CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
§ 1. — Caractère général de V École.
Les vrais sceptiques, ^nésidème *, Favorin *, Sextus ^ ne voulaient pas qu'on confondit leur École avec rAcadémie même nouvelle et pénétrée de l'esprit du doute. J'estime qu'ils avaient raison et que ce serait altérer assez gravement le sens et la physionomie des deux doctrines, malgré des points de contact et de pénétration nombreux, de ne pas les étudier à part, de ne pas leur reconnaître un caractère
t Phot., Bib. Gr., Cod. 212.
< Â.-Gell., N. AU.f XI, 5. Sch. Gr. in Luàan. Icaromenipp.f 79. oùx àxpi62>c tT)v 'Axa5Y]|itav tolc Ilup^uvetoïc f|Toi éçexTixotc àiiové|ieic. Conf. H. de la Piych. des Gr., t. II, p. 367, n. 7.
3 P. Hyp,, I, 220; 226; 233; adv. Math., VU, 435.
Chaiout. * Ptycholoqw. 1
personnel et indépendant, même en ce qui concerne la psychologie, qui est peut être le terrain où elles se rapprochent et se touchent le plus profondément. D'un autre côté, la nouveUe Académie a des affinités logiques manifestes avec réclectisme, qui lui-même annonce et prépare le néo-platonisme. Il m'a donc paru nécessaire delà séparer, dans l'exposition, de l'École sceptique, et de la réunir à toutes les Écoles où domine l'esprit éclectique et qui, par là même, ont entr'elles et avec elle des rapports certains.
La nouvelle Académie n'a jamais complètement, d'ailleurs, rompu avec les principes de son fondateur. Le doute a été chez elle un instrument, un guide dans la direction de la recherche, àywYT^, une méthode, ou du moins un moment plutôt qu'un système et une lin. Le doute n'est pas ici essentiel et général, mais accidentel et provisoire. Le probabilisme, auquel elle aboutit avec Philon, laisse place à une science limitée sans doute, imparfaite, sujette à des incertitudes et des hésitations, humaine en un mot, mais fondée sur des raisons assez nombreuses et assez fortes pour qu'on puisse y asseoir, sinon le système de la science absolue, du moins un système rationnel de la vie. En vrais platoniciens, les nouveaux académiciens professent une doctrine morale, et toute doctrine morale ne peut trouver ses principes et ses règles, la sphère entière de son domaine que dans l'analyse de la conscience. Ils donnent à la vie un but et un but autre que Vatai^axie sceptique, née de l'impuissance de se décider entre les opinions morales opposées. La question du libre arbitre, dont les Sceptiques* ne semblent pas un instant s'être inquiétés, dont ils ne paillent même jamais, tient une place considérable dans les spéculations de l'Académie et particulièrement dans celles de Carnéade. On peut dire de l'École ce qu'on disait avec raison d'Arcésilas, qui lui imprime un tour nouveau : elle est sceptique dans la forme ; au fond elle reste dogmatique; elle a toujours l'esprit et les yeux tournés vers Platon, dont on prétend qu'il enseignait secrètement la doctrine à ses disciples
les plus distingués ^ Le centre du mouvement philosophique qu'il crée, le noyau des idées qu'il cherche à organiser, semble avoir été la dialectique, dont il a le goût et la passion autant que son maître, Diodore Kronus, le mégarique, qu'on qualifiait de BiaXexTixwTaToç *. Au fond Arcésilas est encore un platonicien ^. Mais la passion de la recherche pour ellemôme, le besoin impérieux de la discussion et de Texamen en tous sens, en toutes questions, Tentratuement de l'esprit dialectique à vouloir voir les problèmes sous toutes leurs faces et dans tous leurs aspects, à peser les raisons pour et les raisons contre, le oui et le non, TÀcadémie n'avait pas besoin, pour y céder sans doute trop exclusivement, d'aller les puiser à l'école de Pyrrhon : elle en trouvait les antécédents, les exemples et les stimulants sans sortir de ses propres traditions, dans les plus nobles et les plus grands représentants de l'École, dans Platon comme dans Socrate. L'esprit grec, par sa finesse même, touche à la subtilité et ne sait pas toujours se garder du sophisme.
Socrate, avec une ironie qui n'a pas toujours été reconnue, aimait à opposer aux erreurs accréditées que rien ne justifie son doute philosophique, et pour parvenir à purifier l'esprit des fausses opinions qui le séduisent et faire la place nette à quelques vérités d'ordre supérieur et de fin pratique, affirmait volontiers dans ses entretiens contradictoires qu'il ne savait qu'une chose, et c'était précisément qu'il ne savait
* Sext. Efflp., P. Hyp.t ^t 234. xarà (lèv tb 7cp6xetpov Ilup^d&veioc... xaTot ti
«optTXC^pciv...
np696e IIXecTcov, oiciOev IIOp^cov, \iÀa(roi Aiiicopoç.
> Sext. Emp., adv. Math., l. SiaXcxTtxtoTaTo;. Cic., de Fat., 6, 12. Valens dialecUcus.
• Sext. Emp., P. Hyp., I, 234. Sià xo icpoo^P^^^o^' ""i ôiaXexxixTj xr^ xaxà fbv At62(i}pov, eZvai Se àvTixpù; nXaT(ovix6v. D. L., IV, â2. êa>xei ôè Oaû(io(Cetv %a\ Tov IlXâicova xai xk ^lêXîa ixéxTTjTo. M. Rav., Rapp., p. 293 : c Les Acadénuciens et les Sceptiques différaient en ce que les uns cachaient peut-être sous leurs négations une doctrine positive, tandis que les seconds s*en tenaient à ces négatinis. »
l HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS
rien. C'était déjà beaucoup savoir, et pour un homme si modeste, une affirmation bien ambitieuse. La forme dialoguéo donnée à l'exposition de sa philosophie avait mùme fait mettre en doute par plusieurs critiques le dogmatisme de Platon *.
L'esprit sceptique, si on ne veut le considérer que comme l'esprit d'examen, comme l'esprit cri tique etparlà même scientifique, était donc un héritage que l'ancienne Académie transmettait à ses adeptes; c'est en l'exagérant, en l'altérant dans son vrai sens, que, se séparant ainsi de ses vrais chefs et de ses ancêtres, l'École platonicienne à partir d'Arcésilas, put justifier le nom de Nouvelle Académie qu'elle porte dans l'histoire.
Diogène ne connaît que trois Académies ^ : celle de Platon et de ses disciples et successeurs immédiats ; TAcadémie, dont Arcésilas est le scholarque et qu'il nomme lamoyenne^; et la Nouvelle Académie instituée par Lacyde, successeur en 241 d' Arcésilas*. Bien qu'il ait écrit sur la philosophie et sur la nature, dit Suidas ^ on ne connaît aucune raison pour conférer à Lacyde l'honneur d'avoir fondé une nouvelle école de philosophie. On ne cite de lui aucune doctrine particulière, aucun changement ni dans le contenu ni dans la forme de la philosophie, dont il ait pris l'initiative. La seule chose qui explique, sans le justifier, le renseignement de Diogène, c'est que, sans quitter le gymnase de l'Académie, il avait changé le lieu ordinaire des cours où Platon avait enseigné, et l'avait transporté pour des raisons ignorées de nous, dans une salle attenant au jardin botanique créé par le roi Attale, qui
* D. L., III, 49 et 51. icoXXt^ axàai^ iaxl xol\ o\ {iIv çaaiv auTOv SoyixaTiCetv,
* C'est le nombre le plus généralement admis par les anciens.
' D. L., Proœm.y 14. ô Tr|v {ilaT)v *AxaÔt;iitav ciaY)YV)(ra(JiEvoc. W.» 19* icpoéor/) Tr,; (léffv]; *AxaÔr)iiîac.
^ D. L., id., 1i. ou (d'Arcésilas) Ôtâdoxo; Aax\3drjC o Trjv véav 'Axa6Y;(itav 9iXoao9iqaac. Id., 19. npoloTY) tyjç véac 'AxaÔY)(itac. Conf. IV, 28 et IV, 59.
^ Soid., Y. 9iX6ao9ot xat icep\ ^^ntù^.
y avait fait planter une grande quantité de végétaux exotiques, et qu'on appela le Lacydéion. On pourrait voir dans ce fait rindication que Thistoire naturelle et particulièrement la botanique, étaient Tobjet d'études plus particulières ou spéciales, dans le programme de son enseignement. D aurait alors suivi l'exemple de Speusippe qui, d'après Athénée *, aurait apporté des recherches approfondies à l'histoire naturelle 2.
La classification que nous rapporte Diogène n'était pas universellement adoptée. Philon, le maître d'Antiochus, il est vrai dans un intérêt doctrinal et pour les besoins de sa thèse psychologique, prétendait, dans ses livres comme dans ses leçons, qu'il n'y a jamais eu qu'une seule Académie et non pas deux, et attaquait vivement ceux qui soutenaient le contraire'. C'était un paradoxe que réfuta Antiochus, en en soutenant, il est vrai, un autre non moins étrange. Cicéron * et Varron* n'en distinguent que deux, l'ancienne et la nouvelle. Sextus Empiricus ® et Numénius dans son ouvrage : De la différence des Académiciens et de Platon '', disent que la plupart des auteurs n'en comptent pas plus de trois : l'ancienne, celle de Platon ; la seconde, appelée aussi moyenne, fondée
* Athen., Ill, 86, 303, d. Spcnsippe semble avoir recherch(^, dans les êtres vivants, les analogies, les ressemblants comme les difTërenccs d'organisation : ce serait un
communs dfs êtres, et essayait de ramener les organismes dont il avait détermina les affiniii^s à un méiue type. Il avait écrit, «ur ce sujet, un ouvrage en deux livres, iol-tuM : "Oiioia ou xi ic:pi r^v icpayiiârsiav opioia (D. L , IV, 5) Ménage pense
3u*il pourrait être question, dans Ailién^e, d'un autre Speusippe, médecin d<; 1 école *Héruphilus, connu et cit<^ par IMine, (>lsus, Sextus Empiricus, Halien, et qui serait Fauteur des "Opiotst. Diogène l'aurait confondu avec le aiiciple de Platon. » Plut., Demelr.
' Cic, Acad. Pr.^ 2, i. » Philo, magnus vir, negaret in libris, quod etiam ex ipso audiebamus, duas Academias esse. »
* Cic. Acad. Pr., 2. 1î; de Fin.. 1, 12; de Orat., III, 18. s. Aug., de Civ. D , XIX, 1, 3.
* P. Hyp.y 1, fiO. I.e texte n'est pas sûr : les Mss. donnent la leçon : ià: çaoi ic).Etou: fî^v Ti Tpe'ic. Fabiicius conjecture qu'il faut lire : a>; fsotv où ic)eéouc |iàv T) Tpetc. Ritter et Prellcr Jlist. PhiL, p. 3%) lisent (o; çaaiv 01 icXeéov; (tèv, tpcic
' Elis.. Pr. Ev.f XIV, l, 726, c. d. irep'i tri; *Axa8iQ|iaVxôv npb; IlXaTcova iiGtTcàaEco;.
par Arcésilas qui s'écarte de la doctrine du maître ; la troisième, appelée aussi la nouvelle, celle de Garnéade et de Clitomachus qui modifièrent les théories de leur prédécesseur immédiat, c'est-à-dire d'Arcésilas. Quelques-uns, ajoutentils, comptent une quatrième Académie, celle de Philon et de Charmidas(ou Charmadas),et d'autres même, une cinquième, dont l'auteur fut Antiochus*.
Sans justifier ni accepter une division si multiple et inutile, il est certain qu'elle exprime les changements considérables apportés au platonisme par Arcésilas et Carnéade, et à la doctrine de ces derniers par Philon et surtout Antiochus. L'Académie a été manifestement travaillée en sens contraires par des ferments nouveaux ; l'esprit d'indépendance philosophique, toujours vivant îiu sein du platonisme, a entraîné les personnalités dans des directions diverses; mais, si diverses qu'aient été les tendances, il nous semble au moins inutile de multiplier les divisions et subdivisions, et il me paraît suffisant autant que nécessaire de distinguer deux Académies, et de comprendre dans la nouvelle tous ceux qui se succèdent dans l'École de Platon, à partir d'Arcésilas, et que Simplicius appelle assez dédaigneusement les petits platoniciens, of xXeivol tûv IlXaTwvtxwv-,
Polémon d'Athènes avait remplacé dans le scholarchat Xénocrate, et avait rempli cette fonction de 314 à 270, d'abord seul, puis en commun avec Cranter, auxquels avait succédé Cratès, qui fut remplacé à une date ignorée par Arcésilas. Us avaient tous professé, dit Cicéron, très fidèlement et très exactement la philosophie que leur avaient transmise leurs prédécesseurs 3, et c'est cette philosophie qu' Arcésilas entreprit de réformer et de redresser*.
* NumcD., ap. Eus,, Pr. Ev., XIV, i, 756. tt,; tûv npoTlptov ôôÇyjç àitoxpa-
* Simpl., m Ar. Phys., Scli. Arisl. Dr., p. 213, a. 10.
3 Cic, Àcad. Post., U 9. Polcmo et Crates unaquc Crantor in Âcadomia congregali diligcnter ea qux a supcrioribus acceperant, tuebanlur.
* Id., td., 11. Corrigcre conatus est disciplinam.
lA PSYCHOLOGIE DE LA NOUVELLE ACADÉMIE 7
Quelle était-elle précisément? C'est ce qu'il n'est pas facile de déterminer. Nous avons vu dans la première partie de cette histoire, qu'entre les mains de Speusippe et de Xénocrate, le platonisme S'était déjà altéré et tendait à se transformer en un pythagorisme plus idéaliste mais aussi plus obscur que l'ancien. On prétendait que Platon lui-même avait pythagorisé dans les derniers temps de sa vie*. D ne nous est rien resté des ouvrages de Speusippe, deXénocrate, d'Hestiée, d'Héraclide,d'Hermodore; nous ne possédons que des renseignements indirects, disséminés, qu'il est malaisé de concilier et de combiner en un tout cohérent, et la polémique d'Aristote, quoi qu'en pense M. Ravaisson, ne nous donne de leurs doctrines qu'une connaissance incomplète, peu sûre, et peut-être, malgré lui, infidèle *. Déplus, quand, à force de conjectures et de rapprochements hardis, on est parvenu à rassembler ces fragments épars en un corps de doctrine, elle se présente avec une telle obscurité et dans une telle confusion qu'il est difficile d'en -bien saisir le sens.
« Les premiers successeurs de Platon, Speusippe, Xénocrate, Polémon, gardèrent à peu près fidèlement le caractère moral de la doctrine du maître 3; car le doute sceptique, qui est aujourd'hui si répandu et si célèbre, n'avait pas pénétré dans l'École. Mais sur les autres parties de la philosophie, tantôt ils lui firent subir mille déformations, tantôt ils paralysèrent la vertu de ses principes : en un mot ils devinrent infidèles à la doctrine pure et primitive qu'ils avaient reçue de lui ; ils l'altérèrent dès le principe et la modifièrent dans la suite en des sens très divers, soit consciemment soit
* Nomen., Eus. Pr. Ev,, XIV, 6 et 7, p. 728, c. é aà TlXaTCdv nuOayopîaaç.
* Bonitz., ad Met. Comment., p. 66. c Nec nos fallere débet quod Aristoteles, quum rescissa suo ex ordine et contexla veterum philosophorum placita in alienum impingit et suum in usum convertit, interdum a veritate aliquantum deflcctit. » Conf. id., id., p. 79.
* Nomen., ap.Eus., Pr. Ev., XIV, 5, p. 727, b. m\ to rfioç SieTeîvexo tôv 8oy-
inconsciemment, sans qu'on puisse toutefois les accuser d'avoir cédé en le faisant à la vanité d'innover*. »
Quelles étaient donc ces innovations au point de vue psychologique ?
D'après Stobée *, Speusippe posait la raison divine, l'ftme universelle comme un principe différent et distinct à la fois du bien et de l'Un, et en faisait une essence propre, une nature indépendante. Mais cette nature indépendante , ellemême, qu'était-elle ? Aristote nous dit qu'au lieu des trois essences de Platon, les Idées, l'essence intermédiaire ou mathématique, et les choses sensibles, Speusippe en admettait un plus grand nombre, dont l'essence de l'Un était la première, et que pour chaque être il posait des principes, ip^xç, différents et distincts : un principe pour les nombres, un principe pour les corps ou choses étendues, enfin un autre principe pour l'âme, e^ceitot iXXTjv 'f ux>i;.
L'âme avait donc un principe, ipxVi ®^ ^^ principe distinct et séparé du principe du nombre et du principe des choses étendues. Le principe du nombre c'est, sans difficulté, rUn; le principe des grandeurs, c'est la combinaison ou le rapport de l'Un avec la dyade indéfinie ou la matière; mais
< Numea.« l.'I. àp|xtj.!voi {'àic*è)cs'!vou. cVst-à-dire soit à partir de Speusippe, soit à partir de ce moment-là (la mort de Pialon). Eusëbe lui-même, Pr. Ev.^ XIX, 4. pax^( ^^'^^^^^^ (àf 'è<Tnx;, ab initio) xai (Ttxoxb); ành Tûv^e ap|a|iévyi;, oC^noTs xs\ et; 8eOpo d'.aXetico*J9ï);. Diogène de LaSrte est d'un avis diamétralement oppoië :il dit (IV, 1), en parlantde Speusippe : xx\ (fpieive {làv in. tiby aOtûv IlXa- Tfaivt 6oYiitoétfa)v; il resta fidèle à la doctrine de Platon. Cicéron qui, d*ailieurs, estime que la philosophie de Platon et celle d* Aristote n*en font qu'une {Acad, Pr., 2, 1, i), qui considère, avec Antiochus, le stoïcisme plutôt comme une légère réforme de l'ancienne Académie que c^mmc un système nouveau et difft'rent, correctionem veteiis Académie potius quam aliqnam novam disciplinam (Acad. Pr., !î, I, iî\ Ciréron, avec la même absence do critique, a dit aussi, nous l'avons vu, que Speusippe et Xénocrate avaient maintenu, comme, après eux, Polémon, Crantor et Cratè^, intacte la tradition platonicienne. Je croirais cependant volontiers que dans la phrase citée pins haut, p. 6, n. 3, malgré la construction grammaticilc que a supenoribus désigne, no%pas Platon, mais ho%y c'est-à-dire précisément Speusippe et Xénocrate; il ne me paraît guère possible d'admettre que Cicériin ignorât absolument la théorie des nombres qu'ils avaient substituée à la théorie des idées, et n'y reconnût pas la transformation profonde que ce changement apportait au platonisme.
« Ed., I, 58.
quel peut être le principe de l'âme ? Ce serait, d'après ThéophrasteS la combinaison ou le rapport des nombres et de
rUn, àicb TÔv àptOfAwv xal toO evoç... oîov ^u/^j xal xi iWx Îttx.
Mais il ne semble pas que la combinaison de l'Un avec les nombres que l'unité engendre puisse être autre chose qu'un nombre.
L'âme serait donc, dans la psychologie de Speusippe et dans celle de Xénocrate, un nombre, et la diflférence que signale entre eux Aristote semble s'évanouir ou du moins perdre tout fondement réel. Que l'âme ait été pour Speusippe un nombre, et un nombre mathématique puisqu'il n'en admettait pas d'autre, c'est ce qu'affirme Jamblique dans le passage suivant, tiré de son Traité de Vâme^ : € Je vais maintenant énumérer séparément tous ceux qui ont placé l'essence de l'âme dans Tessence mathématique 3, roîi; et; [xaÔYi-
(jiaTtxTiv oû^^av evTiOévTot; Tifjv oû^^xv rij; ^ux>i;. Une définition
générale de l'âme, c'est la forme, la figure,Tl dx^ua, qui est la limite de l'extension et extension elle-même. C'est dans ces termes que Sévérus le platonicien la définissait. Speusippe, lui, la plaçait dans l'idée de ce qui s'étend en tous sens, tv îSiqt Tou irxvTTi BiaffTaToO ♦ ; d'autres platoniciens la mettaient dans la cause qui opère l'unité des choses, èv dhicf, yi TYi év(o«jei..., tandis que les pythagoriciens en faisaient un nombre simplement et Xénocrate un nombre se mouvant luimême s. »
* Èlflaphti».. 31i. Th<<ophraste attribue cette opinion à Speusippe comme à Xënocrale, c est-à-dire à ceux : ol tb ev xai rriv iôptotov ôuaôx koioOvts;. Proclus Un Tim., 187. b.) interprète autrement la thèse de Speusippf> : il croit que IVli^ment indivisible de iâme. suivant Platon, est repn*sont>^ chez Speusippe par 1 Un, et Télémeoi divisible par la dyade indéfinie. Théophraste, au contraire, dit : Le lieu, le ▼ide et l'inlini sont engendrés par la dyade indéfinie, mais l'âme par les nombres et rUn. Dans son interprétaiion, lame, dinr^ son principe, n'aurait aucun rapport avec la dyade indéfinie.
* Stob., Ed., I, 858. 'Ia(i6>i^oO iiep\ ^J^r,;. 3 Cest-à-dire dans un rapport.
* Pliitarque {de Procr. An., 22), complète cette définition, qu'il attribue à Posidonius, pat le membre de phrase : X3i9'àp'.0;;:bv (TvvetrThxrav àp:xov:av icepisx^'Oirx, qui pourrait bien appartenir à Speusippe.
s stob , Ed., 1, 858 862.
Pour donner un sens à ces définitions platoniciennes de rame, il faut entendre les mots nombre et limite dans un sens actif, et attribuer à Tàme une force active et motrice, limitante et nombran te, c'est-à-dire capable de donner aux choses étendues la figure» la limite, le nombre, la proportion, l'harmonie, la mesure, parce qu'elle en possède par elle-même les idées et les raisons.
Cette conception mathématique, soit arithmétique soit géométrique de l'âme, commune, avec des différences peu importantes, à Speusippe qui la considère comme Aristander et Numénius plutôt comme un nombre*, et à Xénocrate qui la considère avec Sévérus plutôt comme une limite ou une forme informante des choses étendues*, et pose comme éléments de l'âme le point et l'intervalle 3, cette conception parait avoir été adoptée par tous les platoniciens de l'ancienne Académie jusqu'à Arcésilas.
L'âme y perdait sa pure et propre essence intelligible, son mode d'être suprasensible, sa nature antérieure, supérieure et étrangère à celle des corps. Elle ne se comprend plus que dans ses rapports avec l'organisme et dans son action sur le corps qu'elle détermine, soit arithmétiquement soit géométriquement, mais dont elle n'est plus séparable, quoiqu'elle en reste distincte. Tous ramènent tout et l'âme en particulier aux nombres ♦.
Nous ne savons absolument rien d'Hestiée ; nous apprenons par Cicéron * qu'Héraclide du Pont admettait une âme universelle, divinité invisible, à côté du monde et des astres qui sont les dieux visibles, c'est-à-dire qui ont des âmes et sont par suite des êtres vivants. Ces âmes sont de nature identique, c'est-à-dire qu'elles ont également pour essence
* Proc, in Tim., 187, b.
' Ce qui explique qu'Âristote a pu dire que les Platoniciens faisaient de Pâme même une grandeur.
3 Procl, m Tim., 187. a.
* Arist., Utt.^ VII, 11, 1036, b. 12. àvayouvi icavta et; tou; àptO|iou;. » Dt Nat. a, I, 13.
U PSYCHOLOGIE DE Lk NOUVELLE ACADÉMIE 11
une matière éthérée et lumineuse, qui, avant son entrée dans le corps, réside dans la voie lactée dont tous les points lumineux sont des êtres psychiques *, les âmes des morts, comme l'imaginaient les poètes et les fables populaires ^.
Eudoxus repoussait la théorie des Idées de Platon, parce qu'il trouvait que la participation des Idées ne rendait pas compte de la nature des choses ; de ses opinions psychologiques nous ne savons rien.
Ainsi la tradition platonicienne s'efface et se perd de plus en plus. Nous voyons au foyer même de l'École, ày 'èirr^aç, comme ditEusèbe, entre les mains des successeurs immédiats de Platon, tous les principes de l'Académie altérés ou oubliés. Les uns sont anéantis ou paralysés; les autres mis à la torture par des interprétations infidèles et défigurés par le mélange d'opinions étrangères, en sorte qu'on peut dire avec vérité qu'à la mort du maître s'éteignit sa grande et admirable doctrine philosophique 3. Le platonisme se perd et s'évapore dans les abstractions, les analogies ou les réalités mathématiques^.
Mais la puissance d'une philosophie est moins dans le système de ses principes métaphysiques et de ses conclusions que dans le principe de vie qui l'a fait naître. L'esprit socratique était toujours vivant dans l'École platonicienne, et son grand principe était de renvoyer chaque homme à sa propre pensée, à sa propre raison, à sa conscience. Du
* Slob., Ed., I, 796. çcotoeiSt) ty^v {^u^tjv uptaaTo. Tertull., de An., 9 : « Il ne faut pas croire que Kâme soit une lumière, etsi hoc placuerit Pontico Heraclidi t. Macrob., Somn. Scip., 1, 14. Stob., Ed.f I, 906. t II eu est qui pensent que Tâme vit en quelque sorte comme un être sensible, en rapport avec un corps matériel et solide, et demeurant tantôt ici» tantôt là des espaces du tout. Ces espaces, Héraclide du Pont les a fixés dans la voie lactée, àfoptÇeiv icep\ xbv YaXa|(av b.
« Arisloph., Pax., V. 832.
3 Eus., Pr. Ev.t XIV, i. toutouc (Speusippe, Xénocrate, Polémon) âf lircfa; àplcL[U>o\j; tMç xu icXaTcovtxdt ^aai icotpaXveiv, ^rpe^oOvTac toc tû diSacrxdXtp çavivTa... â\kOLXt t^ toO àv6pb; TeXeuTTj xa\ Tr)V Tfi>v àoy^âxtù^ Siaéoxviv ouvaicoTsXeuTviffac.
* Âr., Mei.f I, 1. àXXàt ylyovc xk pia6i^{iaTa toi; vOv t^ çtXovofîa.
moment où Ton s'écartait des enseignements du maître, il n'y avait plus de raison pour qu'on s'attach&t fidèlement et strictement aux doctrines d'un disciple, quel qu'il fût. Aucun corps de doctrine systématiquement lié et enchaîné n'avait été établi. Chacun cherchait et devait chercher la vérité dans sa voie propre. La division devait s'introduire de bonne heure dans l'École, et s'y introduisit du vivant même de Platon, puisqu'Aristo te s'en sépara avec éclat. Cette division ayant sa cause dans un principe philosophique, le libre examen, ne devait pas avoir de fin et n'en eût pas *. On voit déjà, même dans la théorie de la connaissance de Speusippe, un germe de scepticisme, s'il est vrai qu'il ait soutenu qu'il est impossible de connaître ce qui distingue une chose de toutes les autres si on ne connaît pas chacune d'elles, et que si on ne connaît pas chacune des autres, on ne la connaît elle-même pas du tout. Or comme les choses sont infinies en nombre, il est impossible de les connaître toutes et chacune, et dès lors la connaissance, en fait, devient impossible par l'impossibilité reconnue d'épuiser l'infini.
Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que Polémon d'abord. Cranter et Cratès ensuite, peu satisfaits de la tournure mathématique que prenait la philosophie spéculative, se soient appliqués surtout à la morale pratique et aient laissé dans l'ombre les théories métaphysiques, dialectiques et psychologiques *. Sur ce dernier point nous savons seulement qu'il croyait, comme Xénocrate, l'âme non engendrée dans le temps, considérant l'exposition du Timée qui la représente ainsi comme une pure forme didactique 3; il admettait d'ailleurs, comme l'avait enseigné Platon, qu'elle était composée du même et de Vautre^ d'une partie intelligible et
* Eus., Prmp. Ev., XlV, 5, 5, 7Î8, c. o\ àitb Swxpaxouç à98Xx\5(TavT£c «totç*pouc Toù; Xôyou;, fi il cite les opinions philosophiques 1res divergentes d'Arislippe, a Antislhëne, des Mégariques, des Érétriaques et d'aulres encore ».
* D. L., IV, 1. Ifçaaxe ô IloXéticûv ôelv êv toî; irpaypvxai yuiivoÇeffOai xai |iT) h Toîç dtotXsxTtxoT;.
» Procl, m Tim., 85; Plut., de Procr, An., 3, 1.
LA PSYCHOLOGIE DE U NOUVELLE ACADÉMffi 13
d'une partie divisible, afin qu'elle fût en état de connaître toutes choses ^ C'est pour son châtiment et en même temps pour sa purification qu'elle est placée dans un corps et vit sur la terre ; mais la douleur que la vie humaine lui apporte suscite en elle le désir et lui fait entrevoir l'espérance d'une vie meilleure après la mort 2. C'est bien là la pure doctrine de Platon ; mais si noble que soit cette conception au point de vue moral, comme elle n'a pas de fondement rationnel dans une métaphysique qui y corresponde, que d'un autre côté la métaphysique platonicienne a fait place à un système d'abstractions et de symboles aussi obscur que compliqué, on comprend que des esprits clairs et précis comme l'ont été Arcésilas et Carnéade se soient détournés de ces idées bizarres, de ce platonisme défiguré, dégénéré, presque déshonoré et aient essayé de le réformer ^. Ils n'étaient pas retenus par un puissant esprit d'école, par le devoir de rester fidèles à la tradition transmise : ce sentiment, général et profond dans le stoïcisme et surtout dans l'épicurisme, était très faible dans l'Académie ; car il était contraire à l'esprit socratique. Peutêtre même Arcésilas croyait-il s'y montrer fidèle et remonter à la source pure, en débarrassant la philosophie platonicienne d'un dogmatisme mystérieux, impuissant et incompréhensible. Plutarque le défend contre l'accusation d'avoir voulu innover et d'avoir eu la prétention de transformer le platonisme ; mais il le défend mal en rappelant que les sophistes lui reprochaient d'attribuer à Socrate, à Platon, comme à Parménide et à Heraclite, la doctrine du doute et de l'incognoscibilité des choses ^. Mais c'est précisément en cela,
* Plut., de Procr, An., I, 5.
* Plut., Procr, An., tl, i : € Ils ont pensé, comme dit Cranlor, que la vie est un châtimeut, et qu'être devenue un homme a été tout d*abord pour l'âme le plus grand des malheurs. »
' etc., Acad, Pr,, 2, 1, 9. Corrigere conatus est discipHnam.
* Plut., adv. CoL, 26. à Sa *AçTuaiXao; to(toOtov omUti toO xaivOTO(i{ac Ttvà 86Çav àyaic&v... édTce iyxaXetv touc vofioràc 8ti icpoaTp(6(Tat Sc&xpotTi xa\... Ta icepi TTj; éicox^C 86) \m,xoi xai tyjç aLxaxakri^ia^,
li HISTOIRE DE U PSYCHOLOGIE DES GRECS
je Veux dire dans le fait de transformer les doctrines de ces grands dogmatiques en théories sceptiques, c'est dans cette interprétation, qui altère et défigure le fond de leur pensée, que consistait sa grande innovation. D'ailleurs les réformateurs deviennent souvent sans le vouloir des révolutionnaires, et ce fut véritablement une révolution qu'Arcésilas tenta d'opérer dans le platonisme ^ En effet sa conclusion était qu'en face de raisonnements et de raisons qui se contredisent, toute affirmation devenait illégitime et toute connaissance impossible. L'homme ne peut rien savoir, pas cela môme qu'il ne sait rien^. C'était renverser le fondement du platonisme dont le chef avait dit : Nous ne pouvons pas douter que nous connaissons... Gomment en douter au moment où Ton connaît et où l'on a conscience de l'acte de connaître. Le retour de l'homme sur lui-même lui fait connaître immédiatement et d'une science certaine qu'il connaît 3.
Gomment Àrcésilas qui affectait une admiration si profonde pour Platon et ses ouvrages, en étaitril arrivé à nier ou à méconnaître le principe fondamental de sa philosophie ? Nous le comprendrons mieux en entrant dans le détail de sa tentative.
§ 2. — La Psychologie d' Arcésilas,
Arcésilas, fils de Seuthès ou Scythes, était né à Pitané en iEolide vers 315 av. J.-Gh. Il avait succédé dans le scholarchat de l'Académie à Gratès, qui en avait pris possession en 270, mais qui était mort à une date qui nous est restée inconnue. Pendant sa vie, qui se prolongea jusqu'en 241, il se
* D. L., lY, 28. TCpûtoc xbv Xiyov ixîvvjoe tov (»icb nXaxuvoc icapa5£6o|&évov.
' D. L., IV, 28. cicîo^cov xà; àicoçctaiiç dià xàc èvavTioTYÎTa; tùv Xoyuiv. Cic, Aead, Pr.^ 2, 10 Quum in eadem re paiia conlrariU in parlibus momenta ralionum invenirentur, negabat esse quidquam quod sciri possei, nec illud quidam ipsum qnod Socratea sibi reliquisset.
) Hist. de la Ptych, d. Qrea, t. I, p. 204 et 208.
U PSYCHOLOGIE DE lA NOUVELLE ACADÉMIE 15
tint éloigné des affaires publiques, vivant dans une retraite studieuse, mais mêlant, comme Platon, comme Speusippe < le plaisir au travail ; d'un caractère égal , aimable, sympathique, il jouissait de Testime de tout le monde, même de celle de ses adversaires. Il eut pour disciples célèbres, outre Lacyde qui lui succéda, Panarétas , Démophanès et Ecdémus, dont nous ne connaissons que les noms ^. Passionné pour la poésie, qu'il cultiva lui-même, etpour les poètes, en particulier pour Homère, comme tous les Grecs, et pour Pindare dont le style l'enthousiasmait par sa magnificence, il avait étudié les mathématiques avec son compatriote Autolycus, avant de venir à Athènes ; là il avait étudié la musique avec Xanthus, et la géométrie avec le grand géomètre Hipponicus ; puis il avait fréquenté les écoles de philosophie, d'abord l'école péripatéticienne de Théophraste, où l'on enseignait également l'éloquence et la philosophie. Malgré les conseils de son père, qui pénétrait mieux que lui-même la vraie vocation de son esprit, c'est à cette science qu'il se destina , entraîné par Cranter avec lequel il s'était lié d'une amitié intime, et qui le fit passer, au grand regret de Théophraste, dans l'Académie. Mais il s'y montra fort indépendant, se laissa séduire aux sophismes sceptiques de Pyrrhon, que son goût pour la dialectique subtile des mégariques et des érétriens, de Ménédème et de Diodore, le rendait tout disposé à accueillir 3.
« Ûo*on surnommait 6 çtX^ovoc, Athen., XII, 5i6, et VU, 979. Diogène (IV. iO), l'appelle un second Aristippe, £tep9c 'ApicrriTcico;. 11 ajoute (|ue sa vie était licencieuse, qu'il ne se refusait pas aux amours infâmes, et qu'il jusiiiialt par sa conduite Tépithète de corrupteur de la jeunesse dont le flétrirent les Stukicns et les Péripatétidens, entr'aulres Hiéronymus. 11 était resté célibataire, et n'avait pas eu d'enfants. U mourut à 75 ans, à la suite d'un délire provoq^ué par l'ivresse. Là date de l'époque de la vie, que les Grecs api>ellent àxin^, c'est-a-diie l'âge de l'homme vers 15 ans, est fixée par Apollodore à la 120« olympiade, 300 à 2% av. J.-Cb.
3 D. L., IV, 28-33. Timon disait de lui :
T^ yàp ïxtùy Meve2i^|iou unb axipy oiai |xôXu6Ôov BeuatTsi et; Iluppcova... 9| Aiôdcopov.
Numénius, Eus., Pr. Ev., XIV, 5, 12, p. 729, c. d. « Arcésilas suivit Théophraste, puis Crantor le platonicien, puis Diodore, ensuite Pynbon. Crantor loi
On peut voir déjà qu'Arcésilas n'est pas un platonicien exclusif, ni même un philosophe de race. Cette culture si générale, cette souplesse d'esprit qui lui permit de s'assimiler également la poésie, la musique, les sciences mathématiques, l'éloquence où il excella S comme la philosophie, ce passage à travers les écoles les plus diverses et les plus différentes d'esprit et de tendances, laissent deviner que s'il fut un platonicien comme il croyait l'être, c'était un platonicien indépendant, dissident, plus que cela même, schismatique.
Par une conséquence naturelle de ses principes, il n'a laissé aucun écrit, disent quelques-uns * ; d'autres prétendaient que mécontent d'avoir été surpris corrigeant un de ses livres, il n'avait pas voulu les publier ou les avait brûlés. Diogène rapporte ^ que par reconnaissance pour Eumène, fils de Philé taire, ce fut le seul roi auquel il adressa son hommage. Âldobrandini traduit 7upo<Tecpa>vei par : suos dicahat lihros. Mais comme Diogène vient de dire qu'il n'avait rien écrit, ou du moins rien publié, on ne peut donner à irpoa(pa>veTv que le sens de salutarcy OepaTieueiv, honorer de témoignages de respect. Et en effet il avait refusé d'aller saluer Antigène, quoi qu'il se fût fait une règle de ne point s'occuper de politique et de passer toute sa vie à l'Académie *. Il ne semble pas avoir pris au sérieux la philosophie; il l'a traitée surtout en amateur, en dilettante, et n'y a vu qu'un thème commode à faire briller la force de sa dialectique spirituelle, l'ingénieuse fécondité de son argumentation et de ses idées, la grâce communicative et la richesse de son style, et la souplesse d'esprit qui lui permet de discuter avec une
enseigna Tart de persuader ; Diodore en fit nn sophiste ; Pyrrhon, un esprit i tons objets, mobile, nul, fcavToSoticlc xa\ Ttyic xa\ où6év. Ménédëme lui communiqua Vui de l'éristique, to êpiorixov. »
< D. L , IV, 36. Elle était célèbre par son don de persuasion, son originalité, sa fécondité en arguments, son art de s*accommoder aux sujets.