToc... aÙTT^v |jiv àicaOîj «qivteX&c OTcâpxouaav.

^ Ce qui arrive dans les blessures profondes des yentricules du cenreau. T. IV, 510. Conf. t. V. p. 611.

' T. IV, p. 510. àicoXcîfctTai Sti tik Ocp(Mtabc ôiurp^av oncofhn^axotuv.

c'est-à-dire par un manque de proportion entre les deux éléments principaux constituants du pneuma psychique.

Nous savons que ce pneuma, qu'il soit l'âme ou seulement son premier organe, est le principe, dans l'être vivant, delà sensation, du mouvement volontaire et de la pensée *, et la preuve c'est l'insensibilité et l'immobilité qui se produisent immédiatement quand les ventricules du cerveau qui le contiennent sont profondément lésés. Mais l'action du pneuma, sous ses divers modes, ne paraît pas directe et immédiate; c'est par l'intermédiaire du système nerveux qu'il l'exerce, c'est du moins une hypothèse, sur laquelle il est vrai que le prudent Galien ne sait pas se décider absolument.

Les nerfs qui avaient été découverts par Hérophile et Erasistrate contiennent du pneuma, et c'est par là qu'ils sont, avec les artères et par la même raison , les organes conducteurs des sensations et des mouvements, les voies de communication du pneuma*. Il y a, sur ce processus, deux opinions possibles : ou bien il y a dans les nerfs, dans tous les nerfs, et non pas seulement dans le cerveau, dans lequel et dans les membranes enveloppantes duquel ils ont d'ailleurs leur origine, une espèce particulière de pneuma, qui leur est inné et qui a en eux son siège naturel, sa demeure, sa patrie •, et qui reçoit du pneuma premier comme un coup avertisseur, par lequel il est mû et averti de ce qu'il doit faire ; ou bien les nerfs n'ont pas de pneuma propre, mais par l'apophyse venant de l'encéphale, le pneuma du cerveau, qui est pour ainsi dire le chef du chœur de tous les actes de la vie *, s'écoule dans les nerfs, toutes les fois que nous opérons un mouvement physique ou un acte de sensation ou de pensée; quelque solution qu'on adopte, et Galien n'en adopte aucune,

* T. XIV, 726 ; t. IV, 770. y| èv iyxt<^aktù xaOidpu|i£vv) XoyiarixTi ^x^ï'

* Gai., t. III, p. 813. « Hérophile nommait les nerfs optiques, pores, n6po(, 8ti liivot; aÛToTc aiaOy)Ta\ xa\ 9af etc eiaiv aX toO irvcO|iaiTOC £5o( i.

' êY^<dpi6v Ti xa\ ou|i9VT0v avrolc.

. * T. V,610. xopïlY*îw«.

856 HISTOIRE DE lA PSYCHOLOGIE UES GRECS

il n'en résulte pas moins que le système nerveux, médiatementou immédiatement, est le véhicule, sinon le principe, de la force motrice vivante et de la faculté de la sensation, c'està-dire au fond de la pensée.

La nature s'est proposé trois fins dans la distribution des nerfs : 1® les nerfs donnent la faculté de la sensation aux organes physiologiques de la sensation; 2^^ par leurs liens anatomiques avec les muscles, ils donnent aux membres mobiles, le mouvement volontaire; 3* pour les autres organes *, ils nous donnent la conscience, StàYvaxnc, des choses qui peuvent leur être douloureuses; ils nous donnent l'impression du plaisir et de la douleur, sans laquelle les êtres vivants seraient vite détruits*.

Au fond, il n'y a pour Galien qu'un pneuma, dont les différentes fonctions et les sièges divers correspondent à des degrés différents de pureté, de perfection et d'harmonie dans le mélange qui le compose, et une question plus grave que celle de savoir comment les nerfs participent aux fonctions de la vie même intellectuelle, s'élève et reste pour lui, en apparence, non résolue et insoluble. Ce pneuma qui est un en substance, et de nature manifestement corporelle puisqu'il est nourri, alimenté, soit seulement par l'air extérieur inspiré, comme le veut Érasistrate, soit en même temps et concurremment par les vapeurs, le gaz, exhalés du sang, comme le pense Galien avec beaucoup d'autres médecins célèbres,

* T. III, p. 378. Tpct; yàp 5y| «moicoi tp 9\Sffci tt); t£^v vcupciiv ila\ diatvo|iîîc, 6 (tàv ai(TOi^o£(i>; evexoc TOt; al<j6y)TtxoI; opyocvoi;* 6 de xiviqvccoc, toTc xiviiTtxot;, à 6'ei; Tr,v tùv XuTrrjaivTcov diexyvcomv âi^aai xoXç àXXot;. II y a donc : les Derfs de la sensation, consid^r^e comme connaissance; les nerfs moteurs et les nerfs de la scnsibilili^ de l'affection a^éable ou douloureuse. La conscience, didcyvoxTi;, ne se révèle, chez Galien, que comme la conscience d'un état affectif dn corps, conscience d'une douleur ou d'une jouissance physiques. Dans ce passage (p. 379), Galien s'associe à Hippocrate pour parler de la nature, t) ^otç, comme d'une puissance propre, spéciale, et à laquelle il donne, comme lui, les attributs de sagacité, de justice, d'habileté technique, de providence, tS>c eùicatdcuT^c ts xa\ dixata %ol\ Texv(XT) xa'i TrpovoTjTtxY) tûv J^totay t) fuert; i<rrîv.

* T. III, p. 380. ei yàp \kr^tk toOO 'viif,pxev avtotc, âXX'^v aytaio^xa t6v èv aOTOlc icaOfii&aTMv, ov^v Sv Ixc&Xutv iXa^î^rti» XP^^V fiiaçOc^pto^oi xk (te*

LA PSYCHOLOGIE ÉaEGDQUE DE GAUEN 357

sur Tautorité desquels il appuie son opinion*, ce pneu ma ffujjL^uTov, ÇwTixdv, ij/o^ixdv, cstril rame même et sa substance, ou n'est-il qu'un organe, un organe essentiel, primitif, un appareil organique et obéissant? Sur ce point et à plusieurs reprises, Galien déclare qu'il n'ose pas émettre une opinion*. L'âme est-elle une substance existant par elle-même, c'est-àdire est-elle une substance 3? Alors elle pourra être, elle devra être absolument incorporelle; par suite, elle pourra être réellement et absolument immortelle*; au contraire n'est-elle qu'une forme, un état, une puissance, une qualité du corps, alors elle sera sinon corporelle, du moins elle sera liée à la substance du corps et périssable comme lui 5. C'est là un problème sur lequel il n'a trouvé nulle part une solution rigoureusement démonstrative , fondée sur des preuves géométriques, pas même une opinion plus vraisemblable l'une que l'autre®; mais il n'est pas difficile de voir de quel côté, malgré lui peut-être, penche son esprit.

Si l'âme est incorporelle, comment et par où cette essence incorporelle peut-elle se distinguer d'une autre essence incorporelle ? Où trouver le principe de l'individuation, de la personnalité ? Je ne conçois pas, dit-il, malgré tous mes efforts, comment ces diflférences peuvent s'établir, s'il n'y a pas quelque différence de qualités ou de formes physiques. Comment, d'autre part, si l'âme n'est rien du corps, peut-elle

* T. IV, 50i. xàx TT); tôO aî\uaLxoç àvaOu|itdt9e(i>; oux âiceixbc aùtb TpiçsoOai... xb <}/v^txbv 7cve0(io(.

* T. XI, p. 730. xh icpwTov «'jTÎj; éfpyavov... r,(uî; il icep\ oMaç <|/ux^ç o^Jte icavu Ti ToX(i&|uv âico^aîveaOai.

* T. IV, p. 762. el \Lr\ài\Lia xaO'iauTi^v è(mv t) oMol ^u^y^;.

* T. IV, p. 70. oC^xe ycLp et icavTscicaatv a9(d(iâtTo;, o<;Te el atàUMxiKY^ ti( êoriv, ot^TE el teX£(i>; âtjioç, o(^t'cl çOapTT), Ypati(iixatc ànoSetU^iv eup6v Ttva xsxpr.fiévov. Galien entend par démonstrations YpapLiitxat, des preuves g(H)métriques qu*il oppose à des arguments oratoires. T. IV, 702 et 695.

s T. IV, 788. dnù^iay Ttvâ otfatpeT (leYaXviv SXn t^ \r^ç «j^u^vic ova^ \ù\ oùx âacrti&axo; y^... et il semble piouvé qu'elle est ou el5o;, ou nâOo;, ou Ôuva|jiic, ou

icot^TYjc du corps.

* T. IV, 700 et 701. oùde(iiav cûpi^xùv 86(<xv âico8edeiY(iivY]v èiciffTTjpiovtxûc

àicopctv o|jioXoYb> icepi <Vuxt); oùffsaç, oû6*âxP^ '^^^ iciOavoO TcpotXOetv ôvvà|isvoc.

858 HISTOIRE DE LA PSTCH0L061B DBS GRECS

s'étendre et se répandre dans tout le corps ? Cest une chose encore plus incompréhensible. Pourquoi, si l'âme est incorporelle, n'est rien du corps, pourquoi l'abandonne-t-elle quand celui-ci vient à perdre son sang, quand la fièvre en accroît immodérément la chaleur, quand un poison le refroidit à l'excès * ? Pourquoi, dans le cerveau, l'excès de la bile blanche produit-elle le délire, l'excès de la bile noire l'état mélancolique? Pourquoi enfin certains médicaments, certaines boissons lui enlèvent-ils l'intelligence et jusqu'à la mémoire? Ceux même qui croient que l'âme possède une substance propre, sont bien obligés de reconnaître ces faits, et d'avouer que l'âme dépend du tempérament, c'est-à-dire de la constitution physiologique du corps*. Le corps, par ses états propres, détermine les états psychiques, même les états intellectuels, et si les phénomènes de la partie pensante de l'âme subissent ces influences physiologiques, que faut-il penser de la partie qu'on appelle mortelle? Celle-là, du moins, si toutefois on peut la distinguer de l'autre, non seulement obéit aux influences du corps, mais n'est autre chose que le tempérament, la constitution corporelle ^.

Quand Aristote définit l'âme la forme du corps et$oç tou ràpLoi- Toç, au fond que veut-il dire ? Ce n'est pas sans doute la figure extérieure, î^opcpi^, qu'ildésigne ; c'estdoncun autre principe différent des corps naturels, ayant la puissance d'organiser le corps ; mais puisque selon Aristote, toute chose est constituée

* T. IV, p. 776. oOx oCfffT]; 8è iioi6ry}To; ^ crSo\»c ao&iiaTOc ov&|ttsv voû

* T. IV, 777-779. avay^alov ïaxoLi xaù toî; Idtav ovffîav ifx'tv 6ico0c(iIvok tT;v 4/u-/r|V o|xoXuY7;9ai oouXeueiv aOTr,v xaU ToO; 9t&{iXTo; xpâotfftv. Ce sujet est tra*i(^ dans un mémoire spécial intitulé on ta ty;; <)^*/r,; ffir^ (ou 2uvdc|ieiO tsI; xoO (T<o|jLXTo; xpx'rsTiv EicsTS'.. Proclus {in Tïm., p. 3^6) y fait allusion : u Que dit Galien? Que les états du corps constituent les facultés de Time, de sorte que lorsqu'il est humide, agité, troublé, Pâme est agitée et privée de raison ; lorsque la proportion et Tordre rè;;nent dans le corps. Tâme retrouve sa raison et sa force i.

' T. IV, p. 782. ÔTt^TVjv TO Xoyixbv t/j; ^Vj^r,; {lovoetÔTj ovTîOtv îT^^ov xr^ toO ato|i«To; xpauei (TvptjieTaôxXXETXi, xi X9^ vo|i.'«Tai icào^dv xh Ovr^Tov â*jT>,; el6oc. N*esl-il pas évident qu'elle est absolument Tesclave du corps ? disons mieux : avtb 8tj ToOt'cîvai xb Ovr,xbv xr,; +ux^€» ^^ xp&aiv xoO ao&tiatxoc.

d'une matière et d'une forme, que la matière possède les qualités inhérentes aux quatre corps élémentaires, que le mélange de ces quatre corps s'opère par l'action de la forme informante ou organisante, il est clair que, pour Âristote, l'essence, la substance de l'âme n'est autre chose que le mélange de ces quatre corps, ou si l'on aime mieux des quatre qualités dont ils sont les véhicules. Dans ce cas, s'il y a une forme de l'âme distincte, caractérisée par la faculté de penser, elle sera mortelle, car elle aussi est un certain mélange (d'air et de feu) dans le cerveau, et à plus forte raison toutes les formes et espèces de l'âme * seront mortelles. Si Galien répète : « Sur ce point de l'immortalité de l'âme pensante, XoYKmxdv, jene puis ni la nier ni l'affirmer », il me semble que son sentiment intime se trahit par le fait seul qu'il reproduit toutes les raisons contraires à la thèse de l'immortalité, et qu'il oublie toutes celles qui la favorisent. L'âme est pour lui un fluide aériforrae, qui fait partie de l'être vivant à sa formation première, mais a besoin d'être nourri et entretenu, d'une part â l'intérieur par l'évaporation du sang, d'autre part à l'extérieur par l'air ambiant qu'il absorbe par la fonction de la respiration. Ce fluide, un en substance, a cependant des degrés de perfection ; il est plus ou moins pur, plus ou moins léger, plus ou moins éthéré, suivant qu'il réside dans le foie, dans le cœur ou dans la tête, et à ces divers degrés de perfection et de pureté de son essence correspondent différentes fonctions de la vie physique et intellectuelle. Galien, en contradiction avec son opinion sceptique sur la substantialité distincte de l'âme, mais conséquent avec son sentiment intime sur sa matérialité, fait de ces trois stades de développement du pneuma, trois âmes, trois espèces d'âme, ou si l'on veut trois parties de Tâme ; mais il traite ces parties, non comme des forces ou facultés d'une substance unique, comme

* T. IV, 774. tx |ièv o5v xai tb XoyiCiiievov sTôo; ttî; ^n^x^jC *§« OvYjxbv ïaxai» xaù Yttp %a\ aûrb xp&9Îc '^K iyTU^éîkt^.

360 HISTOIRE DE lA PSTCHOU)GIE DES GRECS

l'ont fait, c'est lui-môme qui le remarque, Aristote et Posidinius, mais comme trois substances différentes, hétérogènes les unes aux autres et pour ainsi dire contraires S ainsi que l'a fait Platon qui les sépare localement les unes des autres en leur donnant un siège différent, et qui les différencie encore plus par leur substance *. Ces trois âmes sont, on le sait, l'âme concupiscible, l'âme irascible et l'âme pensante, t& Xoytfmxov. La première peut être appelée aussi physique, ffwnxr^^ ou nutritive, eptuTixiq; elle préside aux fonctions de la nutrition, et nous est commune avec les végétaux et a son siège dans le foie; les veines sont ses canaux de transmission. La seconde, qu'on peut appeler aussi vivifiante, Çcotixi^, nous est commune avec les animaux et a son siège dans le cœur, source de la chaleur naturelle ' ; elle préside aux actes passionnels, aux émotions et sentiments involontaires. Enfin la troisième, rh ^oyi^Tix^v, >) ^«x**^ SuvotfAiç *, placée dans le cerveau, préside à la fois aux actes volontaires et aux sensations ; elle communique â tout l'animal le mouvement, la sensation et la pensée par Tintermédiaire des nerfs ^.

Réfutant l'opinion de Chrysippe, qui appelle parties de l'âme les éléments constitutifs dont se compose la raison dans l'âme, Galien observe que la raison, h léyoç, n'est pas la même chose que l'âme, et ensuite qu'il ne faut pas confondre les parties de l'âme avec les parties de la raison ; qu'ainsi les idées innées, ïwoiati, TrpoXi^ij/n;, qui sont dans l'âme, sont chacune des actes de l'âme et n'en sont pas des parties ;

* T. IV, p. 768. Tfi>v tptûv otvTT); (de rime) tlSûv xc xqi\ |upâ>v svStSet^at Ta; Suvâ^ut; cvavTt'a; Oicap^oudst;.

'T. V, p. 515. 6 (iàv o\>v nxâTcov xai Tot; t6icoi; toO acApiaTo; xs^wpso^i vù|jL:Ca>v «ùtà xaX xat; oÙtcocic icâyLiçoXu ôiaXXocrrtu , sùXôyw; etÔTj xt xxi pLiptj npo-Tayops«j6f 6 8*Api<rcoTlXr,c te xa\ 6 IlodetScovio; tiî»! piàv y, pipv) ^^^x^^ ovx ovo(/d(l^ouo(v, JuvdcpLLt; 2 Vivat çxiri |i.t&c ouata; ex r^; xapdtac dp|Ji«>tiivt);. Mais Aristote se trompe sur ce point, o\ iccp\ 'Ap'.ototlXv]; a^aXXovrai |ii&; oùota; Tpei; B\jwâ\uiç civai vo|jLtCovTe;.

3 T. XV\ 292. Oep|iâ(Tiac outiç^itou.

* Car Galien se sert lui-même du mot d^Svatiic. » T. XVI, 94 ; l. XV, 293.

tout au plus les pourrait-on appeler des parties de la raison ^. Il y a donc en nous trois facultés, Suvxfxciç, possédées par ces trois âmes < ; mais il ne faut pas se représenter les facultés comme des espèces d'êtres réels habitant les substances, comme nous habitons nos maisons s. Le mot faculté ou puissance, Wvafxi;, vient du pouvoir de l'âme de faire ce qu'elle peut, iiA

TOtS SuvavOai Tcotetv, $7cep av Suvarat. C'est toujours la faculté OU la

puissance de quelque chose, et la notion que nous en acquérons est de Tordre des relatifs*. Tout ce qui devient est l'effet d'une certaine cause, qu'il faut concevoir nécessairement dans sa relation â son effet. Cette cause est la puissance de cet effet, et elle n'est faculté que dans ce rapport. C'est pourquoi nous disons que la substance a autant de facultés, de puissances, Suvàfxeiç, que d'actes, svépyeiat. Elle ne fait évidemment que ce qu'elle peut faire. Quand nous disons que l'intelligence a plusieurs facultés, la sensation, la mémoire, l'entendement, cela veut simplement dire que l'âme peut sentir, se souvenir, raisonner. Il en est de même de l'âme concupiscible, qui préside aux fonctions de la nutrition , de la croissance, des instincts aphrodisiaques, et de l'âme irascible, OufxoeiSr,!;, qui a aussi beaucoup de facultés et de puissances telles que le goût de la liberté, de la supé-

^ T. V, p. 445. {9TIV êvvot(àv xi tivcûv xat icpoXiQ<|^c(i>v âOpotJi&ot... où ^x^; ôXXà X^you taOT* cTvai {L6p(a .. Tac y^iy^oloa xol\ npoXr^^ttç où |ji6p(a Tvj; 4nixv|< Xcxxiov, àXX'ivtpyeîac Ttvdtc... où yàp dr) tcou xaÙTiv cori 4^x^ ^^^ Xôyoc.

* Parfois (t. II, p. 1), Gallen n'en admet que deax : L*âme d*an cdlé, ^x^* principe de la sen^tion, des mouvements volontaires, qui est propre aux animaax, et la nature, çuai;, principe de nutrition et d'accroissement, commun aux animaux et aux végétaux. Il est vrai qu'on peut donner une âme même aux végétaux et rappeler ^utixt) ^y^x'^* ^^ réserver le nom d*aI(j6v)TtxT) à l'autre. Mais il vaut mieux dire que la nutrition et la croissance sont des fonctions de la nature, et non des fonctions d'une âme, f^aecDc ^pya, où «t/uxYjc* On voit ici la nature, t\ çù^tc, jouer le rôle d'une force spéciale, dont les théories de Galien n'expliquent pas autrement la nature, et que l'influence inconsciente des idées stoïciennes introduit dans son système. Gonf. t. VII, p. 55. « Il dut distinguer entre les facultés de la nature, 9Ù9CC0C, et les fiicultés de l'âme ».

' T. IV, 769 b»oictp.-. cvotxoOvx6c xtvoc icpayiiaTo; xatc oùatatc.

* T. XV, Î91 iv Tw %ç6c Ti xsxTi^iuOai.

an HISTOIRE DB lA PSTCHOLOGOC DBB GRECS

riorité, du commandement, des honneurs, la passion de la vengeance *.

Les facultés de l'âme humaine, si Ton rapporte soit à la la nature, ^utic, soit à l'âme nutritive et â Tâme vitale, les phénomènes de la vie purement animale, se divisent en sensibles, at^OTjTtxa^, motrices, xtvTjTixa^, et dirigeantes, '^yefiovixa/. La faculté sensible a cinq espèces, relatives aux cinq sens, ses organes ; la faculté motrice n'a qu'un seul organe, dont la substance ne se divise pas, le pneuma, et un seul mode d'activité, le mouvement qui se diversifie en apparence suivant les organes mus ; enfin la faculté directrice, la raison, se divise en trois facultés : l'imagination, xh çpavTx<rrix<Jv, la raison discursive, le raisonnement, xi Sixvovtjtix^v, la mémoire,

T^ [i.vT,[i.oveuTixdv *.

On ne voit pas figurer dans cette classification la conscience, comme faculté spéciale, et le nom par lequel Galien semble la désigner, SiiYvoxyi;, ne la distingue pas suffisamment; nous avons vu plus haut qu'il appelle ainsi la faculté de l'animal de discerner les choses qui lui sont nuisibles, en même temps que leurs propriétés objectives; il complète accidentellement cette insuffisante explication, par le terme de wapaxoXou67i<Tiç. Galien ne connaît d'autres mouvements involontaires que ceux du battement du cœur et du pouls, dans les artères, qu'on appelle vitaux ^. Les mouvements opérés dans le sommeil, le mouvement même de la respiration est volontaire *, puisque nous pouvons le suspendre, l'arrêter, même jusqu'à en mourir. S'ils semblent s'opérer sans notre participation, c'est que nous n'y pensons presque jamais. Mais alors,

« T. IV, p. 767, sqq.

« T VII, p. 56.

s T. VII, 585. Les mouvements dans les artères et le cœur, &c icpoaaYoprSouai C(i>Tixa;. Il y a une troisième espèce de mouvement dans les veines, mais qui n*est pas perceptible aux sens, oCx ai^r^xh^ ». Quel est-il? Galien n'en veut pas parler : oùSèv êv T(J> icapovTi £éo(iai X^y^iv. Les veines ne contenant guère que da sanf, Galien aurait-il deviné le mouvement du sang, sans le concevoir comme circulatoire? 11 passe, en effet, du cœur dans les poumons, t. XV, 381.

* T. IV, 4U. êvapY^c (Jtàv tîiv to ttjç «vxicvotj; 9c9iciC<(v tJjv icpooupcotv.

se demande lui-même Galien, pjourquoi n'y pensons-nous jamais ? pour quelle cause notre pensée n'accompagne-t-elle pas ces actes, s'ils sont voulus, icapaxoXou6ou{Aev T?î$tavo^if? Cette activité de la raison qui accompagne, comme forme, Tacte psychique comme contenu, c'est bien la conscience, surtout si Ton y joint la notion de ce discernement des propriétés objectives des choses, qu'il appelle My^axst^.

Galien connaît même des degrés dans les phénomènes de conscience , et comme l'état d'obcurcissement et presque d'évanouissement de la conscience même. Ainsi la marche est assurément un mouvement volontaire, puisqu'il dépend de nous de le produire comme de le supprimer, de le ralentir et de le précipiter *. C'est l'âme qui le produit et non la nature -. Mais alorscomment se fait-il que, sans s'en apercevoir, sans en avoir conscience, la marche se précipite quand on suit un cours de pensées avec une très forte intensité d'attention. C'est qu'il y a dans la conscience des degrés de force et de clarté; en s'attachant fortement à l'objet de sa pensée, la raison, 6 Xoyt(T|X($ç, ne donne plus qu'une faible partie d'ellemême au mouvement de la marche 3. Même dans le sommeil, l'âme n'est pas sans activité ; mais sa tension, cxuvTov^a , se relâche, par suite de l'affaiblissement de l'action du pneuma du cerveau sur les nerfs des sens ; car ce pneuma a besoin de repos*. La fonction psychique est aflfaiblie mais non supprimée, ce qui permet aux fonctions physiques d'accroître leur activité propre 5. C'est ainsi que se produit le rêve, qui

i T. IV, p. 440; t. VII, 585.

« T. IV. p. iU.

3 T. IV, p. 4U.

^ T. VII, p. 140. Ï9XI ik xa\ SXktùç c^^oyov âvoticot^cvOxI nors xàxcTvo toO ((tfOD xo iiipo;, èv &> tt|c XoytXTjC ^ux^^ èrriv t) âp^vi... ^icvo^vreav T)au^aCei (é éyxéçsXo;).

^ T. VII, 140. xoLxoL Toù; uirvou; r(voi icavTaicavtv âpYoOviv a\ aïoOiqveic, 9| ôtpivdpâ; èvepyoOatv* evXoyov o5v ôXcyYjv Tivà tictp^etv TYjvtxaOToc duva|itv aio^TiXT)v àicb ttjc «px^ic "foXç xoLxk pilpoc... noLxk rbv uicvov âvaits^SeoOai |xè\ #1 {n^x^^^ duvapii;, évepyeïv tk lax^^hxtpoy t| çuatxi^, et la preuve, c'est que cette faculté psychique, épuisée par Telfort de la Teille, retrouTe et répare ses forces dans le sommeil.

aa4 HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS

par sa nature, nous révèle la diathèse du corps ; quand la faculté psychique, -^ ^u^ixi^ SuvajjLK, est comme accablée par Tabondance des humeurs, on rêve qu'on porte de pesants fardeaux ; quand au contraire la diathèse du corps est légère, on croit courir ou voler, parce que l'âme, alors devenue comme étrangère aux affections sensibles du dehors, plongée pour ainsi dire dans la profondeur du corps, ne sent que plus vivement toutes les affections internes et se représente toutes les choses qu'il désire, comme réelles et présentes * .

§3. — Théorie de la connaissance. — La sensation

et la raison.

n y a, à la tète de l'homme, quatre organes de sensation, les yeux, les oreilles, le nez et la langue. Tous tirent du cerveau, par l'intermédiaire des nerfs, qui ont au cerveau leur origine et du pneuma qu'ils contiennent, la faculté de sentir *; et que ce soit par les nerfs, que cette faculté leur soit communiquée, c'est une chose prouvée par le fait que la section du nerf rend immédiatement insensible la partie organique où le nerf aboutit ^.

Malgré la similitude apparente de ces nerfs, il y a entr'eux des différences spécifiques, non seulement dans leurs fonctions sensibles respectives, mais même dans les éléments matériels par lesquels ils passent pour arriver à l'organe particulier^. Les nerfs qui conduisent Fimpression de l'encéphale

* T. VI, 835. eic xh pàOoc toO ff(6|&aToc r\ «I/u^t) eiaSOffa... icavrcuv wv opcyeTat, TO\STedv &ç ffiri iCGtp6vT(ov Xai(i6avciv çavToia^av.

« T. vu, p. 140.

^ T. m, p 639. loTtv aÙToTc (}es organes de sensation) xaT'eKoc avo|iot^c Cv Tc xaTc ato6v;TixaTc $uva|iC9tv aûratc, xa\ toIc 9t&\ua9i Si'cdv âçixvoOvTai. M. Siebeck {Geich. d. PtychoLt t. Il, p. 198) croit que le mot duvâ|Kti; signifie ici la force de réaction dn nerf contre l'impression qu*il reçoit. C'est, je crois, prêter i Galion des opinions qui hii sont restées étrangères, et cette interprétation trop

LA PSYCHOLOGIE ÉCLECTIQUE DE GhLOSN 305

aux yeux sont les seuls qui contiennent en eux-mêmes des canaux, 7c<$poi, perceptibles à nos sens^ Leurs fonctions sont diverses ; les uns nous font distinguer les odeurs, les autres les saveurs, ceux-ci les sons, ceux-là les couleurs. Des organes ou nerfs conducteurs celui de l'odorat a l'apophyse la plus longue ; le corps dont il est formé ressemble à une vapeur, cLxyLoiiUç ; celui de la langue est véritablement et complètement un nerf, d'une substance molle et cependant d'une matière semblable à la terre, yscoSe; ; celui de l'ouïe, sans être mou, n'est cependant pas dur et est de nature aériforme, àepûSe;; celui de la vue, qui n'est pas positivement un nerf*, est brillant et de la nature de la lumière, «pcoToecSéç. Un cinquième organe de transmission ' est un nerf très fort et très dur, apte à produire les mouvements et à connaître les sensations du toucher, le plus grossier de nos sens, mais incapable de discerner les propriétés des choses avec la précision et la finesse que possèdent les autres appareils de sensation. C'est un sens vague. De la mollesse ou de la dureté des nerfs respectifs dépend ainsi leur degré de sensibilité et de ces degrés de sensibilité nerveuse dépend la mesure de [précision et de finesse avec lesquelles les sens distinguent les qualités*.

Chacun de ces organes conducteurs, pour que la sensation se produise, doit éprouver une modification, àXXo^coaic ; mais cette modification n'est pas opérée en lui par toute espèce de sensible ; chacun ne la reçoit que de son sensible respectif. Celui qui est de la nature de la lumière la reçoit des couleurs et ne la reçoit pas des sons ; celui qui est de la nature de l'air la reçoit des sons, mais ne la reçoit pas des

large et trop moderne est réfutée par la suite du passage, t) tk Suvai»; ôd|&ûv, t) ik xvpLÛv, T) 8i 9(i>vûv, t) tï ^pco|&aT(i>v êori dcaYvcûortxTJ. Il s*agit donc de facultés capables de discerner leurs objets propres, et non de processus nerveux. ' T. 111, p. 639. fatvexat fiova TaOTa ic6pou; aiair^xolç iv lavxotc Ix^^^^^*

* T. III, p. 6i0. ou |iT)v âxptto; yi ntaç veOpov.

* Id., id., f) di fcip-icn) ^aiç xûv ôdûv.

986 mSTOmS DE U PSYCHOLOGIB DK GRECS

couleurs ; celui qui est de la nature des vapeurs ou gaz la reçoit des objets odorants et non des autres. En un mot, chaque nerf de sensation est influencé et modifié par son semblable et par lui exclusivement, et comme cette modification est la condition de la perception sensible, on voit se confirmer le vieux principe psychologique : t4 S(Aoiov T(j> 6[jio^a> Yvcopi^Lov ^ S'il avait été possible que les modifications particulières de la faculté générale de sentir, t^c xoiviic Suva(xea>ç, eussent lieu dans un autre organe que celui qui, par sa composition matérielle propre, répond à un objet propre, il n'y aurait pas eu besoin d'organes sensoriels particuliers, et la nature ne se serait pas donné la peine inutile de les créer *.

La modification dont nous parlons est éprouvée par le nerf plein de pneuma psychique et en relation avec le pneuma du cerveau où réside la faculté pensante. Cest par ce pneuma même, si on le considère comme la substance de l'àme^ ou bien par l'âme, si on ne considère le pneuma que comme un organe de l'âme, intermédiaire entr'elle et les choses, que s'opère la connaissance, que se réalise l'acte de conscience qui distingue les choses et leurs propriétés '. La sensation en eff^et, n'est pas la modification même du nerf, qui est un état physiologique ; c'est une connaissance discriminative qui appartient au principe pensant, quoiqu'opérée par l'intermédiaire d'un phénomène nerveux. U faut en effet que le principe qui se représente, qui se souvient, qui pense, c'est-à-dire l'TjycfxovixcJv, ait conscience de l'altération produite dans le nerf, et c'est pour cela que le cerveau tend une certaine partie de lui-même, contenant une grande quantité de pneuma psychique, jusqu'à l'appareil organique, afin de connaître les modifications qui s*y produisent ^. D faut distin-

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