Un traité de Hommum naturalibus
2 Dion, XLV, 1. ^ C'était, de tous les hommes de son temps, celui qui connaissait le mieux, xwv xe toO uôXou ô[ax6a[j-/]aiv xai xà; xtôv àaxépwv Ôtacpopà;, oaaxe xaO'èauxouç ytvôutvoi y.ai oaa aup,u.iYvuvx£(; àXXrjXoiç, evxe xaîç à^LiXioLic, xai £v lalç, SiacrxâcreTiv .
3 Cic, Tiin , 1. Acer investigator et diligens earum rerum quae a natura involutae videntur. Macrob., II, 12. Maximus rerum naturalium indagator.
4 Apul , de Mag , 42. Sueton.. Aug , 94. Dion, XLV, 1.
^ Uion, XLV, 1. o)ç xcva; à7ioppr,xou; ôtaxpiêà; noioviie^oz. Cicéron, dans sa réfionse à Salluste, reproche à celui-ci que : « Abiit in sodalitium sacrilegii Nigidiani ». Les deux déclamations de Salluste comme la réponse sont reconnues apocryphes.
Il est bien difficile de voir en ce personnage le restaurateur d'une doctrine aussi profonde, d'une métaphysique aussi subtile et abstraite que la philosophie des nombres. En tout cas, toute son œuvre est, sous ce rapport, perdue pour nous ; il ne reste rien de lui qui nous dise quelle part réelle il a pu prendre au réveil de la philosophie pythagoricienne, ni quelle contribution il a pu apporter à la psychologie i.
Il n'en est pas tout à fait de même du traité dogmatique
' Je n'ai rien ou presque rien à dire, au point de vue spécial de cette histoire, des philosophes de l'école cynique sf^us les empereurs romains. Suivant le mot tics juste de Zeller (t, IV, p. 686), ce sont des moines, et les moines mendiants du monde antique. Ils veulent ou prétendent vouloir réformer la vie et les mœurs corrompues du milieu social ou ils vivent, sans fonder cette réforme sur une connaissance théorique et systématique de la nature des choses et de la nature de l'homme. Leur moyen d'action est la parole, surtout l'exemple de leur vie, de leurs mœurs, de leurs habitude^, appuyé sur quelques maximes absolues de la conscience générale ou de leur conscience propre. Luc, De?n., 3. xotç op'oo-i xa\ àxououin TrapâSscyvta Traps^wv TYjv èauxoO yvcofjLov C'est par ce dernier côté seulement qu'ils intéressent la psychologie qu'ils mé(irit)ent d'ailleurs en tant que science On ne trouve rien qui s'y raitache directement dans Démétrius, l'ami de Sénèque et de Psetus Thraséas Œnomaiis de Gadara, vivait sous Adrien (117 à 138 ap. J.-Ch.). Il avait éciit un ouvrage oîi il attaquait, avec la liberté, la violence de langage du cynique (Eus., Pr. Ev., V, 22, p. 213, C. TotaOta ty): Oîvofxâou uapprîaîa;... xuvtxrjç oùx à7r/]),XaY|X£va Ttixpîaî) , l'art prétendu de la divination • t des oracle?, et qu'il avait lu -même intitulé ror,T(ov çwpà (Theodor , Gr. Aff. Cur , VI, p. 86, 22. xa\ to [xèv ^uyypafxfxa qpwpàv yoYjtwv wv6[xa(7e. Euseb , Pr. Ev., VI, 6, 254, d "Axous ô'oviv a^)6tç, xsO ty)v Twv yoY)Twv çtopàv TO otxeîov è'ïiovo|j.a<yavTo<; o-uyypaix^ia) . Dans cette critique acerbe, où il n'épargne pas les dieux, il repousse le fatalisme des Stoïciens, auxquels il dit : « Jupiter n'est que la nécessité de votre Nécessité (Eus , id., p. 260, b. ô Zeù; ovToç, y\ xtiq u(i.£Tépaç àvdcyxYiç 'Avâyxr,), et il s'appuie sur le libre arbitre, qui nous est attesté aussi clairement et aussi fortement que not'e existenc'\ par la conscience de nous-mêmes. (Theodor., de Cur. Gr. Aff., VI, 561, Paris) : w xpÔTcto vi(jLtov auTiov àvTeiXrîp.[xs6a, toutw xa\ xtov èv rijxlv aùôacplxwv y.où piac'wv... oOx a).),o îxavbv outw; («S; auvataôr](7iç v.a\ ocvT['Xï](|^tç riixcov aùrwv. 11 pardonne à Epicure, tant accusé par eux, pour avoir soutenu hardiment d'une part que nous nous portons volontairement aux actes que nous accomplissons, et, d'autre côté et par cela même, que ni sage ni Dieu ne peut attribuer à la nécessité les actes et les résolutions de notre volonté propre. Eus , Pr. Ev , VI, 6 261, b. TzeTzeia\iévoi oxi oùxaxovxeç àXXà PouX6p.£vot "/wpoûoiv £cp 'à xwpoOcrtv. "A ô'av pouXrjOtotriv ouxe ôeb; ouxe àvOpwuoc CTOçiaxr|Ç. .. xoA(j/(^(j£[e Xéyetv ox; uuoxéxaxxai. De Démonax (de 50 à 150 ap J.-Ch ), nous ne connaissons que la vie lacnntée avec tani de louanges par Lucien. Il no semble pas avoir adopté de théories philosophiques parliculièies, et Lucien lui-même ne saurait dire quelle école il préférait. De7n., 5. cpcXocro^caç ôè etôoç où^ ev àTcoxefxv6(jLevo?, alla TioXXà è: xaùxo xaxaiJii^aç, où itâvu xt èÇÉ^.tve xîvt aùxtbv k'xaipev. Tout cynique qu'il fut et se proposant pour modèle le philosophe de Sinope, il aimait mieux se comparer à Socrate. Il prétendait n'avoir point eu de maître,
attribué à Ocellus de Lucanie qui appartient probablement à la seconde moitié du dernier siècle av. J.-Ch., et où nous retrouvons des idées véritablement pythagoriciennes et en même temps d'autres conceptions que l'esprit éclectique y a fait pénétrer.
Ces idées s'étaient conservées sans altération profonde, à mon sens, depuis Philolaus qui les avait le premier exposées par écrit, et je suis encore disposé à considérer comme exact et fidèle le résumé qu'a extrait Alexandre PolyMstor* d'un ouvrage intitulé Iluôayopixà u7ropiv75[ji.aTa, dont l'auteur et l'époque sont également inconnus et qui est reproduit par Diogène de Laërte^. Zeller, se fondant sur les opinions et les formules stoïciennes qu'il trouve dans cet extrait et qui n'appartiennent pas, suivant lui, à l'ancien pythagorisme, ramène la date de l'ouvrage au commencement du dernier siècle av. J -Ch., c'est-à-dire à l'époque où l'esprit éclectique commence à exercer une sérieuse influence sur toutes les écoles. Cette
pas même Epictète, et avoir été porté, dès son enfance, à la philosophie, par un goût naturel et inné. Id., 3. oîxeia;... opixyjç xa\ èfxcpijTou npoc (fOoao^ioLV epwTaç ex 7ra;owv.
Les Cyniques ont vécu jusqu'au milieu du iv' siècle. S. Augustin (354 + 430) constate leur existence de son temps, en même temps que celle des péripatéliciens et des platoniciens. La victoire officielle du christianisme les fit disparaître, ou plutôt apparaître sous un autre nom ei un autre costume. Julien les compare [Or., VII, p. 224) aux chrétiens àuoxTitrTat (qui saeculo renunciaverunt) . Les ascèies chrétiens, en etîet, d'abord vivant isolés et indépendants, ne reçurent que plus tard une organisation, une discipline, une règle. L'histoire de la psychologie, ni même celle de la philosophie, n'a pas davantage à s'occuper des Sexliens, qu'ils aient été Stoïciens ou Pythiigoriciens. 11 ne reste rien de leurs ouvrages ni de leur doctrine, que des noms et des éloges. Je ne transcris ici, pour mémoire, que leurs noms : 1. Q. Sextius, né vers 70 àv. J.-Ch.; — 2. Sextius, son fils; —3. Sotion, qui vit à Alexandrie, dont Sénèque suivit les leç-ons, de 18 à 20 ap. J.-Ch. ; — 4. Cornélius Celsus ; — 5. L. Crassitius de Tarenle; — 6. Papirius Fabianus, ces trois derniers disciples de Sotion, qui a, comme Q Sextus, écrit en grec. Conf. Senec, Nat. Qu., Vil, 32; Ep , 108 ; Ep., 59 ; Ep. 64.
^ Suidas (V.) nous apprend qu'Alexandre vivait à Rome au temps de Sylla, et un peu plus tard. C'était un affranchi à qui Sylla accorda les droits de ciloyen romain (Serv., ta ^neid., X. 388), et dont Hygin, l'affranchi d'Auguste, fut le disciple (Sueton., De III. Grammat., 20).
^ D. L., VIII, 23. ^>Y)(7\ 6'ô 'AXélavôpoç èv Taîç Ttbv çtXoaocpwv ôiaôo^aiç xa\ TauTa eupy^xévai èv nuôayopixot; u7ro[xvTQ[xa(yiv.
hypothèse ne me paraît pas justifiée suffisamment, et il me semble vraisemblable que l'ouvrage remonte à une date plus reculée. Il ne faut pas oublier qu'après avoir introduit l'extrait fait par Alexandre par ces mots : « Voici ce qu'Alexandre, dans ses Successions des philosophes . dit avoir rencontré dans des mémoires pythagoriciens, Ilu^ayopixot ÔTrofxvVjaaTa, » Diogène termine la citation par ces termes : « Aristote donne des renseignements qui s'accordent parfaitement avec ceuxci ^ » Ainsi l'exactitude de l'exposé est confirmée par le témoignage d' Aristote, non pas que je veuille dire que l'auteur de ce livre où a puisé Alexandre est antérieur à Aristote, mais simplement qu'il se trouve, dans son exposition de la philosophie pythagoricienne, d'accord avec celle qu'en avait donnée Aristote dans les écrits spéciaux qu'il avait, comme on sait, consacrés à cette école 2.
Sans prétendre que dans le cours du temps les doctrines de Pythagore, exposées par écrit par ses disciples et leurs successeurs, n'aient pas reçu des développements importants, des formules plus précises, n'aient rien emprunté aux écoles contemporaines, surtout dans les formes de l'exposition et de la technologie philosophiques, je ne vois aucune raison d'admettre que le résumé très précis et très complet que nous en donne l'écrit en question n'est pas fidèle et exact. Il faut remarquer que la doctrine pythagoricienne était assurément fixée et arrêtée quand le stoïcisme naquit. Les points de ressemblance qu'on signale entre les deux systèmes s'expliquent plus naturellement parles emprunts que Zénon et Chrysippe ont pu faire et ont certainement faits au pythagorisme que par l'hypothèse contraire 3. Pourquoi, par exemple, la con-
* D. L., VIII, 36. xa\ xà TO^JT(^)v è)(6fji.eva ô 'AptCTxoTeXy^ç.
2 De la Philosophie d'Archijtas, en trois livres, et des Pythagoriciens, en un livre. Aristoxène, le péripatéticien, avait écrit aussi des nuôayoptxac ànocpaCTeiç.
3 M. Ravaiss., Ess. s. la Met d'Ar., t. II, p. 321. « C'est sans doute à eux (aux Pythagoriciens) que les Stoïciens avaient dû en grande partie les éléments de cette théorie qui faisait consister la perfection dans la proportion, fondement de la beauté ». Je ne suis pas même certain que l'idée de la tension, qui, d'ailleu ne se présente
ception du monde comme un être vivant et intelligent seraitelle un élément étranger au pythagorisme et introduit du dehors dans le système ? Presque tous les philosophes grecs ont admis cette hypothèse, sauf Démocrite et Épicure. Aristote appelle cTiépixa * cet Un composé qui constitue l'âme du monde et par la vertu duquel, suivant les Pythagoriciens, le monde vit, respire, est un, éternel, et se développe. Quoi de plus conforme aux principes pythagoriciens que de concevoir ce germe comme ayant en soi toutes les mesures, toutes les lois rationnelles, tous les nombres de son développement vital harmonique'^ ? Si les aTrepjxaxixol Xoyot des Stoïciens ont de l'analogie avec cette conception, ne serait-ce pas qu'ils en ont emprunté le principe à la doctrine des nombres et de l'harmonie, au pythagorisme, qui fonde toute la nature des choses sur la notion de rapports mesurés et calculés ? Sans recommencer à fond une discussion qui a eu sa place ailleurs, j'en ai dit assez pour être autorisé à conclure que ce n'est pas avec l'ouvrage où Alexandre Polyhistor a trouvé un exposé systématique et résumé de la philosophie pythagoricienne que commence ce qu'on appelle le néopythagorisme. Comme toutes les autres, et plus encore que les autres, l'école pythagoricienne est restée fidèle à elle-même ; elle a
qu'accidentellement dans le pythagorisme, ait été empruntée aux Stoïciens. V. mon Pythagore, t. II, p. 82. Sext. Emp., IX, 127. xoSià Tcavtôç toO x6it[xou ô irixo v ^vy^TiZ zpônfiv, To xa\ IvoOv -/kjlSç Tcobç èxelva. Gi''éron la rapporte à Pythagore lui-même {de N. Deor., I, 11). Pythagoras. . censuit animum esse per naturam rerum intentiim et commeant^m. Qu'est-ce que c'est que cette force autogène qui maintieut le monde dans l'unité, amoyevv] (s\ivox'rç^, suivant Philolaiis ? Qu'est-ce que cette puissance aÙToepyo;; qui n'alise l'être dans l'individualité? Qu'est-ce que c'est que ce principe de vie, qui pénètre l'univers entier et forme la chaîne sans fin qui relie tous l^s êtres les uns aux autres, animaux, hommes et dieux? Si ce n'est pas la tension même, c'est qutlque chose qui lui ressemble singulièrement,
2 Ar., Met., XIV, 3, 1091, a. 15, où il reproche aux pythagoriciens d'admettre une génération réelle de choses éternelles.
1 D. L., VIII, 29. Ce n'est pas d'ailleurs du monde, mais de l'enfant, ppé^oç, dont l'extrait de Polyhistor dit : k'^stv S'èv lauxô) uâvxaç xoùç Xôyouç i^îi? J^to-Ti;.. Quant au germe, auépfjia, il est dit : [j.opcpoOa-6at ôè xb (xàv upwxov Tiaylv èv -rifi-épai? xe-Toapixovxa, xaxà ôè xoùç xyjç àpfJLOvca; Xoyouç.
conservé l'héritage des ancêtres, accru, développé, modifié dans ses formes peut-être, mais non renié ou altéré.
Le néopythagorisme a pour caractère éminent la combinaison éclectique d'idées platoniciennes et des principes pythagoriciens ; mais ces éléments ont entre eux une affinité si naturelle, ils se fondent si intimement qu'il est souvent difficile de distinguer, si ce n'est par des caractères externes, les platoniciens pythagorisants des pythagoriciens platonisants. Les premières traces manifestes et profondes de cette combinaison, assez profondes pour justifier le nom que la critique lui donne, — car les pythagoriciens récents n'ont jamais eu la pensée de renouveler la doctrine qui leur avait été transmise et prétendaient ne faire que la reproduire en la commentant, — ces premières influences éclectiques se rencontrent dans le traité : De la nature du Tout, IleptTTiîTou Trav- Toç cpu(j£(i)ç, que le texte même attribue à un Ocellus de Lucanie * que Zelier reporte à la seconde moitié du dernier siècle av. J.-Ch., et que V. Rose fait remonter encore plus haut, au commencement du ii^ siècle 2.
L'auteur commence par déclarer que ses doctrines s'appuient d'une part sur des recherches expérimentales et des observations personnelles, et d'autre part sur les principes de la raison 3.
* § 1. xh. ^\ cruv£Ypoc(|^£ "Oxe).Xoç 6 Aeuxavôç. Ce nom est presqu'unanimement reconnu comme supposé par la (ritique. La lettre, apocryphe ou authentique d'Arrhytas à Platon, nous désigne Ocellus comme pythagoricien et auteur de livres pythagoriciens. D L , VIII, 80. « irepi ôà t&v Û7ro[j.va^.âT6ov iizz\i.z\r\^f\\}zc, xai àvriX6o(J.£; o); Aeuxâvo); xa\ èveTuyofxsi; roîç 'OxlXXto èxyôvo.: ». Arch) tas ajoute qu'il a acheté les ouvrages d'Qidlus et qu'il les Ini envoie lamblique [V. Pyth , § 267) cite Ocellus parmi les pythagoriciens de Lucanie. avec Oculus, son frère. Proclus (m Ti?n , Ibi)) l'appelle le précurseur de Timée, tôv toO Ti\iaiov irpôoSov, et dit que tous deux donnaient à chaque élément deux propriétés actives, ôuo 6uvâ|jLei:, au feu le chaud et le sec. à l'air le chaud et Thiimide, etc. II ajoute qu'il tire ces renseignements du traité d'Ocelltis, èv iz^p) <pûaewç. »
2 Val. Rose, de Ar libr. ord., p. 11, sqq. « Ocelli den:qiie Lucani libri in pseudoplatonica ad Arrhytani epislola citali. quam, ut ceteras episl<»las a Thra>yllo recensitas, jam Aristophanem habuisse ciedo ». Il s'agit d'Aristophane de Bysance, di-ciple d'Eratosthène, né en 276 av. J.-Ch., et maître d'Aristarque, qui vivait vers 140 av. J.-Ch.
^ § 1. Ta (xèv Tex(j,Y)p(oi; (raçlo't xe xac uap aÙTYjç tyi? (pudewç exfiaOwv, xà ôà xa\ ôô^Y) jjiexà Xôyou xo elxbç olt^o xy)<; voiqcreœç (7xoxaÇ6[A£vo;.
Le monde, qu'il appelle to o>ov xal tottocv, ou encore hau^Tïtx.^ xd(7[7.oç, est le système complet et parfait de tous les êtres : en dehors de lui, il n'y a rien K II est incréé et incréable ^ ; il a toujours existé et existera toujours ; car s'il était temporaire, il ne serait déjà plus. S'il était créé, on pourrait dire de quoi il a été formé, c'est-à-dire on pourrait déterminer son principe premier, xo Trpwrov; s'il était périssable, on pourrait dire ce qu'il deviendrait après sa dissolution, c'est-à-dire déterminer sa fin dernière, to 'éa^^atov ; il y aurait ainsi quelque chose avant et quelque chose après le tout : ce qui implique contradiction. Tout ce qui a en soi le principe de la génération, du devenir et de la dissolution, est sujet à deux sortes de changements : l'un du plus petit au plus grand, du pire au mieux ; c'est ce qu'on appelle proprement génération, ysvefjiç. Le terme de ce mouvement est l'axt/,-)], le point maximum du développement de l'être, l'état de plénitude de sa force. Le second va du plus grand au plus petit, du mieux au pire ; le terme de ce mouvement est la destruction et la dissolution, cpôopà xal SiàXuctç. Si le monde était créé, il connaîtrait toutes ces phases ; car tout être sujet à cette loi du développement, SiéioBoç^, a trois termes et deux intervalles :1a génération, — le maximum de force, — la fin, et entre ces trois points, l'intervalle qui sépare la génération du terme maximum, et l'intervalle qui s'étend du terme maximum à la fin dernière. Il y a des signes, des preuves qu'il en est ainsi : ce sont l'ordre, la proportion, la figure, la situation, l'intervalle, les propriétés, les rapports de vitesse, le nombre et le temps de ces mouvements. Or le monde ne nous offre aucun de ces signes : il est toujours dans le même état, toujours égal,
* /rf , § 7.
2 Sur la doctrine de l'éternité du monde dans l'école pythagoricienne depuis Philolaus, qui n'exclut pas un exposé de sa genèse, xax'lTtc'votav, ôtà SiSao-xaXtav, V. Mon Pythagore, t. II, p. 87.
3 § 4. ïio\)aa ôil^oSov. Le mot est employé dans le sens du mouvement vital complet et de tous les changements qu'il entraîne, depuis la naissance de l'être jusqu'à sa mort.
toujours semblable àlui-même. Toutes les choses que le monde embrasse sont en rapport harmonieux avec lui, tandis qu'il n'a de rapport avec rien qu'avec lui-même. Il conditionne tout et n'est conditionné par rien. Les animaux ont besoin de l'air pour respirer, la vue a besoin de la lumière, le soleil lui-même et les astres ont besoin de ce système général organisé dont ils ne sont qu'une partie. Le monde n'a besoin que de lui-même.
Tout ce qui est pour une autre chose la cause de Texistence, de la stabilité, a certainement en soi ces mêmes perfections qu'il communique. Le monde est pour toutes les autres choses et êtres la cause de leur existence, de leur persistance dans l'être, de leur perfection propre : il est donc par luimême éternel et parfait, aÙToxeXT^ç
S'il venait à se dissoudre, il se dissoudrait ou dans un être et alors le tout ne serait pas tout entier détruit, ou dans un non être : ce qui est impossible; car il est absurde de penser que l'être soit réduit à n'être pas 2. Par quoi d'ailleurs le monde serait-il détruit ? par une cause externe ? il n'en est pas, puisqu'il n'est rien en dehors du Tout. Par une cause interne ? Mais cette cause , faisant partie du Tout, ne doit qu'à lui son existence, sa durée, sa vie, son âme, et ne saurait posséder une force supérieure à cette force qui lui donne toute sa force 3. La partie ne saurait être plus puissante que le Tout dont elle fait partie.
On voit se manifester l'éternité du monde, dans un ordre décroissant, il est vrai, depuis les corps premiers, les astres, qui se meuvent d'un mouvement constant et constamment uniforme, et changent de lieu sans éprouver aucun change-
• C'est l'axiome d'Aristote, Met., II, 4.. àz: yàp ôi'ô ûirâpxet exa^Tov èxsîvo (jLà)^Xov Û7iap-)(£t. Les scolastiques l'ont traduit ainsi : Propter quod unutn quodque taie est, et illud magis.
'2 C'est l'argument des Éléatcs.
' Ocell., Ilep'i TTjÇ ToO TtavTÔç cpuaew;. Ch. I, § 11. ayetat ykç) xà uavxa uub ToO navTO!; xai xaxà toOto (rooÇeTai xai (TuvrjpfjLOCTTat xa\ pîov e/Et xai
ment dans leur essence*, jusqu'aux corps de second ordre, tels que l'air et le feu, qui changent d'essence sans changer • de lieu ; car le feu devient air; l'air devient eau ; les plantes, parties d'un germe, à la suite d'une série de développements, reproduisent, en se décomposant, un germe pareil, formant ainsi une sorte de cercle 2, leur mouvement vital revenant constamment à son point de départ : avantage que ne possèdent pas les hommes, qui meurent tout entiers 3. Enfin l'infinité de la figure sphérique du monde, figure qui n'a ni commencement ni fin , l'infinité de son mouvement , du temps dans lequel il se meut, l'immuabilité de son essence, prouvent que le monde est infini lui-même, incréé, incorruptible, indestructible.
Dans le Tout, il y a deux sortes de choses : le devenir et la cause du devenir. Le devenir a lieu partout où il y a changement et modification du substrat^; la cause du devenir existe partout où le substrat reste identique. Il est clair qu'à la cause du devenir appartiennent le faire et le mouvoir; c'est ce qui cause dans une autre chose la génération, et joue le rôle de l'agent, de l'homme et du père. A ce qui est susceptible de devenir appartiennent le souffrir et le être mû ; c'est ce qui engendre en soi-même, yzwMv Iv lauTâ, et remplit la fonction du patient, de la femme, de la mère. L'une est donc cause motrice, transitive, efficiente; l'autre intransitive, passive, mue^. Ce sont les Destins, les Parques, oLî Mo"ipat, qui déterminent et séparent de l'autre la partie du monde toujours passive et mue, l'une au-dessus, l'autre au-dessous de la lune ; car la région de la révolution de la
* Id., id., ch. I, § 11. ôtl^oôov oùx suiSexoii^eva xrjç oùai'aç.
2 M., éd., ch. I, § 13. èui To aÙTo Ty]v ôtéloSov èiznt'ko\i\ih-f\ç TrjÇ çudewç.
3 On saisit ici, encore qu'obscurément déterminée, l'idée d'un lien, d'un rapport continu qui unit toutes les parties de l'univers, depuis les plus hautes jusqu'aux plus basses, el d'une série décroissante de perfections d'un côté, faisant pendant à une série croissante d'imperfections de l'autre.
* Id., id., ch 2, § 1. (jLexaêoXY) xa\ exêaai; tcov uTcoxsijjievwv.
^ On trouve déjà ces dislinctions dans Archytas Simplic , m tateg.. Si, [5; 23, y; in Phijs., 51, b. 0), ce qui fait que Zeller conclut à leur inaulhenticité.
lune constitue comme une sorte d'isthme qui sépare l'immortel du devenir. Tout ce qui est au-dessus de la lune ou sur ellejT^ ïi: auxT]?, contient la race des Dieux ; tout ce qui est au-dessous est le domaine de la discorde et de la nature , vetxouç xal cpucrstoc; xaxÉ^^et ysvoç. Une troisième espèce de choses est composée des deux autres, c'est-à-dire de l'élément divin toujours en mouvement ^ de l'éther, et de l'élément créé et toujours changeant : c'est ce que l'on appelle proprement le monde.
Dans ce monde sublunaire on distingue : 1. Un corps apte à être saisi par le toucher, qui se trouve dans toutes les choses de l'ordre du devenir, et qui est la puissance de ce qui deviendra 2. C'est la matière, qui n'a par soi ni essence, ni qualité, ni quantité , ni aucune détermination de l'être. 2. Le second élément qu'on rencontre dans les choses du monde sublunaire, ce sont les oppositions des qualités, £vavTtoT7iT£ç i lo frold ot lo chaud, l'humide et le sec, et les autres. 3. Le troisième, ce sont les essences ou êtres, oùmon, dont ces qualités sont les puissances, 8uvdc[i.£tç, c'est-à-dire le feu, rair,reauetla terre. De ces puissances, deux, le chaud et le froid, sont causes et causes efficientes ; deux, sont matérielles et passives, uXt; xa\ TraOTitixà. De la combinaison des qualités et des éléments naissent les choses, et de la prédominance de l'un ou de l'autre, dans le mélange, naissent leur caractère spécifique.
L'homme n'est point né de la terre, ni les animaux, ni les plantes. L'organisation du monde ayant toujours existé telle qu'elle est, tout ce qui est en lui a toujours été tel qu'il est. Ses parties et les parties de ses parties ont toujours existé
1 Ocell.. id., ch. 2, § 23. toO [xèv àet Oéovtoç Ôeîov. Je changerais volontiers 6éovToç en à'ovxoç Si l'on ne veut pas adopter ce If^ger changement., il faudra, pour éviter de mettre le mouvement dans la partie divine du monde, concevoir que la constance du mouvement de l'éther et sa rapidité infinie sont équivalents à l'immuabiliié.
5 Id., ch. 2, § 3. Ocellus emploie encore les formules platoniciennes, iravSexéç et èxjjLayeîov.
telles qu'elles sont. Le genre humain a donc toujours existé, et existé sur la terre, qui est son domaine propre. Les Dieux ont pour demeure le Ciel ; dans la région au-dessus de la terre, £v (jeTapaiw t^tto), habitent les démons^.
Le quatrième chapitre de l'ouvrage, qui en est le dernier, est tout entier consacré à la morale pratique et aux devoirs du mariage. La conservation de l'espèce, qui remplace l'immortalité de l'individu, et non le plaisir, est la fin du commerce de l'homme et de la femme, v) [uliç. L'homme doit se rapporter au tout, dont il n'est qu'une partie, et réparer par la génération des enfants les pertes que le tout subit nécessairement.
Ce livre, l'un des plus anciens documents du pythagorisme nouveau imprégné de notions stoïciennes et platoniciennes, et qui a exercé une influence considérable par la précision des idées et la logique sévère de la méthode, ne se rattache à la psychologie que par ses vues anthropologiques et ses maximes morales. Il ne faut pas oublier toutefois que son objet comme son titre, TcspX Tiavxhç cpuaecaç, le ramène dans le cercle de nos études historiques sur Tâme; car Tâme est
3 Ocell., id., ch. IH, 3.
2 II n'était pas le seul qu'on attribuât à Ocellus. La lettre d'Archytas à Platon (D. L., VllI, 80) mentionne parmi ceux du mi^me auteur qu'il lui adresse, ià uepi v6[jiw xa\ pacrcXecaç xa\ oaiÔTaxo;, qui faisaient sans doute trois ouvrages différents, et d'autres encore, xà loiizâ, qu'il n'a pas pu retrouver, et qu'il lui promet de lui envoyer s'il les découvre. Stobée [Ed., I, 338) donne du Tiepl v6[jiœ un extrait, où est défini le causant, alViov, par la tormule ô'.'b Y^yveTat ti, et il cite textuellement le passage suivant : « La vie contient, auvéxet, le corps des animaux ; la cause de la vie est l'âme. L'harmonie contient le monde, et la cause de l'harmonie est Dieu. La concorde contient les familles et les états, et la cause de la concorde est la loi. Quelle est donc la cause et la nature, a'ixca xa\ cpuatç, qui fait que le monde est dans son tout harmoniquement organisé, et qu'il ne tombe jamais dans le désordre, tandis que les états et les familles ont une vie si courte. Tout ce qui est créé et mortel par nature, a, dans la maliète dont il est composé, la cause même de sa ruine; car il est conifîO^é d'une matière changeante et toujours passive, àetTiaOéoç. Car c'est par la régénéral on, àT:oyévvaatç, des choses créées, que se conserve la matière génératrice. L'élément éternellemeut mobile (àeixivYjxov, peutêtre àxcvY)Tov), gouverne; l'élément éternellement passif est gouverné; l'un est en dignité, premier, l'autre est second ; l'un est divin, jouit de la pensée et de la raison ; l'autre est créé et sans raison, aXoyov.
pour ce pythagoricien le principe de la nature ou du système général des choses, et l'ouvrage pourrait être intitulé Trepl ij^u/^Tjç, comme celui de Timée de Locres, dont je n'ai à dire que quelques mots.
Le traité attribué à ce pythagoricien i est dans les manuscrits intitulé : Tiepc vj/u^aç y.6a[i.(û xal cpucto; ; par Jamblique : TTEpl cpucecoç x6(T(jt.ou xa\ ^ijx^ç 2 ; par Proclus, simplement : Trepl (puaewç. Platon, sans lui attribuer d'écrits, nomme Timée un des plus grands philosophes 3. Pline le naturaliste est le premier qui semble avoir eu son livre sous les yeux , à moins que la phrase : ut Timseo placet, ne s'applique au Timée de Platon Dans Nicomaque de Gérase s, on lit : « Nous allons exposer un fragment de ce qu'on appelle le Canon pythagoricien, très exactement fait suivant les idées du maître, non pas comme l'ont altéré Ératosthène et Thrasylle, mais d'après Timée de Locres et Platon, qui l'a suivi. 6 »
Il résulte de ces citations que l'ouvrage existait au siècle, peut-être, d'après le témoignage de Pline, s'il s'y rapporte, au ap. J.-Ch. La conformité complète de la doctrine qui y est exposée sur la création du monde et de l'âme du monde, avec le Timée de Platon, qu'il résume avec une grande précision et une extrême clarté, ne lui laisse aucune
* Cic, de Fin., V, 29; de Rep., I, 10. Procl., in Tim., I, 3. aû^b toO HuOayopixcO Ttfjiaîou ypajAti-a Ttepi cpuCTcwç Conf. in Tim., III, 197. Suid. V çtXoaoçoç Iluôayopsco;, fAa6/)(xaTixà Tiep\ cpu^ewç, TzepX toO HuSayopou |3îou. Ménage (ad D. L., p. 353, b) estime que l'auteur de cette biographie n'est pas Timée de Locres.
2 lambi., in Nicom. Arithm., p. 148, b. Ti\t.a.Xoç tt'o^v ô Aoxpbç èv 7iep\..-
^ Plat., Twn., 20, a. çiXocroçi'aç ôè aO xaT'è[j.Y)v ôoÇav ÈTc'àxpov àuà(7'/]ç
* H. Nat., II, 18. Pline est né en 23 et mort en 79 ap. J.-Ch.
5 Pytiiagoricien de la première moitié du ii« siècle.
6 Harmonie, L. 1, p. 24, ed. Meib.
' On pourrait les multiplier. Ainsi, il est cité par Clément d'Alexandrie (Strom., V, 6U4, a), qui vit vers la fin du ii* siècle et le commencement du me, et Eusèbe {Prœp. Ev., XIH, 681;, qui ne fait ré^'éle^ le lenseignement de Clément : « Timée de Locres, dans son çufftxôv auyypap-iJia ».
place dans cette analyse des théories psychologiques des néopythagoriciens Je me borne à citer un extrait de Stobée, relatif à l'harmonie mathématique, c'est-à-dire idéale. « Modératus, dit Jamblique, rapporte à l'âme cette harmonie qui établit la proportion et l'accord dans les choses discordantes, tandis que Timée rapporte à l'âme, dans les substances, les êtres vivants, et dans leurs générations, l'harmonie considérée comme le principe central et unifiante
Le but et l'effort de l'auteur est évidemment de rattacher à son école les idées platoniciennes concernant la composition mathématique de l'âme du monde.